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Full text of "La réalité des esprits et le phénomène merveilleux de leur écriture directe"

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ÉCRITURE  DIRECTE 


DES  ESPRITS. 


A  cette  même  heure  sortirent  de  la  muraille  des  doigts 
d'une  main  d'homme,  qui  écrivaient  à  l'endroit  du  chan- 
delier, sur  l'endroit  de  la  muraille  du  palais  royal,  et  le 
roi  voyait  celte  partie  de  main  qui  écrivait. 

(Daniel,  V,  5.) 


L'auteur  et  sa  sœur  se  réservent  le  droit  de  tra- 
duire ce  volume  dans  toutes  les  langues  modernes  : 
en  allemand,  en  anglais,  en  italien,  etc. 


Paris.  —  Imp.  Balitout,  Questroy  et  C«,  7,  roa  Baillif. 


HOMMAGE 


ET 


DERNIER  ADIEU  A  MES  AMIS 


Le  désir  plus  ou  moins  vif  est  le  chemin  de  fer  des 
Esprits  qui  les  emporte  par  la  pensée  chez  des  êtres  ché- 
ris, car  la  pensée  d'un  Esprit,  c'est  lui-même. 

{Pensées  d' outre-tombe,  CXVII.) 


PNEUMATOLOGIE  POSITIVE 


LA 


RÉALITÉ  DES  ESPRITS 

ET  LE 

PHÉNOMÈNE  MERVEILLEUX/ 

DE  LEUR  ÉCRITGRE  DIRECTE 

DÉMONTRÉES  PAR 

LE  BARON  L.  DE  GULDENSTUBBE. 


Alors  Moïse  se  tourna,  et  descendit  do  la  montagne, 
ayant  en  sa  main  les  deux  tables  du  témoignage;  et  les 
tables  étaient  écrites  de  leurs  deux  côtés,  écrites  deçà  et 
delà.  Et  les  tables  étaient  l'ouvrage  de  Dieu  et  l'écriture 
était  l'écriture  de  Dieu,  gravée  sur  les  tables. 

(Exode,  XXXII,  15  et  16.) 


r«P-4- 


PARIS, 

CHEZ    L'AUTEUR,    RUE    DE    TRÉVISE,    29. 

1873. 


i673a 


^u 


DÉDICACE. 


Veuillez  agréer,  Messieurs,  la  dédi- 
cace de  la  seconde  édition  française 
d'un  livre  consacré  à  la  défense  de  la 
plus  sublime  de  toutes  les  vérités  que 
la  Miséricorde  divine  ait  daigné  révé- 
ler à  l'humanité  de  nos  jours. 

Je  compte  sur  votre  indulgence  d'au- 
tant plus  que  ledit  ouvrage  ne  con- 
tient que  les  résultats  merveilleux  de 
nos  recherches  et  de  nos  expériences 
communes  ;  car  ce  n'est  que  grâce  à 
votre  concours  bienveillant  et  zélé  que 
le  beau  phénomène  de  l'écriture  direc- 
tement surnaturelle  et  d'outre-tombe, 
constaté  pour  la  première  fois  le  4  3  août 
1856,  a  pu  être  démontré  par  des  ex- 
périences   répétées  et    par    des  faits 


VIII 


irréfragables  et  plus  brutalement  con- 
cluants que  tous  les  raisonnements. 

Vous  savez ,  Messieurs,  que  ma  vie 
tout  entière  a  été  vouée  à  l'étude  du 
monde  surnaturel  et  de  ses  rapports 
avec  la  nature  visible  et  matérielle; 
j'ai  regardé  comme  le  but  de  ma  vie 
la  démonstration  irrécusable  de  l'im- 
mortalité de  l'âme,  de  l'intervention 
directe  du  monde  surnaturel,  de  la 
révélation  et  du  miracle  par  la  voie 
expérimentale. 

Les  phénomènes  de  l'inspiration,  de 
l'extase,  du  médium  ou  de  l'attraction 
invisible,  les  coups  mystérieux  et  le 
mouvement  des  objets  inertes  et  ina- 
nimés sans  attouchement,  ont  soutenu 
mes  expériences,  en  m'encourageant  à 
persévérer  dans  mes  recherches  péni- 
bles et  arides,  mais  tous  ces  faits  sont 
loin  d'être  concluants  ;  ces  phénomènes 
peuvent  tout  au  plus  révéler  des  forces 
et  des  lois  inconnues.  Il  n'y  a  que  l'é- 
criture directe  d'outre-tombe  qui  nous 
révèle  la  réalité  d'un  monde  invisible, 
d'où  émanent  les  révélations  religieu- 
ses et  les  miracles. 

Désormais  l'espérance  peut  renaître 


IX 

dans  l'humanité,  ses  besoins  religieux 
au  sujet  de  riuimortalité  de  rânie^  la 
base  de  toutes  les  vérités,  étant  plei- 
nement satisfaits.  Désormais  le  prin- 
cipe de  la  révélation  et  des  miracles, 
c'est-à-dire  des  phénomènes  surnatu- 
rels, est  assis  sur  la  base  inébranlable 
des  faits.  Certes,  le  nombre  des  Spiri- 
tualistes  n'est  pas  encore  considéra- 
ble, mais  que  ce  fâcheux  contre-temps 
ne  vous  décourage  pas  trop,  Messieurs, 
le  Christ,  notre  divin  maître  à  nous 
tous,  n'a-t-il  pas  dit  ces  paroles  éter- 
nellement consolatrices  :  a  Si  deux  ou 
trois  ise  réuuîssetit  eu  uion  uoui^  je  se- 
rai au  milieu  d^eux.  » 

En  effet,  ce  n'est  pas  au  moyen  de 
la  quantité  que  l'homme  parvient  à 
opérer  de  grandes  choses;  il  n'y  a  que 
le  dévouement,  la  patience,  la  persévé- 
rance, l'ardeur  et  le  zèle  de  la  foi  et  les 
lumières  qui  puissent  triompher  des 
préjugés  du  monde.  Rappelons-nous 
que  toutes  les  grandes  vérités,  plus 
elles  sont  sublimes  et  profondes,  plus 
elles  rencontrent  une  foule  d'obstacles, 
plus  elles  sontrepoussées  par  le  grand 
nombre.  Ce  n'est  qu'à  la  suite  du  choc 


de  la  discussion,  engagée  par  des  es- 
prits sérieux  qui  ont  pu  constater  le 
phénomène  merveilleux  de  la  corres- 
pondance directe  des  Esprits,  que  Tin- 
telligence  humaine,  étant  d'une  nature 
progressive,  finit  par  Tadmettre. 

Rassurons-nous  donc,  Messieurs,  l'a- 
venir est  à  nous,  obscurs  novateurs 
qui  usent  leur  vie  à  la  lutte;  déjà  nous 
apercevons  Taurore  d'une  nouvelle  ère, 
les  signes  précurseurs  de  cette  époque 
bienheureuse  que  les  traditions  de 
tous  les  peuples  ont  appelée  le  retour 
de  l'âge  d'or,  le  Millenium  des  chré- 
tiens ou  le  règne  de  la  charité  univer- 
selle. Oui,  Messieurs,  continuons  à 
enseigner  et  à  propager  les  saintes 
vérités  du  spiritualisme  qui  doivent 
modifier  les  destinées  de  l'humanité, 
en  jetant  un  pont  entre  notre  terre  et 
le  monde  invisible.  Notre  petit  nombre 
représente  une  force  réelle,  car  il  n'y 
a  de  puissance  que  dans  la  vérité  et  il 
n'est  de  plus  forte  passion  que  celle 
qui  a  la  vérité  pour  auxiliaire.  Avan- 
çons donc  hardiment  sur  cette  route. 
Sans  doute,  nous  ne  verrons  guère  le 
beau  jour  dont  l'aube   nous  apparaît 


XI 


de  loin  à  l'horizon,  et  que  d'illustres 
génies,  tels  que  Swedenborg,  Bengel, 
Jung-Stilling  et  le  comte  Joseph  de 
Maistre,  le  défenseur  zélé  du  catholi- 
cisme, ont  pressenti  et  salué  du  nom 
de  troisième  révélation,  selon  le  pro- 
phète tfoël,  chapo  II9  t9§  3  a  £t  il  arri- 
vera aprè^ces  cliose^^  que  je  répaiitlrai 
iiftoii  esprit  sur  toute  cliair  s  et  vos  fils  et 
vos  filles  prophétiseront^  vos  vieillards 
songeront  des  songes  ^  et  vos  jeunes 
gens  verront  des  visions*  » 

Nos  noms  obscurs  seront  engloutis  sous 
les  décombres  et  les  ruines,  qu'amassent 
sans  cesse  les  siècles,  mais  nous  allons 
emporter  dans  une  autre  et  meilleure 
phase  de  notre  existence  cette  douce  con- 
solation d'avoir  choisi  la  route  qui  mène 
à  Dieu,  car  ce  que  nous  représentons  est 
d'essence  éternelle. 

N'oublions  donc  pas,  Messieurs,  que 
nous  devons  cette  haute  vérité  à  la  bonté 
ineffable  de  notre  Père  éternel,  qui  a  dai- 
gné nous  mettre  à  même  de  pouvoir  ad- 
mirer le  sens  profond  des  paroles  de 
saint  Paul  dans  le  verset  55  du  15©  cha- 
pitre de  la  première  épitre  aux  Corin- 
thiens :  a  Où  est  ^   ô  mort  ^  ton  aî« 


XII 

Ion?  Où  est^  o  liâdès^  ta  victoire?  »  — 

Or,  ce  fameux  verset  fut  écrit  directement 
en  grec  et  signé  par  un  Esprit  inconnu, 
le  4  octobre  1856,  en  présence  de  feu 
M.  le  comte  d'Ourches  et  de  M.  le  docteur 
Georgii,  disciple  de  l'illustre  Ling,  qui  a 
eu  Textrême  obligeance  de  m'en  remettre 
l'original,  afin  que  je  puisse  en  publier 
un  fae-simile  dans  ce  volume. 

Veuillez    agréer.   Messieurs,   mes   hom- 
mages les  plus  distingués. 

Paris,  ce  7  mai  1873. 

L.  DE  GULDENSTUBBÉ. 


PREMIÈRE  PARTIE 


INTRODUCTION 


Voici  un  livre  qui  contient  les  premiers  élé- 
ments positifs  de  la  grande  science  de  la  manifes- 
tation directe  du  monde  surnaturel,  base  unique 
de  toutes  les  religions  historiques,  depuis  la  loi 
majestueuse  de  Jéhovah,  gravée  du  doigt  de  Dieu 
ou  par  ses  anges  dans  les  deux  tables  en  présence 
de  Moïse,  jusqu'à  la  parole  divine  et  pleine  d'onc- 
tion du  saint  Martyr  du  Calvaire,  depuis  le  Véda 
des  Indiens  jusqu'à  la  Zend-Avesta  de  Zoroastre, 
depuis  les  cérémonies  mystérieuses  de  l'Egypte 
jusqu'aux  oracles  de  la  Grèce  et  de  Rome. 


C'était  le  13  août  1856  que  l'auteur  de  ce  livre  a 
pu  pour  la  première  fois  démontrer  à  des  témoins 
intelligents  et  dignes  de  foi,  sa  découverte  mer- 
veilleuse de  récriture  directe  des  Esprits,  sans  au- 
cun intermédiaire  quelconque. 

Ce  phénomène  merveilleux  confirme  ce  que 
Moïse  dit  (Exode  XXXI,  18;  XXXII,  15  et  16. 


XIV  PREMIÈRE    PARTIE 

XXXIV,  28.  XXIV,  12  ;  Deutéronome  IV,  13.  V,  22. 

IX,  10.  X,  1-5)  concernant  la  révélation  directe  du 
Décalogue  et  ce  que  Daniel  (V,  5)  raconte  au  su- 
jet de  récriture  merveilleuse  qui  eut  lieu  durant 
la  fête  du  roi  Belsatzar. 

La  découverte  de  l'écriture  directe  était  d'au- 
tant plus  précieuse,  qu'elle  pouvait  être  constatée 
par  des  expériences  répétées  par  l'auteur  en  pré- 
sence des  incrédules  qui  devaient  fournir  eux- 
mêmes  le  papier^  pour  éviter  l'objection  absurde 
de  papiers  chimiques  que  l'incrédulité  et  le  ma- 
térialisme n'ont  pas  manqué  de  mettre  en  avant. 

C'est  précisément  dans  l'application  de  la  mé- 
thode expérimentale  aux  phénomènes  merveilleux 
que  réside  l'originalité  et  la  valeur  de  cette  décou- 
verte, qui  n'a  de  précédents  dans  les  annales  de 
de  l'humanité,  car  jusqu'ici  les  miracles  n'ont 
pu  être  réitérés;  il  a  fallu  se  contenter, pour  prou- 
ver leur  réalité,  du  témoignage  de  ceux  qui  les 
ont  vus. 

De  nos  jours,  où  toutes  les  sciences  progres- 
sent par  la  voie  expérimentale,  l'observation  et  le 
témoignage  traditionnel  le  mieux  établi  ne  suffi- 
sent plus,  quand  il  s'agit  d'un  phénomène  extraor- 
dinaire qu'on  ne  peut  pas  expliquer  par  les  lois  de 
la  physique.  L'homme,  gâté  par  les  expériences 
palpables  des  physiciens,  n'ajoute  plus  foi  au  té- 
moignage historique,  surtout  quand  il  s'agit  des 
phénomènes  mystérieux  qui  révèlent  l'existence 
des  puissances  invisibles  et  supérieures  aux  forces 
et  aux  lois  de  la  matière  inerte.  Aujourd'hui,  en 


INTRODUCTION  XV 

matière  morale,  comme  dans  les  sciences  exactes, 
notre  siècle  demande  des  faits  et  des  observations; 
nous  en  apportons.  Plus  de  deua^  mille  expériences 
ont  été  faites  depuis  la  journée  mémorable  du  13 
août  1856  par  Fauteur  et  ses  amis.  Plus  de  cinq 
cents  personnes  ont  pu  constater  le  phénomène 
étonnant  de  récriture  directe  des  génies  invisi- 
bles, fournissant  elles-mêmes  leur  papier. 

Voici  les  noms  de  quelques  témoins  oculaires, 
dont  la  plupart  ont  assisté  à  plusieurs  expérien- 
ces : 

M.  Delamarre  père,  rédacteur  du  journal  la 
Patrie,  à  Paris,  mort  en  1870. 

M.  i)enne^  appartenant  au  même  journal  et  alter 
ego  de  M.  Delamarre,  mort  en  1871. 

M.  Matter,  membre  de  l'Académie  de  Paris, 
professeur  et  auteur  d'une  Histoire  de  la  philoso- 
phie d'Alexandrie,  du  Gnosticisme,  d'une  Biogra- 
phie de  Swedenborg  et  de  plusieurs  autres  ouvra- 
ges, mort  à  Strasbourg. 

M.  Lacordaire,  frère  du  célèbre  dominicain  et 
autrefois  à  la  tête  de  la  fabrique  des  Gobelins,  à 
Paris,  et  demeurant  encore  dans  la  rue  des  Mis- 
sions, à  Paris. 

M.  Emile  de  Bonnechose,  auteur  de  différents 
ouvrages  historiques,  traduits  même  dans  d'autres 
langues,  et  frère  du  cardinal-archevêque  de  Bon- 
nechose,  vivant  encore  à  Paris,  dans  la  rue  Casi- 
mir-Périer. 

M.  Delaage,  connu  par  différents  ouvrages  sur 
les  sciences  occultes,  demeurant  toujours  à  Paris. 


XVI  PREMIÈRE    PARTIE. 

Le  comte  de  La  Boulaye,  de  Dijon,  poète  et  ami 
intime  du  patriarche  des  belles-lettres  en  France, 
M.  Emile  Deschamps. 

M.  Choisselaty  rédacteur  du  journal  V  Univers, 
mort  à  Paris  il  y  a  déjà  quelques  années. 

M.  Dale  Owen,  ancien  ambassadeur  des  États- 
Unis  à  Naples  et  fils  du  grand  philanthrope  Owen; 
M.  Dale  Owen  est  Fauteur  du  grand  ouvrage  sur  le 
spiritualisme  :  Foot  falls  on  the  bondary  of  ano- 
ther  ivorld,  qui  a  été  répandu  en  Amérique  à  plus 
de  20,000  exemplaires.  L'auteur  lui  a  fourni  l'his- 
toire remarquable  d'une  apparition  qu'il  a  eue  dans 
l'année  1854,1e  16  mars,  dans  son  ancien  apparte- 
ment, 23,  rue  Saint-Lazare,  et  que  M.  Dale  Owen 
a  publiée  dans  son  livre,  p.  387-392,  sous  le  nom 
Apparition  of  a  stranger.  La  traduction  française 
de  ce  récit  sera  ajoutée  à  la  présente  édition. 

M.  Mountford,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  sur 
la  philosophie,  demeurant  encore  à  Boston  en 
Amérique. 

M.  Kydy  fils  du  général  Kyd,  autrefois  à  Paris, 
maintenant  fixé  aux  eaux  de  Bade. 

M.  Kiorhoë,  peintre  suédois  fort  distingué,  de- 
meurant à  Montretout,  près  Paris. 

M.  le  professeur  Georgii,  élève  de  l'illustre  Ling, 
auteur  de  la  gymnastique  suédoise,  si  excellente 
pour  les  malades  et  les  personnes  faibles.  M.  le 
professeur  Georgii,  demeure  encore  à  Londres  et 
continue  sa  carrière  avec  succès. 

M.  le  docteur  Bowron,  à  Bayswater,  à  Londres. 

M.  le  docteur  Clever  de  Maldigny,  à  Versailles. 


INTRODUCTION.  XVII 

M.  de  Rancé,  ancien  député  d'Alger,  demeurant 
à  Compiègne,  près  Paris. 

M.  Boëdt,  député  de  la  Flandre  occidentale, 
avocat  à  Ypres,  en  Belgique. 

M.  de  Frémery  (N.-D.-W.-P.),  savant  Hollandais, 
à  l'Université  de  Grôningen,  mort  à  Liège  en 
1870. 

M.  Baitgniet,  dessinateur  du  roi  des  Belges, 
Léopold  T",  actuellement  à  Paris. 

M.  Ravené,  sén.,  propriétaire  d'une  belle  ga- 
lerie de  tableaux  à  Berlin,  mort  récemment. 

Le  baron  de  Rosenberg,  ambassadeur  de  l'Alle- 
magne près  la  Cour  de  Wurtemberg. 

M.  de  VoigtS'RhetZy  frère  du  général  allemand 
de  ce  nom,  et  longtemps  correspondant  du  prési- 
dent de  la  Société  spiritualiste  de  Berlin,  M.  Hor- 
nung. 

Le  prince  Léonide  Galitzin,  connu  sous  le  nom 
du  philanthrope  de  Moscou. 

Le  prince  Metschersky. 

Le  prince  Shakostvkoy  (Diimitri),  maréchal  de 
!a  noblesse  de  Moscou. 

Le  colonel  Toutcheff,  dont  la  nièce  occupe  la 
place  de  dame  d'honneur  près  Sa  Majesté  l'Impé- 
ratrice de  Russie. 

M.  le  baron  Boris  d'Uexkiill,  de  l'Esthonie,  ami 
intime  du  philosophe  Baader  de  Munich. 

Nous  n'avons  nommé  que  les  personnes  illustres 
de  toutes  les  nations,  car  les  noms  des  autres  per- 
sonnes distinguées  qui  ont  assisté  souvent  à  nos 
expériences  continueraient  à  l'infini  cette  liste. 

2 


XVIII  PREMIERE    PARTIE. 

Nous  avons  eu  aussi  pour  témoins  oculaires  un 
grand  nombre  de  femmes  distinguées  par  leurs 
talents,  comme  la  comtesse  Dash^  et  la  marquise 
de  Boissy,  toutes  les  deux  mortes  si  récemment. 

Nous  faisons  encore  mention  de  nos  amis,  le 
comte  d'Ourches,  mort  le  1"  mai  1867,  et  le  général 
Ferdinand  de  Brewern,  de  Moscou,  demeurant 
actuellement  près  de  Wiesbaden,  à  Hoechst,  à  qui 
la  première  édition  du  présent  livre  en  1857  était 
dédiée. 

M.  de  Saulcy,  de  l'Académie  française,  le  mar- 
quis de  Mirville  et  le  chevalier  Gougenot  des  Mous- 
seaiiXj  sont  si  convaincus  eux-mêmes  du  phéno- 
mène de  récriture  directe^  qu'ils  en  étaient  à 
réclamer  la  priorité  de  la  découverte,  malgré  que 
leurs  livres  volumineux  n'en  parlent  que  sept  ans 
plus  tard,  en  1864  !  —  Il  est  cependant  très  impor- 
tant pour  la  science  de  constater  que  des  hommes 
aussi  savants  ont  obtenu,  parleurs  expériences,  les 
mêmes  résultats. 

La  plupart  de  nos  expériences  ont  eu  lieu  dans 
la  salle  des  Antiques  au  Louvre,  dans  le  musée  de 
Versailles,  dans  la  cathédrale  de  Saint-Denis,  dans 
le  musée  britannique  de  Londres,  dans  le  château 
de  Hamptoncourt  et  dans  les  parcs  du  petit  et  du 
grand  Trianon,  dans  les  châteaux  de  Rambouillet, 
de  Compiègneet  de  Fontainebleau,  à  Dreux,  dans  la 
ruine  du  château  d'Arqués  et  aux  églisesde  Dieppe; 
aux  églises  de  Saint-Germain-l'Auxerrois  et  de 
Saint-Germahi-des-Près  à  Paris;  dans  les  cime- 
tières Montparnasse,  Montmartre  et Père-la-ChaisC; 


INTRODUCTION.  XIX 

ainsi  que  dans  les  fossés  de  Vincennes,  au  bois  de 
Boulogne,  près  d'Auteuil,  où  autrefois  les  savants 
du  dix-liuitième  siècle  demeuraient,  etc.,  enfin, 
dans  notre  dernier  voyage  en  Allemagne  et  en  Au- 
triche, les  expériences  les  plus  remarquables 
avaient  lieu  à  la  Glyptothèque  de  Munich,  à  la 
Frauen-Kirche  et  à  la  Pinacothèque;  à  Vienne,  au 
Belvédère  et  au  musée  de  l'ancien  château  d'Am- 
bras.  L'abbaye  de  Westminster  à  Londres  était 
aussi  un  lieu  favorable  à  ces  expériences,  pendant 
notre  dernier  voyage  en  Angleterre.  A  Môdling, 
près  Vienne,  dans  l'ancienne  église  des  Templiers, 
nouri  avons  obtenu  aussi  plusieurs  fois  des  écri- 
tures directes,  ainsi  que  dans  les  belles  ruines  des 
Babelsberger,  près  Môdling,  et  au  château  de 
Laxenbourg.  MM.  Stratil  et  de  Schikh  y  assis- 
taient comme  témoins,  ainsi  que  leurs  familles. 

Le  public  lettré  sait  que  les  sciences  naturelles 
n'ont  commencé  à  faire  de  véritables  progrès  que 
dès  qu'on  a  su  adresser  des  questions  à  la  nature, 
grâce  à  la  méthode  expérimentale.  Or,  il  en  est  de 
même  du  Spiritualisme  ;  cette  science  des  causes 
invisibles  ne  deviendra  une  science  positive  que 
par  la  voie  expérimentale.  Il  faut  donc  avoir  re- 
cours à  cette  méthode  pour  abattre  et  réduire  au 
silence  l'orgueil  et  l'arrogance  des  physiciens  qui 
ont  osé,  de  nos  jours,  empiéter  même  sur  le  do- 
maine des  sciences  morales  et  de  la  haute  philoso- 
phie. Certes,  il  n'y  a  rien  de  plus  drôle  et  de  plus 
absurde  que  de  voir  des  physiciens  s'ériger  en 
juges  compétents  dans  une  question  de  métaphy^ 


XX  PREMIÈRE   PARTIE. 

sique  et  de  psychologie.  Des  physiologistes  et  des 
chimistes,  ne  sachant  pas  ce  que  c'est  que  la  vie, 
des  mathématiciens  et  des  physiciens  ne  pouvant 
pas  expliquer  l'indépendance  relative  et  restreinte 
du  mouvement  des  corps  organiques,  tels  que  les 
animaux,  du  joug  des  lois  d'attraction,  ont  envahi 
la  sphère  élevée  de  la  philosophie  et  de  la  théoso- 
phie,  pour  enrayer  la  réalité  du  monde  des  causes 
invisibles  et  des  purs  esprits.  Que  penser  âfun  siè- 
cle où  des  hommes  tels  que  A.  de  Humhold  attri- 
buent au  hasard  la  coïncidence  de  la  révolution  des 
astres  et  celle  des  grandes  époques  de  Vhistoire  de 
V  humanité  y  telle  que  la  conjonction  de  Saturne 
pour  Vannée  il 89,  bien  que  plus  de  vingt  astrolo- 
gues allemands,  français  ou  italiens  du  quinzième 
et  du  seizième  siècle  aient  annoncé  une  grande 
révolution  en  France  pour  cette  année  mémorable. 
En  vérité,  on  ne  saurait  trop  rappeler  à  M.  de 
Humbold  cette  maxime  sage  et  pleine  de  réserve 
de  son  illustre  ami,  M.  Arago,  savoir  :  <r  Celui  qui, 
en  dehors  des  mathématiques  pures,  prononce  le 
mo^  IMPOSSIBLE,  manque  de  prudence,  {Annuaire 
1853.) 

Que  penser  des  naturalistes,  tels  que  feu  M.  Ba- 
binet,  le  fameux  prophète  du  rien  visible  de  1857, 
qui  soutiennent  que  la  volonté  ne  franchit  pas  Vé- 
piderme,  erreur  absurde  et  ridicule,  réfutée  il  y  a 
longtemps  par  le  Mesmérisme  ou  le  Magnétisme 
biologique.  Cette  reine  des  sciences  naturelles,  qui 
sert  de  lien  entre  celles-ci  et  le  domaine  moral  et 
surnaturel,  est  malheureusement  encore  mécon- 


INTRODUCTION.  XXI 

nue  et  reniée  par  la  majorité  de  nos  académies.  Il 
faut  néanmoins  convenir,  pour  être  juste  envers 
tout  le  monde,  que  la  faute  n'en  est  pas  aux  aca- 
démies seules;  mais  elle  tient  encore  à  l'inconsé- 
quence des  disciples  de  Mesmer.  Ces  derniers,  tout 
en  s'occupant  de  la  force  vitale,  de  l'agent  de  la  vie 
elle-même,  n'osent  pas  remonter  des  effets  aux 
causes,  de  la  force  vitale  à  l'âme;  ils  s'arrêtent  à 
moitié  chemin,  n'ayant  pas  le  courage  logique  de 
franchir  le  seuil  du  monde  des  Esprits  et  de  regar- 
der en  face  les  merveilles  de  la  sphère  surnaturelle. 
Du  reste,  la  souveraineté  absolue  des  physiciens 
et  des  philosophes  sceptiques,  matérialistes,  ra- 
tionalistes et  panthéistes,  tient  avant  tout  à  la 
décadence  de  la  religion,  grâce  à  l'incapacité 
radicale  des  représentants  du  christianisme  de 
prouver  par  des  faits  irréfragables  la  réalité  d'un 
monde  surnaturel  des  causes  invisibles.  Le  clergé 
a  laissé  tomber  de  ses  mains  débiles  le  sceptre  de 
la  science,  que  les  naturalistes  et  les  sophistes 
sceptiques  ont  ramassé  pour  bafouer  la  plus 
sublime  et  la  plus  sainte  des  religions.  L'absurde 
crainte  de  démons  a  rendu  les  prêtres  et  les  théo- 
logiens orthodoxes  inaptes  à  combattre  par  la  voie 
expérimentale  les  matérialistes  et  les  incrédules. 
Cette  démonophobie  est  devenue  malheureusement 
de  nos  jours  une  véritable  démonolâtrie.  Les  prê- 
tres, ayant  peur  des  démons  et  ne  voulant  par 
conséquent  pas  s'occuper  des  phénomènes  surna- 
turels ont,  à  leur  insu,  contracté  avec  le  diable 
un  pacte,  en  vertu  duquel  le  règne  de  l'incrédulité 


XXII  PREMIÈRE   PARTIE. 

et  du  matérialisme  des  physiciens  et  le  scepti- 
cisme des  sophistes  modernes,  ce  règne  du  Démon 
par  excellence^  continue  à  subsister  dans  tout  son 
éclat,  et  tend  plutôt  vers  l'apogée  que  vers  la  dé- 
cadence. Certes,  la  plaie  la  plus  hideuse  de  nos 
jours,  est  sans  contredit  le  matérialisme  et  l'in- 
crédulité. De  là,  un  sensualisme  plus  grossier  que 
celui  des  épicuriens,  une  vie  toute  pour  les  sens 
et  pour  la  terre;  de  là,  cet  égoïsme  hideux,  source 
de  V anarchie  morale  et  sociale,  et  de  cette  disso- 
lution de  tout  ce  qui  relie  les  enfants  du  même 
Dieu;  de  là  cette  hostilité  "permanente  entre  la 
foi  et  la  raison,  la  philosophie  et  la  religion,  ces 
deux  sœurs  qui  n  auraient  jamais  dû  se  brouiller 
et  se  séparer.  Certes,  on  n'est  pas  pessimiste  en 
soutenant  qu'il  n'y   a  aujourd'hui  non-seulement 
plus  de  religion  sur  la  terre,  mais  encore  que  le 
Spiritualisme,  cette  base  unique  de  la  religion,  que 
le  doigt  de  Dieu  a  gravée  dans  le  cœur  de  tout 
homme  venant  au  monde,  a  cessé  d'être  une  in- 
tuition intime  de  l'âme  humaine.  Cette  lumière 
interne  et  inhérente  à  la  nature  de  l'homme  est 
éteinte.  L'humanité  a  renié  de  nos  jours  la  foi  en 
l'immortalité  de  l'âme  et  la  croyance  en  la  réalité 
d'un   monde    surnaturel   des  causes    invisibles, 
unique  source   des    révélations    religieuses.    En 
effet,  les  idées  innées  du  Spiritualisme  sont  inti- 
mement liées  au  sentiment  religieux  proprement 
dit  ou  à  l'idée  de  la  dépendance  de  l'absolu.  Les 
deux  idées  fondamentales  du  Spiritualisme,  sa- 
voir: l'immortalité  individuelle  de  l'âme  et  la  réa- 


INTRODUCTION.  XXIII 

lité  d'un  monde  invisible  qui  se  révèle  et  se  ma- 
nifeste de  différentes  manières  dans  notre  monde 
terrestre,  ne  sont  que  le  corollaire  nécessaire  de 
l'idée  de  Dieu,  ou  de  Tabsolu,  et  vice  versa.  On 
peut  môme  prétendre  que  l'idée  de  l'immortalité 
de  l'âme  et  la  conviction  de  ses  rapports  avec  le 
monde  surnaturel  est  plus  intime  et  plus  primi- 
tive que  celle  de  Dieu,  créateur  et  auteur  suprême 
de  l'univers.  Toutes  les  religions  positives  recon- 
naissent cette  haute  vérité,  en  n'enseignant  pas 
aux  hommes  la  doctrine  de  l'immortalité  de  l'âme, 
mais  en  la  supposant  partout.  L'essence  du  Spiri- 
tualisme consiste  en  effet  dans  la  conviction  in- 
time que  le  monde  surnaturel  des  causes  invisi- 
bles, dont  Fâme  de  l'homme  fait  partie,  a  des  rap- 
ports intimes  et  continuels  avec  le  monde  maté- 
riel des  effets  visibles,  grâce  au  gouvernement 
universel  de  la  Providence.  De  là,  les  manifesta- 
tions continuelles  et  permanentes  du  monde  invi- 
sible dans  l'histoire  de  l'humanité;  de  là,  les  mi^ 
racles  qui,  loin  de  déroger  aux  lois  de  la  nature, 
ne  sont  qu'une  condition  nécessaire  de  Vorganisa- 
tion  de  Vunivers,  de  ce  livre  immense  dans  lequel 
les  Séraphins  les  plus  élevés  n/ont  pas  encore  lu. 
Les  miracles  ne  manifestent  que  la  puissance  de 
l'Esprit  sur  la  matière,  en  suspendant  jusqu'à  une 
certaine  limite  les  effets  de  ses  forces  inertes. 

La  Bible,  ce  livre  écrit  par  la  disposition  des 
Anges,  n'enseigne  nulle  part  formellement  l'idée 
de  l'immortalité  de  l'âme,  gravée  par  l'Eternel  lui- 
même  dans  le  cœur  de  l'homme,  mais  elle  la  sup- 


XXIV  PREMIÈRE    PARTIE. 

pose  partout.  C'est  le  cri  intime  de  la  conscience 
de  Job,  lorsqu'il  dit  (chap.  XIX,  26  et  27)  :  <i  Et 
i>  loTsqu' après  ma  peau  ceci  aura  été  rongé  Jever-- 
7>  rai  Dieu  dans  ma  chair  ;  je  le  verrai  moi-même, 
))  et  mes  yeux  le  verront,  et  non  un  autre.  »  La 
conviction  profonde  de  cette  vérité,  base  unique 
de  toutes  les  autres,  a  poussé  également  le  pro- 
phète Balaam  à  s'écrier  (23,  10)  :  ce  Que  je 
y>  meure  de  la  mort  des  justes,  et  que  ma  fm  soit 
»  semblable  à  la  leur!  »  Il  en  est  de  même  d'isaïe 
qui  dit  (XXVI,  19)  :  «  Tes  morts  vivront,  même 
y>  mon  corps  mort  vivra;  ils  se  relèveront.  Réveil- 
»  lez-vous  et  vous  réjouissez  avec  chant  detriom- 
»  phe,  vous,  habitants  de  la  poussière;  car  ta  rosée 
))  est  comme  la  rosée  des  herbes,  et  la  terre  jettera 
»  dehors  les  trépassés.  » 

La  pratique  de  la  Nécromancie  selon  Samuel 
(I,  Samuel,  chap.  XXVIII,  3-25)  et  suivant  le  Deu- 
téronome  (XIII  et  XVIII)  suppose  nécessaire- 
ment la  doctrine  de  l'immortalité  de  l'âme  ;  il  en 
est  de  même  des  visions  et  des  apparitions  dont  la 
Bible  est  remplie;  nous  rappellerons  également 
ici  dans  la  mémoire  du  lecteur,  l'ascension  d'Hé- 
noc  (Genèse,  V,  24.  Hébreux,  XI,  5.  Sapience,  IV, 
10-14)  et  d'Elie  (II,  Rois,  II,  11).  Ces  ascensions 
démontrent  aussi  une  vie  à  venir  et  les  rapports 
intimes  qui  existent  entre  le  monde  des  causes  et 
celui  des  effets. 

Dieu  ayant  créé  l'homme  juste  selon  l'Ecclé- 
siaste  (VII,  29),  l'humanité  n'avait  pas  encore 
atteint  du  temps  de  la  révélation  biblique  ce  degré 


INTRODUCTION.  XXV 

de  dégradation  jusqu'à  renier  par  de  vains  dis- 
cours les  vérités  inhérentes  à  la  nature  de  Tâme, 
Les  matérialistes  passèrent  alors  pour  des  fous 
(Proverbes  I,  7.  Sapience,  III,  2),  Il  y  avait  en  effet 
du  temps  de  V ancienne  loi  et  des  prophètes  beau- 
coup  de  Polythéistes  et  une  foule  d'hommes  irréli- 
gieux, mais  même  parmi  les  contemporains  du 
Christ,  la  secte  des  Saducéens  seule  professait  des 
idées  matérialistes.  Au  surplus,  l'influence  des  Sa- 
ducéens fut  très  minime,  si  on  la  compare  à  celle 
des  Pharisiens. 

Les  traditions  sacrées  des  autres  peuples  de 
l'antiquité,  tels  que  les  Indiens,  les  Egyptiens,  les 
Perses  et  les  Grecs,  tirent  également  l'origine  de 
leurs  vérités  religieuses  (suivant  leurs  livres 
saints),  de  la  révélation  et  des  manifestations  des 
Génies  du  monde  surnaturel  et  des  Esprits  des 
Aïeux  pieux  (Mounis,  Pitris,  Mânes  et  Héros,  etc.). 
Les  penseurs  les  plus  profonds  de  ces  peuples 
admettent  non-seulement  l'immortalité,  mais 
encore  l'éternité  et  la  préexistence  des  âmes  indi- 
viduelles. C'est  pourquoi,  il  y  a  parmi  eux  des 
philosophes  qui  croient  que  les  vérités  innées  ou 
inhérentes  à  l'âme  humaine,  ne  sont  que  l'écho  de 
sa  préexistence  et  le  ressouvenir  de  ce  qu'elle  a 
appris  dans  une  autre  phase  de  son  existence. 
Parmi  les  écoles  de  la  philosophie  indienne  il  n'y 
avait  que  lesTshawakas  qui  fussent  matérialistes; 
en  Grèce  et  à  Rome,  nous  ne  pouvons  guère  ranger 
dans  cette  classe  que  l'école  de  Cyrène  et  bon  nom- 
bre de  disciples  d'Epicure.  Quant  à  Thaïes  et  à    ' 


XXVI  PREMIÈRE    PARTIE. 

l'école  Ionique,  malgré  leurs  tendances  natura- 
listes, ils  admirent  la  réalité  des  Génies  et  des 
Démons  du  monde  invisible  ;  il  en  fut  de  même 
'de  Démocrite. 

Il  n'en  est  plus  de  même  de  nos  jours,  où  le  ma- 
térialisme règne  en  souverain  absolu  sur  la  terre. 
On  se  fait  un  devoir  de  douter  de  ce  qui  n'est 
point  matériel  ni  susceptible  d'être  analysé  par  la 
chimie.  Jamais  Tesprit  n'a  répudié  avec  plus 
d'orgueil  la  vérité  des  miracles.  Qui  est-ce  qui 
croit  aujourd'hui  à  ces  sortes  de  superstitions? 
Depuis  tantôt  trois  siècles,  les  écrivains  ne  croient 
plus  à  rien.  Le  mérite  de  nos  esprits  forts  con- 
siste à  ne  rien  savoir,  et  à  douter  de  tout,  de  Dieu, 
du  bonheur  présent  et  de  la  vie  future.  Ils  ne 
s'aperçoivent  pas  que  l'esprit  vraiment  fort  ne 
reste  pas  dans  la  petite  sphère  des  choses  sen- 
sibles, mais  qu'il  se  porte  dans  la  région  des  êtres 
immatériels  pour  étudier  dans  cette  région  nulle- 
ment imaginaire  et  très  subsistante  la  nature  et  le 
pouvoir  de  ceux  qui  l'habitent.  Si  quelques  hommes 
sortent  de  l'ornière  commune,  on  les  traite  d'i- 
gnorants et  d'imbéciles;  on  jette  à  la  face  du  petit 
troupeau  de  spiritualistes  modernes,  l'épithète 
de  fou  et  de  charlatan.  L'incrédulité  a  donc  de 
nos  jours  jeté  des  racines  beaucoup  plus  pro- 
fondes que  dans  l'antiquité.  Rome,  même,  ne  per- 
dit jamais  sa  foi  religieuse  à  ce  degré;  il  est  vrai 
que  les  anciens  matérialistes  n'avaient  pas  l'appui 
des  physiciens,  les  sciences  naturelles  n'étant  pas 
cultivées  comme  aujourd'hui. 


INTRODUCTION,  XXVII 

La  religion  étant  basée  sur  le  spiritualisme, 
nous  voyons  dans  tous  les  temps  et  chez  tous  les 
peuples  la  décadence  de  la  foi  vivante  et  de  la 
charité  divine,  s'ensuivre  surtout  de  Fextinction 
des  idées  spiritualistes.  Or  la  religion  est  l'àme  de 
la  vie  sociale,  c'est  elle  seule  qui  pénètre  et  vivi- 
fie l'activité  morale  et  sociale  deFhumanité;  aussi 
la  société  manque  d'âme,  seule  puissance  qui  rat- 
tache la  terre  au  ciel  et  périt  par  le  ver  rongeur 
de  l'anarchie  et  du  despotisme,  quand  la  religion 
est  tombée  en  décadence.  Le  même  fait  se  repro- 
duit à  toutes  les  époques  critiques  de  l'histoire; 
en  Grèce  et  à  Rom_e  plus  les  dieux  s'en  allèrent, 
plus  la  gloire  et  la  liberté  furent  remplacées  par 
Fochlocratie  et  par  la  tyrannie. 

De  notre  temps,  depuis  la  grande  révolution 
française,  la  foi  religieuse  étant  tombée,  la  foi  po- 
litique ne  vécut  que  quelques  années  et  tomba 
aussi.  La  défiance  entra  dans  tous  les  cœurs  ;  le 
dévouement  ne  fut  plus  qu'un  mot.  L'intérêt  et 
Fégoïsme  devinrent  des  vertus.  L'affreuse  maxime  : 
Chacun  pour  so?'  est  adoptée  partout  le  monde. 
De  vils  fabricants  deviennent  des  millionnaires, 
en  exploitant  la  majorité  de  la  nation  qui  se 
compose  toujours  de  consommateurs,  à  l'aide 
du  système  protecteur,  système  prétendu  natio- 
nal, mais  en  vérité  aussi  antinational  qu'antihu- 
main.  Notre  siècle,  en  suivant  la  voie  fatale  du 
matérialisme  et  du  scepticisme  est  arrivé  au  pan- 
théisme grossier  et  aux  jouissances  matérielles  et 
purement  terrestres;  l'espérance  ayant   disparu 


XXVIII  PREMIERE   PARTIE. 

pour  ne  plus  renaître,  on  est  parvenu  au  règne 
honteux  des  banquiers  et  des  juifs  qui,  grâce  à 
Tagiotage  et  aux  tripotages  de  la  Bourse,  extor- 
quent les  petits  rentiers  pour  amasser  des  trésors 
que  les  vers  et  la  rouille  consument.  (Mathieu 
VI,  19.) 

L'auteur  de  ce  volume  s'est  occupé  de  philoso- 
phie, de  théosophie,  de  sciences  occultes,  d'histoire 
et  de  critique.  Il  voit  avec  peine  que  le  scepticisme 
a  remplacé  la  foi,  que  la  véritable  métaphysique  a 
été  absorbée  dans  la  logique  par  les  sophistes 
modernes,  qu'il  n'y  a  pas  aujourd'hui  plus  de  phi- 
losophie que  de  religion,  malgré  les  tentatives 
qu'on  ait  laites,  surtout  en  Allemagne,  de  conci- 
lier ces  deux  sphères  de  l'intelligence  humaine. 
Tous  ces  efforts  ont  dû  échouer,  n'étant  pas  assis 
sur  la  base  solide  d'un  spiritualisme  positif.  Toutes 
les  tentatives,  en  effet,  sont  stériles,  si  elles  man- 
quent de  la  base  solide  des  faits  irréfragables 
qu'aucun  rciisonnement  ne  saurait  renverser,  car 
un  fait  est  toujours  un  fait,  et  c'est  pour  cette  rai- 
son, que  rien  ne  peut  faire,  qu'il  n'ait  pas  existé. 
On  a  créé  une  foule  de  théories  plus  ou  moins 
ingénieuses,  ignorant  les  faits  qui  manifestent  la 
réalité  du  principe  de  la  révélation  directe  d'un 
monde  surnaturel  que  l'on  ne  saurait  confondre 
avec  la  révélation  indirecte,  modifiée  grâce  au 
génie  spécial  de  l'homme  inspiré  par  Tesprit  ou 
par  les  anges  de  Dieu.  Les  philosophes,  dans  leurs 
tentatives  de  concilier  la  philosophie  avec  la  reli- 
gion, la  foi  avec  la  raison,  ont  absorbé  la  religion 


INTRODUCTION.  XXIX 

comme  une  sphère  inférieure  dans  la  philosophie  ; 
les  théologiens  orthodoxes,  de  leur  côté,  ont  sacri- 
fié la  philosophie  à  la  religion,  c'est-à-dire  les  exi- 
gences légitimes  de  la  raison  à  une  foi  aveugle, 
à  l'autorité  infaillible  des  traditions  religieuses, 
émanées  d'une  source  divine  et  basées  sur  le 
témoignage  historique  du  passé.  Certes,  loin  de 
nous  de  nier  la  haute  importance  du  témoignage 
des  siècles  passés,  mais  il  faut  bien  convenir  que 
ce  témoignage  historique  ne  suffit  plus  de  nos 
jours;  notre  siècle  exige  plus  de  preuves  et  de 
démonstrations  palpables  de  la  réalité  du  monde 
surnaturel.  Ceux  même  qui  ont  gardé  une  foi  res- 
pectueuse à  l'Eglise  ne  se  contentent  plus  de  ses 
preuves  incomplètes,  concernant  l'origine  céleste  * 
des  révélations  contenues  dans  la  Bible,  ce  beau 
recueil  qui  contient  la  haute  sagesse  de  Dieu, 
enseignée  aux  hommes  par  la  disposition  des 
Anges.  Quant  aux  preuves  tirées  de  l'excellence  de 
la  doctrine  morale  du  christianisme,  elles  sont 
loin  d'être  suffisantes;  ces  preuves  ne  sauraient 
avoir  qu'une  valeur  secondaire,  de  même  que  les 
démonstrations  morales  de  l'immortalité  de  l'âme. 
Le  Christ  et  les  Apôtres  ont  surtout  insisté  sur  leurs 
œuvres  et  sur  leurs  miracles^  pour  confirmer  leur 
mission  céleste. 

Il  en  est  de  même  de  la  démonstration  qui  ré- 
sulte de  l'expérience  interne  de  l'homme,  preuve 
qui  ne  saurait  avoir  qu'une  valeur  subjective  et 
personnelle,  tout  homme  n'ayant  pas  ici-bas  la 
chance  d'acquérir  cette  expérience,  ce  développe- 


XXX  PREMIERE   PARTIE. 

ment  de  la  vie  religieuse  interne,  qui  n'est  qu'une 
insigne  faveur  du  ciel,  grâce  au  souffle  de  l'esprit 
de  Dieu.  On  sait  d'ailleurs  que  le  Christ  et  les  apô- 
tres ont  regardé  leurs  œuvres,  et  principalement 
leurs  miracles  comme  l'unique  critérium  de  leur 
foi.  Il  faut,  en  effet,  reconnaître  l'arbre  aux  fiuits. 
Or,  le  Christ  et  les  apôtres  n'admettent  que  la  foi 
qui  opère  des  prodiges. 

Nous  engageons  donc  tous  ceux  qui  ont  consa- 
cré leur  vie  au  service  religieux,  à  bien  examiner 
les  maux  particuliers  et  spéciaux,  dont  notre  siè- 
cle est  atteint,  pour  pouvoir  y  remédier,  en  ra- 
menant la  foi  et  l'espérance  parmi  les  peuples. 
Or  y  c'est  un  fait  constaté  par  V  histoire  de  Vhu- 
mahitéj  que  la  grande  plaie  de  V antiquité  con- 
sistait dans  la  tendance  au  polythéisme,  au  culte 
des  Esprits,  des  génies  et  des  aïeux  en  parti- 
culier, tandis  que  de  nos  jours  Vhumanité  est 
tombée  dans  Vexcès  du  matérialisme.  Il  faut  donc 
avant  tout  réhabiliter  les  idées  du  Spiritua- 
lisme ;  il  faut  démontrer  par  la  voie  expérimen- 
tale que  l'âme  est  immortelle,  que  la  mort  n'est 
qu'un  voyage  ou  passage  d'une  sphère  infé- 
rieure et  matérielle  dans  une  sphère  supérieure 
et  spirituelle;  il  faut  prouver  qu'il  n'y  a  point  d'in- 
terruption dans  l'existence  de  ceux  qui  ont  quitté 
la  terre,  que  nos  amis  et  nos  parents  morts  se 
rencontrent,  se  reconnaissent  et  s'aiment  non-seu- 
lement dans  la  sphère  spirituelle,  mais  qu'ils  con- 
tinuent encore  à  avoir  des  rapports  avec  nous, 
grâce  à  la  providence  universelle  de  Dieu  qui  a 


INTRODUCTION.  XXXI 

établi  des  relations  réciproques  entre  tous  les  êtres 
de  l'univers.  Il  faut  démontrer  que  ces  esprits 
sympathiques  sentent  surtout  un  attrait  invinci- 
ble pour  nous,  que  la  mort  même  est  impuissante 
à  effacer;  que  ces  esprits  yious  consolent^  nous  gui- 
dent, nous  avertissent  et  nous  inspirent  souvent  à 
notre  insu. 

Certes,  ces  pensées  sont  bien  douces  et  bien  con- 
solantes! 

En  effet,  il  n'y  a  pas  un  seul  chrétien  qui  refu- 
serait de  recevoir  une  preuve  matérielle  et  morale 
à  la  fois  de  l'existence  de  l'âme  dans  un  monde 
meilleur,  telle  que  le  phénomène  de  récriture 
directe  des  Esprits. 

Lorsque  nous  perdons  ceux  qui  nous  sont  chers, 
nous  nous  jetons  dans  les  bras  de  la  religion;  mais 
malgré  l'espérance  que  nous  puisons  à  cette 
source,  tous  les  hommes  désirent  intérieurement 
avoir  une  preuve  matérielle  de  l'immortalité  de 
l'âme.  Il  faut  donc  démontrer  par  des  faits  palpa- 
pies  et  sensibles  la  réalité  substantielle  du  monde 
des  Esprits;  il  faut  montrer  des  miracles,  et  le 
monde  finira  par  y  croire,  aucun  raisonnement  ne 
pouvant  jamais  parvenir  à  faire  qu^un  fait  bien 
constaté  n^aitpas  existé.  Eh  bien,  c'est  ce  que  nous 
ferons  dans  ce  volume,  étant  intimement  convain- 
cus, qu'une  démonstration  aussi  palpable,  aussi 
sensible  et  évidente  que  celle  de  notre  phénomène 
donnera  un  zèle  enthousiaste  à  la  pensée  conso- 
lante de  la  vie  future  et  la  rendra  absolue  en  pré- 
parant la  conversion  de  tous  les  hommes  aux 


XXXII  PREMIÈRE    PARTIE. 

bénédictions  de  la  véritable  foi.  Il  faut  donc  déplo- 
rer l'aveuglement  et  l'inconséquence  delà  plupart 
des  chrétiens  prétendus  orthodoxes.  Ces  grands 
professeurs  de  croyance  dans  le  monde  spirituel, 
ces  partisans  des  miracles  bibliques,  ne  croient 
qu'aux  miracles  basés  sur  les  traditions  du  passé 
et  refusent  obstinément  de  croire  aux  phénomènes 
merveilleux  de  nos  jours,  bien  que  le  gouverne- 
ment universel  de  la  Providence  soit  resté  le 
même,  bien  que  les  lois  qui  gouvernent  le  monde 
n'aient  pas  varié,  bien  que  saint  Luc  lui-même  ait 
dit  (chap.  I,  70)  que  les  saints  prophètes  ont  été  de 
tout  temps.  En  effet,  la  révélation  divine  est  uni- 
verselle; nous  ne  pouvons  pas  supposer  que  la 
Divinité  juste  et  impartiale,  fasse  pour  un  peuple 
ce  qu'elle  refuserait  absolument  de  faire  pour  une 
autre  nation.  Saint  Jean  dit(Ev.  Jean  I,  9)  que  la, 
lumière  divine  éclaire  tout  homme  venant  au 
monde.  L'Ancien-Testament  admet  également  l'u- 
niversalité de  la  révélation  divine,  bien  qu'il  y  ait 
des  degrés  différents  de  cette  révélation  et  que  les 
Israélites  soient  sous  ce  rapport  particulièrement 
privilégiés,  car  suivant  les  Nombres  (XXIII,  9),  le 
prophète  Balaam  dit  :  «  Ce  peuple  habitera  à  part, 
et  il  ne  sera  point  mis  entre  les  nations.  »  Au  sur- 
plus, l'exemple  de  Balaam  prouve  que,  tout  étran- 
ger qu'il  fût,  il  avait  des  communications  célestes, 
étant  inspiré  par  les  Anges  de  l'Eternel.  Il  résulte 
de  même  de  la  Genèse  que  la  ^révélation  fut  sur- 
tout universelle  dans  les  temps  primitifs,  appelés 
avec  raison  Vâge  d^or  de  l'humanité,  suivant  les 


INTRODUCTION.  XXXIII 

traditions  unanimes  de  tous  les  peuples  de  l'an- 
tiquité. 

Le  petit  nombre  des  chrétiens  orthodoxes  qui 
sont  obligés  d'admettre  la  réalité  des  phénomènes 
merveilleux  de  nos  jours,  ne  pouvant  faire  que  des 
faits  palpables  et  faciles  à  prouver  par  des  expé- 
riences répétées,  n'aient  pas  existé,  les  croient 
émanés  du  pouvoir  diabolique  ;  ils  attribuent  aux 
démons  tous  les  phénomènes  mystérieux  et  mer- 
veilleux qui  ont  eu  lieu  dans  les  derniers  siècles. 
Selon  ces  docteurs  orthodoxes^  le  diable  est  le 
souverain  maître  de  l'univers,  tandis  que  le  bon 
Dieu  est  relégué  comme  un  vieux  saint  suranné  et 
impotent  dans  une  niche  de  l'univers.  On  vient 
même  d'imprimer  de  nos  jours  de  petits  traités 
religieux  à  Genève,  suivant  lesquels  l'Eternel,  en 
sa  qualité  de  Juge  Suprême  de  l'univers,  est  com- 
paré au  vieux  Isaac  affaibli.  De  même  que  ce  pa- 
triarche ne  pouvait  plus  distinguer  ses  fils,  de 
même  on  espère  tremper  Dieu  lors  du  dernier  ju- 
gement, en  se  revêtant  de  la  robe  sans  tache  du 
Christ,  sans  que  la  foi  se  soil  manifestée  par  les 
œuvres.  Attribuer  tout  au  diable,  c'est  un  contre- 
sens inexplicable,  et  qui  a,  en  outre,  le  tort  de 
n'être  nullement  conforme  à  la  lettre  ni  à  l'esprit 
de  la  parole  de  Dieu,  le  Christ  lui-même  ayant 
dit  qiCon  ne  reconnaîtra  l'arbre  qu'aux  fruits.  Il 
est  triste  de  voir  FEglise  chrétienne  tout  entière 
atteinte  de  cette  folie  absurde,  grâce  à  l'astuce 
rusée  de  Satan,  qui  est  parvenu  à  faire  des  repré- 
sentants du    christianisme    tes  défenseurs  prin- 

3 


XXXIV  PREMIERE   PARTIE. 

cipaux  de  son  empire  de  ténèbres,  c'est-à-dire 
du  matérialisme.  En  vérité,  les  théologiens  de 
notre  temps  prendraient  plus  encore  que  les  an- 
ciens pharisiens,  le  Christ,  s'il  revenait  dans  le 
monde,  pour  un  démoniaque  ou  pour  un  fou.  Selon 
saint  Jean  (X,  19-21)  :  «  Il  y  eut  encore  de  la  di- 
»  vision  parmi  les  Juifs  à  cause  de  ces  discours, 
i>  car  plusieurs  disaient  \  Il  a  un  démon  et  il  est 
))  hors  du  sens;  pourquoi  l'écoutez-vous?  Et  les 
y>  autres  disaient  :  Ses  paroles  ne  sont  point  d'un 
))  démoniaque;  le  démon  peut- il  ouvrir  les  yeux 
D  d'un  aveugle?  »  —  Hélas  I  de  nos  jours  la  dé- 
monophobie  a  fait  encore  plus  de  progrès,  puisque 
nos  théologiens  croient  même  aux  guérisons  dé- 
moniaques. Des  pasteurs  protestants,  tels  que  feu 
M.  Adolphe  Monod,  n'ont  pas  osé  recourir  au 
magnétisme,  ne  voulant  pas  être  guéri  par  un 
remède  démoniaque.  Son  ami,  M.  le  pasteur 
Meyer,  croit  encore  que  le  somnambulisme  est  un 
moyen  démoniaque,  un  produit  infernal  de  Fes- 
prit  de  Python  et  que  le  chrétien  ne  doit  par  con- 
séquent jamais  faire  usage  de  ce  remède,  dût-il 
même  lui  être  salutaire!  —  Aussi,  M.  Adolphe 
Monod,  aveuglé  par  ces  préjugés  démoniaques,  a 
préféré  les  soins  que  lui  prodiguait  son  frère,  mé- 
decin habile,  à  qui  il  est  arrivé  un  jour  de  con- 
fondre la  petite  vérole  avec  la  fièvre  typhoïde. 
Quant  à  nous,  spiritualistes,  nous  nous  rangeons 
de  l'avis  de  ces  Juifs  qui  ne  croyaient  pas  aux  gué- 
risons démoniaques;  nous  acceptons  à  la  lettre  la 
parole  du  Christ  :    <r  Reconnaissez  V arbre  à  ses 


INTRODUCTION.  XXXV 

y>  fruits,  »  Nous  nous  servons  de  la  marque  de 
saint  Jean  y  qui  dit  dans  sa  première  épître 
(I  Jean,  chap.  IV,  2)  :  «  Tout  Esprit  qui  con- 
fesse que  Jésus-Christ  est  venu  en  chair ^  est  de 
Dieu  :  d  pour  reconnaître  un  bon  Esprit,  les  pas- 
teurs voudraient  ajouter  quelque  chose  à  la  parole 
de  Dieu,  pour  la  réduire  à  la  portée  de  leur  intel- 
ligence bornée;  mais  nous,  spiritualistes,  nous 
acceptons  la  haute  sagesse  de  Dieu  révélée  aux 
hommes  par  la  disposition  des  Anges,  pleinement, 
sans  y  modifier  une  phrase  ou  une  virgule. 

C'est  au  milieu  de  telles  idées  que  Fauteur  de  ce 
volume  a  pris  la  défense  du  monde  surnaturel,  en 
prouvant  sa  réalité  par  un  grand  nombre  de  faits 
irréfragables  et  par  des  expériences  qu'il  a  pu, 
jusqu'ici,  répéter  en  présence  des  incrédules,  grâce 
à  la  miséricorde  infinie  de  Dieu. 

Il  faudrait  avoir  vraiment  du  courage  et  de  l'au- 
dace pour  oser  faire  paraître  en  plein  dix-neu- 
vième siècle  un  livre  aussi  mystérieux  et  étrange, 
si  l'auteur  ne  savait  pas  que  les  faits  merveilleux 
que  ce  volume  contient  ont  de  l'analogie  avec  les 
phénomènes  sur  lesquels  toutes  les  religions  posi- 
tives, toutes  les  traditions  sacrées  et  les  mytholo- 
gies  de  tous  les  peuples  sont  basées.  Quant  aux 
idées  et  aux  opinions  qu'il  avance,  elles  sont  d'ac- 
cord avec  les  croyances  de  soixante  siècles.  Il  n'y 
a  que  le  dix-huitième  siècle  et  les  soixante-dix  ans 
du  dix-neuvième  (exclusivement  adonnés  à  l'étude 
des  sciences  prétendues  exactes,  à  une  critique 
sceptique  et  négative,  et  surtout  au  culte  du  veau 


XXXVI  PREMIERE   PARTIE. 

d'or,  inauguré  par  rindustrie  et  le  commerce),  qui 
aient  professé  des  idées  diamétralement  opposées 
au  spiritualisme,  en  reniant  les  anciens  systèmes 
religieux. 

Nous  savons  donc  bien  que  le  spiritualisme  est 
incompréhensible  aux  esprits,  tels  que  la  philoso- 
phie   sceptique,  l'étude    exclusive    des    sciences 
exactes  etlacritique  historique  les  ont  faits.  Mais  au 
milieu  de  ces  sociétés  sceptiques,  il  reste  toujours 
des  hommes  qui  ont  pour  mission  de  faire  revivre 
les  anciennes  croyances,  afin  de  ramener  la  foi  et 
l'espoir  parmi  les  peuples.  Or,  si  l'auteur  réussit 
à  faire  examiner  et  peser  les  faits  que  contient  ce 
volume  par  ces  esprits  sérieux,  il  croit  avoir  atteint 
son  but,  étant  convaincu  que  ces  phénomènes 
merveilleux  vont  porter  un  coup  mortel  au  maté- 
rialisme, au  scepticisme,  au  rationalisme  et  au 
panthéisme  logique.  L'auteur  croit  avoir  jeté  les 
premiers  fondements  d'une  science  positive  du 
spiritualisme,  en  établissant  la  croyance  aux  Es- 
jjrits  du  monde  invisible  sur  une  base  inébran- 
lable. Ce  volume  est  avant  tout,  un  livre  rempli  de 
faits  et  d'expériences.  L'auteur  y  traitera  du  spi- 
tualisme  en  général  et  des  obstacles  que  cette 
doctrine  a  rencontrés  dans  le  courant  des  siècles, 
à  mesure  que  l'humanité  s^éloignait  des  sources 
primitives  de  la  révélation.  Nous  relevons  surtout 
les  deux  obstacles  principaux  qui  ont  arrêté  et  en- 
travent encore  le  progrès  du  spiritualisme  depuis 
le  moyen-âge,  c'est-à-dire  le  scepticisme  matéria- 
liste et  la  démonophohie. 


INTRODUCTION.  XXXYII 

Le  public  lettré  sait  que  la  démonophoUe  mo- 
derne a  pris  un  grand  essor  surtout  au  'moyen- 
âge,  étant  le  produit  des  superstitions  absurdes 
de  cette  période  de  ténèbres,  qui  n'a  été  qu'un 
long  sommeil  de  la  pensée  durant  dix  siècles 
consécutifs.  L'autre  obstacle,  qui  consiste  dans 
le  matérialisme,  a  pris  naissance  au  prétendu 
siècle  des  lumières,  et  règne  encore  de  nos  jours 
en  maître  absolu  dans  nos  écoles,  grâce  à  l'étude 
exclusive  des  sciences  dites  exactes,  grâce  à  la 
critique  négative  et  absurde  de  nos  historiens, 
de  nos  philologues  et  archéologues,  grâce  aux 
tendances  sceptiques  et  panthéistes  de  la  philo- 
sophie moderne,  dans  laquelle  la  véritable  méta- 
physique ou  la  haute  philosophie  des  causes  invi- 
sibles, étant  absorbée  dans  la  logique,  ne  tient 
plus  aucune  place. 

Après  avoir  esquissé  les  traits  généraux  de  la 
décadence  graduelle  du  spiritualisme  et  des 
religions  positives  et  révélées,  depuis  que  l'hu- 
manité s'est  écartée  de  la  direction  primitive 
des  dieux  et  des  génies  ou  de  l'âge  d'or  de  l'in- 
nocence, l'auteur  rapporte  les  phénomènes  des 
traditions  religieuses  qui  offrent  une  analogie 
plus  ou  moins  frappante  avec  l'écriture  directe 
des  Esprits,  tels  que  la  révélation  directe  du  Déca- 
logue,  l'écriture  directe  durant  le  grand  festin  du 
roi  Belsatzar,  la  statue  parlante  de  Memnon  et  les 
manifestations  directes  des  Esprits  dans  les  lieux 
fatidiques  ou  hantés  qui  sont  d'une  haute  impor- 
tance pour  l'écriture  directe  des  Esprits" 


XXXVIII  PREMIERE  PARTIE, 

Puis  rautcur  fait  mention  en  peu  de  mots  de  ses 
recherches  et  de  ses  expériences  dans  le  domaine 
du  spiritualisme,  qui  ont  abouti  au  résultat  mer- 
veilleux de  l'écriture  directe  des  Esprits;  il  insiste 
surtout  sur  les  moyens  et  sur  les  conditions  in- 
dispensables, pour  obtenir  le  phénomène  de  l'é- 
criture directe;  il  indique  les  différents  degrés 
d'initiation  dans  les  mystères  de  la  Magie  et  de  la 
Théurgie. 

L'auteur  est  possesseur  de  plus  de  deux  mille 
écritures  directes  en  vingt  langues  diverses;  il  en  a 
fait  un  petit  choix  des  plus  mémorables,  pour  ne 
pas  rendre  ce  volume  trop  volumineux.  C'est  aussi 
pour  cette  raison  que  l'auteur  ne  publie  que  quel- 
ques extraits  des  écrits  des  Esprits  sympathiquesy 
c'est-à-dire  des  esprits  des  parents  et  des  amis 
défunts  de  l'auteur;  il  est  vrai  que  la  plupart  de  ces 
épîtres  ou  lettres  d'outre -tombe,  contenues  sou- 
vent dans  plusieurs  pages,  ne  renferment  que  des 
conseils  et  des  détails  trop  intimes  pour  que  l'on 
puisse  les  livrer  au  public;  néanmoins,  l'auteur 
qui  possède  plus  de  deux  cents  écrits  de  ces  Esprits 
sympathiques,  en  donne  quelques  extraits,  parce 
que  ces  lettres  ont  une  certaine  importance,  l'iden- 
tité de  la  main  et  de  la  signature  pouvant  être 
constatées  surtout  par  ceux  qui  ont  également 
connu  ces  individus  durant  leur  vie  terrestre. 

Les  écrits  grecs  et  latins  contiennent  des 
maximes  de  philosophie  et  de  morale,  ayant  prin- 
cipalement rapport  à  la  vie  future  des  hommes,  ou 
des  versets  du  Nouveau-Testament  ayant  également 


INTRODUCTION.  XXXIX 

trait  à  limmortalité  et  à  l'avenir  glorieux  des  en- 
fants de  Dieu. 

Les  rois  et  les  reines  de  France,  depuis  Dagobert 
jusqu'à  Louis  XVIII,  depuis  la  reine  Blanche  jus- 
qu'à Marie-Antoinette,  ont  tracé  quelques  figures 
magiques  et  les  initiales  de  leurs  noms  sur  leurs 
monuments  à  Saint-Denis  ou  à  Versailles  et  à 
Fontainebleau;  nous  en  publions  quelques-unes, 
telles  que  celles  de  saint  Louis,  de  François  1"'  et 
de  Marie- Antoinette,  de  Marie-Stuart,  etc. 

Ces  figures  magiques,  tracées  directement  par 
les  Esprits,  ont  opéré  quelquefois  des  guérisons 
instantanées,  si  on  les  applique  aux  malades,  con- 
formément aux  ordonnances  du  médium  ou  de  la 
somnambule  de  l'auteur,  endormie  par  lesdites 
figures. 

Les  Fac-similé  de  toutes  les  écritures  directes 
des  Esprits  ont  été  exactement  calqués  sur  l'ori  - 
ginal. 

La  seconde  partie  de  ce  volume  contient  les 
preuves  historiques  du  spiritualisme.  Nous  re- 
montons aux  sources  spiritualistes  des  livres  sa- 
crés et  des  traditions  religieuses  des  Indiens,  des 
Chinois,  des  Perses,  des  Egyptiens,  des  Grecs,  et 
ries  Romains,  en  y  intercalant  les  idées  des  philo- 
sophes indiens  et  grecs  et  des  rahhins.  VInde,  ce 
berceau  de  la  race  aryemie,  forme  le  centre  au- 
tour duquel  nous  groupons  les  idées  des  autres 
peuples  de  l'antiquité,  en  les  illuminant  quelque- 
fois par  la  clarté  resplendissante  de  la  Bible  et 
surtout  de  cette  loi  majestueuse  que  Jéhovah  lui- 


XL  PREMIÈRE   PARTIE. 

même  a  gravée  dans  les  deux  tables  qu'il  remit  à 
Moïse  sur  le  Sinaï.  Nous  résumons  les  idées  de 
l'antiquité  sur  la  hiérarchie  céleste,  sur  les  génies 
et  les  démons,  sur  l'immortalité,  l'éternité  et  la 
préexistence  de  l'âme,  sur  le  corps  éthéré  et  maté- 
riel, enfin  sur  les  diverses  phases  de  l'expiation 
de  l'âme  jusqu'à  sa  délivrance  finale;  puis  nous 
traitons  des  rapports  des  Esprits  avec  les  hom- 
mes, des  manifestations  directes  des  génies  et  de 
Finspiration,  ou  des  révélations  indirectes  des  Es- 
prit-s  par  l'intermédiaire  des  voyants,  des  pro- 
phètes, des  extatiques,  des  oracles,  des  pythies  et 
des  sybilles. 


CHAPITRE  I. 
Spiritualisme  de  l'antiquité, 


Le  spiritualisme  n'est  pas  \ine  doctrme  nouvelle.  Les 
éléments  de  cette  philosophie,  basée  sur  les  idées  innées 
et  inhérentes  à  la  nature  humaine,  sont  presque  aussi 
anciens  que  le  monde.  On  en  rencontre  des  traces  chez 
tous  les  peuples,  en  remontant  aux  temps  les  plus  recu- 
lés de  leurs  traditions  historiques.  Le  spiritualisme,  c'est 
un  fait  primitif,  constaté  par  les  annales  de  l'humanité 
et  par  l'analyse  des  facultés  de  l'homme  individuel,  par 
la  psychologie.  Le  spiritualisme,  c'est  cette  lumière  sur- 
naturelle, cette  étincelle  céleste  de  l'esprit  de  Dieu,  qui 
éclaire  tout  homme  venant  au  monde.  Quant  au  sentiment 
moral,  il  est  Yesse?ice  de  cette  lumière  qui  éclaire  tout 
homme  venant  au  monde,  au  point  de  vue  pratique. 
Dans  l'origine,  on  ne  saurait  séparer  l'inspiration  interne 
de  la  révélation  externe  ;  la  lumière  interne^  qui  éclaire 
tout  homme,  venant  au  monde,  n'est  que  le  reflet  de  la 
révélation  universelle  de  la  Providence.  En  eff'et,  l'homme 
n'étant  qu'un  Micro-cosme,  dépend  toujours  de  la  vie 
universelle  de  l'univers  ou  du  Macro-cosme.  Or,  toute 
tendance  des  penseurs  de  vouloir  rompre  le  lien  intime 
qui  subsiste  entre  le  subjectif  et  l'objectif,  est  d'autant 
plus  irrationnelle  et  absurde,  qu'elle  détruit  le  principe 
de  la  solidarité  qui  fait  de  l'Univers  im  grand  tout  y  or- 
ganisé selon  les  lois  éternelles  et  les  rapports  nécessaires 
qui  résultent  de  la  nature  des  choses. 


Z  CHAPITRE   I. 

Le  Spiritualisme,  c'est  Fintuition  première  de  l'àme  à 
son  réveil.  L'idée  du  spiritualisme  est  par  cette  raison 
intimement  liée  au  sentiment  religieux  et  moral  ou  à 
l'idée  de  la  dépendance  de  V absolu  etdeVinfini.  On  pour- 
rait presque  soutenir  que  ces  deux  sentiments  ou  plutôt 
germes  d'idées  à  l'état  d'instincts,   ces  deux  idées  en 
herbe,  si  Ton  veut,  se  confondent  l'une  avec  l'autre  en 
formant  ce  qu'on  appelle  le  sens  interne  ou  spirituel  de 
l'homme.  En  effet,  les  deux  idées  fondamentales  du  spi- 
ritualisme, savoir  celle  de  l'immortalité  de  l'âme  et  celle 
de  la  révélation  du  monde  invisible  des  purs  Esprits,  ne 
sont  que  le  corollaire  de  l'idée  de  Dieu  ou  de  \ absolu  et 
vice  vei'sâ.  L'idée  de  l'immortalité  de  l'âme  et  celle  de 
Texistenco  réelle  et  substantielle  des  êtres  spirituels,  est 
même  plus  primitive,  plus  intime  encore  que  celle  de  la 
Divinité,  cause  suprême  de  l'univers  ;  car  il  n'y  a  que 
l'esprit  de  l'homme  seul  qui  puisse  témoigner  de  la  réa- 
lité de  cet  Etre  invisible  et  incompréhensible,  que  per- 
sonne n'a  vu,  et  dont  on  ne  pourra  sonder  la  profondeur, 
les  séraphins  les  plus  élevés  ne  pouvant  pas  même  le 
pénétrer.  C'est  précisément  pour  cette  raison,  que  la 
conviction  de  l'immortalité  de  l'âme  est  plus  intimement 
gravée  dans  le  cœur  de  l'homme  que  celle  de  Dieu  lui- 
même,  ainsi  qu'il  résulte  des  annales  de  tous  les  peu- 
ples et  des  récits  des  voyageurs  qui  ont  fréquenté  les 
contrées  habitées  par  les  j)euples  les  plus  sauvages.  Le 
spiritualisme  est  donc  non-seulement  la  véritable  base 
subjective  du  sentiment  religieux  inhérent  à  la  nature  de 
l'âme,  mais  encore  la  base  objective,  l'unique  source  de 
toutes  les  religions  historiques.  C'est  un  fait  bien  cons- 
taté, par  tous  les  érudits  impartiaux,  que  les  traditions 
sacrées  de  tous  les  peuples  tirent  leur  origine  d'une  ré- 
vélation plus  ou  moins  directe,  ou  d'une  communication 


SPIRITUALISME  DE  l' ANTIQUITÉ.  3 

céleste  quelcon(|uo.  Or,  le  principe  do  la  révélation  sup- 
pose la  réalité  d'un  monde  supérieur  des  causeSy  qui  se 
manifeste  plus  ou  moins  directement  dans  le  monde 
inférieur  des  effets.  Aussi  les  légendes  religieuses  et  les 
livres  saints  do  tous  les  peuples,  parlent  de  l'intervention 
des  dieux,  des  demi-dieux,  des  Anges;  des  Esprits,  etc., 
pour  enseigner  aux  hommes  les  vérités  religieuses  et 
morales;  les  traditions  religieuses  de  tous  les  peuples 
sont  remplies  de  visions  et  d'apparitions,  à  l'aide  des- 
quelles les  êtres  supérieurs  et  immatériels,  entrent  en 
rapport  avec  les  hommes,  pour  les  instruire  et  les  pré- 
server des  dangers  et  des  accidents  majeurs,  etc.,  etc.. 
Les  apparitions  ont  lieu,  tant  à  l'état  de  veille  qu'à  l'état 
de  sommeil.  Les  prophètes,  les  voyants,  les  sybilles  et 
les  pythies,  les  oracles,  en  un  mot,  ont  des  communi- 
cations avec  des  génies  supérieurs,  qui  les  inspirent  et 
les  mettent  à  même  de  prédire  l'avenir,  de  lire  dans  les 
destinées  des  individus  et  des  peuples.  Les  voyants,  les 
hommes  inspirés,  les  prophètes  et  les  oracles  ont  été  les 
fondateurs  des  croyances  religieuses  et  morales  et  les 
organisateurs  de  la  mythologie  et  des  traditions  sacrées. 
Les  oracles  et  les  prophètes  étaient  les  chefs  des  na- 
tions de  l'antiquité  sous  le  rapport  intellectuel  et  moral  ; 
ils  précédèrent  l'établissement  des  institutions  politiques 
de  l'antiquité.  Il  n'y  a  du  reste  que  les  dieux  qui  inspi- 
rent les  oracles,  afin  que  ceux-ci  puissent  annoncer  aux 
peuples  les  décrets  émanés  de  l'Olympe  et  dévoiler  les 
secrets  de  l'avenir.  Aux  yeux  des  anciens,  l'homme  seul, 
entre  tous  les  êtres  vivants,  jouit  du  privilège  d'être  en 
relation  avec  les  dieux.  La  nuit  dans  ses  songes,  le  jour 
par  le  vol  des  oiseaux,  par  les  entrailles  des  victimes, 
par  des  exhalaisons  souterraines,  enfin  par  mille  présages 
divers,  les  dieux  parlent  à  ses  sens  pour  manifester  à 


4  CHAPITRE    I. 

son  intelligence,  soit  le  présent,  soit  l'avenir.  Ainsi  donc, 
il  n'y  avait  dans  les  énigmes  des  prêtres  de  l'antiquité, 
ni  raisonnements,  ni  démonstrations  théologiques,  mais 
seulement  une  révélation,  une  manifestation  surnatu- 
relle. Cet  enseignement,  parla  révélation,  ne  ressemblait 
en  aucune  manière  aux  enseignements  jwétendus  reli- 
gieux, ou  plutôt  à  cette  exposition  dogmatique  qu'on  fit 
plus  tard  aux  époques  sceptiques.  On  écoutait  religieu- 
sement les  prophètes  des  premiers  temps;  on  raillait  ceux 
qui  leur  succédaient.  C'est  que  les  premiers  ne  parlaient 
que  par  inspiration  et  avec  conscience,  tandis  que  les 
seconds,  hommes  de  métier  (caste  de  prêtres,  clergé  lévi- 
tique),  ne  croyaient  souvent  plus  aux  doctrines  qu'ils  prê- 
chaient dans  les  temples  et  aux  oracles  qu'ils  firent  ren- 
dre dans  leurs  antres  et  sur  leurs  trépieds. 

Il  n'y  a  donc  jamais  eu  de  religion  positive  sans  la 
théophanie.  Certes,  il  en  est  des  degrés  infinis,  si  l'on 
compare  les  difî"érentes  révélations.  Loin  de  nous  la 
pensée  de  vouloir  confondre  la  révélation  directe  du 
Décalogue,  cette  loi  sublime  que  le  Christ  seul  a  pu 
accomplir  ici-bas ,  avec  les  traditions  sacrées  des  autres 
peuples,  telles  que  le  Véda,  leZend,  les  livres  Sybil- 
lins,  etc.,  etc.  Nous  ne  mettrons  donc  pas  au  môme 
niveau  la  loi  la  plus  parfaite,  venant  directement  de 
l'Eternel  lui-même^  avec  les  révélations  religieuses  des 
autres  peuples,  mais  nous  croyons  aussi  que  leurs  tradi- 
tions sacrées  renferment  des  communications  célestes. 
Il  y  eut  même,  chez  ces  peuples  de  l'antiquité,  plus  tard, 
lorsque  l'ancienne  ère  théogonique  et  révélatrice  fut  close, 
et  que  la  religion  fut  en  pleine  décadence,  des  hommes 
revêtus  d'une  mission  divine,  des  réformateurs  tels  que 
Laot-seu,  Cont-seu,  Pythagore,  Zoroastre,  etc.,  de  même 
que  les  Juifs  avaient  leurs  prophètes.  Nous  ne  pouvons 


SPIRITUALISME   DE   L' ANTIQUITE.  5 

pas  supposer  que  la  Divinité  juste  et  impartiale  fasse 
pour  un  peuple  ce  qu'elle  refuserait  absolument  à  une 
autre  nation.  Il  faut  donc  admettre  la  révélation  univer- 
selle de  JDieUy  dont  il  y  a  des  traces  dans  toutes  les  reli- 
gions historiques.  La  Bible  même,  tout  en  prétendant 
que  les  Israélites  sont,  sous  ce  rapport,  particulière- 
ment privilégiés,  reconnaît  pourtant  l'universalité  de  la 
révélation  divine,  qui  offre  une  analogie  frappante  avec 
la  Providence  universelle  de  Dieu.  Ce  caractère  uni- 
versel de  la  révélation  primitive  résulte  surtout  de  la 
lettre  et  de  l'esprit  de  la  Genèse.  Saint  Luc  même  dit 
(chap.  I,  70)  que  les  saints  jjrophètes  07it  été  de  tout 
temps.  Balaam  fut  également  inspiré  par  l'Ange  de 
l'Eternel  (Nombres  XXII  et  XIII),  bien  qu'il  ne  fût  pas 
Israélite.  Saint  Jean  (I.  9)  dit  que  la  lumière  divine 
éclaire  tout  homme  venant  au  monde. 

Le  comte  de  Maistre  dit  :  ce  Tout  s'explique  dans  ce 
monde  que  nous  voyons,  par  un  autre  inonde  que  nous 
ne  voyons  pas.  » 

Lamartine  (YIIP  Entretien)  dit:  cdl  y  a  dans  le  monde 
deux  mondes,  le  monde  qu'on  voit  et  le  monde  invi- 
sible ;  l'un  est  aussi  certain  que  l'autre,  quoiqu'il  ne 
tombe  pas  sous  le  sens,  parce  qu'il  tombe  sous  le  sens 
des  sens  qui  est  l'intelligence.  Je  plains,  sans  les  con- 
damner, ceux  qui  ne  croient  pas  au  monde  invisible. 
Quant  à  moi,  j'y  crois  mille  fois  plus  fermement  c[u'à  ce 
monde  visible;  car  je  crois  à  l'œuvre  de  l'intelligence 
mille  fois  plus  fermement  qu'à  ce  monde  visible;  car  je 
crois  à  l'œuvre  de  lintelligence  mille  fois  plus  qu'aux 
phénomènes  de  la  nature.  » 

D'après  les  autorités  du  christianisme  même.  Dieu  est 
invariable  et  ne  change  jamais  ;  voilà  pourquoi  nous 
nous  basons  sur  ses  lois  immuables  (jui  sont  les  vrais 


6  CHAPITRE   I. 

éléments  de  sa  volonté,  pour  y  asseoir  la  conviction  que 
le  monde  surnaturel  des  causes  agit  et  exerce  une  in- 
fluence permanente  sur  le  monde  matériel  des  effets.  Ce 
qu'on  appelle  miracle  ou  manifestation  surnaturelle, 
n'existe  que  si  l'on  se  place  au  point  de  vue  restreint  de 
la  nature  matérielle,  mais  au  point  de  vue  absolu  et 
général,  il  n'y  a  plus  de  miracle,  la  révélation  de  la 
nature  supérieure  des  causes  faisant  partie  de  l'éco- 
nomie et  de  l'organisation  de  l'Univers.  L'intervention 
des  Esprits  du  monde  surnaturel  ne  modifie  que  jusqu'à 
un  certain  degré  les  effets  des  lois  physiques  ;  ce  qui  a 
surtout  lieu  dans  certains  cas  ayant  trait  au  moral  et  à 
la  destinée  de  l'homme  en  général.  Les  Esprits  s'appro- 
chent de  nous  pour  enlever  de  nos  yeux  le  bandeau  de 
la  superstition  et  de  l'erreur,  afin  de  diriger  nos  pensées 
vers  l'Eternel  qui  entend  le  soupir  plein  d'harmonie, 
éclatant  en  louanges  et  montant  vers  le  royaume  céleste. 
On  trouve  dans  les  temps  primitifs  de  tous  les  peuples 
de  l'antiquité,  certaines  traces  des  idées  de  la  préexis- 
tence del'àmeetde  ses  incarnations  successives,  de  ses 
migrations  terrestres  (de  la  métempsycose),  à  la  suite 
de  la  chute  des  Anges,  de  cette  révolte  d'une  partie  du 
Ciel  dans  le  Ciel  même,  épopée  immense  dont  nous  ne 
savons  que  le  nom  (Epitre  de  Jude,  6).  Ces  germes  d'i- 
dées prouvent  également  l'ancienneté  des  croyances 
spiritualistes.  Il  en  est  de  même  de  la  nécromancie  et 
de  la  magie  en  général,  qui  sont  les  plus  anciennes 
sciences  de  l'homme.  On  connaît  la  fameuse  coupe  de 
divination  de  Joseph  (Genèse  XLIV).  Le  Deutéronome 
(XIII  et  XVIII)  et  le  premier  livre  de  Samuel  (I  Samuel, 
chap.XXYIII)  parlent  de  la  magie  et  de  la  nécromancie. 
Il  en  est  de  môme  de  la  fameuse  verge  d'Aaron  et  des 
magiciens  d'Egypte.  (Exode  YII.) 


SPIRITUALISME   DE    L  ANTIQUITE.  7 

II  y  a  un  fait,  surtout,  dont  on  ne  saurait  trop  tenir 
compte  puisqu'il  s'agit  d'une  croyance  populaire  qui  s'est 
conservée  chez  la  classe  la  plus  nombreuse  de  tous  les 
peuples  jusqu'à  nos  jours  ;  nous  voulons  parler  de  la 
peur  clés  spectres  et  des  fantômes.  Cette  frayeur  étrange, 
ne  pouvant  être  que  le  résultat  de  la  réalité  objective 
des  apparitions,  prouve  non-seulement  la  croyance  uni- 
verselle et  générale  de  Flmmanité  en  l'immortalité  de 
l'âme,  mais  encore  en  l'influence  réelle  et  substantielle 
des  purs  Esprits  sur  notre  monde  matériel,  c'est-à-dire  à 
leurs  manifestations  visibles  et  palpables.  L'étude  appro- 
fondie des  traditions  sacrées  de  l'antiquité,  nous  démon- 
tre que  les  apparitions  des  Esprits  étaient  plus  fréquentes 
dans  les  temps  primitifs,  vu  la  nature  plus  portée  vers 
la  contemplation  des  hommes  lors  de  cette  époque 
mythologique  et  héroïque.  Le  génie  de  l'antiquité  avait 
en  général  une  disposition  très  remarquable  pour  la 
contemplation  mystique  et  pour  l'extase  religieuse.  Dans 
l'Orient,  surtout,  la  vie  contemplative  l'a  toujours  em- 
porté sur  la  vie  active.  Un  autre  fait  d'une  haute  im- 
portance pour  le  spiritualisme,  et  aussi  ancien,  aussi 
populaire  que  la  frayeur  des  spectres,  c'est  le  respect  des 
morts.  L'antique  culte  des  aïeux  défunts,  des  pitris  et 
des  mânes,  a  donné  lieu  au  respect  des  morts. 

Le  culte  des  aïeux  défunts  était  intimement  lié  à  la 
conviction  de  l'immortalité  de  l'âme.  La  mythologie 
abondante  et  variée  de  l'Egypte  est  fondée  néanmoins 
sur  la  notion  sublime  d'un  seul  Dieu,  créateur.  Les  rites 
funéraires  sont  un  immense  tableau  des  destinées  futures 
de  l'homme  qui  reconnaît  pour  bases  l'immortalité  de 
l'âme  et  la  métempsycose  ou  les  réincarnations  succes- 
sives de  l'âme  humaine,  ses  transformations  et  ses  dé- 
veloppements à  l'infini,  au-dessous  de  Dieu,  qu'elle  ne 


8  CHAPITRE    I. 

pourra  jamais  atteindre.  Dans  le  livre  le  plus  ancien  du 
monde,  en  Egypte,  sous  le  pharaon  Osortasen  I  (XP  dy- 
nastie), composé  par  Sirieh,  il  y  a  un  récit  touchant  d'une 
mission  confiée  à  Fauteur.  (Ce  papyrus  hiératique  a  été 
rapporté  par  le  docteur  Lepsius  à  Berlin.) 

Sineh  en  racontant  son  histoire,  dit  :  «  Je  suis  né  à 
la  cour  du  roi  Amenembo  V  qui  est  allé  au  ciel  sans 
qu'on  sache  ce  qui  s'est  passé  à  ce  sujet.  Son  tils  Osor- 
tasen nous  a  sauvés,  en  prenant  possession  de  l'héri- 
tage de  son  divin  père.  Le  bonheur  de  la  terre  est  son 
ouvrage.  Il  me  dit  un  jour  en  face  :  a  Guide  l'Egypte, 
»  pour  développer  tout  ce  qu'il  y  a  de  bien  en  elle!  Sois 
»  avec  moi  !  Mon  œil  est  bon  pour  toi.  »  Il  me  nomma 
gouverneur  de  ses  jeunes  guerriers  et  me  maria  à  sa  fille 
aînée  ;  il  me  fit  choisir  un  gouvernement  sur  la  frontière 
d'une  autre  contrée,  puis  il  finit  par  revenir  près  de 
son  souverain.  »  De  retour,  il  dit  :  «  Je  vécus   dans  la 
paix  du  roi  d'Egypte  Osortasen.  Aujourd'hui  la  vieillesse 
est  tombée  sur  moi;  mes   yeux  s'appesantissent;  mes 
bras  sont  débiles,  mes  pieds  fléchissent;  la  défaillance 
de  mon  cœur  m'approche    du  départ.  Bientôt  on  me 
conduira  aux  villes  éternelles;  j'y  servirai  le  Seigneur 
universel.  Alors  les  enfants  royaux  qui  soiit passés  à  Té- 
ternité  diront  de  moi  :  «  Le  voici!  )> 

Est-il  rien  de  plus  touchant  que  ces  paroles  du  vieil- 
lard qui,  plein  de  foi  en  l'immortalité  de  l'âme,  tourne 
ses  regards  vers  la  vie  éternelle  ;  de  même  que  les  pa- 
triarches de  la  Genèse  aspiraient  à  se  rejoindre,  à  être 
réunis  à  leurs  aïeux  dans  la  vie  d'outre-tombe,  de  même 
ce  vieillard  se  réjouit  d'y  voir  les  enfants  trépassés,  d'O- 
sortasen  F^,  surnommé  le  Juste. 

Yii\  efî'et,  rien  de  plus  naturel  que  ce  culte  que  les  an- 
ciens,  plus  versés   tjue  nous   dans  les  mystères  do  la 


SPIRITUALISME   DE    l' ANTIQUITE.  9 

pneumatologie  ont  voué  à  leurs  ancêtres.  Les  nombreu- 
ses écritures  directes  des  Esprits  des  parents  et  des  amis 
de  l'auteur,  prouvent  que  les  Esprits  des  aïeux  conti- 
nuent à  veiller  en  qualité  de  génies  familiers  et  d'Anges 
gardiens  sur  la  destinée  de  leurs  descendants,  et  à  pro- 
diguer à  ces  derniers  de  tendres  soins,  des  avis,  des 
avertissements  et  des  conseils  amicaux.  Aussi  la  posté- 
rité reconnaissante  a  institué  des  cérémonies  religieuses 
et  des  fêtes,  des  tombeaux  et  des  mausolées  magnifiques 
en  leur  honneur.  Il  semble  même  que  les  premières  cé- 
rémonies religieuses,  que  les  hommes  aient  rendues  aux 
êtres  invisibles  et  surnaturels  fussent  les  funérailles,  et 
que  les  premiers  édifices  consacrés  à  l'exercice  public  de 
la  religion  aient  été  les  tombeaux  et  les  mausolées. 
Quant  à  Dieu,  la  haute  antiquité  ne  l'a  pas  adoré  dans 
des  temples  construits  de  mains  d'homme.  Dieu  voulant 
être  adoré  en  esprit  et  en  vérité,  on  n'a  d'abord  non 
plus  institué  un  culte  en  son  honneur  (Genèse  IV,  26). 
Personne  n'osa,  en  effet,  bâtir  une  maison  à  l'Eternel, 
que  les  Cieux  des  Cieux  ne  peuvent  contenir,  selon  II, 
Chroniques  (chap.  I,  verset  6).  Il  n'y  avait  que  les  dieux 
seuls,  c'est-à-dire  les  Esprits  (Jean  X,  34,  35),  auxquels 
on  rendît  un  culte  public  dans  des  édifices  consacrés  à 
leur  mémoire,  parce  qu'ils  hantèrent  certains  lieux  de 
préférence.  Il  n'en  fut  pas  de  même  de  l'Eternel,  qui  ne 
fut  pas  comme  les  autres  dieux,  un  Dieu  des  montagnes 
ou  des  plaines^  mais  donc  le  souffle  puissant  pénètre  et 
embrasse  l'Univers  tout  entier.  C'est  pour  cette  raison 
que  même  de  nos  jours  les  Bédouins  n'aiment  pas  fré- 
quenter les  mosquées,  parce  qu'ils  prétendent  qyi  Allah 
est  trop  grand  pour  demeurer  dans  un  lieu  de  culte ,  Vuni" 
vers  tout  entier  étant  so^i  temple. 

Le  culte  des  aïeux  a  malheureusement  dégénéré  peu  à 

4 


10  CHAPITRE   I. 

pou  en  polythéisme;  l'homme  pouvant  abuser  des  choses 
les  plus  sacrées,  a  commencé  par  confondre  l'adoratioa 
qu'il  doit  à  l'Être  suprême  seul  (à  l'intelligence  créatrice, 
la  source  universelle  de  tout  ce  qui  existe)  et  le  respect 
dû  par  lui  aux  Esprits  de  ses  ancêtres  illustres  et  aux 
génies  supérieurs  qui  composent  la  hiérarchie  céleste, 
et  dont  Dieu  se  sert  pour  révéler  à  l'humanité  les  vérités 
religieuses  et  morales.  L'erreur  des  hommes  est  facile  à 
concevoir,  si  l'on  se  dépouille  des  préjugés  modernes,  en 
consultant  les  légendes  et  les  traditions  sacrées  de  tous 
les  peuples  qui  sont  remplies  de  phénomènes  surnatu- 
rels. Le  public  lettré  sait  que  nos  savants  prennent  tous 
ces  phénomènes  merveilleux  pour  des  fictions,  des  fables, 
des  mythes,  tant  individuels  que  collectifs,  et  même  pour 
des  personnifications  absurdes,  des  phénomènes  de  la 
Nature  et  des  idées  abstraites.  D'après  ces  traditions  an- 
ciennes, les  génies  supérieurs  et  les  purs  Esprits  ont  dû 
se  manifester  souvent  d'une  manière  palpable  et  visible, 
aux  hommes  des  âges  héroïques.  En  Grèce  même,  sui- 
vant les  traditions,  une  foule  de  génies  et  de  héros  ou 
Esprits  des  ancêtres  illustres,  se  montrèrent  immortels  ; 
on  voyait  surtout  les  Dioscures,  montés  sur  leurs  cour- 
siers, conduire  même  des  armées  (Pindare  Pyth.  I,  1, 
127).  L'homme  des  âges  mythologiques  ayant  donc  des 
rapports  continuels  avec  les  Esprits,  grâce  à  sa  nature 
contemplative,  et  ne  pouvant  jamais  apercevoir  une  ma- 
nifestation directe  de  l'Éternel  qu'aucun  œil  mortel  n'a 
vu  depuis  la  chute,  commença  peu  à  peu  à  adorer  Var- 
mée  des  deux,  et  oublia  l'Auteur  tout-puissant  de  l'uni- 
vers. De  là  le  Polythéisme,  cette  grande  phase  de  la  déca- 
dence religieuse.  De  là  cette  multitude  de  dieux  qui  a 
remplacé  le  monothéisme  primitif,  et  qui  est  devenu  une 
des  sources  principales  de  la  décadence  de  l'humanité  et 


SPIRITUALISME  DE  L  ANTIQUITÉ.  H 

de  sa  division  en  tribus  différentes.  Du  reste,  le  poly- 
théisme n'a  jamais  exclu  absolument  un  monothéisme 
supérieur,  ce  qui  résulte,  non-seulement  de  l'idée  d'un 
Dieu  suprême  et  des  DU  Deœque  omnes  des  Gréco-Ro- 
mains, mais  encore  surtout  des  formes  les  plus  anciennes 
du  polythéisme,  telles  que  le  ^rtômmt^.  Selon  le  sabéisme, 
dont  le  nom  semble  venir  de  Saba  (armée  du  Ciel), 
l'homme  fut  encore  bien  persuadé  de  l'existence  d'un 
seul  Dieu,  créateur  de  l'univers,  mais  il  adora  surtout  les 
Anges  et  les  intelligences  qu'on  croyait  résider  dans  les 
astres,  pour  gouverner  le  monde  sous  la  suprême  direc- 
tion de  la  Divinité.  Les  sabéens  honoraient  les  Esprits 
célestes,  dont  ils  faisaient  des  images,  comme  des  divi- 
nités inférieures  ;  ils  les  regardèrent  comme  leurs  média- 
teurs auprès  de  Dieu.  Ces  intelligences  célestes  (allah) 
devaient  intercéder  pour  eux,  en  implorant  la  miséri- 
corde de  Dieu,  [Allah  Tàala,  le  Dieu  très  haut.) 

Le  polythéisme  revêtit  peu  à  peu  un  caractère  histo- 
rique et  successif,  grâce  aux  Esprits  des  aïeux  et  au 
culte  superstitieux  qu'on  leur  rendait.  Les  miracles  que 
ces  Esprits  opéraient,  la  protection  et  le  patronage  qu'ils 
accordaient,  donnèrent  lieu  à  leur  divination  pure  et 
simple,  à  des  apothéoses  condamnables,  en  vertu  des- 
quelles le  culte  d'un  dieu  fut  remplacé  par  un  autre;  un 
dieu  adopté  plus  tard  comme  tel,  renversa  l'autel  d'un 
autre.  En  Grèce,  à  une  époque  postérieure,  l'oracle  de 
Delphes  prononça  sur  la  canonisation  des  héros  ou  Es- 
prits qui  s'étaient  illustrés  par  leurs  vertus  et  leurs  hauts 
faits  durant  leur  vie  terrestre.  Surtout  lorsqu'une  cir- 
constance extraordinaire,  un  prodige  s'était  attaché  au 
nom  ou  à  l'image  d'un  personnage  mort,  la  pythie  con- 
sultée, décidait  qu'on  devait  lui  sacrifier  comme  à  un 
dieu.  (Pausanias  VI,  2.) 


12  CHAPITRE  I. 

De  là,  en  Grèce,  la  confusion  des  héros  avec  les  dé- 
mons et  les  dieux.  De  là,  dans  l'antiquité  tout  entière 
le  caractère  historique  et  j^rogressif  du  polythéisme,  qui 
contribua  surtout  à  diviser  r humanité  en  peuples,  animés 
d'un  esprit  hostile,  les  uns  envers  les  autres,  selon  les 
différents  cultes  que  chacun  rendait  à  ses  dieux. 

L'homme,  ayant  détourné  ses  regards  de  Dieu,  centre 
unique  du  monde  immatériel,  devait  de  jour  en  jour  plus 
se  matérialiser  ;  son  sens  interne  s'obscurcit  peu  à  peu. 
On  voit  (chose  triste  à  dire)  la  conscience  se  troubler 
d'âge  en  âge,  le  sublime  don  de  la  contemplation  s'effa- 
cer de  plus  en  plus,  l'extase  devenir  rare,  et  la  lumière 
divine  qui  éclaire  tout  homme  venant  au  monde,  perdre 
son  éclat  primitif.  Le  cerveau,  cet  organe  matériel  des  fa- 
cultés intellectuelles  de  l'âme  et  le  crâne,  son  enveloppe 
osseuse,  dont  la  conformation  dépend  du  développement 
du  cerveau,  paraît  s'aplatir.  Un  phrénologiste  surtout 
pourra  s'en  rendre  compte,  en  comparant  les  bas-reliefs 
des  Assyriens  avec  les  statues  de  la  Grèce  et  de  Rome. 

L'homme,  devenant  tout  à  fait  terrestre  et  commen- 
çant à  se  préoccuper  avant  tout  de  l'organisation  poli- 
tique de  la  société,  de  l'agriculture,  du  commerce,  etc.. 
n'a  plus  la  même  élévation  de  l'âme  à  Dieu,  et  n'aspire 
plus  aux  rapports  avec  le  monde  surnaturel.  Les  besoins 
de  l'homme,  changeant  de  nature,  les  manifestations  du 
monde  surnaturel  ont  dû  cesser  d'exercer  la  même 
iijfluence  sur  l'humanité.  L'échelle  de  Jacob,  attachant 
jadis  la  terre  au  ciel,  rompit.  Désormais,  le  sublime  don 
de  l'inspiration  et  des  miracles  ne  fut  que  l'attribut  de 
quelques  âmes  d'élite,  les  amis  des  dieux  {ôiof îlot) ,  selon 
l'Iliade  (XXIV,  553),  par  la  bouche  desquels  les  *^ieux 
parlaient  et  qui  entretenaient  avec  la  Divinité  un  com- 
merce de  tous  les  instants. 


SPIRITUALISME  DE   l' ANTIQUITE.  13 

Cette  grande  révolution  eut  lieu  bientôt  après  l'éta- 
blissement du  polythéisme  et  de  cette  grande  confusion 
des  langues  et  des  idées.  D'abord  les  hommes  vérita- 
blement inspirés,  les  voyants,  furent  les  seuls  inter- 
prètes des  révélation  s  du  monde  surnaturel  ;  mais  bientôt 
les  rapports  avec  ce  monde  des  causes  invisibles,  deve- 
nant de  jour  en  jour  moins  intimes,  une  caste  héréditaire 
se  forma  pour  satisfaire  aux  besoins  religieux  gravés  en 
caractères  ineffaçables  dans  le  cœur  de  l  homme,  même  le 
plus  grossier.  Le  sacerdoce  ne  devint  donc  qu'un  métier, 
la  propriété  d'une  classe  d'hommes  dépourvus  de  toute 
véritable  vocation  céleste.  La  lettre-morte  des  traditions 
remplaça  l'esprit  vivifiant  de  la  révélation  et  de  l' inspira- 
tion, l'impuissance  et  la  fraude,  le  don  des  miracles,  pour 
continuer  à  exercer  un  prestige  quelconque  sur  le  vul- 
gaire. Les  prêtres  n'étudiaient  que  la  lettre-morte  des 
traditions  révélées,  sans  en  pénétrer  l'esprit  vivifiant, 
accordé  seul  aux  hommes  inspirés,  aux  voyants  et  aux 
prophètes,  qui  communiquaient  sous  l'égide  du  Saint- 
Esprit  avec  le  monde  surnaturel ,  étant  eux-mêmes  des 
révélateurs  des  vérités  religieuses  et  morales,  tels  que 
Moïse,  les  voyants,  les  prophètes  et  les  sages  de  V antiquité. 
Malheureusement,  le  ministère  prophétique  est  devenu 
de  plus  en  plus,  faute  d'hommes  inspirés,  un  simple 
secours  extraordinaire,  que  Dieu  n'a  employé  que  quand 
les  brebis  et  les  gardiens,  peu  différents  des  loups,  fra- 
ternisent avec  eux  dans  le  même  esprit.  De  là  l'opposi- 
tion que  le  clergé  lévitique  a  toujours  fait  aux  prophètes; 
les  prêtres  ont  persécuté  les  prophètes  dans  tous  les 
temps,  ou  les  ont  dédaignés  presque  toujours,  quand  ils 
ne  les  ont  pas  persécutés.  L'Eglise  chrétienne  même 
(chose  triste  à  dire)  n'a  presque  jamais  prêté  attention 
aux  prophètes  véritables,  ne  considérant  pas  que  le  pro- 


14  CHAPITRE   I. 

phète  n'étant  qu'un  voyant  en  Dieu,  l'ascétisme,  la  con- 
templation et  l'extase  sont  les  ouvertures  de  ce  monde 
lumineux  où  il  plonge. 

Nous  regardons  donc  comme  la  seconde  phase  de  la  dé- 
cadencCy  non-seulement  des  croijances  religieuses  en  gêné- 
ralj  mais  encore  de  toutes  les  religions  positives  y  y  comjwis 
le  polythéisme,  l'époque  de  rétablissement  du  sacerdoce. 
En  effet,  depuis  que  les  hommes  véritablement  inspirés, 
les  voyants  et  les  prophètes,  ont  cessé  d'être  les  seuls 
interprètes  des  révélations  du  monde  des  causes  invisi- 
bles, le  sacerdoce  sublime  de  Melchisédec  n'est  devenu 
qu'un  métier,  l'inspiration  étant  remplacée  par  les  fonc- 
tions cléricales.  Quant  au  peuple,  il  confondit  la  tradi- 
tion sacrée  avec  la  révélation,  les  prophètes  avec  les 
prêtres  ;  il  adora  les  livres  Sibyllins  comme  les  oracles 
qui  les  avaient  écrits,  les  chênes  prophétiques  comme 
ceux  qui  les  avaient  consacrés  et  rendus  divins,  tels 
qu'Orphée  eiMélampe  en  Grèce  et  Hermès  ou  Anonbis  en 
Egypte.  Tout  devient  peu  à  peu  le  symbole  ou  la  repré- 
sentation sacrée  d'une  des  divinités  païennes.  C'est 
ainsi  que  nous  arrivons  à  la  troisième  phase  de  la  déca- 
dence des  croyances  religieuses^  durant  laquelle  le  poly- 
théisme spiritualiste  tend  à  l'idolâtrie,  au  fétichisme,  au 
culte  de  la  nature,  etc.,  etc.  Les  forces  naturelles,  ainsi 
que  les  principes  abstraits,  remplacent  peu  à  peu  les  êtres 
immatériels. 

La  doctrine  des  druides  mérite  surtout  l'étude.  (Ga- 
tien  Arnoult,  Histoire  de  la philosojMe  en  France ;iomQ  I, 
1859. Durand, Paris.)  «La  vie  est  universelle  et  essentiel- 
»  lement  une  avec  divers  degrés,  dont  les  trois  princi- 
»  paux,  qui  se  subdivisent,  sont  :  L'inférieur  à  l'homme, 
»  l'homme  et  le  supérieur;  tout  être  est  le  même,  et  non 
y>  pas  un  autre  ;  il  est  individu,  il  passe  de  l'un  à  l'autre 


SPIRITUALISME  DE   l' ANTIQUITE.  15 

»  degré  dans  l'identité  de  son  essence,  indestructible, 
»  immortel,  capable  d'un  progrès  à  l'infini,  au-dessous 
»  de  Dieu,  qu'il  ne  peut  atteindre,  et  d'une  marclie  ré- 
»  trograde  à  l'infini,  au-dessus  du  néatity  où  il  ne  peut 
))  revenir.  L'homme  a  pour  caractère  propre  la  liberté, 
»  et  par  suite  le  choix  entre  le  bien  et  le  mal  ;  il  peut 
»  avancer,  rétrograder  ou  rester  stationnaire,  avec  la 
»  nécessité  de  recommencer  à  vivre  au  même  point. 
»  Tous  les  Êtres  arriveront  finalement  à  la  perfection  et 
»  monteront  dans  le  stipérieur;  mais  ils  en  parcourent 
»  encore  des  degrés  nombreux  dans  ime  vie  toujours  mo- 
))  bile;  au-dessus  de  laquelle  plane  rimmobile  vie  de 
»  rinfini,  » 

Si  nous  jetons  un  coup  d'œil  sur  les  différents  pays, 
nous  voyons  que  le  mélange  des  races  joue  ici  un  grand 
rôle.  La  i^ace  blanche  ou  Aryenne  et  la  race  jaune  de 
Y  Asie  centrale  et  du  nord  de  V  Europe,  conservent  plus 
ou  moins  des  idées  spiritualistes. 

Il  n'en  est  pas  de  même  des  peuples  tels  que  les  As- 
syriens et  les  Egyptiens,  grâce  à  l'influence  de  la  race 
noire,  dont  l'imagination  ardente  et  le  sens  plastique 
transforment  bientôt  le  spiritualisme  dans  un  fétichisme 
et  dans  le  culte  des  objets  vivants  de  la  nature,  tels  que 
l'adoration  d'Apis  en  Egypte,  et  dans  l'idolâtrie  des 
choses  mortes  et  inertes,  telles  que  le  veau  d'or  et  le 
Bel.  Certes,  il  fallait  aux  sens  grossiers  des  Noirs  des 
objets  visibles  en  qualité  de  symboles  des  êtres  invisi- 
bles. Au  reste,  si  nous  attribuons  à  l'influence  des  Noirs, 
l'idolâtrie  et  le  fétichisme,  il  faut  bien  reconnaître,  pour 
être  juste  envers  tout  le  monde,  que  le  culte  grossier  de 
ces  sauvages  renferme  plus  d'éléments  sp.ritualistes  que 
le  scepticisme  et  le  matérialisme  de  la  philosophie  ratio- 
naliste et  panthéiste  de  l'Europe  moderne  depuis  une 


16  CHAPITRE  1. 

centaine  d'années.  De  nos  jours,  M.  Gobineau,  dans  son 
ouvrage  sur  l'inégalité  des  races,  voulant  à  tout  prix 
bannir  l'influence  de  la  révélation  du  monde  surnaturel 
et  le  développement  des  idées  de  l'histoire,  a  réduit  les 
annales  de  l'humanité  à  une  simple  science  naturelle  ;  il 
traite  l'homme  en  vil  bétail,  dont  les  espèces  et  les  races 
se  détériorent  et  dégénèrent  par  des  mélanges.  Cet  écri- 
vain a  émis  les  théories  les  plus  absurdes  sur  la  déca- 
dence des  différentes  phases  delà  civilisation.  Il  n'existe 
point  d'erreur  plus  grossière  que  de  vouloir  tout  réduire 
à  des  mélanges  ethniques. 

Le  spiritualisme  n'a  pas  été  seulement  le  culte  pri- 
mitif de  la  race  blanche,  mais  encore  celui  de  la  race 
jaune.  Les  Finnois  et  les  anciens  indigènes  de  U Amérique 
n'ont  été  sous  ce  rapport  nullement  inférieurs  à  la  race 
blanche.  De  nos  jours  ces  peuples  arriérés  sont  même 
beaucoup  /)te  spiritualistes  que  les  Européens  civilisés 
de  la  race  Arijenne.  Il  n'y  a  que  les  Noirs  seuls,  dont  le 
penchant  à  l'idolâtrie  et  au  fétichisme  est  connu  de 
toute  ancienneté,  qui  soient  inférieurs  sous  ce  rapport 
aux  autres  races. 

Au  reste,  le  fétichisme  n'est  nullement  une  doctrine 
matérialiste,  mais  seulement  un  spiritualisme  plus 
grossier,  plus  idolâtre  que  le  spiritualisme  des  autres 
religions;  on  sait  quel  rôle  la  magie,  les  enchantements, 
les  images  fatidiques,  les  lieux  hantés,  etc.,  etc.  jouent 
dans  le  fétichisme.  Néanmoins,  c'est  un  fait  que  l'in- 
fluence des  Noirs  a  altéré  le  spiritualisme  primitif  des 
Assyriens  et  des  Egyptiens.  En  Egypte  (d'après  Jules 
Africain)  le  culte  d'Apis  fut  établi  sous  le  règne  de 
Kaïechos,  second  roi  de  la  seconde  dynastie  (dynastie 
thinite),  lorsque  l'influence  des  vaincus  de  race  noire, 
se  faisait  déjà  sentir  dans  les  mœurs,  les  coutumes  et 


SPIRITUALISME  DE   l' ANTIQUITE.  17 

dans  les  institutions  religieuses  et  politiques  if  ov  ol  pôzq 

ôïjo-av  eî'uateéot.  (Bunseii,  l'Egypte,  tome  II,  p.  103.) 

L'Egypte  ne  fut  admirable  que  dans  la  plus  haute  an- 
tiquité; alors  c'est  vraiment  le  sol  des  miracles;  sa  dé- 
cadence commence  de  bonne  heure.  De  là  la  prohibition 
jetée  sur  Vimitatlon  des  formes  humaines,  par  la  Bible 
chez  les  Hébreux,  et  par  le  Coran  chez  les  Arabes,  voi- 
sins des  Chamites  mulâtres,  peuples  si  enclins  à  outre- 
passer les  bornes  d'une  légitime  admiration.  Tout  pen- 
seur doit  reconnaître  avec  la  Bible  et  le  Coran,  l'utilité 
spiritualiste  de  cette  défense.  Peut-être  l'influence  de  la 
race  noire  a  eu  sa  part  à  l'abus,  qu'on  a  fait  aux  Indes 
de  la  doctrine  de  la  métempsycose,  en  croyant  que 
l'âme  humaine,  l'esprit  intelligent  puisse  s'incarner  dans 
les  corps  des  différents  animaux,  pour  expier  ses  péchés 
et  ses  fautes  commises  dans  sa  vie  antérieure;  de  là  aussi 
le  culte  de  la  vache  et  une  foule  d'autres  pratiques  reli- 
gieuses absurdes ,  depuis  l'introduction  du  culte  de 
Schiwa. 

Le  paganisme  et  le  polythéisme,  dégénérant  peu  à 
peu  en  idolâtrie  ont  dû  aboutir  au  scepticisme  et  à  l'in- 
crédulité, durant  les  dix  derniers  siècles  de  l'antiquité 
jusqu'à  la  réhabilitation  finale  des  anciennes  traditions 
religieuses  par  l'éclectisme  de  l'école  d'Alexandrie,  pour 
mieux  tenir  tête  au  christianisme.  L'époque  critique  et 
sceptique  de  la  philosoiMe  ancienne  fut  la  quatrième  phase 
de  la  décadence  des  croijances  religieuses  de  l'antiquité. 

Cette  décadence  générale  des  croyances  religieuses 
devait,  selon  les  vues  miséricordieuses  de  la  Providence, 
qui  n'abandonne  jamais  l'humanité,  susciter  des  réfor- 
mateurs et  des  prophètes.  Les  quatre  plus  illustres  de 
ces  réformateurs,  qui  aient  établi  un  théisme  moral  su- 


18  CHAPITRE   I. 

blime,  unique  base  de  toute  véritable  religion,  furent 
Zoroastre,  en  Perse,  Laot-seu  et  Cont-seu,  en  Chine,  et 
Pythagore,  en  Grèce.  Nous  ne  parlons  pas  des  Israélites, 
de  ce  peuple  élu  et  privilégié  par  excellence  (Nombres 
XXIII,  9),  et  chez  lequel  les  prophètes  n'ont  pas  cessé 
d'annoncer  la  nouvelle  phase  de  la  révélation  dans  la 
personne  du  Messie. 

Zoroastre  (Zerduscht)  fut  un  réformateur  des  croyances 
brahmaniques,  dont  on  trouve  des  traces  dans  le  Zend- 
Avesta  (Burnouf,  Commentaires  sur  le  Gacna  (tome  I, 
p.  342).  Il  s'est  révolté  contre  l'usurpation  des  brahmanes 
qui  non-seulement  avaient  confisqué  les  anciennes  fonc- 
tions sacerdotales  de  tout  père  de  famille  libre,  mais  qui 
s'étaient  arrogé  peu  à  peu  à  l'aide  de  la  consécration 
royale,  la  conduite  suprême  du  gouvernement.  Tout 
porte  dans  le  magisme  un  caractère  protestant,  et  c'est 
là  que  se  voit  la  colère  contre  le  brahmanisme  (Lassen, 
Indische  Alterth.,  tome  I,  pag.  S 16,  525).  Les  DevaSy  les 
bons  Esprits^  selon  les  Indiens,  devinrent  dans  le  langage 
sacré  des  zoroastriens,  les  Dlivs,  c'est-à-dire  les  mauvais 
Esprits  ou  démons  (terme  absurde,  adopté  de  nos  jours 
pour  désigner  les  mauvais  Esprits,  bien  que  le  mot 
(î'atpwv  chez  les  Grecs  ne  désignât  aucune  qualité,  ni 
bonne,  ni  mauvaise  d'un  Esprit).  Le  nom  à' Indra  même, 
est  donné  à  un  mauvais  génie,  par  les  zoroastriens.  On 
connaît  la  haute  portée  morale  du  dualisme  zoroastrien, 
si  supérieur  sous  ce  rapport  au  polythéisme  cjréco -ro- 
main. Du  reste,  on  en  rencontre  des  traces  dans  la  doc- 
trine égyptienne,  ^Isis,  cVOsiris  et  de  Tyj)hon.  Il  en  est 
de  même  de  la  mythologie  grecque  et  des  philosophes 
les  plus  illustres  de  cette  nation,  tels  que  Pythagore, 
Heraclite,  Empédocle  et  Platon.  (Plutarque  de  Iside  et 
Osiride,  45-55.) 


SPIRITUALISME  DE   l' ANTIQUITÉ.  19 

Le  bon  principe  est  bien  supérieur  au  mauvais,  qui  ne 
se  manifeste  que  dans  la  région  siiblunaire. 

On  conçoit  que,  dans  une  esquisse  aussi  rapide  de  la 
décadence  des  anciennes  croyances  religieuses,  nous  ne 
pouvons  que  citer  les  noms  de  ces  quatre  immortels  ré- 
formateurs, sans  même  effleurer  leurs  doctrines  sublimes; 
plus  tard,  dans  les  chapitres  qui  traitent  des  Esprits  et 
de  leurs  rapports  à  l'âme  humaine,  nous  parlerons  de 
leurs  idées  remarquables  concernant  ces  sujets  intéres- 
sants de  la  science  surnaturelle. 

Du  reste,  en  Grèce,  Pythagore  ne  fut  pas  le  seul  réfor- 
mateur spiritualiste  parmi  les  philosophes  ;  en  général, 
tous  les  penseurs  les  plus  profonds  de  cette  nation  ten- 
dirent vers  la  sphère  élevée  da  spiritualisme.  C'est  au 
spiritualisme  que  nous  devons  encore  la  philosophie 
profonde  de  Heraclite,  la  morale  céleste  de  Socrate,  ins- 
piré par  le  fameux  génie  familier  [démon)  de  ce  grand 
homme,  et  l'idéalisme  sublime  de  Platon,  l'une  des  plus 
belles  conceptions  que  l'esprit  humain  ait  jamais  enfan- 
tées. Une  foule  d'autres  penseurs  suivirent  les  traces  de 
Pythagore,  de  ce  précurseur  du  Christ  parmi  les  Grecs , 
qui  le  premier,  dans  sa  fameuse  Confédération,  a  réalisé 
le  principe  de  la  Charité.  Cicéron  (de  Off.,  lib.  I)  et  Aldus 
Gellius  (lib,  ï,  cap.  9)  disent:  «  Pijthagoras  ultimiim 
))  in  amicitia  initavit,  ut  unus  fiât  ex  pliiribiis ,  »  Ces  pa- 
roles de  Pythagore  offrent  une  analogie  frappante  avec 
celles  du  Christ  (Jean,  XYIÎ,  21)  :  «  Afin  que  tons  soient 
))  un,  ainsi  que  toi,  Père,  es  en  moi,  et  moi  en  toi;  afin 
))  qu'eux  aussi  soient  un  en  nous,  et  que  le  monde  croie 
))  que  c'est  toi  qui  m'as  envoyé.  »  Saint  Paul  dit  de  même 
(Romains,  XII,  S):  a  Ainsi,  7îous  qui  sommes  plusieurs, 
»  sommes  un  seul  corps  en  Christ,  et  chacun  réciproque- 
))  ment,  les  membres  l'un  de  l'autre.  » 


20  CHAPITRE   I. 

Au  reste,  malgré  les  progrès  du  scepticisme,  non-seu- 
lement les  philosophes  spiritualistes,  qui  examinaient  au 
flambeau  de  la  raison,  la  haute  sagesse  de  l'antiquité,  se 
prononcèrent  en  faveur  des  anciennes  croyances  reli- 
gieuses, mais  encore  les  oracles  continuèrent  à  exercer 
un  prestige  immense  sur  la  majorité  du  peuple,  du  bas 
peuple  surtout,  en  Grèce  et  à  Rome.  Certes,  la  plupart 
des  oracles  ont  été  établis  dans  des  siècles  d'ignorance? 
—  selon  nos  jjrétendus  savants  et  sophistes,  mais  on  peut 
leur  répondre  que  c'est  un  fait  constaté  par  l'histoire, 
que  les  oracles  ont  subsisté  durant  les   siècles  les  plus 
éclairés  selon  nos  savants  modernes  eux-mêmes  :  tel  fut 
le  prestige  des  oracles,  même  dans  ces  siècles  de  lu- 
mières, qu'ils  tinrent  encore  le  premier  rang,  en  prési- 
dant aux  destinées  des  nations  ;  on  les  consultait  quand 
l'Etat  était  en  danger,  ou  lorsqu'on  voulait  connaître 
l'avenir.  Certes,  la  haute  considération  dont  jouissaient 
les  oracles  devait  peu  à  peu  tomber  en  discrédit,  surtout 
aux  yeux  des  philosophes  sceptiques,  depuis  que  les 
hommes  et  les  femmes  inspirés  par  les  Dieux,  furent 
remplacés  par  la  caste  sacerdotale,  qui  ne  faisait  qu'un 
métier  en  exerçant  les  nobles  fonctions  du  sacerdoce  et 
de  la  prophétie.  L'amour  de  l'or  et  de  l'argent  entraîna 
même    quelquefois    les    pythies,     choisies    parmi    les 
femmes  inspirées  et  visionnaires,  à  la  fraude  et  à  uq 
ignoble  trafic  des  vérités  surnaturelles.  On  connaît  la 
fameuse  corruption  de  la  supérieure  des  prêtresses  de 
Delphes  par  Cléomène  V\  roi  de  Sparte,  qui  voulait 
priver  Démarate  de  la  coroyauté,  en  attaquant  la  légi- 
mité  de  la  naissance  de  ce  dernier.  Cette  fourberie  fut 
découverte  quelque  temps  après,  et  la  prêtresse  privée 
de  sa  dignité  pour  venger  l'honneur  de  l'oracle  (Héro- 
dote YI,  66).  Que  certains  oracles  se  soient  laissé  cor- 


SPIRITUALISME    DE   l'ANTIQUITÉ.  21 

rompre,  cela  n'explique  rien,  la  fourberie  et  la  fraude 
n'étant  que  Fimitation  de  la  vérité  et  de  la  réalité.  Com- 
ment ces  fourbes  et  ces  imposteurs  ont-ils  pu  sans  dis- 
continuation, se  succéder  perpétuellement  les  uns  aux 
autres,  et  si  bien  cacher  leur  jeu  pendant  trente  siècles, 
que  personne  ne  s'en  soit  aperçu?  Comment  s'est-il  pu 
faire  que  tant  de  nations  n'aient  jamais  reconnu  qu'ils 
étaient  les  dupes  de  quelques  fourbes?  Par  quel  artifice 
ces  derniers  avaient-ils  pu  faire  en  sorte,  qu'il  n'y  eût 
de  l'esprit  que  parmi  eux,  et  que  tous  les  autres  hommes 
en  fussent  absolument  dépourvus? Un  homme  qui  passe 
pour  avoir  eu  beaucoup  d'esprit  aux  yeux  de  l'Académie 
française,  dont  il  fut  jadis  un  membre  immortel,  Fonte- 
nelle  a  voulu  résoudre  ce  problème,  pour  combattre  l'au- 
torité des  oracles  ;  en  disant,  que  si  on  lui  donnait  une 
demi-douzaine  de  personnes  à  qui  il  puisse  persuader 
que  ce  n'est  pas  le  soleil  qui  fait  le  jour,  il  ne  désespé- 
rerait pas  de  faire  embrasser  cette  opinion  à  des  nations 
entières?  (Eugène  Bareste,  Nostradamus,^.  69  et  165.) 

En  vérité,  le  spirituel  académicien  comptait  beaucoup 
sur  la  stupidité  des  hommes,  sans  connaître  sa  stupidité 
personnelle,  malgré  son  souverain  mépris  du  genre 
humain  ! 

L'autorité  des  oracles  ne  fut  en  effet  jamais  renversée  ; 
même  du  temps  de  César  et  d'Auguste,  et  au  commence- 
ment de  l'ère  chrétienne,  époque  où  la  décadence  du 
polythéisme  avait  atteint  son  apogée,  grâce  aux  critiques 
ào,^  jjérijHdéticiens,  des  cyniques  vX  des  éjncuriens .I^qsm- 
coup  d'historiens  illustres  de  cette  époque,  tels  que  Dio- 
dore  de  Sicile,  Denys  cVEcdicar nasse,  Dio  Cassius,  Flo- 
rus,  etc.,  etc.,  furent  très  portés  aux  oracles  et  aux  phé- 
nomènes surnaturels.  Il  en  est  de  même  de  l'illustre 
Plutarque  qui,  dans  son  intéressant  ouvrage  ;  De  la 


22  CHAPITRE   I. 

Cessation  des  oracles^  se  prononce  ouvertement  en  faveur 
des  oracles  ;  il  dit  :  «  La  imine  de  plusieurs  villes  de  la 
»  Grèce,  détruites  ou  dépeuplées,  les  irruptions  subites 
»  des  barbares  et  la  chute  de  plusieurs  empires  attes- 
»  tent  la  vérité  des  oracles.  Les  malheurs  que  vient 
»  d'éprouver  Cumes,  n'étaient-ils  pas  une  dette  que  le 
»  temps  a  acquittée  envers  les  sibylles,  qui  les  avaient  an- 
»  ciennement  prédits.  »  Plutarque  ajoute  plus  loin  :  «  S'il 
))  est  difficile  de  croire  que  la  Divinité  n'ait  point  eu  de 
))  part  à  ces  événements,  à  plus  forte  raison  n'a-t-on  pu 
»  les  prédire  sans  son  inspiration.  »  [OEuvres  morales 
de  Plutarque,  traduites  par  Ricard,  tome  II,  p.  261,  etc. 
Édition  de  1844.) 

Quand  l'oracle,  non  content  d'annoncer  l'événement, 
spécifie  souvent  la  manière,  le  temps,  l'occasion  et  les 
personnages,  alors  ce  n'est  plus  une  conjecture  incer- 
taine, c'est  une  prédiction  réelle  de  ce  qui  doit  arriver. 

Tel  est  le  fameux  oracle,  qui  prédit  qiiAgésilas  reste- 
rait boiteux  d'une  blessure,  et  les  désastres  de  Lacédé- 
mone  vers  la  fin  de  son  règne» 

«  Tremble  Lacédémone,  au  faîte  de  la  gloire, 
»  Crains  que  ton  roi  boiteux,  nuisant  à  tes  succès, 
»  Par  des  maux  imprévus  n'arrête  tes  progrès 
»  Et  de  longs  flots  de  sang  ne  souille  ta  victoire.  » 

(Plutarque,  Irad.  de  Ricard,  tome  II,  p.  262.) 

A  Rome,  cette  image  affaiblie  de  la  Grèce,  au  point  de 
vue  religieux  et  spiritualiste,  on  consulta  même  encore 
l'oracle  de  Delphes  avant  la  fameuse  bataille  de  Pharsale, 
qui  devait  décider  des  destinées  delà  République.  Tous 
les  lettrés  connaissent  la  description  des  fureurs  surna- 
turelles de  la  pythie,  par  Lucain.  (Pharsale,  versets 
71-223.) 


SPIRITUALISME  DE   l' ANTIQUITÉ.  23 

Pourtant ,  en  général ,  on  n'osa  plus  consulter  les  ora- 
cles au  sujet  des  affaires  publiques  depuis  la  chute  des 
républiques  en  Grèce  et  à  Rome.  Lucain  dit  que  l'oracle 
de  Delphes  est  muet,  depuis  que  les  rois  craignent  l'ave- 
nir,  et  ne  veulent  plus  laisser  parler  les  dieux.  Il  en  a  été 
de  même  chez  tous  les  peuples.  Suivant  la  Bible,  les 
rois  d'Israël  et  de  Judée  persécutèrent  les  prophètes. 
Saiïl  extermina  déjà  les  devins  et  ceux  qui  avaient  l'es- 
prit de  Python,  bien  qu'il  eût  lui-même  recours  à  eux, 
dans  des  cas  de  nécessité  extrême  (I,  Samuel,  XXVlïi, 
3-25).  Lucain  déplore  cet  aveuglement  des  princes,  en 
disant  que  c'est  le  plus  grand  malheur  do  notre  siècle 
d'avoir  perdu  cet  admirable  présent  du  ciel.  Saint  Paul  dit 
également  (I  Thess.,  V.  20)  :  Ne  méprisez  point  les  pro- 
phéties. Le  même  apôtre  y  ajoute,  dans  la  première 
épitre  aux  Corinthiens  (chap.  XIV.  1.39),  ce  qui  suit  : 
Désirez  avec  ardeur  les  dons  spirituels,  mais  surtout 
celui  de  prophétiser . 

C'est  donc  un  fait  constaté  par  l'histoire,  que  même 
dans  les  plus  mauvais  jours  du  polythéisme,  les  prêtres 
et  les  pythies  ont  continué  d'opérer  des  miracles  et  de 
prédire  l'avenir  des  nations  et  des  individus  ;  jamais  les 
oracles  ne  se  sont  tout  à  fait  tù;  Rome  même  n'a  jamais 
perdu  sa  foi  religieuse  à  ce  degré,  comme  l'Europe  mo- 
derne, malgré  les  lumières  supérieures  du  christia- 
nisme. 

La  décadence  du  polythéisme  fît  des  progrès  rapides 
depuis  Aristote.  Certes,  loin  de  nous  de  nier  le  spiritua- 
lisme de  ce  grand  homme,  qui  ne  méconnaît  pas  la  va- 
leur des  recherches,  concernant  les  êtres  et  les  essences 
invisibles  (de  Cœlo,  II,  12),  mais  il  faut  bien  convenir, 
qu' Aristote  le  premier,  a  détourné  les  regards  de  l'hu- 
manité de  cette  sphère,  pour  les  diriger  principalement 


24  CHAPITRE  I. 

vers  les  régions  inférieures  de  la  logique  abstraite,  de  la 
politique,  de  la  morale  et  des  sciences  exactes  et  physi- 
ques. 

C'est  à  l'école  d'Epicure  que  l'on  doit  l'absurde  idée 
que  les  dieux  du  paganisme  ne  furent  que  des  personni- 
fications des  formes  physiques,  des  symboles  des  vérités 
cosmogoniques.  Cette  opinion  erronée  est  devenue  un 
Credo  de  nos  savants  matérialistes,  dont  la  plupart  sou- 
tiennent que  la  religion  des  races  primitives  do  l'huma- 
nité fut  un  naturalisme  grossier;  leurs  préjugés  maté- 
rialistes les  aveuglent  à  un  tel  degré  qu'ils  confondent 
entièrement  le  spiritualisme  le  plus  absolu  de  l'humanité 
primitive,  qui  ne  voyait  que  des  Esprits  partout,  même 
en  qualité  de  directeurs,  qui  gouvernaient  les  forces 
physiques  et  ordonnaient  les  éléments  cosmiques,  qui 
spiritualisaient  même  les  forces  inertes  de  la  nature  ma- 
térielle, tandis  que  les  modernes  matérialisent  tout; 
aussi  sont-ils  arrivés  à  la  conclusion  inepte  de  ne  voir 
dans  les  mystères  d'Eleusis  de  l'antiquité,  que  la  célé- 
bration d'une  fête  champêtre  de  l'agriculture. 

La  décadence  du  spiritualisme  entraîna  avec  elle  celle 
de  la  liberté,  de  la  gloire  et  de  l'indépendance  de  la 
Grèce.  Le  scepticisme  et  la  frivolité  frayèrent  le  chemin 
à  la  tyrannie  et  au  joug  de  l'étranger.  Ce  fut  en  vain  que 
quelques  stoïciens  croyaient  pouvoir  remplacer  la  reli- 
gion par  la  philosophie;  certes,  la  morale  de  cette  école 
fut  sublime  et  austère,  mais  cette  doctrine,  purement 
rationaliste  et  humaine,  n'eut  aucune  base  religieuse. 
Aussi  cette  philosophie,  ne  pouvant  pas  même  tenir  lieu 
du  polythéisme,  nous  démontre  l'impuissance  de  l'intel- 
ligence humaine  et  la  nécessité  indispensable  de  la  révé- 
lation surnaturelle  pour  satisfaire  aux  besoins  religieux 
et  moraux  de  l'homme. 


SPIRITUALISME   DE    l'aNTIQUITÉ.  25 

Ce  fut  au  milieu  de  cette  décrépitude  de  toutes  les 
croyances  religieuses  et  de  toutes  les  idées,  que  la  se- 
conde  grande  phase  de  la  révélation^  que  l'on  ne  saurait 
comparer  qu'à  la  révélation  primitive,  fut  annoncée  aux 
hommes  par  le  Christ,  pour  délivrer  l'humanité  du 
joug  des  ténèbres.  Chose  étrange,  à  peine  le  christia- 
nisme, dont  l'histoire  primitive  ne  fut  qu'un  continuel 
prodige,  eut-il  entamé  le  domaine  du  paganisme,  que 
le  polythéisme  commence  à  se  rajeunir  pour  pouvoir 
mieux  se  défendre  contre  son  nouvel  adversaire.  L'école 
de  Pythagore,  du  plus  illustre  réformateur  de  la  Grèce 
renaît.  L'illustre  adepte  de  Pythagore,  Apollonius  de 
Tyane,  parcourt  le  monde  en  Messie  du  paganisme,  et 
opère  une  foule  de  miracles.  La  renommée  de  sa  haute 
sagesse  et  de  sa  sainteté  retentit  d'un  bout  à  l'autre  du 
vaste  empire  romain.  Les  mystères  d'Isis  et  d'Osiris, 
les  restes  de  l'aucien  culte  des  Egyptiens  furent  exhu- 
més ;  il  en  fut  de  même  de  la  sagesse  des  Mages  et 
des  Indiens.  C'est  alors  qu'on  vit  renaître  une  foule  de 
pratiques  superstitieuses  et  de  cérémonies,  dont  on 
avait  oublié  le  sens  profond  ;  les  oracles  redoublèrent 
d'activité  et  de  zèle  ;  Apollonius  de  Tyane  lui-même, 
au  dire  de  Philostrate,  son  biographe,  visita  tous  les 
oracles  de  la  Grèce.  On  remua  ciel  et  terre,  pour  écraser 
la  nouvelle  religion  du  Nazaréen  ;  la  terre  fut  de  nou- 
veau rattachée  au  ciel  et  la  philosophie  à  la  révélation. 

Les  néo-pythagoriciens  et  les  néo-platoniciens  abou- 
tirent à  la  fameuse  école  d'Alexandrie,  le  plus  vaste 
éclecticisme  de  toutes  les  philosophies  et  de  toutes  les 
traditions  religieuses,  qui  ait  jamais  existé.  Le  poly- 
théisme se  régénéra  donc,  en  remontant  aux  révélations 
primitives,  et  en  puisant  aux  sources  plus  profondes  des 
anciens  penseurs.  Ce  recours  au  spiritualisme  primitif  de 


26  CHAPITRE   1. 

toutes  les  traditions  sacrées,  alors  connues  dans  le 
Monde  gréco-romain,  grâce  à  la  réconciliation  de  la  foi, 
de  la  raison,  de  la  religion  et  de  la  philosophie  opérée 
par  l'école  d'Alexandrie,  amis  le  polythéisme  à  même 
de  tenir  tête  durant  plusieurs  siècles  aux  assauts  conti- 
nuels et  violents  d'une  religion  évidemment  bien  supé- 
rieure et  dont  les  adeptes  furent  réchauffés  et  éclairés 
par  les  rayons  du  soleil  levant.  La  lutte  fut  rude  ;  il  fal- 
lait combattre  le  paganisme  par  le  talent  et  avec  Tarme 
intelligente  de  la  persuasion  ;  néanmoins,  malgré  l'ex- 
cellence  de  la  doctrine  morale  du  christianisme,  et  bien 
que  le  sang  des  martyrs  coulât  à  flots,  les  apôtres  et  leurs 
successeurs  n'auraient  jamais  triomphé,  s'ils  n'eussent 
pas  opéré  des  miracles,  pour  contre-balancer  les  oracles. 
Les  miracles  et  les  prodiges  seuls ^  confirmèrent  la  parole 
du  Seigneur.  (Marc,  XYI,  20). 

Cette  dernière  phase  du  polythéisme,  sa  renaissance 
finale  à  la  vie,  dans  ses  derniers  jours,  pour  combattre 
le  Christianisme  qui  aspira  à  l'empire  du  monde,  est 
certes  un  des  tableaux  les  plus  intéressants  que  les  an- 
nales de  l'humanité  offrent  à  l'observation  d'un  historien 
philosophe. 

Cette  ébauche  de  la  décadence  graduelle  du  spiritua- 
lisme et  des  religions  positives,  est  basée  sur  la  tradition 
des  âges  y  dont  on  trouve  des  traces  chez  tous  les  peuples 
de  l'antiquité.  L'idée  principale  sur  laquelle  repose  cette 
tradition  des  âges,  c'est  la  décadence  morale  dont  est 
frappée  l'humanité  depuis  qu'elle  s'est  écartée  de  la  direc- 
tion primitive  des  dieux  et  des  génies,  du  sentier  de  la 
vertu  et  de  l'innocence  primordiale;  l'humanité  a  été 
toujours  alors,  s'avançant  dans  la  voie  du  mal.  Le  public 
lettré  connaît  la  doctrine  des  Yoiigas  développée  par  les 
Hindous  ;  les  quatre  périodes  des  Perses,  qui  fixaient  la 


SPIRITUALISME   DE   l'ANTIQUITÉ.  27 

durée  du  monde  à  douze  mille  ans,  répartis  en  quatre 
périodes.  Il  en  est  de  même  des  quatre  âges,  selon  les 
traditions  des  Grecs  et  des  Romains,  aux  yeux  desquels 
la  dégénérescence  graduelle  a  trouvé  dans  la  série  des 
métaux  une  image  naturelle  :  F 07%  l'argent,  Vairaifi  et  le 
fer  sont  devenus  pour  ces  peuples  le  type  de  ces  quatre 
stations  de  Fliumanité,  par  lesquelles  l'homme  est  des- 
cendu de  la  félicité  divine  à  la  misère. 

Selon  Porphyre,  cet  adversaire  acharné  de  l'Eglise 
chrétienne  [Traité de  T Abstinence,  livre  IV,  chapitre  2), 
Dicé arque,  le  péripatéticien,  assure  dans  son  excellent 
Abrégé  des  mœurs  des  Grecs,  que  les  Aticiens  qui  étaient 
plus  près  des  Dieux  c[uq  nous,  étaient  aussi  meilleurs  que 
nous,  qu'ils  travaillaient  à  se  rendre  parfaits,  de  sorte 
qu'on  les  regarde  comme  faisant  l'âge  d'or,  comparés 
aux  hommes  d'à-présent,  qui  sont  formés  d'une  matière 
corrompue.  Ils  ne  tuaient  rien  d'animé.  Ils  se  portaient 
bien,  ils  vivaient  en  paix  et  s'aimaient,  voilà  le  siècle 
d'or. 

Porphyre  {Traité  de  l'A  hstinence,  livre  IV,  chapitre  9), 
dit  que  ceux  qui  ont  excellé  par  leur  sagesse,  ont  eu  le 
plus  de  communication  avec  la  Divinité. 

On  saisit  dans  cette  tradition  des  âges,  des  traits  d'une 
analogie  assez  remarquable  avec  les  premiers  chapitres 
de  la  Genèse. 


28  CHAPITRE   II. 

CHAPITRE  II 
Le  spiritualisme  depuis  l'avènement  du  Christ. 


Le  christianisme,  cette  nouvelle  révélation ,  a  par- 
couru les  mêmes  phases  que  l'ancienne  révélation  pri- 
mitive. Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  donner  une  esquisse 
de  la  décadence  de  cette  nouvelle  religion;  nous  vou- 
lons seulement  faire  en  peu  de  mots  le  parallèle  des 
anciennes  religions  et  de  la  révélation  nouvelle. 

Lt'âge  d'or  du  christianisme  fut  sans  contredit  contenu 
dans  les  premiers  siècles  après  l'avènement  du  Christ. 
C'est  dans  ces  siècles  des  martyrs  que  la  foi,  qui  opère 
les  miracles,  se  manifeste  de  la  manière  la  plus  écla- 
tante. Aussi  le  chiisiianisme  parvint,  au  hout  de  plusieurs 
siècles,  grâce  à  cette  Ardeur  de  la  foi,  à  U empire  du 
monde  Romain.  Néanmoins,  on  aperçoit  déjà  dans  le 
troisième  et  le  quatrième  siècle  de  notre  ère,  les  signes 
précurseurs  de  la  décadence  de  la  nouvelle  religion. 

Le  nomhre  de  ses  adeptes  ayant  crû,  et  les  hesoins 
religieux  ayant  augmenté,  les  hommes  inspirés  par  l'Es- 
prit Saint  ont  cessé  d'être  les  seuls  interprètes  du  chris- 
tianisme. Une  classe  d'hommes  de  métier,  le  sacerdoce, 
les  remplace  ;  hélas  !  les  prêtres  étaient  souvent  dépour- 
vus de  toute  véritable  vocation  céleste.  Ils  étudiaient  la 
lettre-morte  du  Code  sacré,  sans  en  pénétrer  l'esprit  vi- 
vifiant, accordé  à  ceux  qui  par  une  foi  fervente  parvien- 
nent à  une  communication  plus  ou  moins  directe  avec 
le  monde  surnaturel,  comme  beaucoup  de  saints  et  de 
saintes,  que   l'Église  romaine  elle-même  a  canonisés. 


SPIRITUALISME   DEPUIS   l' AVENEMENT   DU   CHRIST.       29 

L'établissement  du  sacerdoce  fut  donc  dans  l'histoire  du 
christianisme,  comme  celle  des  anciennes  religions,  Vune 
des  principales  phases  de  la  décadence.  Le  sacordoce,  en- 
traînant avec  lui  une  hiérarchie  mondaine  ,  une  Église 
trop  visihle  et  trop  matérielle,  un  pouvoir  social  et  sou- 
vent une  alliance  monstrueuse  de  l'Église  et  de  l'État  [la 
Césaréopapiè)^  devait  altérer  le  caractère  simple  et  cé- 
leste du  Christianisme  positif. 

Quant  aux  doctrines,  l'influence  du  polythéisme  se  fit 
bientôt  sentir;  le  monothéisme  sublime  fut  peu  à  peu 
absorbé  dans  la  théorie  de  la  Trinité,  l'invocation  des 
saints  dégénéra  en  une  véritable  adoration;  enfin,  (jràce 
à  la  Marialàtrie,  Dieu  a  changé  même  presque  de  sexe 
au  moyen-âge.  Toutes  ces  erreurs  devaient  aboutir  à  l'i- 
dolâtrie dans  les  siècles  d'ignorance  durant  le  moyen-âge. 
Nous  devons  malheureusement  à  cette  ère,  où  la  pensée 
a  sommeillé,  un  autre  héritage  plus  funeste  encore  que 
ces  velléités  de  polythéisme  et  d^idolàtrie,  savoir  :  la 
Bémono phobie.  Ce  chef-d'œuvre  du  Satan  est  le  grand 
cheval  de  bataille  de  Béelzébub,  à  l'aide  duquel  il  a 
voulu  même  battre  en  brèche  les  miracles  du  Christ, 
en  faisant  passer  Notre -Seigneur  lui-même  pour  un  dé- 
moniaque ou  pour  un  fou.  (Jean  X,  19-21.) 

M.  de  Mirville  (Pneumatologie,  tome  IV,  page  155), 
nous  adresse  le  reproche  injuste  de  croire  que  la  démo- 
nophobie  est  le  produit  du  moyen-âge;  si  M.  de  Mir- 
ville nous  avait  bien  lu,  il  aurait  vu  que  nous  faisons 
remonter  (chap.  I,  page  17  de  notre  édition  de./«  Réalité 
des  Esprits,  de  1857)  l'origine  de  cette  erreur  mons- 
trueuse au  zoroastrisme.  La  haine  nationale,  la  préten- 
tion exclusive  à  une  révélation  divine  par  excellence, 
ont  enfanté  cette  funeste  doctrine  chez  les  Perses  et  chez 
les  Juifs,  surtout  depuis  la  captivité  de  Babylone  ;  car, 


30  CHAPITRE   II. 

avant  cette  ère,  Satan  ne  fut  nullement  un  Ahriman  dé- 
chu, mais  un  justicier  de  Jehovah,  un  fils,  un  enfant  de 
Dieu.  (Job  I,  6-i2  et  Chronique  des  rois,  livre  I,  cha- 
pitre 22,  vision  de  Michée.) 

L'orthodoxie  catholique  a  confondu  le  serpent  de  la 
Genèse,  ce  symbole  du  principe  de  Tintelligence,  de  la 
clairvoyance  et  de  l'initiation  dans  l'étude  dos  sciences 
occultes  avec  le  diable  manichéen,  F  Ahriman  des  Perses, 
mais  d'après  le  véritable  sens  de  la  Genèse,  il  n'est  nul- 
lement question  là  de  Lucifer.  Le  serpent  fut  l'emblème 
de  l'éternité,  le  symbole  de  la  Divinité,  mais  il  ne  fut 
nullement  le  Satan,  antagoniste  de  Dieu.  Le  fameux  ser- 
pent d'airain  de  Moïse  guérissait  les  malades.  Le  Dieu 
spéciales  l'intelligence  [Thoth  Hermès,  Mercure)  et  celui 
de  l'intelligence  qui  guérit  (Esculape)  ont  le  serpent 
pour  attribut.  Nous  défions  à  notre  tour  M.  le  marquis 
de  Mi r ville,  de  nous  montrer  Satan,  adversaire  révolté 
de  Dieu  et  des  Anges  dans  la  Genèse,  dans  Job  ou  dans 
les  Paralipomènes.  Satan  est  un  fils  obéissant  de  Dieu, 
comme  les  autres  Aleims  ou  enfants  de  Dieu  qui  entou- 
rent son  trône.  De  même  qu'il  n'y  a  aucune  trace  de  la 
Trinité  dans  les  livres  sacrés  de  l'Ancien  Testament, 
excepté  dans  les  interprétations  arbitraires  du  prétendu 
savant  Drach,  ancien  rabbin  renégat,  converti  au  catho- 
licisme romain,  de  même  la  Genèse,  Job  et  tous  les 
livres  rédigés  avant  la  captivité  de  Babylone  ne  connais- 
sent pas  le  Satan,  cet  aversaire  acharné  qui  a  osé  se  ré- 
volter contre  l'Absolu  lui-même.  Ce  n'est  que  dans  le 
Zoroastrisme,  dans  le  Masdéisme,  qu'on  voit  l'origine 
de  cette  doctrine  monstrueuse,  source  primitive  de  la 
démonophobie  des  Juifs  après  la  captivité  de  Babylone 
et  des  chrétiens,  leurs  successeurs  et  leurs  héritiers  dans 
le  domaine  de  la  croyance  religieuse.  De  plus,  M.  de  Mir- 


SPIRITUALISME   DEPUIS   l'aVÈNEMENT   DU   CHRIST.      31 

ville  commet  une  erreur  très  grave  en  soutenant  que  les 
premiers  siècles  du  christianisme  [Pneumatologie,  t.  V, 
p.  461,  etc.)  étaient  plus  démonophobes  que  le  catho- 
licisme du  moyen-âge.  Nous  défions  notre  adversaire  de 
nous  démontrer  l'existence  des  bûchers  de  l'Eglise  ca- 
tholique dans  les  siècles  d'or  du  christianisme  ;  nous  le 
prions  également  de  nous  montrer  pièces  en  mains  que 
la  réforme  était  encore  plus  démonophobe  que  l'Eglise 
catholique.  Michelet,  dans  sa  Bible  de  r humanité  (p.  96, 
le  Combat  du  bien  et  du  mal)  a  raison  de  dire  que  dans 
le  paresseux  moyen-àge,  Satan  grandit  toujours.  Nain 
d'abord,  si  petit  qu'au  temps  de  TEvangile  il  se  cachait 
dans  les  pourceaux,  il  grandit  en  l'an  1000,  et  grandit 
tellement  qu'en  1300,  1400,  il  a  enténébré  le  monde.  Ni 
le  feu,  ni  l'épée,  n'en  peut  venir  à  bout.  Pour  les  zoroas- 
triens,  c'est  exactement  le  contraire.  À  travers  tant  de 
maux,  les  Perses  ont  cru  de  plus  en  plus  quAhriman, 
pâlissant,  sous  peu,  va  défaillir  et  fondre,  absorbé  dans 
Ormuzd.  La  doctrine  de  Zoroastre  a  été  tme  heureuse  re- 
licjion  de  l'espoir .  Chaque  jour  diminue  Ahriman  et 
grandit  Ormuzd.  Quel  étrange  progrès  en  sens  inverse  de 
la  Perse  au  catholicisme  du  moyen-âge  !  Cette  religion 
du  désespoir.  Satan,  souverain-maître  du  monde  relègue 
lo  bon  Dieu  durant  des  siècles  dans  une  petite  niche  obs- 
cure, appelée  la  Palestine  ;  toute  la  terre  est  livrée  aux 
mauvais  démons.  Plus  tard,  il  est  vrai,  la  parole  onc- 
tueuse de  Jésus,  de  ses  apôtres  et  le  martyrologe  de  ses 
disciples,  étendent  les  limites  duroyaume  de  Dieu,  mais 
hélas  !  dans  le  moyen-âge,  Satan  grandit  de  nouveau  et 
pervertit  même  les  élus.  La  menace  terrible  d'un  enfer 
éternel,  d'un  Dieu  dont  la  vengeance y<7;??r/z*9  ne  s'assou- 
vit, sont  l'avènement  du  règne  de  l'ante-Christ. —  Quant 
à  nous,  spiritual istes,  nous  espérons  qu'un  jour,  l'huma- 


32  CHAPITRE    II. 

nité  tout  entière,  finira  par  se  rallier  à  la  doctrine  con- 
solatrice de  la  délivrance  finale  et  de  la  conversion  défi- 
nitive d'Ahriman. 

Nos  adversaires  catholiques,  incapables  de  réfuter 
tous  les  faits  bien  constatés  par  les  historiens  et  par  les 
critiques  de  tous  les  temps,  ont  recours  à  des  assertions 
paradoxes.  C'est  ainsi  que  M.  le  chevalier  Gougenot  des 
Mousseaux  [Magie,  pag.  129  et  130,  etc.)  croit  nous  réfu- 
ter, en  soutenant  que  le  sacerdoce  était  institué  par  Jésus, 
dans  la  personne  des  apôtres.  Or,  c'est  un  fait  constaté 
par  l'Evangile,  que  Jésus  fut  l'adversaire  le  plus  acharné 
de  tous  les  sacerdoces  ;  tous  ceux  qui  ont  lu  les  Evangiles 
connaissent  sa  critique  ardente  du  haut  sacerdoce  des 
Pharisiens  et  des  Saducéens.  Jésus  voulait  une  réforme 
purement  morale  du  judaïsme  et  des  autres  religions;  il 
n^  a  aucune  trace  d'une  théologie  nouvelle  dans  ses 
aphorismes  sublimes,  empruntés  d'un  caractère  moral 
très  élevé.  Nous  défions  M.  des  Mousseaux  de  nous  prou- 
ver, le  texte  original  de  l'Evangile  en  main,  l'établisse- 
ment du  sacerdoce  par  Jésus.  Il  en  est  de  même  de  la 
doctrine  de  la  trinité,  de  la  divinité  de  Jésus,  et  de  la 
marialâtrie,  etc.,  etc.  Notre  adversaire  ne  pourra  pas 
citer  une  seule  parole  de  Jésus,  en  faveur  de  ces  doc- 
trines que  les  conciles  seuls  ont  établies.  Les  interpré- 
tations arbitraires  du  savant  Drach  ne  peuvent  pas  avoir 
l'autorité  du  texte  original.  —  11  est  également  absurde 
de  voir  dans  le  symbole  delà  croix,  beaucoup  plus  ancien 
que  le  christianisme,  des  traces  du  dogme  de  la  trinité. 
Quant  à  la  divinité  de  Jésus,  cette  doctrine  repose  sur  la 
confusion  du  divin  et  du  merveilleux.  Certes  Jésus,  se- 
lon ses  propres  paroles  (saint  Jean,  chap.  X)  fut  un  des 
prophètes  réformateurs  les  plus  sublimes,  qui  aient 
jamais  existé,  nul  ne  fut  plus  thaumaturge,  plus  pro- 


SPIRITUALISME    DEPUIS   L^AVENEMENT    DU    CHRIST.       33 

phète  ou  Mage  à  un  degré  aussi  éminent  ;  nul  ne  fut  plus 
le  Messie  par  excellence,  c'est-à-dire  le  saint  envoyé  de 
Dieu,  pour  opérer  une  grande  réforme  morale  et  sociale 
dans  le  vaste  empire  romain  ;  nul  na  vécu  ni  ne  vivra 
dans  un  rapport  plus  intime  avec  le  monde  des  purs  Es- 
prits; car,  selon  les  légendes  sublimes  et  touchantes 
contenues  dans  les  Evangiles,  non-seulement  les  grandes 
âmes  des  plus  grands  prophètes  et  thaumaturges  d'Israël, 
tels  que  Moïse  et  Elle  se  manifestèrent  à  lui,  pour  l'ins- 
pirer dans  sa  mission  sainte,  mais  encore  les  génies 
supérieurs  qui  ont  dédaigné  l'incarnation  terrestre,  en- 
tretenaient des  rapports  intimes  avec  lui,  pour  l'encou- 
rager à  persévérer  dans  son  œuvre  sublime  de  la  régé- 
nération morale  de  ses  contemporains.  Tous  ceux  qui 
ont  réfuté  Renan  et  Strauss  et  la  philosophie  moderne, 
ont  confondu  la  Divinité  et  le  merveilleux,  la  Divinité 
avec  la  thaumaturgie.  Si,  au  lieu  de  cela,  ils  se  fussent 
bornés  à  constater  la  réalité  du  merveilleux  dans  la  vie 
de  Jésus,  de  Zoroastre,  de  Sakya-Mouni  (du  Bouddha), 
comme  dans  celle  de  Moïse,  d'Elie,  d'Orphée,  de  Pytha- 
gore,  d'Apollonius  de  Tyane,ils  eussent  rendu  un  grand 
service  à  la  grande  cause  de  la  vérité  religieuse,  basée 
partout  sur  l'ordre  de  choses  merveilleux,  dont  les  ma- 
nifestations abondent  même  dans  les  temps  historiques 
les  mieux  constatées  par  les  historiens  contemporains 
les  plus  graves  ;  or,  il  n'y  a  rien  de  plus  concluant  qu'un 
fait  bien  constaté  :  le  fait  brutal  défie  les  théories  imagi- 
naires et  exclusives  de  nos  critiques  modernes,  qui  ont 
effacé  arbitrairement  le  merveilleux,  croyant  cet  ordre 
de  choses  incompatibles  avec  les  lois  de  la  nature  qu'ils 
réduisent  à  une  matière  inerte.  Nos  adversaires  catho- 
liques, incapables  de  réfuter  les  faits,  ont  recours  à  des 
assertions  paradoxes,  qui  contredisent  tous  les  faits  bien 


34  CHAPITRE    II. 

constatés  par  les  historiens  et  par  les  critiques  de  tous 
les  temps  ;  ils  ont  voulu  démontrer  une  chose  impossihle 
et  absurde,  c'est-à-dire  la  divinité  de  Jésus.  Aussi  leur 
œuvre  a  été  stérile;  le  monde  savant,  ne  tenant  pas 
compte  de  leurs  réfutations,  continue  à  suivre  les  traces 
de  Niebuhr,  de  Ilégel,  de  Strauss  et  de  Renan,  qui  ont 
effacé  arbitrairement  le  merveilleux  dans  les  annales 
de  l'histoire,  bien  que  cet  ordre  de  choses  ait  laissé  des 
traces  ineffaçables  dans  l'humanité. 

Tant  que  le  parti  religieux  conservera  ce  point  de  vue 
exclusif,  ne  voyant  la  divine  révélation  que  dans  le 
merveilleux  orthodoxe  chez  les  juifs  et  chez  les  chrétiens, 
il  sera  incapable  de  terrasser  l'hydre  du  panthéisme 
matérialiste  et  naturaliste  de  la  science  moderne. 

Or,  ridolâtrie  et  la  démonophohie  devaient  avoir  pour 
conséquence  nécesmire  le  scepticisme;  la  démonophohie 
déracine  dans  le  cœur  de  l'homme  la  sympathie  pour  le 
monde  surnaturel,  en  brisant  l'échelle  de  Jacob  que  Dieu  a 
étahlie  pour  rattacher  la  terre  au  ciel. 

C'est  en  vain  que  la  réforme  essaya  de  rétablir  l'âge 
d'or  du  christianisme  primitif;  certes^  le  génie  et  le  cou- 
rage ne  manquèrent  pas  au  géant  de  Wittenberg,  mais  il 
fut  trop  peu  secondé  par  la  race  bien  affaiblie  de  ses 
successeur?.  La  réforme  pouvait  ébranler  l'autorité 
infaillible  de  la  papauté,  et  conquérir  pour  le  genre 
humain  le  bien  précieux  du  libre  examen  et  de  la  liberté 
de  conscience  ;  mais  la  foi  qui  opère  les  miracles  n'em- 
brasa pas  le  cœur  de  la  plupart  des  réformateurs. 

Leurs  tentatives  de  restaurer  l'âge  d'or  devaient 
donc  échouer  ;  la  Théologie  étroite  et  bornée  de  Calvin 
effaça  le  domaine  merveilleux  et  Vinfluence  du  monde 
surnaturel.  Le  scepticisme  et  le  rationalisme  arrêtèrent 
bientôt  le  mouvement  de  la  réforme.  Le  Criticisme   et 


SPIRITUALISME   DEPUIS   l'aVENEMENT   DU   CHRIST.      35 

le  Panthéisme  des  abstractions  logiques  et  l'étude  des 
sciences  naturelles  ont  fini  par  étouffer  tous  les  germes 
de  la  foi  et  de  la  tliéosophie.  IJétat  actuel  de  la  relicjion 
est  malheureusement  ce  qu'il  y  a  de  plus  triste  au  monde, 
La  foi  de  la  plupart  des  prêtres  et  des  pasteurs  n'est 
qu'une  foi  historique  et  morte,  incapable  d'opérer  der 
miracles  ;  ils  ne  guérissent  plus  les  malades  et  ne  vien- 
nent que  pour  administrer  la  dernière  onction  au  ma- 
lade, condamné  par  la  médecine  à  une  mort  inévitable; 
nos  pasteurs  ne  tiennent  plus  compte  des  passages  à  ja- 
mais mémorables  de  l'épître  de  saint  Jacques  (cbap.  V, 
14,  15).  Pour  éviter  au  lecteur  la  peine  de  les  chercher 
dans  la  Bible,  nous  citons  ces  deux  versets  remarqua- 
bles :  «  Y  a-t-il parmi  vous  quelqu'un  qui  soit  malade? 
))  qu'il  appelle  les  anciens  de  VÈqlise,  et  quHls  prient  pour 
))  lui,  et  qu'ils  F  oignent  d'huile  au  nom  du  Seigneur. 

«  Et  la  prière  faite  avec  foi  sauvera  le  mcdade,  et  le 
»  Seigneur  le  relèvera;  et  s'il  a  commis  des  péchés,  ils  lui 
»  seront  pardonnes,  y) 

L'exemple  du  Christ  et  des  apôtres  n'a  plus  aucune 
importance  pour  les  pasteurs  et  les  prêtres. 

C'est  en  vain  que  Gassner  et  le  prince  de  Hohenlohe  ont 
suivi  les  traces  des  apôtres  ;  le  diacre  Paris  a,  comme  ja- 
dis le  prophète  £'/wee  (II,  Rois,  chap.  XIII,  21),  ojjéré 
des  miracles,  même  après  sa  mort.  Tous  ces  faits  sont 
bien  constatés,  même  par  les  sceptiques  ;  mais,  chose 
étrange  !  les  orthodoxes  ont  peur  du  diable  et  des  dé- 
mons, comme  jadis  les  pharisiens  du  temps  du  Christ. 
La  démonophobie  aveugle,  qui  croit  même  aux  guérisons 
démoniaciues ,  détruit  les  relations  avec  le  monde  surna- 
turel et  raffermit  do  plus  en  plus  le  pouvoir  du  matéria- 
lisme et  du  scepticisme,  ce  règne  de  Satan  par  excel- 
lence. M.  de  Mirville,  le  champion  le  plus  érudit  de  la 


36  CHAPITRE   II. 

démonophobie  regrette  même  la  défaite  prochaine  du 
matérialisme,  qu'il  prévoit  [Des  Esprits  et  de  leurs  ma- 
nifesiations  fluidiques^  pag.  447,  etc.,  etc).  L'aveugle- 
ment du  parti  orthodoxe,  en  effet,  tient  à  la  folie  et  ne 
saurait  être  attribué  qu'à  l'influence  occulte  et  morale  du 
prince  des  ténèbres  lui-même. 

Les  prêtres  et  les  pasteurs  affectent  une  croyance 
aveugle  et  ne  savent  plus  qu'ils  prêchent  ce  qu'ils  ne 
pratiquent  pas;  ils  s'arrogent  encore  le  droit  de  par- 
donner les  péchés,  sans  tenir  compte  des  paroles  du 
Christ  (saint  Marc,  II,  9)  :  «  Car  lequel  est  le  plus  aisé, 
»  ou  de  dire  au  paralytique:  Tes  péchés  te  sont  pardonnes; 
»  ou  de  lui  dire  :  Lève- toi,  et  charge  ton  petit  lit,  et  mar^ 
»  che ;  »  le  Christ  confirma ^«r  le  miracle  de  la  guérison 
son  pouvoir  de  pardonner  les  péchés  ;  mais  nos  prêtres 
et  pasteurs  faisant  un  triage  arbitraire  de  la  parole  de 
Dieu,  croient  que  la  foi  qui  transporte  les  montagnes  et 
opère  les  miracles  n'a  été  accordée  qu'aux  apôtres,  mais 
que  le  droit  de  pardonner  les  péchés,  de  prêcher,  d'in- 
struire et  d'enseigner  leur  est  dévolu.  Or,  selon  la 
parole  de  Dieu,  celui  qui  n'est  pas  inspiré  de  Dieu  ne 
doit  ni  prêcher  ni  guéi^ir,  ni  opérer  des  miracles,  ni  par- 
donner les  péchés.  Selon  le  I,  Corinthe  (XII,  4)  :  il  y  a 
diversité  des  dons,  mais  il  n'y  a  qu'un  même  esprit  et 
le  don  de  guérison  est  donné  par  ce  même  esprit 
(I,  Corinthe,  XII,  9).  Il  ne  faut  donc  pas  dédaigner  ni  la 
prophétie,  ni  la  gnérison,  si  l'on  ne  fait  que  prêcher. 

La  décadence  de  la  religion  aboutit  toujours  à  celle  de 
la  haute  science,  c'est-à-dire,  de  la  philosophie  et  de 
toutes  les  sciences  morales,  politiques  et  historiques; 
il  n'y  a  que  les  sciences  prétendues  exactes,  telles  que 
les  Mathématiques  et  la  Physique,  qui  puissent  faire  des 
progrès  dans  un  tel  état  des  choses,  on  peut  même  dire 


SPIRITUALISME    DEPUIS    l' AVENEMENT    DU   CHRIST.      37 

que  l'abaissement  de  la  haute  science  des  causes,  grâce 
au  scepticisme  et  au  matérialisme,  est  surtout  favorable 
à  la  culture  de  ces  sciences  inférieures,  inanimées  et 
matérielles,  n'ayant  pas  d'autre  but  que  de  développer 
l'industrie  et  le  commerce,  et  le  bien-être  matériel  de 
l'homme.  Aussi  de  nos  jours,  l'inclination  de  l'homme 
le  porte  à  ne  rechercher  que  les  choses  matérielles  ;  voilà 
pourquoi  :  il  devient  de  plus  en  plus  sceptique  à  l'égard 
des  choses  invisibles,  et  plus  il  a  de  moyens  de  satis- 
faire son  matérialisme,  plus  il  a  de  peine  à  s'élever  aux 
recherches  de  la  vérité  dans  une  sphère  tout  à  fait  intel- 
lectuelle et  spirituelle.  Aussi  nos  académies  des  sciences 
ne  s'occupent  qu(3  des  vers  à  soie,  des  crustacés^  etc., 
sans  songer  au  domaine  moral.  M^  Biot,  dans  son  dis- 
cours de  réception  à  l'Académie  française  (le  5  février 
1857),  dit  :  «  Celui  qui  a  constaté  dans  le  moindre  animal 
»  microscojnquey  dans  la  plus  faible  pousse  d'un  végétal 
»  vivant  autant  de  m^erveilles  que  tout  le  ciel  même  nous 
))  offre,  se  trouve  aussi  complètement  dispensé  de  prendre 
»  part  aux  affaires  publiques,  que  s'il  vivait  dans  Sa- 
ï)  turne  ou  dans  Jupiter.  ))  Paroles  absurdes  et  impies  qui 
démontrent  le  dédain  que  les  physiciens  professent 
pour  les  sciences  morales  et  pour  leur  application  aux 
sociétés  humaines  !  Certes,  un  jour  viendra,  où  l'hu- 
manité se  moquera  de  ces  physiciens  matérialistes,  qui 
croient  être  les  seuls  dépositaires  des  lois  de  la  nature, 
dont  ils  ne  connaissent  que  les  apparences  matérielles. 
En  effet,  la  science  moderne  est  bien  déchue  depuis  le 
dix-huitième  siècle  surtout,  si  on  la  compare  à  cette 
haute  philosophie  des  anciens,  qui  donnait  la  connais- 
sance des  causes.  La  science  des  anciens  était  une  œuvre 
complète  ;  elle  embrassait  aussi  bien  les  causes  que  les 
effets   :  la  Psychologie,  la  Pneumatologie,  la  métaphy- 


38  CHAPITRE    II. 

sique,  que  la  logique  et  la  physique;  elle  était,  pour  nous 
résumer  en  un  mot,  la  science  des  rapports  du  monde  des 
Esprits  et  du  monde  des  corps,  tandis  que  nos  académi- 
ciens Vont  réduite  à  une  partie  mescjuine  et  étroite,  à  la 
matière  seule.  Les  savants  modernes  ont  rejeté  du  sanc- 
tuaire des  sciences  le  plus  beau  fleuron,  l'étude  de  lame 
et  du  monde  des  causes  surnaturelles  et  invisibles,  ils  ne 
tiennent  plus  compte  des  types  et  des  prototypes  de 
Platon,  de  ces  formes  immatérielles,  qu'Aristote  même, 
malgré  son  penchant  au  réalisme,  a  admises,  et  que 
Zenon,  malgré  son  empirisme,  a  respectées. 

En  Allemagne,  qui  passe  pour  la  patrie  ou  le  foyer 
de  la  philosophie  moderne,  il  n'y  a  pas  eu  de  théosophe 
ou  philosophe  véritable  depuis  le  fameux  cordonnnier 
Jacques  Bœhme^  que  l'on  a  appelé  avec  raison  le  philo- 
sophus  teutonicus.  De  nos  jours,  -c'est-à-dire,  depuis  une 
centaine  d'années,  l'Allemagne  îi'a  produit  qu'une  foule 
de  philosophes  sceptiques  et  critiques  et  des  logiciens 
plus  ou  moins  abstraits.  On  ne  peut  en  excepter  que 
Hamann,  Novalis^  Eschen-Mayer  et  Baader,  ainsi  que 
les  théologiens  OEttinger  et  Rothe,  il  en  est  de  même  de 
l'illustre  /.  Kerner,  l'auteur  de  la  Voyante  de  P?'évorst. 
Malheureusement  des  pseudo-philosophes  et  des  pseudo- 
critiques,  tels  que  Weber,  Strauss  (l'auteur  phantasti- 
que  de  la  Vie  de  Jésus),  etc.,  etc.,  ont  osé  tourner  en 
ridicule  les  recherches  approfondies  de  cet  homme  re- 
marquable dans  le  domaine  de  la  psychologie. 

En  Suède,  le  dix  huitième  siècle,  cet  âge  qui  a  inau- 
guré le  règne  du  matérialisme,  a  vu  naître  le  célèbre 
Swedenborg,  le  précurseur  du  spiritualisme  moderne.  En 
France,  pays  que  jadis  au  moyen-âge,  saint  Bernard,  les 
deux  Victorins  (Hugo  et  Richard)  et  Jean  Charlier  de 
Gerson  ont  illu.stré,  nous  ne  pouvons  guère  compter  que 


SPIRITUALISME    DEPUIS   l' AVENEMENT    DU    CHRIST.      39 

saint  Martin  et  peut-être  le  comte  Joseph  de  Maistre  et 
Ballanche,  dont  les  idées  renferment,  du  reste,  une 
dose  très  faible  de  mysticisme. 

Quant  à  Y  éclectisme  de  Cousin,  ce  chaos  ne  mérite  pas 
le  nom  d'une  philosophie  quelconque  ;  aussi  l'auteur  a 
eu  le  bon  esprit  de  renoncer  aux  études  philosophiques, 
pour  consacrer  ses  veilles  à  la  biographie  des  dames 
galantes  et  des  cotillons  du  dix-septième  siècle. 

Si  nous  passons  de  la  philosophie  à  la  théologie,  nous 
rencontrons  en  iVllemagne,  où  cette  science^  est  encore 
cultivée,  des  discussions  stériles  au  sujet  de  l'interven- 
tion directe  de  la  Divinité  et  du  monde  surnaturel,  de  la 
révélation  et  des  miracles.  Tous  les  lettrés  connaissent 
les  concessions  absurdes  que  des  théologiens,  prétendus 
orthodoxes,  tels  que  Néander,  Tholuck,  Nitzsch,  J.  Mill- 
ier, etc.,  etc.,  ont  faites,  en  matière  de  miracles,  aux 
rationalistes  et  à  l'école  spéculative  et  critique.  La  ten- 
dance de  naturaliser  et  de  sacrifier  les  miracles  objectifs 
de  la  Bible  aux  prétendus  miracles  moraux  et  subjectifs 
de  la  régénération  de  l'humanité  selon  les  idées  de  J.-^H. 
Fichte  jeune,  a  envahi  malheureusement  même  les  esprits 
de  la  plupart  des  professeurs  de  théologie  orthodoxe  et 
l'école  de  Schleiermacher,  laquelle  flotte  sans  bous- 
sole quelconque  entre  les  orthodoxes  et  les  rationalistes, 
les  critiques  négatifs  et  l'école  spéculative.  On  ressent, 
dans  la  sphère  de  la  théologie  protestante,  deux  genres 
d'influences  funestes,  savoir  :  l'influence  du  scepticisme 
et  du  criticisme  de  Kant  et  de  la  logique  abstraite, 
inanimée  et  formaliste  de  Hegel  d'un  côté,  et  de  l'autre 
l'influence^  non  moins  pernicieuse,  de  la  critique  histo  - 
rique  et  négative,  inaugurée  par  Niebuhr,  Hegel,  ayant 
absorbé  la  véritable  métaphysique,  c'est-à-dire  la  haute 
science  des  causes  invisibles  et  des  rapports  du  monde 


40  CHAPITRE   II. 

surnaturel  au  monde  matériel  et  visible,  dans  une  logi- 
que fade  et  bornée,  devait  creuser  la  fosse  de  la  philoso- 
phie véritable  et  de  toutes  les  sciences  morales.  Niebuhr, 
de  son  côté,  a  effacé  toutes  les  traces  merveilleuses,  en 
un  mot,  la  Théophanie  dans  l histoire  primitive,  en  rem- 
plaçant les  faits  si  simples  et  si  vrais  de  la  Mythologie 
par  des  hypothèses,  tristes  produits  du  dévergondage  de 
son  imagination  féconde.  C'est  un  fait  bien  constaté  par 
le  public  lettré  que  Strauss,  Bauer,  Feuerhach  et  le  ma- 
térialisme grossier  des  incrédules  procèdent  aussi  bien  de 
Niebuhr  que  de  Hegel. 

Quant  aux  simples  pasteurs  orthodoxes,  voyant  les 
miracles  niés  et  la  base  surnaturelle  et  spiritualiste  de  la 
religion  minée  et  sapée,  ils  réclament  à  haute  voix  le  ré- 
tablissement des  symboles  du  seizième  siècle  ;  ils  croient 
arrêter  par  des  digues  aussi  faibles  que  surannées,  le  tor- 
rent dévastateur  de  rinci'édulité. 

L'Eglise  catholique,  en  matière  de  miracles,  se  trouve 
placée  sur.  un  terrain  beaucoup  plus  favorable  ;  il  faut 
rendre  cette  justice  au  rocher  de  saint  Pierre,  d'avoir 
toujours  cru  à  la  continuation  des  miracles  et  des  révélé- 
lations  surnaturelles  jusqu'à  nos  jours  ;  l'Eglise  catholi- 
que reconnaît  même  que  la  doctrine  de  l'Eglise  se  déve- 
loppe dans  les  temps. 

Saint  Augustin  dit  à  ce  sujet  que  le  genre  humain  reçoit, 
comme  un  seul  homme  des  instimctions  du  ciel,  propor- 
tionnées à  ces  divers  âges.  Saint  Thomas  dit  que  la  révé- 
lation se  développe  non  quant  à  la  substance  de  la  foi, 
mais  quant  au  nombre  des  articles  de  foi.  L'Eglise,  dit 
l'ablié  Gaume,  dans  son  Catéchisme  de  p)C7'sévérance, 
cette  divine  épouse  de  l'IIomme-Dieu  (selon  l'illustre 
Moëbler  dans  sa  Symbolique)  est  comme  Jésus-Christ  : 
«  A  mesure  qu'il  avançait  en  âge,  nous  dit  l'Écriture, 


SPIRITUALISME    DEPUIS   L  AVENEMENT   UU    CHRIST.       41 

»  Jésus  avançait  en  sagesse  et  en  grâce  devant  Dieu  et 
»  devant  les  hommes.  La  plénitude  de  l'Esprit  Saint  ré- 
))  side  et  a  résidé,  dès  le  commencement,  dans  la  révé- 
»  lation  divine;  mais  elle  ne  montre  la  sagesse  éternelle 
»  que  par  des  degrés  proportionnés  aux  âges  divers  de 
))  l'humanité.  » 

Les  idées  progressives  de  ces  savants  docteurs  ne 
peuvent  malheureusement  se  faire  jour  dans  la  vie  pra- 
tique de  l'Église,  le  libre  examen  étant  opprimé  par  la 
hiérarchie  cléricale,  et  la  démonophobie  arrêtant  tout 
progrès  du  spiritualisme.  La  Démonophobie  a  jeté  des 
racines  si  profondes,  qu'on  pourrait  l'appeler  presque 
la  maladie  ïiéréditaire  de  rEylise.  Les  prêtres  ne  tiennent 
plus  compte  des  idées  sages  émises  pjar  Villustre  Pape 
Benoit  XI Vy  dans  son  ouvrage  de  la  Canonisation  des 
Saints.  Ce  grand  pontife  et  théologien  établit  nettement  : 
<i  Qu'une  révélation  jorivée  ne  doit  pas  être  jugée  une  ruse 
infernale,  par  la  raison  qu'on  y  révèle  quelque  mystère 
non  expressément  déclaré  par  l'Écriture  et  la  tradition  ; 
il  ajoute  qu'on  ne  saurait  borner  la jjuissance  de  Dieu,  en 
soutenant  qu'il  ne  puisse  pas  révéler  à  quelqu'un  des 
vérités  quelconques  ;  que  cette  nouveauté  est  seule  à 
craindre  et  à  rejeter,  qui  consiste  à  émettre  un  enseigne- 
ment entièrement  nouveau,  opposé  à  la  loi  ancienne. 
Il  restera  donc  toujours  démontré  pour  tout  esprit  droit, 
))  qu'on  ne  saurait  borner  la  puissance  de  Dieu  :  Que 
»  nous  ignorons  beaucoup  de  choses  et  que  le  Créateur 
»  peut  nous  révéler  bien  des  choses  qui  nous  sont  in- 
))  connues.  » 

Dans  le  troisième  livre  de  la  Canonisation  des  Saints 
(chap.  XLIII),  Benoit  XIV  trace  les  traits  caractéristi(|ues 
qui  constituent  une  véritable  révélation  ou  communi- 
cation céleste  : 

6 


42  CHAPITRE   II. 

1°  C'est  par  les  mœurs  etia  vie  de  celui  qui  a  la  science 
surnaturelle  qu'on  peut  discerner  de  quel  esprit  elle 
vient. 

2°  Par  la  qualité  de  cette  science  ;  car  si  elle  n'est 
point  dirigée  à  Fhonneur  de  Dieu,  à  l'amplification  de  la 
foi  chrétienne,  ou  à  l'utilité  du  prochain,  on  pourra  sus- 
pecter qu'elle  vient  du  démon. 

3°  Par  son  usage,  car  si  elle  tend  à  acquérir  des  avan- 
tages temporels,  à  capter  la  faveur  des  princes,  etc.,  etc., 
il  faudra  en  conclure  qu'elle  se  rapporte  au  diable. 

4''  S'il  n'y  a  rien  dans  ces  révélations  et  ces  visions  qui 
éloignent  de  Dieu  ;  si  tout  se  rapporte  à  lui  seul,  on  ne 
doit  plus  douter  que  ces  révélations  ne  soient  surnatu- 
relles et  divines. 

Sainte  Brigitte,  au  tome  11  de  ses  Révélations,  dit  que 
le  signe  distinctif  des  révélations,  c'est  le  fruit,  ce  sont  les 
effets  qu  elles  produisent  selon  la  règle  tracée  par  l'Evan- 
gile: Vous  les  connaîtrez  à  leurs  fruits.  C'est  pourquoi, 
quand  nous  voyons  que,  par  ces  visions  ou  révélations, 
l'esprit  est  éclairé,  les  hommes  vicieux  et  incrédules  ra- 
menés à  la  religion,  c'est  un  signe  certain  que  de  telles 
choses,  qui  ont  produit  d'aussi  beaux  résultats,  viennent 
de  l'Esprit  Saint,  le  démon  ne  pouvant  faire  ou  obtenir 
rien  de  semblable. 

Sainte  Thérèse,  dans  son  livre  de  là  Perfection,  réfute 
ceux  qui  ont  toujours  peur  des  démons,  quand  il  s'agit 
des  visions  ou  des  apparitions  ;  elle  dit  :  «  Admirez  l'a- 
veuglement de  ceux  qui  ne  sachant  pas  même  ce  que 
c'est  que  de  prier,  remplissent  de  crainte  l'esprit  des 
autres,  touchant  les  apparitions  et  les  révélations  surna- 
turelles. En  vérité,  c'est  une  belle  imagination  à  ceux 
quise laissent  ainsi  abuser,  de  croire  que,  pour  se  garan- 
))  tir  du  mal,  il  faut  éviter  de  faire  le  bien;  je  ne  crois  pas 


SPIRITUALISME   DEPUIS   L  AVÈNEMENT   DU    CHRIST.      43 

»  que  jamais  le  diable  se  soit  avisé  d! un  meilleur  moyen 
»  pour  nuire  aux  hommes.  Ah  î  mon  Dieu,  vous  voyez 
»  comme  on  explique  vos  paroles  à  contre-sens  ;  défen- 
))  dez  votre  propre  cause,  et  ne  souffrez  pas  de  telles  fai- 
))   blesses  en  des  personnes  consacrées  à  votre  service.  » 

Or,  Moïse  établit,  dans  le  Deutéronome  (cliap.  XIII, 
V.  1-3),  nettement  le  trait  caractéristique  d'un  faux  pro- 
phète. Celui  qui,  au  lieu  d'adorer  l'Eternel,  va  d'après 
d'autres  dieux,  est  an  faux  prophète.  Voici  les  trois  pre- 
miers versets  de  ce  chapitre  remarquable  : 

((  1 .  S'il  s'élève  au  milieu  de  toi  un  prophète  ou  un 
))  songeur  de  songes,  qui  fasse  devant  toi  quelque  signe  ou 
»  miracle; 

))  2.  Et  que  ce  signe  ou  ce  miracle,  dont  il  t'aura  parlé ^ 
»  arrive  ;  s  il  te  dit  :  Allons  après  d'autres  dieux  cpie  tu 
))  n'as  point  connus^  et  les  servons  ; 

))  3.  Tu  71  écouteras  imint  les  paroles  de  ce  prophète,  ni 
))  de  ce  songeur  de  songes;  car  rEternel,  notre  Dieu, 
))  vous  éprouve,  pour  savoir,  si  vous  aimez  l'Eternel, 
»  votre  Dieu,  de  tout  votre  cœur  et  de  toute  votre  âme.  )) 

Eh  bien!  chose  étrange,  malgré  ces  hautes  et  saintes 


'Ô^?      1X1W1J3 


autorités  de  l'Église  et  de  la  Bible,  que  nous  venons  de 
citer,  l'immense  majorité  des  prêtres,  continue  à  croupir 
sous  le  joug  honteux  de  la  démonophobie.  On  n'ose  pas 
avoir  recours  à  la  démonstration  expérimentale  de  la 
réalité  du  monde  surnaturel.  Les  physiciens  et  les  maté- 
rialistes seuls  tirent  parti  de  cet  état  triste  de  la  ïhéo- 
sophie  et  de  la  Théologie,  en  s'arrogeant  le  droit  de  ré- 
soudre même  les  questions  de  Métaphysique. 

Ce  résumé  bien  incomplet  de  l'état  actuel  du  christia- 
nisme suffit  à  nous  démontrer  que  cette  religion,  la  plus 
parfaite  qui  ait  jamais  été  révélée  à  l'humanité,  a  dégé- 
néré encore  plus  de  nos  jours  que  le  polythéisme  du 


44  CHAPITRE   II. 

temps  dos  épicuriens,  des  péripaléticieiis  et  des  stoïciens 
sous  le  règne  des  premiers  Césars  de  Rome. 

Néanmoins,  chose  étrange,  aucun  homme  doué  de 
l)ons  sens  n'ose  révoquer  en  doute  le  caractère  éminem- 
ment sj)iritualiste  de  la  religion  chrétienne  ;  mallieu- 
reusenient,  la  démonophobie  des  prêtres  et  des  pasteurs 
(l'une  part,  et  le  Matérialisme,  le  Scepticisme,  le  Ratio- 
nalisme, la  critique  négative,  l'étude  exclusive  des 
sciences  prétendues  exactes,  de  l' autre,  ont  presque 
déraciné  le  germe  du  sens  religieux  dans  le  cœur  de 
l'homme. 

L'enseignement,  de  l'Eglise,  tout  en  étant  vrai,  ren- 
ferme certaines  lacunes.  Au  inoyen-àge,  le  fidèle  n'é- 
prouvait pas  le  besoin  irrésistible  de  s'expliquer  les 
vérités  fondamentales  de  la  révélation;  il  acceptait  le 
dogme  posé.  Aujourd'hui,  son  esprit  demande  que  jour 
se  fasse  sur  ces  vérités,  tout  en  les  croyant  sur  l'infailli- 
bilité de  la  révélation  biblique. 

La  solution,  trouvée  par  l'Eglise  catholique  romaine, 
à  la  suite  d'élucubrations  en  commun,  appelées  Conciles, 
ne  saurait  guère  suffire  qu'aux  quiétistes  indolents  et 
bornés,  qui  se  soumettent  aveuglément  aux  décisions  de 
ces  assemblées  du  clergé,  présidées  par  des  Papes,  aux- 
([uels  on  ose  ^q^zom^^yV infaillibilité,  qui  n'est  qu'un  attri- 
but de  la  Majesté  Divine  seule,  car  les  séraphins  eux- 
mêmes,  s'ils  s'arrogeaient  cette  infaillibilité,  seraient 
des  blasphémateurs.  La  vérité  absolue  ne  réside  que 
dans  la  Divinité.  L'humanité  ne  peut  saisir  qu'une  face 
de  la  vérité,  la  vérité  relative  et  inliniment  progres- 
sive. Aussi  le  catholicisme  romain  et  les  autres  sectes 
de  l'église  Chrétienne,  ne  sont  qu'une  des  phases 
relatives  de  la  religion  absolue  et  de  la  révélation 
universelle    et   éternellement    progressive.   Les  Insti- 


SPIRITUALISME   PEPUIS   l/ AVENEMENT   DU   CHRIST.      45 

tutions  des  différentes  églises  chrétiennes  choquent,, 
sur  beaucoup  de  points  non- seulement  la  raison,  mah 
le  cœur  et  la  conscience  des  hommes.  Pour  ne  citer 
que  quelques  articles  de  foi  de  toutes  les  églises  chré- 
tiennes, nous  demanderons  si  l'Esprit  de  Dieu  est  en 
elles,  lorsqu'elles  commandent  à  ses  adeptes  de  croire  à 
l'existence  du  diable  et  aux  peines  éternelles  de  l'enfer. 
Cette  croyance  à  la  nécessité  d'un  rival  et  d'un  ennemi 
de  Dieu,  éternellement  mauvais  et  roi  absolu  d'un  in- 
commensurable abhiie,  où  toutes  les  âmes  coupables  de 
l'univers  doivent  subir  éternellement  des  supplices  sans 
que  Dieu  veuille  ou  puisse  faire  grâce.  Nous  ne  parlons 
pas  de  la  Trinité,  composée  de  trois  dieux,  égaux,  de 
trois  personnes  ouhypostases  absolus.  Que  dire  enfin  de 
la  jMarialâtrie,  de  la  prétendue  mère  de  Dieu???  Enfin, 
la  croyance  à  ce  paradis,  où  les  morts  bienheureux  ne 
ronflent  que  du  matin  au  soir,  en  véritables  fainéants, 
sans  donner  aucun  signe  de  vie,  aucune  marque  d'inté- 
rêt cordial  à  leurs  amis  terrestres,  car  l'Église  défend  les 
évocations,  pour  ne  pas  troubler  leur  repos;  il  en  est  de 
même  du  ciel  des  catholiques,  où  les  bienheureux  ne 
font  que  chanter  des  louanges  éternelles  et  où  ils  ne  sont 
que  plongés  dans  la  contemplation  de  la  Divinité,  etc.. 
Certes,  le  Catéchisme  du  spiritisme  d'Allan-Kardec,  cette 
parodie  vulgaire  du  spiritualisme  expérimental,  vaut 
encore  mieux  que  les  élucubrations  absurdes  des  con- 
ciles de  l'Église  catholique. 

Le  Credo  du  Spiritisme  établit  au  moins  nettement 
l'unité  de  la  Divinité,  les  manifestations  et  les  révéhi- 
tions  des  âmes  des  morts,  qui  progressent  à  l'infini  au 
point  de  vue  intellectuel  et  moral,  sans  jamais  atteindre 
h  la  perfection  absolue  de  la  Majesté  Divine,  sans  s'ab- 
sorber ou  se  perdre  (bans  le  sein  de  l'Être  absolu,  source 


46  CHAPITRE   II. 

et  base  éternelles  de  la  vie  de  l'Univers,  et  centre  de  la 
lumière  intellectuelle  et  morale.  De  là,  les  progrès  ra- 
pides des  Spirites,  bien  qu'ils  ne  fournissent  aucune 
preuve  palpable  du  discernement  et  de  l'identité  des 
Esprits  dos  morts,  grâce  à  leur  ignorance  des  véritables 
conditions  des  expériences  spiritualistes  de  la  Magie, 
de  la  Théurgie  et  de  la  Nécromancie,  grâce  à  leurs  évo- 
cations des  morts,  prostituées  à  toute  heure  et  à  tout 
venant,  grâce  enfin  à  leur  manque  de  critique,  grâce  à 
leur  légèreté  de  bâcler  desCrédos  sur  des  dictées  média- 
nimiques  incohérentes,  qu'ils  croient  émanées  des  Es- 
prits supérieurs,  sans  pouvoir  démontrer  leur  présence 
ou  leur  influence  d'une  manière  quelconque. 

Il  y  a,  en  outre,  une  autre  cause  de  la  nécessité  d'une 
démonstration  palpable  de  la  réalité  du  monde  surnatu- 
rel et  d'une  explication  rationnelle  et  nette  du  principe 
de  la  révélation.  Qui  ne  voit  l'immense  travail  qui  se 
passe  dans  les  esprits?  Que  de  discussions  sur  les  droits 
et  sur  les  devoirs,  sur  les  principes  sociaux?  Ce  travail 
7ie  fait  qiCacjrandir  h  chaos  de  la  société  actuelle  parce 
qiiil  se  fait  sans  Dieu.  Quel  autre  remède  à  tant  de 
besoins,  qu'un  recours  intelligent  au  spiritualisme  pri- 
mitif, l'unique  base  de  toutes  les  religions  révélées,  en 
y  joignant  des  expériences,  pour  établir,  par  des  faits 
irréfragables,  la  réalité  de  la  révélation  surnaturelle  du 
Monde  des  Esprits. 

La  bonté  infinie  de  l'Eternel  veut  toujours  satisfaire 
aux  besoins  qu'il  a  créés,  nous  sommes  intimement  con- 
vaincu qne  cette  loi  invariable  constitue  le  véritable  pro- 
grès des  lumières.  Dès  que  l'honmie  abesoinde  miracles, 
les  miracles  se  feront  comme  jadis,  bien  que  l'humanité 
fut  plus  spiritualiste  et  eût  une  foi  religieuse  plus  fer- 
vente. Certes,  dès  que  les  hommes  désireront  sincèrement 


SPIRITUALISME   DEPUIS   l'avÈNEMENT   DU   CHRIST.      47 

les  choses  spirituelles  et  y  croiront,  ils  les  auront.  Les 
résultats  étonnants  que  nous  venons  d'obtenir  semblent 
indiquer  que  l'époque  à  laquelle  l'humanité  accomplira 
son  rapprochement  d'amitié  avec  le  monde  surnaturel, 
n'est  pas  très  éloignée.  D'illustres  génies,  tels  que  Swe- 
denborg, Bengel,  lung-Stilling  et  le  comte  Joseph  de 
Maistro,  etc.,  ont  pressenti  nos  manifestations  merveil- 
leuses. 

Le  comte  Joseph  de  Maistre,  qui  a  consacré  ses  veil- 
les et  ses  méditations  à  la  défense  de  la  révélation  chré- 
tienne en  général  et  du  catholicisme  en  particulier,  a 
salué  cette  époque  de  la  réconciliation  universelle,  sans 
offenser  l'Eglise,  du  nom  de  troisième  révélation.  Le  temps 
d'expansion  de  lumières  est  le  signe  précurseur  du  mil- 
lénium  selon  l'Apocalypse  (XX,  1-7)  et  du  règne  du 
Saint-Esprit  suivant  Joël  (chap.  II,  v.  28).  Nous  savons 
bien  que  beaucoup  de  théologiens  bornés  ont  voulu  res- 
treindre l'application  du  verset  remarquable  de  Joël  au 
premier  joiir  de  Pentecôte  seul,  après  la  résurrection  du 
Christ  ;  d'autres  n'admettent  pas  le  millénium,  en  res- 
treignant l'établissement  du  règne  do  Dieu,  à  la  seule 
éternité,  bien  que,  selon  la  volonté  expresse  du  Christ 
lui-même,  nous  demandions  le  règue  de  Dieu.  Qu'on 
nous  démontre  que  nos  espérances  sont  chimériques,  en 
donnant  le  démenti  à  tant  de  textes  de  la  Bible  qui  nous 
assurent  tout  le  contraire  ;  comme  si  Dieu  voulait  laisser 
la  terre  se  consumer  dans  l'injustice,  comme  si  la  so- 
c'été,  à  l'exemple  de  Lazare,  ne  devait  pas  sortir  du 
tombeau,  comme  si  l'état  de  crise  du  Christianisme,  cette 
mort  mystique  du  Christ  dans  ce  monde,  telle  que  l'ont 
faite  les  doctrines  matérialistes,  rationalistes  et  scepti- 
ques de  notre  époque,  ne  devait  pas  être  suivie  de  sa 
triomDhante  résurrection . 


48  CHAPITRE    III. 

En  effet,  si  le  Polythéisme  Gréco-Romain  a  pu  se  ré- 
générer pendant  la  lutte  contre  la  révélation  bien  supé- 
rieure du  Christianisme,  à  plus  forte  raison  cette  der- 
nière religion  qui  représente  un  principe  infini  Qi  éternel, 
renaîtra  à  une  vie  nouvelle,  et  saura  terrasser  un  adver- 
saire purement  terrestre,  tel  que  le  Matérialisme, 


CHAPITRE  HT. 

Écriture  directe  du  Décalogue  par  l'Éternel,  ou 
la  révélation  directe  de  la  loi  la  plus  sainte  et 
la  plus  sublime  sur  le  Sinaï,  que  le  Christ  lui- 
même  n'est  pas  venu  abolir,  mais  accomplir. 


Les  traditions  religieuses  de  tous  les  peuples  de  l'An- 
tiquité, attribuent  leurs  saintes  écritures,  ou  au  moins 
ce  qu'il  y  a  de  plus  sacré  dans  ces  livres  depuis  le  Déca- 
logue piscju'au  Koran,  non  à  F  inspiration  (ou  à  une  révé- 
lation indirecte  par  l'intermédiaire  des  hommes  inspirés 
par  l'Esprit  de  l'Éternel  et  vivifiés  par  la  disposition  des 
Anges  et  des  représentants  invisibles  du  Dieu  des  dieux); 
mais  à  une  révélation  directe  du  monde  surnaturel  ou  à 
une  écriture  directe,  tracée  par  F  Eternel  lui-même,  ou  par 
ses  messagers  célestes. 

Nous  citons  les  passages  de  l'Exode  ayant  trait  à  Vé- 
criture  directe  du  Décalogue. 

Suivant  l'Exode  (chap.  XXIV,  v.  12),  «  L'Eternel  dit 
»  à  Moïse  :  monte  vers  moi  sur  la  montagne,  et  de- 
))  meure  là;  et  je  te  donnerai  des  tables  de  piéride,  et  la 


ÉCRITURE   DIRECTE   DU   DKCALOGUE   PAR   l'ÉTERNEL.   49 

))  loi  ot  les  commandements  que  j'ai  écrits^  pour  les  en- 
))   seigner.  » 

L'Exode  (XXXI,  18)  :  «  Et  Dieu  donna  à  Moïse,  après 
»  qu'il  eut  achevé  de  parler  avec  lui  sur  la  montagne  de 
»  Sinaï,  les  deux  tables  du  témoignage,  tables  de  inerre 
»  écrites  du  doigt  de  Dieu,  » 

L'Exode  (XXXII,  15  et  16)  :  «  Alors  Moïse  se  tourna, 
))  et  descendit  de  la  montagne,  ayant  en  sa  main  les 
))  deux  tables  du  témoignage  ;  et  les  tables  étaient  écrites 
»  de  leurs  deux  côtés ,  écrites  deçà  et  de  là.  Et  les  tables 
»  étaient  récriture  de  Dieu,  gravée  sur  les  tables.  » 

L'Exode  (XXXIY,  28)  :  «  Et  Moïse  demeura  là  avec 
))  l'Eternel  quarante  jours  et  quarante  nuits,  sans  man- 
))  ger  de  pain  et  sans  boire  d'eau,  et  VEternel  écrivit  sur 
»  les  tables  les  paroles  de  l'alliance,  cest-à~dire  les  dix 
))  paroles.  » 

Le  Deutéronome,  qui  résume  la  loi  et  les  cérémonies 
du  culte ,  contenues  dans  l'Exode,  le  Lévitiquc  et  les 
Nombres,  renferme  également  des  passages  ayant  rap- 
port à  l'écriture  directe  du  Décalogue. 

Voici  ces  versets  du  Deutéronome  : 

Deutéronome  (IV,  13)  :  «  Il  (l'Eternel)  vous  fit  enten- 
>>  dre  son  alliance,  laquelle  il  vous  commanda  d'obser- 
»  ver,  savoir,  les  dix  paroles  qu'il  écrivit  dans  deux  tables 
»  de  pierre.  )) 

Deutéronome  (V,  22.)  :  «  U Éternel  prononça  ces  pa- 
»  rôles  à  toute  votre  assemblée  sur  la  montagne,  du 
»  milieu  du  feu,  de  la  nuée  et  de  l'obscurité,  avec  une 
))  voix  forte,  et  il  ne  prononça  rien  davantage  ;  piiis  il 
))  les  écinvit  dans  deux  tables  de  pierre  qu'il  me  donna.  » 

Deutéronome  (IX,  10)  :  a  Et  l'Eternel  me  donna  deux 
»  tables  de  pierre.^  écrites  du  doigt  de  Dieu,  et  ce  qui  y 
»  était  écrit,  c'étaient  les  paroles  que  F  Eternel  avait  toutes 


50  CHAPITRE   m. 

»  proférées,  lorsqu'il  parlait  avec  vous  sur  la  montagne, 
))  du  milieu  du  feu^  au  jour  de  Rassemblée,  » 

Deutéronome  (X,  1-5)  :  «  En  ce  temps-là,  TEternel 
))  me  dit  :  Taille-toi  deux  tables  de  pierre,  comme  les 
))  premières,  et  monte  vers  moi  en  la  montagne,  et  puis 
))  tu  te  feras  une  arche  de  bois. 

))  Et  j'écrirai  sur  ces  tables  les  paroles  qui  étaient  sur 
»  les  premières  tables  que  tu  as  rompues,  et  tu  les  remet- 
»  tras  dans  F  Arche.  Ainsi  je  fis  une  Arche  de  bois  de 
)-)  Settim,  et  je  taillai  deux  tables  de  pierre  comme  les 
))  premières,  et  je  montai  en  la  montagne,  ayant  les  deux 
»  tables  en  ma  main.  Et  il  écrivit  dcms  ces  tables,  comme 
»  il  avait  écrit  la  jwemière  pm,  les  dix  paroles  que  YE- 
»  ternel  vous  avait  prononcées  sur  la  montagne,  du  mi- 
))  lieu  du  feu,  au  jour  de  l'assemblée,  puis  l'Eternel  me 
))   les  donna. 

»  Et  je  m'en  retournai;  et  je  descendis  de  la  mon- 
))  tagne  ;  et  je  mis  les  tables  dans  l'Arche  que  j'avais 
»  faite,  et  elles  y  sont  demeurées,  comme  l'Eternel  me 
»  l'avait  commandé.  » 

Ces  passages  des  livres  de  Moïse  suffisent  pour  prouver 
Y  écriture  directe  du  Décalofjue  par  r  Eternel. 

Le  Nouveau-Testament  fait  aussi  allusion  à  cette  révé- 
lation directe  du  Décalogue.  Suivant  les  Actes  des  Apô- 
tres (YIÎ,  53),  saint  Etienne  dit  au  souverain  sacrifi- 
cateur et  au  tribunal  : 

f(  Vous  qni  avez  recula  loi  par  la  disposition  des  Anges 
»   {ïoç,   Sivr.a.y^j.ç  ayyé^wv)  et  qui  uo    l'avcz  poiut  gardée.  » 

Uépître  aux  Hébreux  dit  de  même  (Hébreux,  II,  2)  : 
«  Car  si  la  parole  prononcée  par  les  Anges  a  été  ferme, 
y>  et  si  toute  transgression  et  désobéissance  a  reçu  une 
»  juste  rétribution,  etc.,  etc..  » 

Le  célèbre  philosophe   Philo  (de  Mose,  lib.  III,  G81, 


ECRITURE  DIRECTE  DU  DECALOGUE  PAR  L  ETERNEL.  51 

éd.  Mang.  II,   163)  dit  également  que  le  Pentateuque  a 
été  révélé  de  t7ms  manières  différentes  : 

{""  La  révélation  directe  et  personnelle,  Dieu  pronon- 
çant les  dix  paroles  et  les  écrivant  ensuite  lui-même  dans 

les  deux  tables  (s/,  irpôtromov  zov  oiov), 

2°  Le  Dialogue  entre  Moïse  et  Dieu. 

3°  La  parole  on  l'écriture  inspirée  par  Dieu  et  par  ses 
représentants^  Moïse  écrivant,  inspiré  par  Dieu,  rempli  et 
saisi  de  FEsprit-Saint  de  l'Éternel. 

En  effet,  il  y  a  différents  modes  de  révélations  ;  il  ne 
faut  pas  confondre  la  révélation  directement  surnaturelle 
avec  la  révélation  indirecte  qui  est  l'œuvre  des  hommes 
inspirés  par  le  Saint-Esprit  et  par  les  Anges. 

On  pourrait,  il  nous  semble,  appliquer  le  système  de 
la  révélation  directe  et  indirecte,  aussi  aux  autres  miracles 
contenus  dans  la  Bible  ;  nous  ne  parlons  que  des  miracles 
objectifs,  en  laissant  de  côté  le  miracle  purement  sub- 
jectif, et  personnel  delà  conversion  ou  de  la  régénération 
morale,  opérée  par  la  grâce  de  Dieu  et  par  la  vertu  de 
son  saintEsprit;  car  ce  miracle  subjectif,  malgré  sa  haute 
importance  morale,  n'a  qu'une  valeur  personnelle  et 
individuelle,  et  ne  saurait  jamais  être  démontré  nette- 
ment et  d'une  façon  palpable.  C'est  pourquoi  le  Christ 
lui-même  a  toujours  confirmé  se ^  paroles  par  des  miracles 
objectifs  et  matériels.  Il  dit  (saint  Matthieu  XI,  4  et  5)  aux 
disciples  de  saint  Jean-Baptiste  qui  lui  demandèrent  : 
((  Es-tu  celui  qui  devait  venir,  ou  devons-nous  en  atten- 
))  dre  un  autre?  —  Allez,  et  rapportez  à  Jean  les  choses 
))  que  vous  entendez  et  que  vous  voyez.  Les  Aveugles  recou- 
))  vrent  la  vue,  les  boiteux  marchent,  les  lépreux  sont  net- 
))  toyés,  les  sourds  entendent,  les  morts  sont  ressuscites,  et 
»  l'Évangile  est  annoncé  aux  pauvres.  » 

Dieu  n'a  pas  permis  à  saint  Jean-Baptiste  de  faire  des 


52  CHAPITRE   III. 

miracles,  pour  qu'on  no  le  prît  pas  pour  le  Messie,  car  si 
saint  Jean  avait  opéré  les  miracles  d'Elic  et  d'Elisée, 
on  n'aurait  pas  pu  reconnaître  le  véritable  Messie. 

De  nos  jours,  où  l'on  préfère  les  miracles  subjectifs  et 
moraux  aux  miracles  objectifs  et  véritables,  on  ne  tient 
plus  compte  de  ces  paroles  mémorables  du  Clirist. 
Aussi  saint  Jean-Baptiste,  qui  n'opérait  que  des  conver- 
sions, eût  passé  aux  yeux  de  nos  tbéologions  protestants 
pour  un  plus  grand  prophète  que  le  Messie  lui-même,  si 
Jésus  et  Jean  eussent  vécu  de  notre  temps. 

Le  Christ  et  les  apôtres  insistent  surtout  sur  la  valew' 
immense  des  mirocles,  comme  preuves  de  leur  mission 
céleste  ;  suivant  saint  Jean  (X,  37  et  38),  Jésus  dit  :  «  Si 
))  je  ne  fais  pas  les  œuvres  de  mon  père,  ne  me  croyez 
»  jjoint.  Mais  si  je  les  fais,  et  que  vous  ne  vouliez  pas 
))  me  croire,  croyez  à  ces  œuvres ,  afin  que  vous  connais- 
»  siez  et  que  vous  croyiez  que  le  Père  est  en  moi,  et 
»  moi  en  Lui.  » 

Les  miracles  sont,  comme  toutes  les  bonnes  œuvres 
en  général,  en  outre  encore  nu  critérium  de  la  foi,  car 
le  Christ  et  les  apôtres  ne  reconnaissent  cjiœ  la  foi  cfii 
les  opère. 

Quant  à  ces  miracles  objectifs,  on  pourrait  à  nos  yeux 
en  établir  deux  classes  ou  catégories,  c'est-à-dire,  les  mi^ 
racles  directs  ou  indirects. 

Les  miracles  directs  supposent  une  intervention  directe 
du  monde  surnaturel,  sans  l'intermédiaire  de  l'homme  ; 
les  miracles  indirects  n'ont  pas  lieu  sans  le  concours  de 
l'homme  qui  en  est  l'intermédiaire  nécessaire  et  indis- 
pensable, comme  dans  le  ])hénomène  de  l'inspiration. 

Il  faut  ranger  parmi  les  miracles  directs  de  la  Bible  : 
la  manne  céleste  dcms  le  désert  [VjXoAq,  XVI),  le  miracle  de 
Gabaon  et  de  la  vallée  d'Ajalon  (Josué,  X,  ]2-14)  et 


ÉCRITURE   DIRECTE   DU   DÉCALOGUE   PAR   L'ÉTERNEL.    53 

toutes  les  apparitions  objectives  des  Anges  et  des  Esprits 
des  morts,  bien  qu'elles  ne  fussent  aperçues  générale- 
ment que  par  des  hommes  inspirés  et  extatiques,  appelés 
pour  cette  raison-là  :  les  voyants.  Les  livres  apocryphes 
contiennent  aussi  plusieurs  miracles  directs,  tels  que  le 
cantique  des  trois  jeunes  Hébreux  avec  l'Ange,  au  milieu 
de  la  fournaise  du  feu  ardent,  le  Châtiment  cVEélio- 
dore,  etc.  (II,  Machabées,  chap.  III,  24-40. )| 

Claude  Durât,  Bourbonnois ,  président  à  Moulins, 
trace  dans  son  «  Thrésor  de  l'histoire  des  kmgues  de  cest 
Univers  (in-4°  2^  édition  à  Yverden  de  l'imprimerie  de 
la  société  Helvétiale  Caldonesque,  1619,  pag.  124)  une 
copie  des  Charactères  des  Anges. 

Lambert  Daneau,  savant  théologien  du  seizième  siècle 
parle  dans  ses  deux  traités,  touchant  les  sorciers  et  les 
jeux  de  cartes  (1579),  de  figures  et  c/iaractêres  que  les  dé- 
mons donnent  aux  sorciers,  leur  faisant  croire  que  par  la 
vertu  d'iceux,  ils  font  et  savent  ce  qu'ils  veulent  faire  et 
savoir. 

Dans  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  MiUm,  du 
commencement  du  seizième  siècle,  se  trouve  le  récit 
suivant  : 

Deux  marchands  du  Milanez  voulant  aller  à  la  foire 
de  Lyon  en  France,  rencontrèrent  sur  le  Mont-Cenis, 
proche  d'un  pont,  communément  appelé  le  Pont  du 
Diable,  à  cause  d'un  vent  continuel  qui  y  souftle,  un 
homme  assez  grand  qui  leur  présenta  une  lettre,  et  leur 
dit  de  s'en  retourner,  et  de  rendre  cette  lettre  à  son 
frère  Louis.  Etonnés  de  cette  commission,  ils  lui  de- 
mandèrent qui  il  était?  L'Esprit  répondit  :  Je  suis  Ga- 
leas  Sfortza  et  disparut. 

Les  marchands  retournèrent  à  Milan,  et  de  là  à  Vi«^e- 
vano,  où  le  duc  de  Milan  était  alors,  et  lui  remirent  la 


54  CHAPITRE    III. 

lettre  ;  mais  ils  furent  arrêtés  et  mis  en  prison,  et  en- 
suite à  la  question.  Cependant  ayant  toujours  demeuré 
fermes  dans  leur  dire,  ils  furent  remis  en  liberté.  Un 
conseiller  du  duc,  nommé  Vincent  Galeas,  prit  la  lettre, 
qui  était  écrite  sur  du  papier,  et  pliée  comme  on  a  ac- 
coutumé de  plier  les  lettres  en  Italie,  cachetée  d'un  lil 
d'arclial  fort  fin  ;  elle  contenait  ce  qui  suit  : 

Louis,  Louis,  prends  garde  à  toi,  les  Français  et  les  Vé- 
7iitiens  font  une  alliance  ensemble  contre  toi,  pour  te  rui- 
ner, mais  si  tu  me  veux  fournir  trois  mille  jnstoleSy  je  tâ- 
cherai de  réconcilier  les  esprits»  Adieu. 

La  souscription  ou  la  signature  était  : 
V Esprit  de  ton  frère  Gcdeas. 

Chacun  était  surpris  de  cette  aventure  ;  quelques-uns 
la  regardaient  comme  une  plaisanterie  :  cependant,  la 
plus  grande  partie  était  du  sentiment  de  mettre  les  trois 
mille  pistoles  en  dépôt,  pour  répondre,  en  quelque  ma- 
nière, au  désir  de  Galeas  ;  mais  le  duc  ne  voulut  pas  y 
entendre,  et  crut  qu'on  se  moquerait  de  lui  s'il  y  con- 
sentait. 

La  chose  pourtant  se  trouva  vraie  ;  car  avant  la  lin  de 
l'année,  le  duc  Louis  fut  pris  par  les  Français  et  les  Vé- 
nitiens, qui,  s'étant  ligués  contre  lui,  lui  faisaient  la 
guerre^  et  le  menèrent  en  France,  où  il  mourut  dans  sa 
prison. 

Parmi  les  miracles  indirects,  opérés  par  l'intermé- 
diaire de  riiomme,  il  faut  compter  toutes  les  guérisons 
miraculeuses,  et  les  résurrections  des  morts,  etc.. 

Quant  aux  autres  traditions  sacrées,  qui  émanent  éga- 
lement d'une  révélation  directe,  suivant  l'opinion  des 
peuples  qui  ont  adopté  ces  croyances  religieuses,  nous 
ne  citons  qu'au  sujet  du  Véda  le  §  94  du  livre  XII  des 
lois  de  Manou  : 


ÉCRITURE  MYSTÉRIEUSE  LORS  DU  FESTIN  DE  BELSATSAR.  55 

((  Le  Yéda  est  un  œil  éternel  pour  les  pitris,  les  Dévas 
»  et  les  hommes  ;  le  livre  saint  ne  peut  pas  avoir  été  fait 
»  par  les  mortels,  et  n'est  pas  susceptible  d'être  mesuré 
»  par  la  raison  humaine.  )) 

Quant  au  Koran,  il  y  a  encore  (selon  la  tradition)  une 
petite  chambre  dans  la  chapelle  où  naquit  Mahomet, 
dans  laquelle  l'ange  Gabriel  apportait  au  roi  des  pro- 
phètes les  feuilles^  du  Koran^  le  livre  de  toute  vérité. 
(Poujoulat,  tome  I,  pag.  132  et  133  du  Yoyage  à  Cou- 
stantinople  et  dans  l'Asie  mineure.) 


CHAPITRE  IV. 

Écriture  mystérieuse  lors  du  grand  festin  du  roi 

Belsatsar, 


La  Bible  contient  encore  un  autre  phénomène  de  l'é- 
criture directement  surnaturelle  dans  le  cinquième  cha- 
pitre du  livre  du  prophète  Daniel.  Nous  citons  d'abord 
les  versets  5  jusqu'à  7,  puis  le  13""'  et  ensuite  le  versét22 
jusqu'à  la  fin  dudit  chapitre. 

Yoici  le  verset  5  :  «  Et  à  celte  même  heure-là  sorti- 
))  rent  de  la  muraille  des  doigts  d'une  main  d'homme, 
))  qui  écrivait  à  l'endroit  du  chandelier,  sur  l'enduit  de  la 
))  muraille  du  palais  royal  ;  et  le  roi  voyait  cette  partie  de 
»  main  qui  écrivait.  » 

V.  G.  ((Alors  le  visage  du  roi  fut  changé  et  ses  pen- 
»  sées  se  troublèrent,  et  les  jointures  de  ses  reins  se 
))  desserraient,  et  ses  genoux  heurtaient  l'un  contre 
»  l'autre.)) 

Y.  7.  ((  Puis  le  roi  cria  à  haute  voix  qu'on  amenât  les 


56  CHAPITRE    IV. 

»  astrologues,  les  Caldéeiis  et  les  devins  ;  et  le  roi  parla 
»  et  dit  aux  sages  de  Babylone  :  Quiconque  lira  cette 
»  écriture,  et  me  déclarera  son  interprétation,  sera  vêtu 
))  d'écarlate,  et  il  aura  un  collier  d'or  à  son  cou,  et  sera 
»  le  troisième  dans  le  royaume.  » 

V.  13.  ((  iVlors  Daniel  fut  amené  devant  le  roi  et  le 
»  roi  prenant  la  parole,  dit  à  Daniel  :  Es-tu  ce  Daniel 
))  qui  es  d'entre  ceux  qui  ont  été  emmenés  captifs  de 
)>  Juda,  que  le  roi  mon  père  a  fait  emmener  de  Juda?  » 

Nous  laissons  de  côté  ce  que  Daniel  dit  au  roi  con- 
cernant l'orgueil  de  son  père,  et  continuons  seulement  à 
citer  la  dernière  partie  dudit  chapitre  depuis  le  22''  ver- 
set jusqu'à  la  lin  : 

V.22.  ((  Toi  aussi,  Belsatsar,  son  lils,  tu  n'as  point  liu- 
))  milié  ton  cœur,  quoique  tu  susses  toutes  ces  choses.  )) 

Y.  23.  (f  Mais  tu  t'es  élevé  contre  le  Seigneur  des 
»  cieux,  et  on  a  apporté  devant  toi  les  vaisseaux  de  sa 
»  maison,  et  vous  y  avez  bu  du  vin,  toi  et  tes  gentils- 
»  hommes,  tes  femmes  et  tes  concubines,  et  tu  as  loué 
))  les  dieux  d'argent,  d'or,  d'airain,  de  fer,  de  bois  et 
))  de  pierre,  qui  ne  voient,  ni  n'entendent,  ni  ne  con- 
»  naissent,  et  tu  n'as  point  glorifié  le  Dieu  dans  la  main 
»   duquel  est  ton  souffle  et  toutes  tes  voies.  » 

Y.  24.  c(  Alors  de  sa  part  a  été  envoyée  cette  partie  de 
main^  et  cette  écriture  a  été  écrite,  » 

Y.  2o.  ((  Or^  c'est  ici  récriture  qui  a  été  écrite  :  Mené, 
Mené,  Thekel,  Upharsin.  » 

V.  26.  «  Et  c'est  ici  l'interprétation  de  ces  paroles  : 
Mene^  Dieu  a  calculé  ton  règne,  et  y  a  mis  la  fin.  » 

Y.,  27.  c(  Thekely  lu  as  été  pesé  en  la  balance,  et  tu  as 
été  trouvé  léger.  » 

Y.  28.  ((  Ujjharsin,  ton  royaume  a  été  divisé,  et  il  a 
été  donné  aux  Mèdes  et  aux  Perses.  » 


STATUE   PARLANTE  DR   MEMXON.  57 

"V.  29.  «Alors,  par  le  commandement  do  Belsatsar, 
»  on  vêtit  Daniel  d'écarlate,  et  on  mit  un  collier  d'or  à 
»  son  cou,  et  on  publia  de  lui  qu'il  serait  le  troisième 
»  dans  le  royaume.  » 

V.  30.  ((  En  cette  même  nuit,  Belsatsar,  roi  de  Caldée, 
fut  tué.  » 

V.  31.  ((  Et  Darius  le  Mède  prit  le  royaume,  étant  âgé 
d'environ  soixante-deux  ans.  )) 


CHAPITRE  V 
Statue  parlante  de  Memnon. 


Le  phénomène  extraordinaire  de  la  statue  parlante  de 
Memnon  a  beaucoup  d'analogie  avec  l'écriture  directe 
des  Esprits,  étant  également  une  manifestation  directe 
du  monde  invisible. 

Suivant  le  témoignage  des  voyageurs,  cette  statue 
faisait  entendre  des  sons  harmonieux  qui  réjouissaient 
rame  de  ceux  quil'écoutaient. 

Selon  la  tradition,  Memnon,  fils  d'Aurore,  régna  en 
Ethiopie,  l'espace  de  cinq  âges  ou  générations,  et  les 
Ethiopiens  le  pleurèrent  comme  s'il  était  mort  dans  sa 
jeunesse. 

La  statue  de  Memnon,  tournée  vers  VOnQwi^jjarle, 
d'après  Philostrate  (de  vità  Apollonii,  lib.  V^  ca}>.  G), 
dès  qu'un  rayon  du  soleil  levant  vient  tomber  sur  sa 
bouche. 

Juvénal  (Satyr.  XV)  dit  qu'on  pouvait  saisir  même  le 
sens  des  paroles  de  cette  statue;  il  dit  dans  le  verset  oO 
de  ladite  Satyre  :  «  Dimidion  mogicœ  résonant  ubi  Mcm- 


58  CHAPITRE    V. 

»  Jioiie  chordae.  (Là  résonnent  les  cordes  magiques  du 
»  mutilé  M  cm  non.)  » 

De  nombreuses  inscriptions  attestent  que  peu  après  le 
lever  du  soleil,  des  hommes  ont  entendu  sortir  de  la 
statue  tantôt  des  sons,  tantôt  des  paroles  distinctes. 

Nous  n'avons  pas  besoin  de  dire  au  public  lettré  que 
l'oracle  de  cette  célèbre  statue  de  Memnon,  fut  l'un  des 
plus  fameux  et  des  plus  anciens,  et  aussi  l'un  de  ceux 
qui  durèrent  le  plus  longtemps. 

Suivant  les  lois  de  Manou  (liv.  IV,  §  lOS)  les  traditions 
indiennes  parlent  souvent  d'un  bruit  surnaturel  [Nirg- 
hâtâ)»  On  pourrait  comparer  ce  bruit  surnaturel  ans.  coups 
mystérieux  des  Esprits  obtenus  de  nos  jours  pour  la  pre- 
mière fois,  il  y  a  bientôt  trente  ans  en  Amérique. 

En  Grèce,  les  disciples  de  Pythacjore  parlent  aussi  des 
voix  et  des  sons  mystérieux  qu'on  entend  surtout  près 
des  tombes  (Jamblicli,  Yita  Pytliag.,  139, 148),  ils  tiei. 
nent  même  compte  du  genre  d'harmonie  que  l'âme  fait 
entendre,  pour  conclure  de  là  que  l'âme  est  heureuse  ou 
malheureuse.  L'auteur  de  VEpinomis  (Epinomis,  §  8^, 
ap.  Plat.  Oper.,  édit  Becker,  pag.  29)  dit  que  les  êtres 
surnaturels  se  font  connaître  à  nous  par  des  voix  et  des 
paroles  prophétiques  y  entendues  par  des  personnes  saines 
et  malades.  On  connaît  aussi  la  voix  du  ciel,  disant  : 
«  Celui-ci  est  mon  Fils  bien-aimé,  en  qui  j'ai  pris  mon 
bon  plaisir.  »  (Saint  Mathieu,  III,  17.) 

Les  démonologues  anciens  et  modernes  ont  beaucoup 
disputé  sur  le  son  de  voix  des  démons,  et  nous  pouvons 
le  dire,  beaucoup  déraisonné  sur  ce  sujet. 

Damascius,  philosophe  stoïcien,  qui  vivait  sous  Jus- 
tinien,  dit  (in  Vitâ  Isidori  )  que  les  Esprits  familiers, 
cachés  dans  les  boules  consacrées,  qu'on  nommait  Boe- 
tiles,  répondaient  à  ceux  qui  les  interrogeaient,  d'une 


STATUE   PARLANTE    DE    MEMNON.  59 

voix  si  faible  et  si  inarticulée,  qu'elle  ressemblait  plutôt 
à  un  sifflement  qu'à  des  paroles,  et  que  ces  sortes  de 
réponses  devaient  toujours  être  interprétées  paf  les  prê- 
tres, qui  leur  donnaient  les  significations  qu'ils  jugeaient 
convenables. 

Les  voyageurs  modernes  (d'Urville,  Marsden,  etc., 
racontent  que  Potoyan,  le  démon  des  Australiens,  an- 
nonce sa  présence  par  un  sifflement  particulier  bas  et 
proloncjé. 

Les  voix  mystérieuses  que  l'auteur  a  parfois  enten- 
dues, ressemblent  tantôt  aux  sons  lointains  des  cloches 
des  troupeaux  des  Alpes,  tantôt  elles  ressemblaient  un 
peu  au  tintement  intime  et  interne  des  oreilles,  tantôt 
aux  soupirs,  tantôt  à  un  sifflement. 

Quant  au  son  direct  cV un  piano,  sans  intermédiaire  ter- 
restre (c'était  un  magnifique  accord  du  sol  de  bas  en 
haut),  les  comtes  Szapary,  d'Ourches  et  le  docteur 
Dowron,  l'ont  entendu  avec  nous  dans  la  séance  remar- 
quable du  26  janvier  1856,  à  laquelle  M.  du  Potet  était 
aussi  invité,  mais  dont  son  habitude  à  ne  point  se  dépla- 
cer, l'a  tenu  éloigné. 

Jean  Wolfgcmg  Jaeger^  chancelier  de  F  Université  de 
Tubingue  (en  allem.  Tubingen)  dit,  le  i"aoùt  1712,  dans 
son  allocution  latine  devant  le  sénat  académique  de 
cette  ville,  concernant  V admirable  musique  et  les  harpes 
célestes  que  tant  de  personnes  dignes  de  foi  avaient 
entendues  pendant  l'agonie  de  la  duchesse  Madeleine 
Sibylle  de  Wurtemberg,  élevée  par  sa  tante  Hedwige- 
Eléonore,  reine  de  Suède,  et  morte  à  Kirchheim  Under- 
teck  : 

«  Sequenti  nocte  singukre  illud  et  omnio  dimnuîn  ac- 
cidit,  quod  in  concubia  nocte,  eum  omnia  silerent  cœles- 
tis  musica  derepente  audita  fuit,  eaque  tantse  suavitatis, 


60  CHAPITRE   VI. 

ut  audiciites  nihil  se  per  totam  vitam  suavius  audivisse 
euni  religiosa  asseveratione  testarcntur,  rêvera  enim 
non  Jmmanas^  sed  anfjelicas  voces  sonuisse.  Talis  sane 
musica  veriis  est  seternitatis  beatissimai  prse.gustus,  et 
sui  morienti  spiritus  illi  divini  assistunt.  in  quam  inti- 
mam  familiaritatem  assument  ad  gloriosissimam  Dei 
visionem  admisses  !  » 


CHAPITRE  VI. 
Des  lieux  hantés  et  fatidiques. 


C'est  un  fait  constaté  non-seulement  par  nos  expé- 
riences, mais  encore  confirmé  par  la  tradition  unanime 
de  teus  les  peuples,  à  savoir  : 

1°  Qu'un  lien  mystérieux  reste  entre  l'àme  du  défunt 
et  sa  dépouille  mortelle  ; 

2°  Que  riiabitude  et  le  charme  du  souvenir  attire 
l'àme  do  préférence  vers  les  lieux  où  elle  a  habité  du- 
rant son  incarnation  terrestre,  et  qui  ont  été  le  théâtre 
de  ses  actions.  C'est  ainsi  que  suivant  nos  expériences, 
François  I"  se  manifeste  principalement  à  Fontaine- 
bleau, tandis  que  Louis  XV  et  Marie-x4ntoinette  rodent 
autour  des  Triaoons. 

Le  sol  classique  n'a  donc  pas  seulement  pour  les  sur- 
vivants, et  surtout  pour  le  public  lettré,  un  attrait  puis- 
sant par  lo  prestige  du  souvenir,  il  y  a  encore  quelque 
chose  de  plus  mystérieux  et  de  plus  réel,  de  plus  subs- 
slantiel,  que  le  souvenir  dans  ces  lieux  que  l'on  ap- 
pelle avec  raison,  hantes.  Chose  étrange!  Nos  savants, 
njs  ar;_'héologu.s,    tels   (pie  Lcpsius,    Bunsen,   xVbbe- 


DES    LIEUX   HANTÉS   ET   FATIDIQUES.  61 

keiî,  etc.,  vont  visiter  et  fouiller  le  sol  classique,  attirés 
par  l'intérêt  historique,  par  la  magie  du  passé  glorieux 
des  peuples  de  l'antiquité;  mais  ces  érudits  plongés 
dans  le  matérialisme  grossier  des  temps  modernes,  ne 
soupçonnent  pas  même  qu'il  y  ait  là  ime  magie  plus 
réelle  Qi  plus  substantielle  ({MQ  celle  du  passé.  De  même 
que  l'homme  qui  a  quitté,  il  y  a  longtemps,  le  sol  natal, 
y  reporte  souvent  ses  regards,  surexcité  par  le  souvenir 
de  son  enfance  qu'il  y  a  passée  ;  de  même  que  le  somnam- 
hule  lucide,  déjà  plus  dégagé  des  hornes  de  la  matière 
peut  diriger  son  intuition  intellectuelle  vers  des  lieux 
et  des  personnes  éloignées,  grâce  à  sa  vue  merveilleuse 
à  distance,  de  même  aussi,  à  plus  forte  raison,  l'esprit, 
affranchi  entièrement  du  joug  de  la  matière,  est  attiré 
par  le  penchant  irrésistible  du  souvenir  et  par  l'habitude 
dans  les  lieux  qui  ont  été  jadis  le  théâtre  de  ses  actions, 
ou  dans  les  endroits  où  repose  sa  dépouille  mortelle, 
avec  laquelle  Fàme  a  partagé,  durant  sa  vie  terrestre , 
ses  peines,  ses  douleurs  et  ses  joies. 

De  nos  jours,  le  passé  glorieux  de  l'Egypte,  de  l'As- 
syrie, de  la  Grèce  et  de  Rome  n'est  qu'une  lettre-morte 
pour  les  savants  ;  les  musées  remplis  de  chefs-d'œuvre 
n'ont  de  l'attrait  que  pour  les.  artistes,  amateurs  des 
belles  formes  ;  mais  il  y  a  là  plus  que  de  vaines  formes; 
une  réalité  vivante  se  déroulG  devant  nos  yeux  étonnés, 
lorsque  nous  voyons  ces  (diefs-d'œuvre,  animés  par  le 
souffle  puissant  de  l'Esprit  qui  jadis  a  vivifié  leurs 
modèles  corporels. 

Nos  expériences  nombreuses  et  variées  démontrent 
que  les  manifestations  des  l^^sprits  dans  les  lieux  hantés, 
sont  d'autant  plus  faciles,  si  les  conditions  des  lieux 
sont  restées  telles  qu'elles  étaient  durant  leur  vie  terres- 
tre; c'est  alors  cpi'ils  préfèrent  généralement  les  lieux 


62  CHAPITRE   VI. 

OÙ  ils  ont  vécu  et  où  sont  leurs  affections  et  leurs  habi- 
tudes, aux  tombeaux,  où  il  n'y  a  que  les  restes  de  leur 
dépouille  mortelle. 

De  même  que  la  patrie  de  l'homme  (durant  sa  vie  ter- 
restre) n'est  pas  toujours  la  ville  natale,  mais  sa  patrie 
est  surtout  aux  lieux,  où  l'àme  est  enchaînée,  de  même 
l'esprit  délivré  des  liens  de  la  matière,  tient  surtout  aux 
lieux  où  sont  ses  affections  et  ses  habitudes.  Au  reste,  ce 
serait  une  erreur  que  de  supposer  qu'un  véritable  lien 
matériel  attache  l'àme  encore  longtemps  après  la  mort 
à  sa  dépouille  mortelle  ou  aux  lieux  où  elle  a  fait  son 
séjour  terrestre.  L'attraction  morale,  la  sympathie  pure- 
ment  spirituelle  seule  V attire  dans  ces  lieux,  les  pensées 
des  hommes  se  rencontrent  dans  ces  lieux  hantés  ou 
classiques  plus  facilement  avec  celles  des  Esprits  qui, 
grâce  à  leur  ubiquité,  se  manifestent  presque  avec  la 
rîipidité  d'une  pensée  pure. 

La  Bible  nous  donne  les  preuves  les  plus  frappantes 
des  rapports  intimes  entre  l'àme  du  défunt  et  sa  dé- 
pouille mortelle,  en  racontant  (II,  Rois,  chap.  Xllî, 
V.  20  et  21)  le  miracle  que  les  ossements  du  fameux  pro- 
phète Elisée  ont  opéré.  Yoici  ce  passage  remarquable  : 
«  Et  Elisée  mourut,  et  on  l'ensevelit.  Or,  rannée  sui- 
))  vante,  quelques  troupes  de  Moabites  entrèrent  dans  le 
)).pays.  Et  il  arriva  que,  comme  on  ensevelissait  un 
))  homme,  on  vit  venir  une  troupe  de  soldats,  et  on  jeta 
»  cet  homme  clans  le  sépulcre  d'Elisée  ;  et  cet  homme 
))  étant  roulé  là-dedans,  et  ayant  touché  les  os  d'Elisée 
»  7'evint  en  vie,  et  se  leva  sur  ses  pieds.  » 

Au  reste,  c'est  une  grave  erreur  de  croire  que  ces  mi- 
racles bibliques  sont  des  phénomènes  tout  à  fait  excep- 
tionnels; les  miracles  ont  eu  lieu  plus  souvent  cpt' on  ne 
pense,  mais  les  hommes  de  nos  jours,  plongés  dans  le 


PES   LIEUX   HANTÉS    ET   FATIDIQUES.  63 

matérialisme,  ont  perdu  le  sens,  la  faculté  de  les  ob^ 
server. 

Le  dix-huitième  siècle  môme  a  vu  à  Paris  un  miracle 
analogue  à  celui  des  osseiiients  d'Elisée.  Le  public  lettré 
connaît  les  guérisons  miraculeuses  et  instantanées  que 
la  tombe  du  fameux  diacre  Paris  a  opérées  à  Paris.  Quant 
à  nous,  nous  avons  quelques  mots  d'outre-tombe,  tracés 
directement  par  l'Esprit  de  cet  illustre  diacre,  en  présence 
de  plusieurs  témoins,  à  l'église  Saint-^Jédard,  derrière  le 
maître-autel,  le  15  octobre  I806,  lieu  où  jadis  a  reposé 
la  dépouille  mortelle  de  ce  pieux  prêtre,  avant  la  dé- 
fense 

«  De  par  le  roi  à  Dieu, 

»  D'opérer  des  miracles  en  ce  lieu.  » 

Le  phénomène  merveilleux  de  la  résurrection  de  La- 
zare (saint  Jean  XI,  38-44)  n'eut  lieu  que  lorsque  Jésus 
fut  venu  au  sépulcre,  en  faisant  lever  la  pierre  mise  des- 
sus. On  sait  également  que  Jésus  lui-même  apparut  pour 
la  première  fois  après  sa  résurrection  glorieuse,  à  Marie- 
Madelaine,  suivant  saint  Jean  (chap.  XX,  11-17),  près 
de  son  sépulcre. 

La  doctrine  chrétienne  de  la  résurrection  de  la  chair 
suppose  nécessairement  la  continuation  d'un  lien  mysté- 
rieux entre  lame  et  sa  dépouille  mortelle,  grâce  à  la 
sympathie  qui  attire  l'une  vers  l'autre. 

Porphyre.,  de  l'Abstinence  (iib.lï,  chap.  43),  dit  que  les 
Egyptiens  en  ont  découvert  la  raison,  que  l'expérience 
leur  avait  apprise.  C'est  la  sympathie  de  l'âme  des  bêtes 
ôt  des  hommes  pour  les  corps  dont  elles  ont  été  séparées  ; 
les  théologiens,  qui  sont  instruits  de  ces  mystères, 
savent  avec  quel  plaisir  elles  s'en  approchent;  il  y  a 
dans  le  corps  une  vertu  secrète  qui  attire  l'âme  qui  l'a 
autrefois  habité.  Lorsque  l'âme  d'un  animal  est  séparée 


64  CIIAPIÏRR    VI. 

de  son  corps  par  violence,  elle  ne  s'en  éloigne  pas  et  se 
lient  surtout  près  de  lui.  Il  en  est  de  même  des  âmes 
des  hommes,  qu'une  mort  violente  a  fait  périr;  elles 
restent  près  du  corps;  c'est  une  raison  qui  doit  empê- 
cher de  se  donner  la  mort.  Lors  donc  qu'on  tue  les  ani- 
maux, leurs  âmes  se  plaisent  auprès  des  corps  qu'on  les 
a  forcés  de  quitter  ;  rien  ne  peut  les  en  éloigner  ;  elles 
y  sont  retenues  par  sympathie  ;  on  en  a  vu  plusieurs  qui 
soupiraient  près  de  leurs  corps.  C'est  pourquoi  ceux  qui 
veulent  recevoir  les  âmes  des  animaux  qui  savent  l'ave- 
nir en  mangent  les  principales  parties,  comme  le  cœur 
des  corl)eaux,  des  taupes  et  des  éperviers.  L'âme  de  ces 
hôtes  entre  chez  eux  en  môme  temps  qu'ils  font  usage  de 
ces  nourritures  et  leur  fait  rendre  des  oracles  comme  des 
Divinités. 

«  Les  âmes  de  ceux  dont  les  corps  ne  sont  point  en 
))  terre,  restent  près  de  leurs  cadavres  ;  c'est  de  celles-là 
))  que  les  magiciens  ahusent  pour  leurs  opérations,  en 
»  les  forçant  de  leur  ohéir,  lorsqu'ils  sont  les  maîtres 
))  du  corps  mort,  ou  môme  d'une  partie  de  celui-ci. 

»  Au  reste,  pour  prévenir  les  persécutions  des  génies 
»  importuns,  et  pour  éviter  la  fréquentation  des  mé- 
))  chants,  les  prêtres  et  les  devins  ordonnent  de  s'éloi- 
»  gner  des  tombeaux.  (Ghap.  50  dans  le  liv.  IL) 

»  C'est  pour  cette  raison  que  les  pythagoriciens  s'abs- 
»  tinrent  de  l'usage  des  viandes,  pour  n'être  pas  remplis 
))  d'impuretés  et  pour  ne  pas  devenir  le  tombeau  des 
»  corps  morts  des  hôtes. 

»  Les  pythagoinciens  dédaignèrent  aussi  la  divination 
»  qui  se  fait  par  l'inspection  des  entrailles  des  animaux; 
))  ils  croyaient,  que,  s'ils  se  trouvaient  réduits  dans 
))  quelque  extrémité  fâcheuse,  les  bons  génies  allaient 
p   accourir  à  leur  secours,  en  leur  découvrant  l'avenir, 


DES   LIEUX    HAMTÉS   ET    FATIDIQUES.  65 

))  soit  par  des  rêves,  soit  par  des  pressentiments  et  en 
))  leur  apprenant  ce  qu'ils  devaient  éviter.  )> 

Les  esprits  conservent  quelquefois  aussi  des  liens 
intimes  avec  certains  objets  qui  leur  ont  appartenus  et 
qui  leur  furent  cliers.  Une  vertu  mystérieuse  s'attache 
à  ces  objets. 

La  Bible,  ce  livre  saint  qui  satisfait  à  tous  nos  besoins 
moraux  et  intellectuels,  nous  fournit  aussi  à  ce  sujet  un 
nouvel  exemple  frappant,  en  parlant  du  miracle  que  le 
fameux  manteau  du  grand  prophète  Elle  a  opéré  après 
son  ascension,  dans  le  second  livre  des  Rois.  (II,  14.) 

Voici  ce  verset  remarquable  : 

«  Elisée  prit  le  manteau  d'Elie,  qui  était  tombé  de 
))  dessus  lui,  et  frappa  les  eaux  et  dit  :  Où  est  l'Eter- 
))  nel,  le  Dieu  A' Elle,  l'Eternel  lui-même?  Il  frappa 
»  donc  les  eaux,  et  elles  se  divisèrent  çà  et  là,  et  Elisée 
))  passa.  »  Ce  miracle  du  manteau  d'Elie  offre  une  ana- 
logie frappante  avec  les  Amulettes,  dont  il  est  aussi 
([uestion  dans  les  Actes  des  Apôtres.))  (XX,  11,  12). 

Voici  ce  verset  :  a  Et  Dieu  faisait  des  prodiges  extra- 
»  ordinaires  parles  mains  de  Paul;  de  sorte  qu'on  por- 
;i)  tait  même  sur  les  malades,  les  mouchoirs  et  les  linges 
»  qui  avaient  touché  son  corps;  et  ils  étaient  guéris  do 
))  leurs  maladies,  et  les  malins  esprits  sortaient.  )) 

Au  surplus,  nos  expériences  si  variées  prouvent  am- 
plement que  les  Esprits  affranchis  des  obstacles  maté- 
riels, peuvent  se  manifester  partout,  s'ils  éprouvent  de 
la  sympathie  pour  un  individu  terrestre,  et  surtout  que 
cette  sympathie  soit  réciproque;  n'importe,  que  cette 
sympathie  ait  été  scellée  durant  la  vie  terrestre  ou  peut- 
être  dans  une  autre  phase  de  l'existence  des  âmes,  ou 
par  les  œuvres  des  hommes  illustres  que  la  postérité  ad- 
mire et  révère.  Néanmoins,  c'est  un  fait  que  l'on  ne 


66  CHAPITRE   VI. 

pourra  plus  contester,  que  les  Esprits  se  manifestent 
de  préférence,  et  plus  aisément  dans  les  lieux  vers  les^ 
quels  leurs  souvenirs  les  reportent.  Les  anciens  rabbins 
(Mennasseli  XI,  6)  reconnurent  également  cette  vérité, 
en  soutenant  que  Thabitude  attire  1  âme  vers  les  lieux, 
oii  elle  a  demeuré,  durant  sa  vie  terrestre.  Les  derniers 
cabalistes  croyaient  que  l'âme  vitale  et  fluidique  (Ne- 
phesch)  reste  auprès  du  corps  jusqu'à  la  putréfaction 
complète.  Selon  les  anciens  rabbins,  le  lien  intime  entre 
l'âme  et  le  corps  dure  pendant  la  première  année  après 
la  mort.  Ils  ont  emprunté  cette  opinion  surtout  au  mi- 
racle, opéré  par  les  ossements  cVEUsée  environ  un  an 
après  la  mort  de  ce  saint  voyant  et  prophète  (Il  Rois  Xill, 
20  et  21).  C'est  durant  cet  intervalle  qu'on  peut  évoquer 
l'âme  du  mort,  selon  eux.  Celui  qui  l'évoque  ou  le  né- 
cromancien la  voit,  mais  ne  l'entend  pas,  celui  qui  la 
consulte  l'entend  sans  la  voir.  On  sait  que  les  rabbins  ont 
emprunté  la  nécromancie  à  la  Bible  et  surtout  au  pre- 
mier livre  de  Samuel  (XXYIII),  où  il  est  question  de  l'é- 
vocation de  l'Esprit  de  ce  saint  propliète. 

Les  Indiens  croyaient  également  qu'un  lien  restait 
entre  l'âme  et  la  dépouille  mortelle  ;  de  là  le  grand  res- 
pect des  morts  dans  ilnde. 

Les  Indiens  croyaient  même  que  les  âmes  des  morts 
assistaient  d'une  manière  invisible  aux  funérailles, 
aux  repas  funéraires  et  aux  straddhas  ou  cérémonies 
religieuses  qui  se  faisaient  chez  les  parents  du  mort, 
pour  honorer  sa  mémoire.  (Lois  de  Manon,  III,  §  237.) 

Suivant  les  traditions  sacrées  des  anciens  Perses  (An- 
quetil-Duperron,  III,  p.  585),  les  âmes  riklent  autour  de 
leur  dépouille  mortelle  jusqu'au  quatrième  jour  après  la 
mort. 

Selon  les  anciens  Egyptiens  (Diodore  de  Sicile,  I,  51), 


DES   LIEUX   HANTÉS   ET   FATIDIQUES.  67 

l'âme  rôde  pendant  un  long  espace  de  temps  autour  du 
corps  jusqu'à  la  décomposition  totale  de  la  dépouille 
mortelle. 

C'est  peut-être  aussi  pour  cette  raison  que  les  Egyp- 
tiens voulaient  empêcher  la  décomposition  des  corps  en 
les  embaumant,  afin  de  prolonger  les  relations  intimes 
de  l'àme  avec  le  corps.  De  là  peut-être  aussi  les  orne^ 
ments  excessifs  des  tombeaux,  qui  s'adressèrent  aux 
yeux  d'un  peuple  aussi  spiritualiste  que  les  Egyptiens, 
principalement  à  l'àme  du  défunt. 

L'opinion  que  l'existence  de  l'àme  demeurait  encore 
liée  au  corps,  qu'elle  avait  abandonné,  opinion  si  fort 
accréditée  chez  les  Egyptiens ,  régna  aussi  chez  les 
Grecs.  Les  funérailles  se  terminaient  chez  ce  peuple  par 
un  banquet  et  par  des  jeux  solennels;  tels  furent  ceux 
qu'on  célébra  lors  des  funérailles  de  Patrocle  (Iliade, 
XXIII,  V.  29  et  c.)  ;  car  on  s'imaginait  réjouir  ainsi 
l'àme  du  mort.  L'àme  conserve  des  rapports  si  intimes 
avec  sa  dépouille  mortelle,  que  c'est  principalemeni; 
à  l'âme  du  défunt  que  sont  dus  les  honneurs  des  funé- 
railles. (Virgile,  Enéide,  IV,  34.) 

Selon  l'école  de  Pythagore,  qui  avait  emprunté,  comme 
la  plupart  des  hommes  illustres  de  la  Grèce  ancienne, 
-  beaucoup  d'idées  aux  Egyptiens  (Plutarque,  d'Isis  et 
d'Osiris,  traduction  de  Ricard,  tome  V,  p.  328),  les 
âmes  demeurent  et  passent  encore  quelque  temps  au  lieu 
du  sépulcre  et  dans  le  voisinage  de  la  tombe. 

Jamblich  (Vita  Pythag.,  j39,  148)  dit  qu'on  avait 
entendu  la  voix  de  Philolaus  auprès  de  la  tombe  de  son 
cadavre  ;  celui  qui  avait  entendu  cette  voix  d'outre- 
tombe  raconte  ce  phénomène  à  Eurytus;  ce  dernier  lui 
demande  quel  genre  d'harmonie  cette  âme  faisait  enten- 
dre, parce  que,  d'après  les  pythagoriciens,  une  voix  bien 


(dS  CHAPITRE   VI. 

harmonieuse  et  mélodieuse  indique  l'état  bienheureux 
d'une  âme. 

Platon  (Phœdon,  80,  H3  et  114)  croit  que  les  âmes 
qui  ont  des  penchants  'sensuels  planent  autour  du  tom- 
beau de  leurs  corps;  les  passions  sensuelles  attachent 
l'âme  presqu'avec  un  clou  au  corps,  en  la  rendant  elle- 
même  corporelle. 

Au  moyen-àfje  on  a  trop  généralisé  cette  idée  de 
Platon,  en  croyant  ({ue  les  Esprits  malheureux  et  ter- 
restres seuls,  conservent  des  liens  intimes  avec  leurs 
dépouilles  mortelles.  On  a  même  souvent  confondu  ces 
derniers  avec  les  démons  ou  les  mauvais  Esprits,  en 
prétendant  que  les  démons  se  manifestent  principale- 
ment dans  les  cimetières,  pour  effrayer  les  hommes. 

La  Bible  réfute  formellement  cette  opinion  absurde 
par  l'exemple  du  miracle  des  ossements  cV Elisée  qui  fut 
run  des  voyants  les  plus  célèbres  qui  aient  jamais  existé, 
l'un  des  saints  prophètes  qui  aient  opéré  le  plus  de 
miracles. 

La  plupart  des  prêtres  et  des  pasteurs  de  notre  temps 
même,  partagent  cette  erreur  anti-biblique  en  préférant 
l'opinion  de  Platon  à  l'exemple  frappant  contenu  dans 
la  Sainte-Ecriture. 

Le  fameux  diacre  Paris  qui  a  opéré  également  des  mi- 
racks  sur  sa  tombe,  fut,  suivant  l'opinion  unanime  des 
hommes  impartiaux,  un  pieux  prêtre  et  un  homme 
irréprochable. 

Les  Chinois  croyaient  que  les  âmes  des  hommes  qui 
n'avaient  été  ni  tout  à  fait  bons,  ni  tout  à  fait  méchants, 
errent  longtemps  près  de  leurs  tombes  et  flottent  autour 
des  lieux  où  elles  avaient  jadis  demeuré,  durant  leur 
incarnation  terrestre;  elles  tiennent  à  ces  lieux,  entraînées 
par  le  charme  de  leurs  souvenirs.  Cet  état  des  Esprits, 


DES   LIEUX   HANTÉS   ET    FATIDIQUES.  69 

flottant  dans  Fair  est  non-seulement  une  punition,  mais 
encore  une  expiation,  si  elles  se  convertissent  et  im- 
plorent la  clémence  àiwino.  {Mémo i?'es  des  missiomiaires, 
XV,  230,  etc.,  etc.) 

Selon  l'opinion  vmanime  de  l'antiquité,  un  lien  reste 
donc  entre  l'àme  du  défunt  et  sa  dépouille  mortelle.  Ce 
sentiment,  étant  gravé  dans  le  cœur  des  anciens,  a  donné 
lieu  aux  funérailles  solennelles,  à  la  consécration  des 
tombeaux  et  au  respect  des  morts  en  général.  C'est  pour 
cette  raison  qu'on  a  accordé  au  cadavre  de  l'homme  les 
droits  et  les  honneurs  dus  à  l'àme  seule.  De  là  aussi  le 
désir  vif  des  neveux  de  reposer  près  de  leurs  ancêtres. 
Abraham  ayant  acheté  un  lieu  de  repos  pour  Sara  (Ge- 
nèse, XXIIl),  tous  ses  neveux  jusqu'à  Jacob  et  Joseph  y 
furent  enterrés.  (Genèse,  XLIX,  29-32  ;  Josué,  XXIV, 
32;  Genèse,  L,  25.) 

Le  Livre  des  récompenses  et  des  peines  par  un  doc- 
teur Taosse,  traduit  en  français  par  Julien  (1835,  8)  dit 
(art.  46o)  :  «  Ceux  qui  méprisent  les  âmes  de  leurs  an- 
))  cêtres,  qui  diffèrent  leurs  funérailles,  qui  ensevelis- 
»  sent  les  morts,  sans  observer  les  rites,  qui  ne  portent 
))  pas  le  deuil  pendant  le  temps  prescrit,  qui  négligent 
»  de  visiter  et  de  nettoyer  les  tombes  et  d'offrir  des  sa- 
»  crilîces  à  leurs  ancêtres,  ou  qui  les  offrent  sans  être 
))  pénétrés  d'un  véritable  respect,  sont  cruellement  pu- 
»  nis.  )) 

L'article  466  dudit  Livre  raconte  un  fait,  ayant  rap- 
port au  respect  des  morts. 

«  Un  gardien  des  archives  de  l'Etat  qui  négligeait  ses 
»  devoirs,  vit  l ombre  de  aa  mère  en  songe,  laquelle  lui 
))  adressa  de  sévères  reproches  :  ««  Depuis  que  vous 
»))  m'avez  abandonnée,  lui  dit-elle,  les  animaux  ont 
»))  creusé  ma  sépulture,  les  épines  et  les  ronres   ont 


70  CHAPITRE   VI. 

))o  fermé  le  chemin  qui  y  conduisait.  Vous  avez  chargé 
))))  deux  femmes  de  m'offrir  aux  diverses  saisons  de 
))))  l'année  les  sacrifices  que  j'attendais  de  vous.  Est-ce 
»))  ainsi  que  doit  se  conduire  un  fils?  Le  Dieu  de  Fen- 
))))  fer  voulait  d'abord  vous  punir,  mais  comme  vous 
»))  remplissez  fidèlement  les  devoirs  de  votre  charge, 
))))  il  vous  accorde  grâce  pour  le  moment.  A  l'avenir, 
))))  tachez  de  visiter  exactement  ma  tombe  aux  époques 
»))  prescrites,  et  d'offrir  chaque  année  des  sacrifices 
))))  pour  procurer  le  repos  à  Fàme  de  votre  mère  !  »)) 

Les  Grecs  s'imaginaient  déjà  aux  temps  homériques 
qu'il  pouvait  résulter  pour  les  morts  un  grave  préju- 
dice, si  leur  dépouille  ne  recevait  pas  de  sépulture. 
Il  leur  était  alors  refusé  de  pénétrer  dans  le  Hadès 
(lîiad.,  XXIIl,  69)  et  leurs  âmes  erraient,  inquiètes  et 
soufi^rantes,  à  la  surface  du  sol,  tant  que  des  mains 
pieuses  n'avaient  pas  rempli  à  leur  égard  les  derniers 
devoirs.  De  là,  la  crainte  qu'avaient  les  Grecs  que  leur 
cadavre  fût  privé  de  sépulture,  ou  dévoré  par  les  chiens 
ou  les  oiseaux  de  proie.  C'est  le  vit  désir  à'Elpenor 
(Odyssée  XI),  dont  l'âme  erre,  sous  la  forme  d'une 
ombre,  partout,  qu'on  lui  rende  les  derniers  honneurs. 
Il  en  est  de  même  à'Archytas.  (Horat,  Od.  I,  28.) 

Lucain  (IX)  dit  :  «  Cineresqiie  in  litore  fiisos  colligite  at 
))  que  unam  sparsis  date  manibiis  urnam  et  animamque 
y)  sepulcro  condimus,  » 

Les  anciens  avaient  tant  de  soins  pour  leurs  tombeaux, 
et  les  tenaient  en  si  grande  estime,  que  plusieurs  doc- 
teurs du  christianisme,  tels  que  saint  Clément  d'Alexan- 
drie, Eusèhe,  LaetaniiuSy  Arnohius,  etc.,  croyaient  que 
les  édifices  consacrés  aux  exercices  de  religion  ont  tiré 
leur  origine  de  là.  En  effet,  cette  hypothèse  n'est  pas  in- 
vraisemblable, si  l'on  tient  compte  des  rapports  du  res- 


DES   LIEUX   HANTÉS    ET    FATIDIQUES.  71 

pect  des  morts  et  des  tombes  au  culte  des  ancêtres  et  des 
aïeux.  Les  mânes  des  ancêtres  se  manifestèrent  de  pré- 
férence, conformément  à  la  sympathie,  cette  attraction 
morale,  à  leurs  descendants,  surtout  dans  les  li«ux  vers 
lesquels  leurs  souvenirs  les  attiraient.  Or,  c'est  en  visi- 
tant leurs  tombes,  que  les  survivants  pensaieat  le  plus 
à  eux,  et  entraient,  par  conséquent,  en  communication 
plus  ou  moins  directe  avec  les  Esprits  des  morts,  grâce 
à  leurs  prières,  invocations,  évocations,  sacrifices,  etc. 
Il  semble  que  la  superstition  exagérée  seule,  la  confu- 
sion de  l'adoration  et  du  respect,  ait  appris  aux  hommes 
à  bâtir  des  temples,  les  hommes  n'osant  guère  avant  le 
sage  Salomon  construire  une  maison  à  VEternel,  que  les 
cieux  des  cieux  ne  peuvent  contenir,  suivant  la  Bible. 
(II  Chroniques  II,  6  et  I Rois  YIII,  27.) 

On  ne  peut  guère  réfuter  l'opinion  de  ceux  qui  pen- 
sent que  l'établissement  du  culte  et  des  cérémonies  reli- 
gieuses remonte  à  l'origine  du  polythéisme.  Selon  les 
anciennes  traditions  indiennes  les  pitns  passent  pour 
avoir  institué  les  cérémonies  du  culte,  car  les  pifri's  seuls 
connaissent  la  véritable  théologie.  (Lois  de  Manou, 
1,  §  12,  etc.) 

Ce  respect  universel  des  morts,  des  tombes  et  ce  culte 
des  mânes  et  des  ombres  des  Esprits  des  ancêtres,  est 
une  des  preuves  les  plus  évidentes  du  caractère  éminem- 
ment spiritualiste  de  tous  les  peuples  de  l'antiquité. 
C'est  un  fait  constaté  par  l'histoire  que,  dès  l'instant 
qu'on  a  cessé  de  croire  au  spiritualisme,  on  a  aussi  cessé 
d'honorer  les  morts  par  des  soins  touchants. 

L'homme  qui  commença  à  ne  sentir  et  à  ne  chercher 
rien  au  delà  de  la  mort,  ne  devait  non  plus  honorer  ni 
respecter  la  dépouille  mortelle  de  son  prochain.  Les 
Romains  et  les  Grecs  commencèrent  à  dédaigner  le  culte 


72  CHAPITRE   VI. 

des  mânes,  au  moment  où  le  spiritualisme  commençait 
peu  à  peu  à  faire  place  au  scepticisme,  à  l'indifférence 
et  au  matérialisme  ;   il  en  est  de  même  de  notre  temps. 

On  a  prétendu  de  nos  jours  que  l'usage  des  bûchers, 
salutaire  et  poétique  en  môme  temps,  fut  encore  un  in- 
dice infaillible  du  caractère  spiritualiste  d'un  peuple  ;  on 
ne  tient  pas  compte  des  anciens  Egyptiens,  des  Israélites 
et  des  Perses,  qui  furent,  certes^  au  moins  aussi  spiri- 
tualistes  que  les  Indiens,  et  plus  spiritualistes  que  les 
Grecs  et  les  Romains,  bien  qu'ils  n'eussent  pas  adopté 
les  bûchers  comme  ces  derniers.  Néanmoins,  nous  en 
convenons  avec  ceux  qui  ont  émis  cette  hypothèse  que 
l'introduction  de  l'usage  des  bûchers  parmi  les  nations 
sceptiques  et  matérialistes  de  l'Europe  moderne,  ne  serait 
pas  seulement  salutaire  au  point  de  vue  hygiénique, 
mais  contribuerait  encore  à  rétablir  le  respect  des  morts, 
condition  indispensable  de  la  restauration  du  spiritua- 
lisme, grâce  aux  urnes  des  ancêtres  décédés,  qui  seraient 
des  mémento  dans  les  logements. 

Les  Pères  de  l'église  disaient  que  les  Hébreux  inhu- 
maient les  morts,  parce  que  Dieu  avait  dit  à  l'homme 
(Genèse,  III)  :  Tu  es  poussière  et  tu  retourneras  à  la 
poussière.  Certes,  les  Hébreux  auraient  mieux  obéi  à  la 
Genèse,  en  adoptant  l'usage  des  bûchers,  car  la  flamme 
réduit  l'homme  en  poudre  bien  plus  vite  que  la  décom- 
position. Les  Hébreux  suivirent  l'exemple  des  Egyp- 
tiens, leurs  maîtres,  et  des  Perses,  depuis  la  captivité 
de  Babylone.  On  sait  qu'en  Perse,  le  feu  étant  sacré,  la 
peine  de  mort  frappa  ceux  qui  en  brûlèrent  leurs  cada- 
vres. L'usage  de  brûler  des  cadavres  ou  plutôt  des  choses 
aromatiques  sur  les  cadavres,  n'eut  lieu  chez  les  Hébreux 
([u'en  faveur  des  rois.  (I,  Samuel,  31,  12  et  13,  et  II, 
Rois,  23,  20,  etc.  II,  Chroniques,  IG,  14.  Jérémie,  34,  o.) 


DES    LIEUX   HANTES   ET   FATIDIQUES.  73 

Chose  étrange,  les  chrétiens,  au  contraire,  réservèrent 
les  bûchers  pour  les  sorciers  et  les  hérétiques,  qualifiant 
l'usage  des  bûchers  à'iisage  cruel,  car  au  moyen-àge 
surtout,  il  y  avait  des  imbéciles  qui  croyaient  que  la 
crémation  empêchait  la  résurrection  de  la  chair  ?? 

Porphyre  (IV,  10  de  l'Abstinence)  dit  :  «les  Egyptiens 
embaument  les  corps  des  gens  de  condition  en  séparant 
les  entrailles,  et  les  mettent  dans  une  caisse.  En  rendant 
les  derniers  devoirs  aux  morts,  ils  tournent  cette  caisse 
du  côté  du  Soleil  et  font  cette  prière  :  ce  0  Soleil,  notre 
Seigneur  et  tous  les  autres  dieux  qui  donnez  la  vie  aux 
hommes,  recevez-moi,  et  livrez-moi,  aux  dieux  des 
morts  (Hadès  Amenthès)  avec  lesquels  je  vais  habiter. 
J'ai  toujours  respecté  les  dieux  de  mes  pères,  et  tant 
que  j'ai  vécu  dans  le  monde,  j'ai  honoré  ceux  qui  ont 
engendré  mon  corps.  Je  n'ai  tué  aucun  homme  ;  je  n'ai 
point  violé  de  dépôt,  ni  fait  aucune  faute  irréparable; 
et  si  j'ai  commis  quelque  péché  dans  ma  vie,  soit  en 
mangeant,  soit  en  buvant  ce  qui  n'était  pas  permis,  ce 
n'est  pas  moi  qui  ai  péché,  mais  ceci.  ))  On  montrait  en 
même  temps,  la  caisse,  dans  laquelle  étaient  les  en- 
trailles; et  après  avoir  fini  cette  prière,  on  jetait  la 
caisse  dans  la  rivière,  et  embaumait  le  reste  du  corps 
qui  était  regardé  comme  pur. 

Nos  expériences  au  Louvre  ont  une  analogie  frappante 
avec  la  Théopée,  c'est-à-dire  Fart  de  fixer  les  dieux  dans 
leurs  statues,  grâce  à  la  consécration  religieuse  et  aux 
pratiques  secrètes  de  la  magie  sacrée.  C'est  à  l'aide  de  la 
prière  et  de  l'évocation  qu'on  animait  les  statues,  par  la 
présence  réelle  des  dieux,  qui  vinrent  y  demeurer,  et  se 
manifestèrent  de  différentes  mauières.  La  Théopée  était 
la  manière  la  plus  sainte  de  servir  les  dieux.  Les  prêtres 
égyptiens  et  grecs  l'exerçaient.  (Orig.  Contra  celsum. 

8 


74  CHAPITRE   VI. 

Ap.  Aug.,  CD.  8, 1.  2.  Aiisakli,  De  diis  Roman,  évoca- 
tis.  Brix,  1743,  pag.  19.  Diog.,  Laërt,  II,  116.) 

Les  anciens  prêtres  égyptiens  qui,  selon  Cheremon,  le 
stoïcien,  étaient  regardés  comme  des  philosophes  dans  ce 
pays,  choisissaient  un  endroit  où  ils  pussent  s'appliquer 
tout  entiers  aux  choses  sacrées.  L'ardeur  qu'ils  avaient 
pour  la  contemplation  les  engageait  à  habiter  près  des 
statues  des  dieux  (Porphyre,  de  l'Abstinence,  liv.  IV, 
chap.  6).  Ils  portaient  ces  statues  où  ils  allaient  en  pro- 
cession. 

Los  Esprits  animaient  les  statues  des  Dieux  et  met- 
taient leurs  temples  en  mouvement.  (Porphyre,  lY, 
chap.  6,  de  l'Abstinence.) 

Minutius  Félix  (Octav.,  27)  écrit  aussi  que  les  démons 
remplissent,  sans  être  visibles,  les  statues  et  les  ligures 
symboliques  que  le  culte  a  consacrées.  (Tertullien,  de 
IdoL,  3  et  IL  Sozomen,  Hist.  ecclés.,  II,  5,) 

Lorsque  les  démons  qui  président  à  la  divination  s'en 
Vont,  les  oracles  finissent  aussi,  ou  ils  perdent  de  leur 
vertu,  lorsque  les  démons  s'enfuient  et  transportent 
ailleurs  leur  habitation.  (Tacit.,  Hist,  Y,  13,  concernant 
Jérusalem.) 

Là  où  des  milliers  de  prières  ardentes  sont  montées 
Vers  les  dieux,  la  Théopée  est  possible. 

M.  des  Mousseaux  se  trompe  (Magie  II,  85,  etc.)  en 
prétendant  qu'il  n'y  a  pas  de  loi  générale  concernant  les 
manifestations  prodigieuses  et  les  images  qui  enfantent 
des  prodiges  ;  que  Dieu  a  créé  non  moins  l'exception 
que  la  règle.  Certes,  ces  prodiges  ne  s'accomplissent 
point  en  tous  lieux  ;  ils  ne  se  répètent  pas  à  propos  de 
chaque  image;  chaque  statue,  chaque  monument  ne 
produit  pas  une  écriture  directe,  mais  c'est  un  fait  cons- 
taté par  nos  expériences  nombreuses  qu'il  y  a  un  lien 


DES   LIEUX   HANTÉS   ET    FATIDIQUES.  75 

mystérieux  entre  certaines  statues,  images  et  monuments 
et  entre  les  Esprits  ou  plutôt  les  âmes  des  morts  <|ue  ces 
statues  représentent. 

Les  images  merveilleuses  ont  beaucoup  d'analogie 
avec  les  lieux  hantés  et  fatidiques.  Les  statues,  les  ima- 
ges originales  des  hommes  illustres,  les  monuments 
érigés  et  consacrés  par  les  générations  antérieures  et 
offertes  à  leui'  vénération,  pour  perpétuer  la  mémoire 
de  leurs  hauts-faits,  de  leurs  actions  glorieuses,  sont 
surtout  aptes  à  produire  des  phénomènes  merveilleux. 
(  Voilà  le  fd  conducteur  de  nos  expériences  d'écritures  di- 
rectes couronnées  de  succès.)  Les  âmes  des  morts  illus- 
tres ne  sont  attirées  que  par  le  prestige  magique  du 
souvenir  de  leurs  belles  actions,  dans  les  statues  et  les 
monuments,  qui  perpétuent  leur  mémoire.  C'est  ainsi 
que  nous  avons  obtenu  sept  écritures  directes  du  célèbre 
général  lacédémonien  Pausanias,  en  plaçant  à  plusieurs 
reprises  des  papiers  dans  la  gueule  et  sur  le  socle  du 
fameux  lion  du  Louvre,  trouvé  dans  les  décombres  du 
champ  de  bataille  de  Platée.  M.  Robert  Dale  Owen  et 
M.  Moli/i,  artiste  sculpteur  très  distingué  de  la  Suède, 
étaient  témoins  de  cette  expérience.  On  sait  que  les  Grecs 
célébraient  encore  du  temps  de  Plutarque,  six  siècles 
plus  tard,  des  jeux  pour  perpétuer  le  souvenir  glorieux 
de  la  victoire  brillante  qu'ils  avaient  remportée  sous  le 
commandement  du  grand  général  Pausanias  sur  les 
Perses.  On  y  offrait  des  sacrifices  à  Jupiter  libérateur^ 
car  ce  n'est  que  par  cette  victoire  que  la  Grèce  fut  défini- 
tivement délivrée  de  l'invasion  de  l'armée  innombrable 
des  Perses.  Aussi  Pausanias,  le  Lacédémonien,  qui  en 
sa  qualité  de  général  en  chef  des  Grecs,  avait  tant  con- 
ti'ibué  à  cette  victoire  brillante,  grâce  à  son  habileté  et 
à  sa  prudente  stratégie,  reçut-il  les  dîmes  des  dépouilles 


76  CHAPITRE    VI. 

riches  des  Perses.  Au  reste,  Pausanias  fut  aussi  versé 
dans  la  magie  et  dans  les  mystères  de  la  nécromancie 
que  dans  l'art  militaire  ;  il  bravait  la  colère  des  autres 
Lacédémoniens  qui  voulaient  témérairement  attaquer 
les  Perses,  avant  que  les  signes  des  devins  et  des  sacrifi- 
cateurs fussent  favorables.  Plus  tard,  ce  grand  homme, 
après  avoir  pris  Bysance  (Constantinople)  et  chassé  dé- 
finitivement les  Perses  de  l'Europe,  enflé  par  des  suc- 
cès aussi  éclatants,  noua  des  relations  avec  le  roiXerxès 
de  Perse,  qui  lui  offrait  sa  fille  en  mariage  et  la  royauté 
de  toute  la  Grèce.  Accusé  du  crime  de  trahison 
à  Sparte  il  se  sauva  dans  le  temple  de  la  Minerve 
d'airain,  où  il  périt  de  faim.  Après  cette  fin  tragique, 
l'Esprit  de  ce  grand  homme  déjà  durant  sa  vie  si  versé 
dans  la  magie  importunait  et  effraya  longtemps  les 
Lacémoniens,  jusqu'au  commencement  de  la  guerre  du 
Péloponèse.  Ce  fut  en  vain  que  le's  Lacédémoniens  cher- 
chèrent à  apaiser  ses  mânes,  en  lui  érigeant  des  monu- 
ments et  des  statues,  pour  lui  offrir  des  sacrifices.  Le 
grave  Thucidyde  et  le  docte  Plutarque  parlent  des  pro- 
diges de  l'esprit  du  célèbre  Pausanias,  et  des  moyens 
que  la  pythie  de  Delphes  conseillait,  pour  calmer  la 
colère  vindicative  de  cet  Esprit  aussi  puissant  après  sa 
mort  que  durant  sa  vie. 

Il  en  est  de  même  du  célèbre  Jules  César,  dont  l'Es- 
prit irrité  poursuivit  Brutus  le  jeune  jusqu'à  sa  mort, 
aux  champs  de  bataille  de  Philippes,  selon  Plutarque. 
Aucun  des  meurtriers  de  Jules  César  ne  lui  survécut 
plus  de  trois  ans,  et  aucun  ne  mourut  de  mort  natu- 
relle. Tous  furent  condamnés  et  périrent  d'une  manière 
différente  :  les  uns  dans  un  naufrage,  les  autres  dans  un 
combat  ;  quelques-uns  se  tuèrent  avec  le  même  fer  dont 
ils  avaient  frappé  César  (Suéton.  César,  89),  Il  semble 


PHENOMENES  DE   L  ECRITURE  DES   ESPRITS,  77 

que,  selon  les  vues  mystérieuses  de  la  Providence,  l'Es- 
prit d'un  mort  puisse  se  venger  pour  exercer  la  Némésis. 
Voyez  là-dessus  ma  Morale  universelle^  pag.  191-193, 
riiistoire  de  Pausanias  et  delà  jeune  Cléonice,  ainsi  que 
les  Considérations  sur  la  vengeance  des  spectres  et  des 
victimes  innocentes,  pag.  192.  Voyez  aussi  Tite-Liv.  V, 
dec.  I.  Valère  Maxim,  I,  cap.  VII,  la  statue  de  Junon 
qui  liante  Veïès.) 

Le  philosophe  Porphyre,  avant  nous,  prend  en  pitié 
l'imbécillité  des  incrédules  qui  ne  voient  dans  les  statues 
que  des  pierres  et  du  bois,  ou  tout  au  plus  les  belles  for- 
mes de  l'art.  La  valeur  artistique  d'une  statue  n'a  aucune 
importance  i:)Our  la  théopée.  Les  anciens  monuments 
grossiers  et  simples,  auxquels  des  souvenirs  mémorables 
s'attachaient,  furent  en  général  préférés  par  les  Esprits 
aux  belles  statues  de  l'école  de  Phidias. 


CHAPITRE  VII 

Phénomènes  de  l'écriture  directe  des  Esprits, 
constatés  en  présence  de  témoins,  depuis  le 
mois  d'août  1856  jusqu'au  30  novembre  1872. 


L'étude  approfondie  de  la  haute  sagesse  de  la  Bible, 
concernant  l'anthropologie,  la  psychologie  et  la  pneu- 
matologie,  c'est-à-dire  les  rapports  de  l'humanité  avec 
Dieu  et  avec  le  monde  surnaturel,  sera  toujours  la  base 
et  le  point  de  départ  de  toute  véritable  science,  laquelle 
doit  aboutir  au  fameux  yvôiôt  o-îaurèv  de  l'illustre  sage 
de  Lacédémone.  Puis,  viennent  en  seconde  ligne,  les 
traditions  sacrées  de  l'Inde,  ce  foyer  central  de  la  race 


78  CHAPITRE  VIL 

aryenne  et  blanche,  d'où  sont  partis  beaucoup  de  rayons 
pour  la  Chine  cVime  part,  et  pour  la  Perse,  l'Egypte,  la 
Grèce  et  Rome  de  Vautre.  Les  différentes  écoles  de  phi- 
losophie des  Indiens,  surtout  le  système  dualiste  de 
Sankhya  et  l'école  orthodoxe  de  Védanta,  ont  une  haute 
importance  pour  le  spiritualisme.  Il  en  est  de  même  des 
poètes  i?idiens  et  grecs  qui  expriment  généralement  la 
mythologie  et  les  anciennes  traditions  sacrées  mieux  que 
les  penseurs.  Quant  à  ces  derniers,  il  faut  néanmoins 
reconnaître  que  les  efforts  des  philosophes  les  plus  pro- 
fonds de  tous  les  siècles  et  parmi  toutes  les  nations,  ont 
toujours  tendu  vers  la  sphère  élevée  du  spiritualisme. 

Parmi  les  penseurs  grecs,  il  faut  mettre  au  premier 
rang  l'illustre  Pythagore,  qui  a  éclairé  d'une  vive  lu- 
mière les  mystères  de  l'âme  humaine  et  ses  rapports 
avec  le  monde  surnaturel.  C'est  au  sage  de  Sam  os  et  à 
son  école  qu'on  doit  cette  fameuse  confédération  pytha- 
goricienne, ce  sublime  modèle  d'une  association  morale, 
fondée  sur  le  principe  de  charité  et  de  fraternité. 

La  haute  et  vaste  intelligence  de  Pythagore  franchis- 
sait non-seulement  les  bornes  de  la  politique  nationale, 
mais  encore  les  limites  du  cosmopolitisme  humanitaire. 
Ce  penseur  visa  plus  hautj  en  voulant  faire  do  riiomme 
surtout  un  citoyen  du  monde  surnaturel  des  purs  Esprits. 

C'est  le  spiritualisme  qui  a  aussi  inspiré  la  morale 
céleste  de  Socrate  et  l'idéalisme  de  Platon,  Tune  des 
plus  sublimes  conceptions  de  l'esprit  humain.  Il  en  est 
de  même  de  la  Cahhala  des  Juifs  et  de  la  philosophie 
d'Alexandrie,  ce  vaste  éclectisme  de  toutes  les  traditions 
sacrées  et  de  tous  les  systèmes  de  philosophie  de  l'anti- 
quité qui  a  servi  durant  plusieurs  siècles  de  bouclier  au 
polythéisme  décrépit. 

Dans  le  cinquième   siècle  de  'notre  ère,  le  théo=;ophe 


PHÉNOMÈNES  DE   l'ÉCRITURE   DES   ESPRITS.  79 

grec  Diogènes  àéropagita,  plus  tard,  au  moyen-âge, 
saint  Bernard  de  Glairvaux,  les  deux  Yictorins  (Hugo 
et  Richard)  ;  puis  Jean  Charlier  de  Gerson  se  rattachent 
au  spiritualisme  et  à  la  théosophie  mystique.  Depuis  la 
réforme  nous  ne  rencontrons  en  Allemagne  que  Til- 
lustre  cordonnier  Jacques  Boehm,  appelé  avec  raison 
philosoplms  tentonicus,  le  j^hilosophe  allemand paf  excel- 
lence; puis  van  Helmont  en  Flandre^  Sirédenhorcf  en 
Suède  et  mint  Martin  en  France.  Du  reste,  l'étude 
approfondie  des  traditions  sacrées  et  des  théosophics 
spiritualistes  est  loin  d'être  suffisante  ;  il  faut  réunir  la 
pratique  à  la  théorie;  il  faut  avoir  recours  aux  moyens 
spiritualistes  des  anciens  ;  il  faut  s'initier  dans  la  science 
des  mages  et  des  voyants;  il  faut  être  versé  dans  les 
mystères  de  la  nécromancie  et  de  l'évocation  des  hons 
Esprits;  bien  que  la  simple  prière  adressée  à  l'Eternel, 
sans  désirer  ou  désigner  un  individu  quelconque  de 
l'autre  monde  vaille  encore  bien  mieux.  11  faut  parvenir 
à  cette  concentration  de  la  pensée  et  de  la  volonté,  dans 
laquelle  ont  excellé  jadis  les  Vogais.  Il  faut  surtout 
acquérir  l'Esprit  de  prière,  ce  don  céleste,  qui  entre- 
tient le  feu  sacré  de  la  foi.  On  doit  se  dépouiller  de  tous 
les  intérêts,  de  tous  les  préjugés  terrestres,  afin  que  les 
Esprits  puissent  nous  communiquer  leurs  pensées.  Il 
faut  dans  tous  les  instants  de  la  vie  combattre  l'égr/isme 
et  toutes  les  autres  passions  qui  tyrannisent  ceux  qui 
s'y  abandonnent;  Vâme  n'aycmt  pas  de  toilette  de  di- 
manche, voilà  potirciuoi  telle  on  l'orne  tous  les  jours, 
telle  elle  doit  aller ,  parée  au  sanctuaire  du  spiritna^ 
lisme. 

L'amour,  la  sagesse,  la  pureté  de  l'âme  doivent  rem- 
placer les  passions  terrestres.  11  faut  que  les  expériences 
spiritualistes  soient  pleines  de  recueillement  religieux; 


80  CHAPITRE    VII. 

que  la  musique  élève  et  réjouisse  les  cœurs,  afin  que  les 
Esprits  puissent  participer  à  l'harmonie  des  âmes  et 
répéter  au  ciel  les  accords  de  la  terre,  11  faut  que  la  rivalité 
s  )it  bannie  de  ces  cercles  fraternels  afin  de  ne  pas  ternir 
Il  beauté  des  âmes,  ou  les  Anges  ne  doivent  pas  trouver 
d'ombre  à  la  lumière  qu'ils  viennent  y  déposer.  Ce  n'est 
que  de  cette  façon  que  l'auteur  est  parvenu  à  obtenir  le 
beau  phénomène  de  Vécriture  directe  des  Esprits. 

Du  reste,  l'auteur  s'est  occupé  d'abord,  il  y  a  dix  ans, 
beaucoup  de  magnétisme,  il  est  vrai  uniquement  diW^o'uxi 
de  vue  spiritualiste.  L'auteur  a  toujours  cru  que  cette 
science  était  le  précurseur  et  l'aurore  du  spiritualisme.  Il 
n'a  jamais  partagé  les  erreurs  de  la  société  du  mesmérisme 
de  Paris,  qui  a  voulu  faire  du  magnétisme  une  science 
naturelle  et  physique ,  basée  sur  un  prétendu  fluide, 
dont  on  n'a  jamais  pu  proumr  la  réalité. 

L'auteur  a  formé  beaucoup  de  somnambules  distin- 
guées qui  excellèrent,  non-seulement  dans  la  pénétration 
des  pensées,  mais  encore  dans  la  vue  à  distance  et  à  tra- 
vers les  corps  opaques,  dans  la  lecture  à  haute  voix  dans 
une  chambre  obscure,  etc.  11  a  surtout  dirigé  les  regards 
de  ses  somnambules  vers  les  visions  et  vers  les  régions 
élevées  du  monde  des  Esprits.  Certes,  les  rapports  que 
l'on  noue  avec  les  Esprits  par  l'intermédiaire  des  som- 
nambules lucides  sont  très  indirects,  très  vagues  et  in- 
certains, mais  ces  phénomènes  ont  néanmoins  une  cer- 
taine importance  pour  le  spiritualisme,  le  somnambulisme 
tendant  nécessairement  vers  la  région  des  Esprits.  Il  en 
est  de  même  de  la  magie,  qui  est  basée  sur  la  direction 
d'un  génie  familier,  tel  que  le  démon  de  Socrate  et  l'es- 
prit de  Python,  qui  animaient  les  pythies  et  les  prophé- 
tesses  de  l'antiquité.  Cette  haute  science  aboutit,  d'une 
part,  à  la  nécromancie  et  à  l'astrologie,  et  opère  de  l'au- 


PHENOMENES   DE   L  ECRITURE   DES    ESPRITS.  81 

tre,  grâce  au  secours  d'un  génie  invisible,  des  prodiges 
supérieurs  aux  lois  de  la  matière  inerte. 

Ce  fut  déjà  dans  le  courant  de  l'année  18o0,  environ 
trois  ans  avant  l'invasion  de  l'épidémie  des  tables  tour- 
nantes, que  l'auteur  a  voulu  introduire  en  France  les 
cercles  dii  spiritualisme  cV Amérique,  les  coups  mystérieux 
de  Rochester  et  récriture  purement  machimde  des  médiums. 
Il  a  rencontré  malheureusement  beaucoup  d'obstacles  de 
la  part  des  autres  magaétiseurs.  Les  fluidistes  et  même 
ceux  qui  s'intitulèrent  magnétiseurs  spiritualistes,  mais 
qui  n'étaient,  en  vérité,  que  des  somnambuliseurs  de  bas 
étage,  traitèrent  les  coups  mystérieux  du  spiritualisme 
américain  de  folies  et  de  songes  creux.  Aussi  ce  n'est 
qu'au  bout  de  plus  de  six  mois,  que  l'auteur  a  pu  former 
le  premier  cercle  selon  le  mode  des  Américains,  grâce 
au  concours  zélé  que  lui  a  prêté  M.  Roustan,  ancien 
membre  de  la  Société  des  magnétiseurs  spiritualistes, 
homme  simple,  mais  plein  d'enthousiasme  pour  la  sainte 
cause  du  spiritualisme. 

Plusieurs  autres  personnes  sont  venues  se  joindre  à 
nous,  parmi  lesquelles  il  faut  citer  feu  l'abbé  Châtel,  le 
fondateur  de  l'église  française  qui,  malgré  ses  tendances 
rationalistes  a  fini  par  admettre  la  réalité  d'une  révéla- 
tion objective  et  surnaturelle,  condition  indispensable 
du  spiritualisme  et  de  toutes  les  religions  positives.  On 
sait  que  les  cercles  américains  sont  basés  (abstraction  faite 
de  certaines  conditions  morales,  également  requises) 
sur  la  distinction  des  principes  magnétiques  ou  positifs  et 
électriques  ounégatifs.  Ces  cercles  se  composent  de  douze 
personnes,  dont  six  représentent  les  éléments  positifs  et 
les  six  autres,  les  éléments  négatifs  ou  sensitifs.  La  dis- 
tinction des  éléments  ne  doit  pas  être  faite  d'après  le 
sexe  des  personnes,  bien  que  généralement  les  femmes 


82  CHAPITRE  YII. 

aient  des  attributs  négatifs  et  sensitifs,  et  les  hommes 
soient  doués  de  qualités  positives  et  magnétiques.  Il  faut 
donc  bien  étudier  la  constitution  morale  et  physique  de 
chacun,  avant  de  former  les  cercles,  car  il  y  a  des  fem- 
mes délicates  qui  ont  des  qualités  masculines,  comme 
quelques  hommes  vigoureux  ne  sont  que  des  femmes  au 
moral.  On  place  une  table  dans  un  endroit  spacieux  et 
aéré.  Le  médium  (ou  les  milieux)  doit  s'asseoir  au  bout 
de  la  table  et  être  entièrement  isolé;  il  sert  de  conduc- 
teur de  l'électricité  par  son  calme  et  sa  quiétude  con- 
templative. \]nhon somnambule  Qsï  en  général  un  excel- 
lent Médium.  On  place  les  six  natures  électriques,  ou 
négatives,  qu'on  reconnaît  généralement  aux  qualités 
affectueuses  du  cœur  et  à  leur  sensibilité,  à  droite  du- 
médiwn,  en  mettant  immédiatement  auprès  du  médium 
la  personne  la  phis  sensitive  ou  négative  du  cercle.  Il  en 
est  de  même  quant  aiix  natures  positives,  que  Vou  place 
à  gauche  du  médium,  parmi  lesquelles  la  personne  la 
plus  positive,  la  plus  intelligente  doit  se  mettre  égale- 
ment auprès  du  médium.  Pour  former  la  chaîne,  il  faut 
que  les  douze  personnes  posent  la  main  droite  sur  la 
table,  et  qu'elles  mettent  la  7nain  gauche  du  voisin  dessus, 
en  faisant  ainsi  le  tour  de  la  table  de  la  même  façon. 
Quant  au  médium  ou  aux  milieux,  s'il  y  en  a  plusieurs, 
ils  restent  entièrement  isolés  des  douze  personnes  qui 
forment  la  chaîne. 

Nous  avons  obtenu,  au  bout  de  plusieurs  séances, 
certains  phénomènes  remarquables,  tels  que  des  se- 
cousses simultanées,  ressenties  par  tous  les  membres  du 
cercle  au  moment  de  Révocation  mentale  des  personnes 
les  plus  intelligentes. 

Il  en  est  de  même  des  coups  mystérieux  et  des  sons 
étranges;  \)[ws,\e,\\v?, personnes,  mvme  très  insensibles,  ont 


PHENO:\IENES   DE   L  ECRITURE   DES   ESPRITS,  83 

eu  des  visions  simultanées,  bien  qu'elles  fusse-nt  restées 
à  l'état  ordinaire  de  veille.  Quant  aux  sujets  sensibles, 
ils  ont  acquis  V admirable  faculté  des  médiums ,  d'écrire 
machinalement^  grâce  à  une  attraction  invisible,  laquelle 
se  sert  d'un  bras  sans  intelligence  pour  exprimer  ses 
idées.  Au  surplus,  les  individus  insensibles  ressentaient 
cette  influence  mystérieuse  d'un  souffle  externe,  mais 
l'efl'et  n'était  pas  assez  fort  pour  mettre  en  mouvement 
leurs  membres.  Du  reste,  tous  ces  pliénomènes,  obtenus 
selon  le  mode  du  spiritualisme  américain,  ont  le  défaut 
d'être  encore  plus  ou  moins  indirects^  parce  cjii  on  ne  jimt 
pas  se  passer,  dans  ces  expériences,  de  T intermédiaire  cVim 
être  humain,  d'im  médium.  Il  en  est  de  même  des  tables 
tournantes  et  parlcmtes  qui  n'ont  envahi  l'Europe  qu'au 
commencement  de  l'année  1833. 

L'auteur  a  fait  beaucoup  d'expériences  de  tables  avec 
son  honorable  ami  M.  le  comte  d'Ourches,  l'un  des 
hommes  les  plus  versés  dans  la  magie  et  dans  les  scien- 
ces occultes.  Nous  sommes  parvenus  peu  à  peu  à  mettre 
les  tables  en  mouvement  sans  attouchement  quelconque; 
M.  le  comte  d'Ourches  les  a  fait  soulever  même  sans 
attouchement.  L'auteur  a  fait  courir  les  tables  avec  une 
grande  vitesse,  également  sans  attouchement  et  sans  le 
concours  d'un  cercle  magnétique.  Il  en  est  de  même  des 
vibrations  des  cordes  d'un  piano,  phénomène  obtenu 
déjà  le  20  janvier  1856  en  présence  des  comtes  de  .S*::^- 
par  y  et  cVOurches. 

Tous  ces  phénomènes  révèlent  bien  la  réalité  de  cer- 
taines forces  occultes,  mais  ces  faits  ne  démontrent  pas 
suffisamment  l'existence  réelle  et  substantielle  des  intelli- 
gences invisibles,  indépendantes  de  notre  volonté  et  de  no- 
tre imagination,  dont  on  agrandit,  il  est  vrai,  démesuré- 
ment, de  nos  joints,  le  pouvoir.  De  là  le  reproche  que 


84  CHAPITRE    VII. 

l'on  adresse  aux  spiritualistcs  américains  de  n'avoir  que 
des  communications  insignifiantes  et  vagues  avec  le 
monde  des  Esprits,  qui  ne  se  manifestent  que  par  cer- 
tains coups  mystérieux  et  par  la  vibration  de  quelques 
sons.  En  effet,  il  n'y  a  qu'un  phénomène  direct,  intelli- 
gent et  matériel  à  la  fois,  indépendant  de  notre  volonté  et 
de  notre  imagination^  tel  que  V écriture  directe  des  Esp7'its, 
qu'on  n'a  pas  même  évoqués  ni  invoqués,  qui  puisse  ser- 
vir de  preuve  irréfragable  de  la  réalité  du  monde  surna- 
turel. 

L'auteur,  étant  toujours  à  la  recherche  d'une  preuve 
intelligente  et  palpable  en  même  temps,  de  la  réalité 
substantielle  du  monde  surnaturel,  afin  de  démontrer 
par  des  faits  irréfragables,  l'immortalité  de  l'àme,  n'a 
jamais  cessé  d'adresser  des  prières  ferventes  à  l'Eternel 
de  vouloir  bien  indiquer  aux  hommes  un  moyen  infailli- 
ble pour  raffermir  la  foi  en  l'immortalité  de  l'âme,  cette 
base  éternelle  de  la  religion.  L'Eternel,  dont  la  miséri- 
corde est  infinie,  a  amplement  exaucé  cette  faible  prière. 
Un  beau  jour,  c'était  le  premier  août  1856,  l'idée  vint  à 
l'auteur  d'essayer  si  les  Esprits  pouvaient  écrire  direc- 
tement^ sans  l'intermédiaire  cVun  médium.  Connaissant 
l'écriture  directe  et  merveilleuse  du  Décalogue,  selon 
Moïse,  et  l'écriture  également  directe  et  mystérieuse  du- 
rant le  festin  du  roi  Belsatzar  suivant  Daniel,  ayant  en 
outre  entendu  parler  des  mystères  modernes  de  Stratt- 
ford  en  Amérique,  où  l'on  avait  trouvé  certains  carac- 
tères illisibles  et  étranges,  tracés  sur  des  morceaux  de 
papier,  et  qui  ne  paraissaient  pas  provenir  des  médiums, 
l'auteur  a  voulu  constater  la  réalité  d'un  phénomène 
dont  la  portée  serait  immense,  s'il  existait  réellement. 

11  mit  donc  un  papier  blanc  à  lettres  et  un  crayon 
taillé  dans  une  petite  boîte  fermée  à  clef,   en  portant 


PHÉNOMÈNES    DE   L  ECRITURE    DES   ESPRITS.  85 

cette  clef  toujours  sur  lui-même  et  sans  faire  part  de 
cette  expérience  à  person?ie. 

Il  attendit  durant  douze  jours  en  vain,  sans  remarquer 
la  moindre  trace  d'un  crayon  sur  le  papier;  mais  quel 
fut  son  étonnement,  lorsqu'il  remarqua,  le  13  août  1856, 
certains  caractères  mystérieux,  tracés  sur  le  papier;  à 
peine  les  eut-il  remarqués  qu'il  répéta  dix  fois  pendant 
cette  journée  à  jamais  mémorable  la  même  expérience, 
en  mettant  toujours  au  bout  d'une  demi-heure,  une  nou- 
velle feuille  de  papier  blanc  dans  la  même  boite.  L'ex- 
périence fut  couronnée  chaque  fois  d'un  succès  complet. 

Le  lendemain,  14  août,  l'auteur  fit  de  nouveau  une 
vingtaine  d'expériences,  en  laissant  la  boîte  ouverte  et 
en  ne  la  perdant  pas  de  vue  ;  c'est  alors  que  Fauteur 
voyait  que  des  caractères  et  des  mots  dans  la  langue 
esthonienne  se  formèrent  ou  furent  gravés  sur  le  papier, 
sans  que  le  crayon  bougea.  Depuis  ce  moment,  l'au- 
teur voyant  l'inutilité  du  crayon,  a  cessé  de  le  mettre 
sur  le  papier  ;  il  plaçait  simplement  un  papier  blanc  sur 
une  table  chez  lui  ou  sur  le  piédestal  des  statuts  anti- 
ques, sur  les  sarcophages,  sur  les  urnes,  etc.,  etc.,  au 
Louvre,  à  Saint- Denis  ,   à  l'Eglise  S  aint- Etienne -du- 

Mont,  etc ,  etc Il  en  est  de  même  des  expériences 

faites  dans  les  différents  cimetières  de  Paris.  Du  reste, 
l'auteur  n'aime  guère  les  cimetières,  la  plupart  des  Es- 
prits préférant  les  lieux  où  ils  ont  vécu  durant  leur  car- 
rière terrestre,  aux  endroits  où  repose  leur  dépouille 
mortelle. 

Après  avoir  constaté  la  réalité  du  phénomène  de  l'é- 
criture directe  par  plus  de  trente  expériences  répétées, 
la  principale  préoccupation  de  l'auteur  fut,  de  démon- 
trer l'existence  réelle  de  ce  miracle  à  d'autres  personnes. 
11  s'adressa  d'abord  à  son  noble  ami,  M.  le  coiyite  d'Our^ 


86  CHAPITRE    VII. 

ches,  qui  a  également  consacré  sa  vie  entière  à  la  magie 
et  au  spiritualisme.  Ce  n'est  qu'au  bout  de  six  séances 
le  16  août  1856,  à  onze  heures  du  soir,  dans  le  loge- 
ment de  l'auteur,  que  M.  le  doiwi^  cVOiircJies  a  vu  pour  la 
première  fois  ce  phénomène  merveilleux.  M.  le  comte 
cVOurclies  fut  d'abord  déconcerté  par  la  déconvenue  de 
nos  premièies  expériences.  Il  ne  douta  pas  de  la  réalité  de 
ce  phénomi.nc  merveilleux,  sachant  bien  que  l'auteur 
n'a  pas  le  don  de  médium,  d'écrire  machinalement;  il 
n'attribuait  pas  non  plus  la  non-réussite  précisément  à 
l'influence  des  démons,  mais  il  croyait  que  la  malice  de 
certains  Esprits  peu  bienveillants  voulait  le  priver 
d'être  le  témoin  oculaire  d'un  miracle  aussi  évident.  Il 
mit  donc  à  côté  du  papier  blanc,  destiné  à  l'écriture  d'un 
Esprit  quelconque,  une  copie  du  fameux  critérium  de 
l'apôtre  saint  Jean  au  sujet  du  discernement  des  bons 
Esprits  (Saint  Jean,  IV,  2).  Voici  ce  verset:  c(  Connais^ 
))  5^^  à  cette  marque  r Esprit  de  Dieu;  tout  esprit  cpd  cou- 
))  fesse  que  Jésus- C/trist  est  venu  en  chair  est  de  Dieu.  » 
Au  bout  de  dix  minutes,  un  Esprit  sympathique  dont 
Fauteur  a  de  suite  reconnu  l'écriture  et  la  signature, 
écrivit  directement,  en  présence  du  comte  d' Ourdies,  ce 
qui  suit  :  «  Je  confesse  Jésus  en  chair.  »  L'Esprit  accepta 
donc  franchement  la  marque  à  laquelle,  suivant  saint 
Jean,  on  peut  reconnaître  un  bon  esprit.  Ce  phénomène 
doit  confondre  tous  nos  orthodoxes  démonophobes  qui  ne 
croyent  qu'aux  miracles  démoniaques.  Depuis  ce  mo- 
ment, M.  le  comte  d'Ourches  a  vu  plus  de  quarante  fois 
le  phénomène  merveilleux  de  l'écriture  directe,  tantôt 
chez  lui,  tantôt  chez  l'auteur,  puis  au  Louvre,  dans  la 
cathédrale  de  Saint-Denis,  à  l'église  Saint-Etienne-du- 
Mont,  sur  le  sarcophage  de  Sainte-Geneviève  et  sur  les 
bancs  qui  sont  au-dessous  des  monuments  de  Pascal  et 


PHÉNOMÈNES   1)E   l'ÉCRITURE    DES    ESPRITS.  87 

de  Racine,  au  cimetière  Montmartre,  etc.,  à  Versailles, 
à  Saint-Cloudj  etc. 

Plus  tard,  au  mois  d'octobre,  M.  le  comte  d'Ourches  a 
obtenu,  même  sans  le  concours  de  l'auteur,  plusieurs 
écrits  directs  des  Esprits;  l'une  de  ces  lettres  d'outre- 
tombe  était  de  sa  mère,  morte  il  y  a  une  vingtaine  d'an- 
nées. 

L'auteur  pourrait  raconter  une  foule  d'expériences 
intéressantes,  mais,  pour  éviter  des  longueurs,  il  se  bor- 
nera d'assurer  qu'il  a  fait  plus  de  deux  mille  expériences 
cV écritures  directes  depuis  1836  jusqu'en  1869,  devant  des 
témoins  érudits  et  dignes  de  foi,  de  tous  les  pays  de 
'Europe  et  d'Amérique.  L'affluence  des  témoins  était 
très  grande,  surtout  après  la  publication  de  la  première 
édition  française,  du  présent  livre  en  1857  (librairie 
Frank,  57,  rue  Ricbelieu,  à  Paris).  L'été  1858,  l'auteur 
et  sa  sœur  étaient  obligés  de  faire  un  grand  voyage  dans 
le  nord  de  l'Europe,  en  Suède,  à  Saint-Pétersbourg,  etc., 
et  revenus  en  automne  à  Paris,  et  expérimentant  à 
Saint-Denis,  dans  les  caveaux  des  rois  de  France,  avec 
M.  Dale  Owen,  le  chapitre  lui  en  fit  fermer  leB  portes,  en 
lui  faisant  dire  par  les  gardiens  que  les  journaux 
«  avaient  trop  parlé  de  l'ouvrage  publié  et  des  phéno- 
»  mènes  produits  par  l'auteur.  ))  En  effet,  beaucoup  de 
critiques  de  l'ouvrage,  publiées  en  1857,  avaient  paru 
dans  les  différents  journaux  du  temps,  par  exemple, 
dans  le  Courrier  frcinçais  du  27  et  29  décembre  1857,  et 
du  4  janvier  1858.  La  revue  mensuelle  catholique  et  lé- 
gitimiste de  ((  la  Mode  nouvelle  »  en  donnait  une  longue 
critique  de  quinze  pages,  au  mois  de  novembre  1858; 
la  Gironde j  de  Bordeaux,  en  parlait  beaucoup  au  mois 
de  mai  1858,  pendant  notre  absence  à  Saint-Péters- 
bourg ;  enhn  «  le  Monde  illustré  »  de  Paris  a  donné  un 


88  CHAPITRE    Vil. 

récit  très  détaillé  sur  la  grande  expérience  que  l'auteur 
faisait /a  veille  de  Noël  J857  à  la  cathédrale  de  Saint- 
Denis,  en  présence  de  vingt  personnes,  parmi  lesquelles 
figuraient  des  membres  de  Tambassade  de  Prusse,  et 
entre  eux  le  premier  secrétaire,  à  cette  époque  chargé 
de  toutes  les  affaires  (M.  le  comte  de  Hatzfeldt  étant 
venu  à  mourir),  M.  le  comte  de  Rosenberg,  actuellement 
ambassadeur  de  l'Allemagne  près  la  cour  de  Wurtem- 
berg, à  Stuttgard,  ainsi  que  des  représentants  des  deux 
illustres  romanciers  de  l'époque,  Charles  Dickens  et 
Edouard  Lytton-Bulwer,  qui  leur  avaient  fourni  des  pa- 
piers fait  exprès,  marqués  à  armes  de  fantaisie  ;  cet  arti- 
cle remarquable  est  daté  du  16  janvier  1858,  et  faisait 
tant  de  bruit  à  Paris,  que  les  cléricaux  en  médisaient, 
prétendant  que  l'auteur  troublait  le  repos  des  morts  et 
rois  illustres  dans  les  caveaux  de  Saint-Denis.  Le  gou- 
vernement de  Napoléon  III,  serviteur  timide  et  trem- 
blant devant  l'Eglise  qu'il  n'aimait  point,  mais  qu'il 
s'efforçait  de  contenter  autant  que  possible,  ne  manquait 
point  à  défendre  à  l'auteur  dans  l'année  suivante,  1859, 
les  expériences  si  souvent  répétées  devant  une  foule  de 
témoins  dans  la  salle  des  Antiques  au  Louvre,  ainsi  que 
dans  la  galerie  des  Portraits  à  Yersailles.  Le  journal  de 
Versailles  avait  parlé,  en  disant  que  Yersailles  voyait 
avec  bonheur  le  retour  de  cet  illustre  hôte,  le  baron  de 
Guldenstubbé,  qui  faisait  revivre  par  ces  expériences 
remarquables,  les  souvenirs  historiques  du  plus  beau 
château  que  la  France  possédait.  Déjà  dans  l'année  1860 
le  chevalier  Gougenot  des  Mousseaux  publiait  sa  «  Ma- 
gie ))  oii  il  désigne  l'ouvrage  de  1857  de  l'auteur,  comme 
la  cause  de  la  révolution  spiritualiste  de  Paris.  M.  le 
marquis  de  Mirville  n'hésite  pas  à  désigner  l'auteur 
comme  un  ennemi  encore  plus  dangereux  pour  l'Eglise 


PHÉNOMÈNES    DE   l' ECRITURE   DES   ESPRITS.  89 

que  Renan  élève  aussi  tardif  que  chétif  de  l'illustre 
David  Strauss. 

Cependant  les  deux  grands  adversaires  de  l'auteur, 
MM.  de  Mir ville  et  des  Mousseaux,  parlent  des  témoins 
très  dignes  de  foi,  devant  lesquels  l'auteur  a  fait  ses  ex- 
périences remarquables,  et  vont  même  si  loin  que  de 
dire  au  tome  IV  de  la  Pneumatologie  de  M.  de  Mirville 
(1862),  qu'ils  avaient  déjà  connu  le  phénomène  de  l'écri- 
ture directe  «y«;in'auteur,  mais  qu'eux,  ainsi  que  M.  de 
Saulcy,  de  l'Académie  française,  avaient  cru  qu'il  fallait 
cacher  au  public  un  phénomène  aussi  dangereux.  La  ré- 
clamation trop  tardive  de  MM.  de  Mir-ville  et  de  Saulcy, 
c'est-à-dire  faite  seulement  en  1862,  donc  cinq  ans  après 
la  publication  de  l'ouvrage  de  l'auteur,  ne  fait  que  cons- 
tater plus  encore  les  expériences  de  ce  dernier,  vis-à-vis 
l'ancien  péché  héréditaire  de  l'Eglise  catholique,  de 
garder  in  petto,  ce  que  l'on  croit  dangereux  pour  le  salut 
de  l'âme  du  public  vulgaire.  Du  temps  de  la  réforme 
aussi,  on  voulait  garer  le  public  de  la  lecture  en  langue 
vulgaire,  des  Saintes  Ecritures,  mais  la  Providence  a 
armé  le  bras  du  géant  de  Wittenberg  (Luther),  et  celui 
de  Henri  YIII  d'Angleterre  avec  assez  de  force  pour  dé- 
chirer le  rideau  de  l'Eglise,  qui  cachait  les  saints  mys- 
tères et  ne  faisait  part  au  public  que  du  pain  vulgaire, 
en  gardant  pour  elle  la  vigne  du  Seigneur. 

En  Allemagne,  dès  le  mois  de  mars  1858,  la  fameuse 
Gazette  ecclésiastique  de  Berlin,  dirigée  à  cette  époque 
encore  par  l'illustre  Hengstenberg^  le  champion  le  plus 
érudit  de  l'orthodoxie  protestante,  avait  donné  une  cri- 
tique détaillée  do  l'ouvrage  de  l'auteur,  mais  de  son 
point  de  vue  étroit,  concluant  ([n'en  matière  spiritua- 
liste  la  foi  était  plus  nécessaire  et  plus  signilicative  que 
le  savoir  et  l'observation  par  les  expériences.  En  outre, 

9 


90  CHAPiTKE    VII. 

M.  Eliphas  Lévi  parle  beaucoup  de  l'auteur  dans  sa 
((  haute  magie,  »  ainsi  que  M.  V avocat  Bizouard,  dans  son 
ouvrage  en  six  gros  volumes  [Des  rapports  de  l'homme 
avec  le  démon,  Paris,,  1869,  chez  Gaume  frères  et  J.  Du- 
prey),  où  il  y  a  une  analyse  dans  cinquante  pages  au 
moins,  de  l'ouvrage  et  des  expériences  de  l'auteur.  Il  faut 
aussi  mentionner  les  ouvrages  de  M.  le  professeur  Perty 
à  Berne  :  Mystische  Erscheinungen  et  réalité  des  forces 
magiques  (chez  Winter  à  Leipzig).  M.  le  professeur  Perty 
donne  des  récits  détaillés  sur  les  expériences  de  l'auteur 
dans  ses  d^ux  livres,  et  il  continue  encore  son  œuvre, 
en  observant  toujours  le  côté  mystique  de  la  nature. 

Jusqu'en  1861,  les  qualités  mystiques  de  Fauteur 
allaient  en  grandissant  toujours;  dans  l'année  1859  se 
formaient  sur  le  parquet,  à  la  vue  de  toutes  nos  connais- 
sances d'alors,  et  dans  les  cercles  si  connus  du  samedi, 
que  l'auteur  avait  régulièrement  chez  lui,  74,  rue  du  che- 
min de  Versailles  (depuis  8  heures  du  soir  jusqu'à  minuit), 
des  gî'andes  figures  magiques  de  couleurs  diverses.  Les 
témoins  les  voyaient  se  former  à  la  clarté  de  trente  bou- 
gies, et  aussi  s'évanouir  de  même  qu'elles  s'étaient  for- 
mées. Quand  on  mettait  une  personne  sensible  sur  une 
telle  ligure,  elle  s'endormait  aussitôt;  plusieurs  person- 
nes devenaient  ainsi  de  bons  médiums,  comme  les  dames 
de  Villars  et  Kyd,  ainsi  que  le  prince  Shako wskoy  et  le  ca- 
pitaine anglais,  M.  Bernard,  qui  était  d'abord  très  insen- 
sible, mais  qui  après  150  expériences,  auxquelles  il  as- 
sistait pendant  tout  l'hiver  et  le  printemps  de  l'année 
1859,  devenait  plus  sensible  que  les  femmes  les  plus  dé- 
licates du  grand  monde  de  Paris  et  de  Londres.  Le 
prince  Shakowskoy  devenait  un  très  bon  médium  pour 
les  écritures  directes,  et  faisait  avec  nous  et  M.  de 
Rancé,  le  député  d'Alger,  plus  de  cent  expériences  de- 


PHENOMENES   DE    l'eCRITURE   DES   ESPRITS.  91 

puis  l'automne  de  1859  jusqu'aux  Pâques  de  l'année  1860, 
dans  l'appartement  de  M.  Rancé,  30,  rue  Tronchet,  dans 
les  cercles  du  vendredi. 

Le  prince  Sliakowskoy  est  devenu  plus  tard  maréchal 
de  la  noblesse  de  la  province  de  Moscou  et  y  est  mort 
en  automne  1867. 

Ces  singulières  figures  magiques,  se  formant  d'elles- 
mêmes  et  disparaissant  de  même  duraient  jusqu'en 
l'année  1861,  dans  laquelle  les  forces  médianimiques 
de  l'auteur  commençaient  à  diminuer,  après  une  ma- 
ladie aiguë,  causée  par  la  morsure  d'un  nisecte  veni- 
meux. Les  forces  médianimiques  de  sa  sœur  augmen- 
taient encore  jusqu'en  l'année  1863,  où  une  longue 
maladie  de  près  de  dix  mois  coupait  court  à  ses  expé- 
riences. Depuis  ce  temps,  nous  n'avons  fait  que  rare- 
ment des  expériences  devant  beaucoup  de  témoins  à  la 
fois.  Les  expériences  trop  souvent  réitérées  et  faites 
avec  l'enthousiasme  de  la  première  vigueur  de  personnes 
jeunes  et  fortes^  avaient  épuisé  la  santé  et  de  l'auteur 
et  de  sa  sœur  et  le  repos  devint  nécessaire  pour  tous  les 
deux;  car  jamais  \di  parole  du  Christ  ne  semble  plus  vraie  : 
((  une  vertu  est  sortie  de  moi,  »  que  dans  le  cas  de  ces 
phénomènes  directs  des  Esprits.  Tous  les  grands  mé- 
diums éprouvent  cette  fatigue,  cet  épuisement  après  les 
expériences,  comme  Hume,  Squire,  les  frères  Davenport 
et  leur  beau-frère,  M.  Fay,  etc.. 

De  là  arrivent  souvent  de  grands  intervalles  de  la 
force  médianimique  pour  ménager  la  santé  de  ces  per- 
sonnes. Il  en  est  de  même  de  l'écriture  machinale,  seu- 
lement à  un  degré  bien  moindre,  La  clairvoyance  et  l'ex- 
tase fatiguent  le  plus  toute  la  constitution,  vraisembla- 
blement par  la  trop  forte  concentration  de  la  pensée  et 
le  mouvement  automatique  des  membres. 


92  CHAPITRE    VII. 

Quant  à  la  question  à  savoir  :  Quels  moyena  emploient 
les  Esprits  pour  tracer  des  caractères  ou  des  figures  magi- 
ques, il  faut  d'abord  convenir  que  ce  phénomène  nous 
démontre  que  les  Esprits  agissent  directement  sur 
la  matière,  comme  nos  âmes  enveloppées  d'un  corps 
grossier.  Pendant  les  premières  semaines  à  dater  du 
jour  de  la  découverte  de  récriture  directe,  les  tables  sur 
lesc^uelles  les  Esprits  écrivirent  se  promenèrent  seules  et 
vinrent  rejoindre  l'auteur  dans  une  autre  chambre^  après 
avoir  traversé  cj[uelciuefois  plusieurs  pièces;  les  tables 
marchèrent  tantôt  lentement,  tantôt  avec  une  vitesse 
étonnante;  r auteur  leur  barra  souvent  le  chemin  à  l'aide 
des  chaises^  mais  elles  firent  quelques  détours,  en  conti- 
nuant leurs  courses  vers  la  même  direction.  L'auteur  a  vu 
même  deux  fois  un  petit  guéridon,  sur  lequel  les  Esprits 
avaient  l'habitude  d'écrire  (en  sa  présence),  transporté 
dans  l'air  d'un  bout  de  la  chambre  à  l'autre. 

Néanmoins,  bien  que  les  effets  de  l'influence  des  j^u^'s 
Espints  soient  les  mêmes  que  ceux  des  Esprits  incarnés, 
il  faut  avouer  que  leurs  moijens  doivent  différer  des 
nôtres,  leur  état,  leur  condition,  étant  affranchis  du 
joug  de  la  matière,  ce  qui  paralyse  le  vol  sublime  de 
notre  intelligence,  de  notre  imagination.  Il  est  possible 
<jue  l'action  et  l'influence  que  les  esprits  exercent  sur  la 
matière,  offre  de  l'analogie  avec  la  création,  les  Esprits 
étant  l'image  affaiblie  do  Dieu,  cet  Esprit  absolu  par 
■  excellence.  Or,  de  même  que  Dieu,  suivant  le  premier 
chapitre  de  la  Genèse  (verset  3)  dit  :  «  Que  la  lumière 
soit,  et  la  lumière  fut,  »  de  même  que  le  verset  9  du 
XXXIIP  psaume  dit  :  «  car  Y  Eternel  dit,  et  ce  quil  a  dit  a 
eu  son  être;  il  a  commandé,  et  la  chose  a  comparu  ;  »  de 
même,  bien  qu'à  un  moindre  degré,  la  pensée^  le  désir 
d'un  Esprit  suffit  pour  agir  directement  sur  la  matière  et 


PHÉNOMÈNES    DE   l'ÉCRITURE   DES    ESPRITS.  93 

pour  produire  le  phénomène  merveilleux  de  l'écriture 
directe.  Chez  les  Esprits  qui  habitent  un  monde  qui 
7iest  jicis  wi  lieu,  mais  un  état,  une  condition,  ?7  y  a' 
identité  de  la  pensée  et  de  l'être,  le  temps  et  l'espace  étant 
anéantis  et  absorbés  dans  l' éternité  infinie  pour  rame 
dégagée  de  la  matière.  Certes,  dans  une  existence^  où  le 
temps  s'écoule  dans  V éternité^  et  l'espace  est  renfermé 
dans  Fin  fini,  comme  la  ç/outte  de  rosée  se  perd  dans  l'O- 
céan^ il  ne  saurait  guère  être  question  des  moyens  et  des 
appareils  pour  produire  un  effet  matériel  quelconque, 
tel  que  1  écriture  directe,  etc.,  etc.  La  volonté  créatrice 
seule  est  suffisante  pour  agir  sur  la  matière  inerte 
{me7U  agitât  molem),  L'Esprit  de  l'homme,  après  avoir 
quitté  par  la  mort  le  corps  et  brisé  ainsi  les  entraves  de 
la  matière,  entre  dans  un  état  plus  parfait.  Il  est  donc 
rationnel  de  supposer  que  son  pouvoir  sur  les  éléments 
de  la  nature  et  sa  connaissance  des  lois  qui  les  gouver- 
nent, soient  élargies.  Néanmoins,  il  est  possible  que  les 
Esprits,  qui  s'enveloppent  souvent  d'une  substance  sub- 
tile, d'un  corps  éthéré  suivant  toutes  les  traditions  sa- 
crées de  l'antiquité  (ce  qui  explique  la  réalité  objective 
des  apparitions),  concentrent,  par  leur  force  de  volonté 
et  à  l'aide  de  ce  corps  subtil,  un  courant  d'électricité 
sur  un  objet  quelconque,  tel  qu'un  morceau  de  papier; 
et  alors  les  caractères  s'y  forment  comme  la  lumière  du 
soleil  en  imprime  sur  la  plaque  du  daguerréotype.  C'est 
ainsi  que  Moïse  dit  au  sujet  des  tables  du  Décalogue 
dans  l'Exode  (chap.  XXXII,  16)  :  «  Les  tables  étaient 
»  écrites  de  leurs  deux  côtés,  écrites  de  çà  et  de  là.  Et 
))  les  tables  étaient  l'ouvrage  de  Dieu,  et  l'écriture  était 
»  de  l'écriture  de  Dieu,  gravée  sur  les  tables.  » 

L'opinion,  que  l'électricité  joue  un  rôle  dans  les  divers 
modes  de  communications  spirituelles,  est  basée  sur  la 


04  CHAPITBE   VII. 

difiFusion  universelle  de  l'électricité  dans  la  création. 
Tout  ce  qui  est  créé  renferme  en  lui-même  sa  dose  d'é- 
lectricité, et  établit  certaines  relations  avec  tout  ce  qui 
existe.  Les  formes  les  plus  parfaites  entretiennent  des 
relations  positives  avec  les  formes  les  plus  imparfaites, 
comme  cela  a  lieu  dans  les  règnes  de  la  nature,  où  le 
minéral  se  lie  au  végétal  et  à  l'animal,  et  l'homme  à  tout 
ce  qu'il  y  a  de  plus  sublime  dans  l'univers  jusqu^au 
monde  supérieur  des  purs  Esprits. 

La  plupart  des  écritures  directes,  tracées  par  les  Es- 
prits dans  le  courant  de  l'année  18S6,  paraissent  être 
faites  au  crayon,  parce  que  l'auteur  avait  commencé  par 
mettre  un  crayon  à  côté  d'une  feuille  de  papier  blanc; 
plus  tard,  la  plupart  des  écrits  directs  ne  contenaient 
plus  une  substance  analogue  à  la  mine  de  plomb;  nous 
avons  obtenu  dans  les  musées  et  dans  les  églises  de 
Londres  et  de  Paris,  ainsi  qu'à  Dieppe,  beaucoup  de  ca- 
ractères tracés  avec  une  substance  rougeâtre,  ressem- 
blant au  ciment  romain  ;  parfois  la  couleur  rouge  paraît 
provenir  de  l'encre  rouge  et  du  crayon  de  la  même  cou- 
leur, souvent  aussi  les  caractères  de  l'écriture  directe, 
sont  gravés  blanc  sur  blanc  dans  le  papier. 

Les  figures  magiques  et  cabalistiques  que  les  Esprits 
traçaient  sur  les  parquets  de  nos  appartements,  74,  rue 
du  Chemin  de  Versailles  et  40,  boulevard  de  l'Etoile,  du- 
rant les  hivers  de  1859,  1860  et  1861  étaient  faites  à  la 
craie  blanche,  bleue  et  rouge  ;  ces  dessins  mystérieux 
renfermaient  souvent  une  centaine  de  lignes  différentes; 
elles  se  formaient  durant  quelques  secondes,  en  pré- 
sence des  témoins  oculaires  et  s'effaçaient,  au  bout  de 
trois  à  cinq  minutes;  quelquefois  aussi,  les  traces  de  ces 
caractères  mystérieux  ne  disparaissaient  que  le  len- 
demain, ou  même  le  surlendemain.  La  plupart  de  ces 


PHENOMENES   DE  L  ECRITURE  DES   ESPRITS,  95 

dessins  mystérieux  avaient  des  rapports  avec  les  hié- 
roglyphes de  l'Egypte  ;  il  y  en  avait  aussi  qui  conte- 
naient des  caractères  syro-chaldéens  et  hébraïques. 

Les  épîtres  d'outre-tombe,  écrites  par  des  Esprits 
sympathiques  (parents  ou  amis  morts  de  l'auteur)  étaient 
souvent  tracés  avec  de  l'encre  bleue  ou  noire. 

C'est  ici  le  lieu  de  dire  quelques  mots  pour  réfuter 
l'objection  absurde,  qui  voudrait  réduire  ce  phénomène 
merveilleux  à  un  reflet  étrange  de  la  pensée  de  l'auteur. 
Cela  me  répugne  de  tenir  compte  d'une  objection  aussi 
inepte  qui  n'est  qu'une  fiction  des  hommes  écervelés  de 
nos  jours,  dont  la  raison,  aveuglée  par  le  matérialisme, 
voudrait  inventer  une  explication  plus  merveilleuse 
que  le  phénomène  de  l'écriture  directe,  confirmé  d'ail- 
leurs par  le  témoignage  de  la  Bible  et  par  le  principe 
de  la  révélation  directe  de  toutes  les  traditions  sacrées 
de  l'antiquité.  Au  surplus,  nos  expériences  prouvent 
amplement  que  le  reflet  des  "pensées  nest  pour  rien  dans 
ce  phénomène.  D'abord,  généralement  l'Esprit  que  nous 
désirons  dans  nos  expériences ,  ne  se  présente  pas 
pour  écrire  ;  un  autre  vient,  amjuel  nous  n'avons  nulle- 
ment pensé,  et  dont  le  nom  même  nous  est  quelquefois 
inconnu.  Q^i^nt  aux  Esprits  sympathiques,  ils  ne  vien- 
nent presque  jamais  durant  les  expériences  spiritualistes, 
ces  Esprits  écrivent  souvent  plusieurs  pages  entières, 
tantôt  au  crayon,  ta7itôt  à  rencre,  lorsque  l'auteur  vaque 
à  d'autres  affaires.  Cette  exagération  absurde  du  pouvoir 
de  l'imagination  et  de  la  volonté,  n'a  donc  aucune  base 
ni  aucune  raison  d'être.  Cette  hypothèse  contredit  toutes 
les  traditions  sacrées,  tous  les  témoignages  historiques, 
ttutes  les  croyances  populaires,  en  un  mot,  la  grande 
voix  de  quarante  siècles  qui  a  encore  plus  de  poids  que  le 
fameux  «  vox  populi,  vox  Dei,  »  Ladite  objection  est  en 


96  CHAPITRE   VII. 

outre  en  désaccord  flagrant  avec  nos  deux  mille  expé 
riences,  Fauteur  n'ayaut  généralement  pas  même  re- 
cours à  l'évocation  mentale  d'un  Esprit  particulier. 
Le  désir  même  de  communiquer  plutôt  avec  un  Esprit 
qu'avec  un  autre,  est  banni  de  nos  séances,  parce  que 
de  cette  manière  on  peut  empêcher  des  communications 
directes,  faute  de  sympathie. 

La  crainte  absurde  des  démons,,  née  surtout  au  moyen- 
âge,  est  précisément  la  cause  principale  de  la  rareté  des 
phénomènes  surnaturels,  les  Esprits  ne  voulant  ni  ne 
pouvant  se  manifester  à  des  gens  qui  les  prennent  pour 
des  spectres  immondes.  Certes,  il  n'y  a  rien  qui  éloigne 
plus  les  Esprits  et  même  tous  les  êtres  corporels  et  vi- 
vants, tels  que  les  hommes  et  les  animaux,  que  la  répti- 
c/nance  invincible,  rhorrenr  effroyable,  le  manque  absolu 
de  sympathie. 

Au  reste,  nous  croyons  que  l'évocation  mentale,  bien 
que  nous  n'ayons  pas  recours  à  ce  mode,  pratiqué  si 
généralement  par  l'antiquité,  est  utile  et  même  néces- 
saire tant  qu'on  ne  fait  qu'épeler  l'alphabet  du  spiritua- 
lisme, tant  que  nos  relations  avec  le  monde  des  Esprits 
se  bornent  à  un  génie  familier,  à  un  guide  spirituel  ou 
à  quelques  Esprits  frappeurs,  aptes  à  produire  certains 
coups  mystérieux,  certains  bruits  étranges,  mais  inca- 
pables d'opérer  des  phénomènes  intelligents  et  palpables 
en  même  temps,  tels  que  l'écriture  directe.  C'est  un  fait 
constaté  par  nos  expériences  personnels  que  des  Esprits 
d'un  ordre  inférieur  nous  assistent  tant  que  nous  n'avons 
fait  que  peu  de  progrès  dans  le  domaine  du  spiritua- 
lisme ;  aussi  les  phénomènes  sont  d'abord  insignifiants  ; 
les  rapports  des  Esprits  avec  nous  ne  consistent  que 
dans  certains  coups  mystérieux  et  dans  la  vibration  de 
quehjues  sons.  Les  mêmes  Esprits  frappeurs  se  présen- 


PHÉNOMÈNES  DE   L  ÉCRITURE   DES   ESPRITS.  97 

tent  toujours  en  clierclumt  a  répandre  la  croyance  de  ce 
fait  positif,  que  le  monde  spirituel  influence  le  nôtre  et 
que  les  Esprits  sont  avec  nous,  autour  de  nous,  que 
leur  amour  veille  sur  nous,  nous  protège  et  pénètre 
notre  cœur  même.  Plus  tard,  nos  relations  avec  le  monde 
des  Esprits,  devenant  plus  intimes,  les  Esprits  supé- 
rieurs viennent  nous  visiter  et  nous  enseigner  les  saintes 
vérités  de  la  sagesse  divine.  C'est  alors  qu'il  faut  renon- 
cer à  l'évocation  mentale  d'un  Esprit  quelconque,  pour 
ne  pas  renvoyer  les  Esprits  qui  viennent  spontanément 
nous  visiter.  Une  simple  prière  mentale,  mais  fervente^ 
adressée  au  Souverain-Maître  de  Tunivers  suffît,  pour 
nous  attirer  une  foule  de  bons  Esprits,  notre  rapproche- 
ment d'amitié  avec  les  purs  Esprits  étant  accompli. 

En  effet,  la  prière  est  le  grand  véhicule  du  monde 
spirituel  et  surnaturel.  C'est  la  prière  fervente  seule  qui 
puisse  fléchir  le  cœur  des  divinités  les  plus  redouta- 
bles suivant  les  traditions  sacrées  de  l'antiquité.  Les  lois 
de  l'univers  avaient  beau  paraître  aux  anciens  avec  leur 
caractère  de  permanence  et  d'irrésistibilité,  ils  ne  pou- 
vaient croire  qu'une  prière  fervente  ne  parvînt  à  déran- 
ger ou  à  modifier  les  effets  des  lois  de  la  nature,  à  leur 
profit.  iVussi  selon  le  Rig-Vedoy  les  prières  véritahles, 
les  jmr oies  iyispirées,  sont  les  épouses  des  dieux. 

Suivant  Homère  (Iliade  IX,  498),  les  prières  sont  les 
filles  de  Zeus, 

Le  cercle  de  nos  connaissances  d'outre-tombe  s'agran- 
dit donc,  grâce  à  la  prière,  de  jour  en  jour_,  plus.  Les 
séances  et  les  expériences  deviennent  peu  à  peu  tout  à 
fait  inutiles,  à  moins  qu'on  ne  veuille  démontrer  aux 
incrédules  le  beau  phénomène  de  l'écriture  directe  ou 
d'autres  faits  constatant  la  réalité  du  monde  surnaturel. 
Les  Esprits  viennent  nous  voir  sans  être  invités  par 


98  CHAPITRE   VU. 

nous,  comme  nos  amis  intimes,  parmi  les  vivants  nous 
visitent.  C'est  alors  que  les  Esprits  nous  écrivent  de 
longues  épitres,  contenant  des  conseils  intimes  et  des 
avis  importants;  nous  conversons  avec  eux,  en  quelque 
sorte,  face  à  face,  comme  le  vénérable  pasteur  Oberlin, 
du  Ban-de-la-Roclie ,  conversait  verhalemeMt  avec  sa 
femme  morte,  durant  yieuf  années  consécutives*  Les  Es- 
prits nous  adressent  mêm.e  des  consolations  dans  les 
moments  solennels  de  notre  vie,  quand  nous  avons  le 
plus  besoin  de  leur  assistance.  C'est  ainsi,  à  peu  près, 
bien  qu'à  un  degré  encore  plus  parfait,  que  les  Anges  se 
présentèrent  à  Abraham  et  aux  patriarches  de  l'antiquité. 
On  connaît  la  fameuse  apparition  dans  la  vallée  de 
Mamré,  dans  la  Genèse.  (Chap.  XVIII.) 

Quant  aux  prétendus  scrupules  religieux  qu'on  oppose 
à  l'évocation  des  morts,  nous  ne  les  croyons  nullement 
fondés  sur  l'autorité  de  la  Bible;  ces  objections  absurdes 
ne  sont  que  l'amère  fruit  de  la  démonophobie  de  nos 
orthodoxes.  Le  Deutéronome  (chap.  XIII  et  XYIII)  ne 
défend  l'évocation,  la  divination,  etc.,  que  si  ceux  qui 
s'en  occupent  veulent  détourner  le  peuple  d'Israël  de  l'E- 
ternely  pour  seinnr  d'autres  dieux.  Ces  défenses  n'ont 
trait  qu'au  polythéisme;  elles  étaient  nécessaires,  à 
cause  du  penchant  d'Israël  au  polythéisme  des  peuples 
voisins,  chez  lesquels  le  clialdéisme  et  le  sabéisme,  ce 
culte  ancien  de  l'armée  des  cieux,  régnaient.  De  nos 
jours,  le  polythéisme  n'est  plus  à  craindre,  la  croyance 
au  monde  surnaturel  ayant  tout  à  fait  cessé,  grâce  au 
matérialisme.  //  faut  savoir  distinf/uer  dans  la  Bible 
ce  qui  n'est  que  local  et  national  (telle  que  la  défense 
des  images,  de  certaines  viandes,  et  les  cérémonies 
des  sacrifices,  du  culte,  etc.,  etc.)  et  ce  qui  est  géné- 
ral et  éternel,  n'appartenant  à  aucune  époque  particu- 


PHÉNOMÈNES  DE   l'ÉCRITURE  DES   ESPRITS.  99 

lière.  //  faut  savoir  distinguer  Uenveloppe  externe  de  la 
lettre  et  l'esprit  général  et  éternel.  Quel  déplorable  abus 
nos  théologiens  démonophobes  n'ont-ils  pas  fait  en  con- 
fondant ces  choses  si  essentielles  î 


FIN   DE   L.\   PREMIERE   PARTIE. 


DEUXIÈME  PARTIE 

SOURCES  DU  SPIRITUALISME  DE  L'ANTIQUITÉ. 


De  tous  les  biens  que  l'homme  possède,  il  n'en 
est  point  qui  l'approchent  davantage  de  la  Divinité 
et  qui  contribue  plus  sûrement  à  son  bonheur 
que  la  droite  raison,  surtout  lorsqu'il  l'applique  à 
la  connaissance  des  Dieux.  La  recherche  de  la 
vérité  et  principalement  de  celle  qui  a  pour  objet 
de  connaître  les  dieux,  n'est  autre  chose  que  le 
désir  de  partager  leur  bonheur;  cette  étude  et 
l'instruction  qu'elle  procure  est  une  sorte  de 
ministère  sacré,  plus  auguste  et  plus  vénérable 
qu'aucune  consécration,  et  que  tout  le  culte  que 
nous  rendons  aux  dieux  dans  les  temples. 

(Pliitarque,  d'Isis  et  d'Osiris  ;  traduct.  française 
de  Ricard,  tome  V,  p.  319  et  320,  chap.  L) 


re:\iarques  sur  les  traditions  de  l'antiquité.  101 


CHAPITRE    VJII. 


Remarques  générales  concernant  les  traditions 
sacrées  de  l'Antiquité. 


L'Orient,  ce  berceau  du  genre  humain  conserve  aussi 
dans  son  sein  les  premières  traditions  du  spiritualisme 
Plus  on  connaîtra  l'Inde,  la  Chine,  l'Assyrie,  la  Syrie, 
la  Palestine,  la  Perse  et  l'Egypte,  plus  on  sera  frappé 
do  la  vérité  de  cette  allocution,  d'un  prêtre  cV Egypte 
à  Solon  (  rapportée  par  Platon  dans  son  Timée  )  : 
((  0  Athéniens,  vous  n'êtes  que  des  enfants  !  Vous  ne 
»  connaissez  rien  de  ce  qui  est  plus  ancien  ({ue  vous  ; 
»  remplis  de  votre  propre  excellence  et  de  celle  de  votre 
»  nation,  vous  ignorez  tout  ce  qui  vous  a  précédés  ; 
))  vous  croyez  que  ce  n'est  qu'avec  vous  et  avec  votre 
))  ville  que  le  monde  a  commencé  d'exister.  » 

11  nous  semble,  en  effet,  que  les  anciens  ont  végété 
dans  les  ténèbres,  parce  que  nous  ne  les  apercevons 
qu'à  travers  les  nuages  épais,  qui  se  sont  amassés  dans 
le  courant  des  siècles. 

La  nécromancie,  la  magie,  la  sorcellerie,  Texorcismc 
et  l'astrologie  furent  pratiqués  par  tous  les  peuples 
de  l'antiquité,  dès  les  temps  les  plus  reculés.  Il  n'est 
pas  un  seul  historien  qui  ose  contester  ou  révoquer  en 
doute  ces  faits.  En  Chine  depuis  que  le  boudhisme  a 
supplanté  par  le  luxe  et  par  la  pompe  de  son  culte  les 
anciennes  traditions  religieuses,  les  restes  encore  sub- 


102  CHAPITRE   VllI. 

sistants  des  Tao-sse  (école  du  fameux  Laot-seu,  le  Pytha- 
gore  de  la  Chine),  ne  comptent  plus  d'adeptes  que  dans 
les  rangs  du  bas  peuple.  C'est  un  fait  constaté  par  tous 
les  historiens,  que  le  bas  peuple  chez  toutes  les  nations, 
conserve  plus  longtemps  les  anciennes  croyances  et  tra- 
ditions. Il  en  est  de  même  en  Europe,  où  la  science  et 
les  hautes  classes  ont  relégué  depuis  longtemps  au  do- 
maine des  fables  absurdes  et  des  superstitions  ineptes  la 
croyance  à  Tintervention  directe  des  Esprits,  le  com- 
merce avec  les  morts,  la  nécromanie,  la  magie,  la  sorcel- 
lerie, l'astrologie,  la  clairvoyance  et  l'extase  et  beaucoup 
d'autres  pratiques  occultes. 

Selon  nos  révélations  bibliques,  les  saints  patriarches, 
voyants,  prophètes,  prêtres  et  lévites  s'occupèrent  éga- 
lement de  ces  sciences  occultes^  que  le  clergé  ignorant 
des  temps  rnodernesj  fait  passer  pour  des  œuvres  des 
démons. Nous  rappelons  dans  la  mémoire  de  nos  lecteurs 
la  coujje  magique  de  Joseph,  ce  fameux  divinateur  et 
songeur  des  songes  (Genèse  XLIV,  5,  etc.,  etc.)  ;  il  en 
est  de  même  des  consultations  par  XVrini,  (Nombres 
XXVII,  21,  1  Samuel  XXVIII,  6.) 

Ledit  chapitre  du  premier  livre  de  Samuel  contient 
aussi  la  fameuse  évocation  du  prophète  défunt  par  la 
sorcière  d'Endor.  (I  Samuel  XXYIII,  7-21) 

Quant  à  la  haute  antiquité  de  la  sorcellerie  et  de  la 
magie,  nous  pouvons  encore  citer  :  l'Exode  (chap,  XXII^ 
V.  18),  tu  ne  laisseras  point  vivre  la  sorcière  ;  le  Lévi- 
tique  (XIX,  v.  31),  ne  vous  détournez  point  après  ceux 
qui  ont  l'esprit  de  Python,  ni  après  les  devins  ;  le  Deu- 
téronome  (XYIII,  10-12);  Michée,  le  prophète  (chap.  V, 
12);  Nahum  (III,  4);  Psaume  (XLYIII,  5);  Jérémie 
XXYII,  9.) 

Selon  la  Sapience  (chap.  XII,  4);  les  Chananéeaft 


REMARQUES   SUR   LES   TRADITIONS   DE   l' ANTIQUITE.    103 

(anciens  habitants  de  la  Terre  Sainte)  usaient  de  sorti- 
lèges exécrables. 

Homère  (Odys,  liv.  II  )  parle  de  la  nécromancie,  qui 
était  de  son  temps  en  usage. 

L'ancienne  loi  de  la  république  romaine  punit  les 
sorciers,  qui  enchantaient  les  blés  étant  sur  terre;  selon 
Pline  (liv.  XXVIII,  cap.  2),  la  loi  civile  des  Romains, 
dite  lex  Cornélia^  les  punit  aussi.  Virgile  (Eglogue  III), 
lait  mention  de  la  sorcellerie. 

L'empereur  Léon  de  Constantin ople  commande  dans 
sa  60°  constitution  que  les  sorciers  soient  grièvement 
châtiés. 

Saint  Augustin  (sermon  207  et  traité  7  sur  saint  Jean) 
fait  mention  des  enchanteurs  qui  par  l'art  et  la  sugges- 
tion du  diable  font  mourir  ou  guérissent  les  hommes. 

Le  monde  s'est  aperçu  de  tout  temps  qu'il  y  avait  des 
sorciers  et  des  ensorcellements  ;  on  ne  fait  point  de  lois, 
au  sujet  d'une  chose,  qui  jamais  ne  fut  vue  ni  connue, 
car  les  législateurs  tiennent  les  cas  et  les  crimes  qui  ne 
furent  jamais  vus  et  aperçus,  pour  choses  impossibles 
et  qui  n'existent  point  du  tout;  on  n'eut  jamais  établi 
des  peines  contre  les  sorciers,  s'il  n'y  en  eut  point  eu  de 
ce  temps*là? 

La  magie  a  sans  contredit  un  côté  dangereux,  parce 
que  ceux  qui  y  recourent,  s'en  servent  souvent,  en  vue 
de  satisfaire  des  vengeances  personnelles  ou  des  con- 
voitises coupables.  L'emploi  des  procédés  magiques, 
aux  yeux  de  l'opinion,  faisait  des  devins  des  hommes 
dangereux,  leurs  opérations  ayant  pour  objet,  plutôt  de 
nuire  à  un  ennemi  et  de  satisfaire  une  convoitise  que 
d'opérer  quelque  bienfaisant  miracle.  De  là  les  peines 
fréquemment  édictées  contre  les  magiciens  et  renouve- 
lées de  celles  qu'avait  portées  contre  les  auteurs  des 


104  CHAPITRE  Vin. 

sortilèges  la  loi  des  Douze  Tables.  (Tab.  VIII,  art.  2^. 
Saint  Augustin,  de  Civit.  Dei  YIK,  19.) 

Auguste  avait  proscrit  les  Goètes  comme  les  astrolo- 
gues. (Suéton,  36.)  Div.  Cass.,  XLIX,  éd.  Sturz,  LXI, 
pag.  A64.) 

Tibère  bannit  de  l'Italie  tous  ceux  qui  se  livraient  aux 
pratiques  magiques,  en  se  réservant  ïhrasyllus,  et 
4,000  affranchis  Égyptiens  et  Juifs  furent  pour  ce  fait 
transportés  dans  l'ile  de  Sardaigne  (Tacite,  Annales  II, 
32.  II,  85.  YI,  20-22).  Claude  exile  les  magiciens  pour 
avoir  prédit  sa  mort  (Suéton,  25),  et  Suétone  ajoute  au 
même  cliap.  :  JiKh'os  impulsore  Chresto  assidue  tumul' 
tuantes,  Roma  expulit,  (Voyez  aussi  Tacit.,  Annal.  Xli, 
52.  Senatus  consultum  atrox  et  irritum,  et,  Suéton, 
Claude,  37.) 

Vitellius  (Suéton,  Vitell,  14)  assigna  aux  astrologues 
une  époque  fixe  pour  sortir  de  l'Italie.  Ceux-ci  répondi- 
rent par  une  affiche  qui  ordonnait  insolemment  au  prince 
d'avoir  à  quitter  la  terre  ;  en  effet,  auparavant,  et  à  la  fin 
de  l'année,  Vitellius  était  mis  à  mort.  (L'affiche  conte- 
nait ces  mots  :  Bonum  factum.  Ne  Vitellius  Germanicus 
intra  eumdem  calendarum  diem  usquam  esset.)  Vespa- 
sien  défendit  de  nouveau  aux  magiciens  l'Italie,  ne  fai- 
sant d'exception  que  pour  Barbillus  qu'il  se  réservait  de 
consulter. 

Depuis  l'établissement  du  christianisme,  l'empereur 
Valens  professa  une  liaine  violente  contre  la  divination 
et  la  magie.  (Ammien  Marcell.,  lib.  XXIV,  cap.  11.) 

Valens,  écrit  Zosime  (lib.  IV,  cap.  14),  en  vint  au 
point  d'incriminer  tous  les  philosophes  de  renom,  tous 
ceux  qui  s'étaient  distingués  dans  les  lettres.  Zonare 
(Annal,  lib.  Xlli,  cap.  16,  éd.  Ducange)  cite,  parmi  les 
philosophes,  enveloppés  dans  cette  persécution,  le  célè- 


REMARQUES   SUR   LES   TRADITIONS    DE   L  ANTIQUITE.    105 

bre  Libanus  et  même  JanihUqiie!  On  les  accusa  d'avoir 
cherché^  à  l'aide  de  l'alectromancie,  à  découvrir  le  nom 
du  successeur  de  l'empereur.  Jamblique  effrayé,  dit-on, 
des  poursuites  dont  il  était  l'objet,  s'empoisonna.  C'était, 
dans  la  philosophie  de  Piotiii  et  de  Jamblique  que  l'en- 
thousiasme pour  les  dieux  se  perpétuait.  Là  se  trouvaient 
les  seuls  éléments  de  résistance  au  christianisme.  Les 
entraves  portées  à  l'exercice  du  culte  païen,  rendirent  aux 
Grecs  la  vie  insupportable,  en  les  privant  de  mystères  qui 
embrassaient  tout  le  genre  humain.  (Selon  le  caractère 
universel  des  Mystères.) 

L'empereur  Yalentinien  (Zosime,  lib.  IV,  cap  3)  huit 
par  consentir  à  ce  que  les  Mystères  d'Eleusis  continuas- 
sent, malgré  son  édit,  à  être  célébrés  comme  par  le  passé. 
Ce  fait  témoigne  de  l'extrême  attachement  des  Athéniens 
pour  leur  ancien  culte. 

Les  devins  et  les  augures,  les  magiciens  et  les  astro 
logues,  si  cruellement  poursuivis,  prédirent  les  désastres 
tragiques  et  l'affreuse  mort  de  l'empereur  Valens,  peu  de 
temps  avant  la  mort  de  ce  prince. 

L'exercice  de  l'art  divinatoire  ne  cessa  donc  nulle- 
ment, malgré  la  rigueur  des  poursuites.  (Ammien  Mar- 
cell.,lib.  XXXI,  cap.  1.) 

La  sagesse  de  la  philosophie  chinoise  s'appuie,  mali^ré 
son  caractère  rationnel,  sur  les  anciennes  traditions 
sacrées  ;  elle  était  une  philosophie  positive,  religieuse 
et  historique.  Dans  le  Lun-Yu  (liv.  I,  chap.  7,  §  19) 
le  philosophe  (Confucius)  dit  :  «  Je  suis  un  homme,  qui 
))  a  aimé  les  anciens  et  qui  a  fait  tous  les  efforts  pour 
»  acquérir  leurs  connaissances.  » 

La  civilisation  indienne  étant  plus  ancienne,  a  plus  de 
rapports  àlarévélation,  tandis  i[\xQ\i\  raison  prédomine  plus 
dans  la  civilisation  chinoise ^  évidemment  plus  nioderne. 

iO 


106  CHAPITRE   VIII. 

Le  trait  caractéristique  de  la  religion  des  brahmanes, 
consiste  dans  la  révolte  d'une  partie  du  uel  môme, 
contre  Dieu,  et  dans  la  création  du  monde  matériel  pour 
le  salut  de  ces  Esprits  déchus,  afin  qu'ils  puissen  y  par- 
venir, à  l'aide  de  l'incarnation  et  de  la  transmigration 
à  la  réconciliation  avec  Dieu,  à  la  délivrance  finale  et  à 
l'union  à  l'Être  suprême. 

Les  Chinois  croient  également  à  la  chute  primitive 
des  Esprits  dans  le  Ciel,  épopée  immense  dont  nous  ne 
savons  que  le  nom.  Tschi-Yeii^  un  ancien  fils  du  Ciel 
est  le  premier  de  tous  les  rebelles  ;  ayant  entraîné  beau- 
coup d'Esprits  dans  la  chute,  il  fut  précipité  ^ox  Schang-Ti 
dans  l'abîme  et  chassé  du  Ciel.  [Tschi  signifie  :  laid  et 
y  eu  :  beau,  Tschi-Yeu  veut  donc  dire  l'union  mons- 
trueuse du  laid  et  du  beau.)  Tschi-Yeu  est  représenté  avec 
quatre  yeux  ardents,  ayant  six  bras  et  le  corps  d'un 
animal.  Les  drapeaux  dont  les  prêtres  chinois  se  servent 
pour  exorciser  et  chasser  les  démons,  s'appellent  encore 
de  nos  jours,  drapeaux  de  Tschi-Yeu.  (Mémoires  des 
missionnaires  françcds,  tome  IV,  page  7.) 

La  création  visible  est  en  rapports  perpétuels  avec  le 
monde  invisible  des  causes,  selon  les  penseurs  chinois. 
L'homme  est  le  but  final  de  la  création  visible  ;  sa  raison 
est  un  rayon  de  la  raison  primordiale  ;  l'intelligence  de 
l'homme  reflète  l'harmonie  des  deux  principes  fonda- 
mentaux fT/i  et  Yang)  ;  la  pensée  de  l'homme  dépasse 
l'étendue  des  cieux  et  de  la  terre  ;  elle  est  incommen- 
surable et  tend  vers  la  source  suprême  de  l'univers. 

L'esprit  de  l'homme  (Ling)  est  lié  à  une  âme  douée 
de  sensations  et  de  passions  (Iluen)  ;  si  l'esprit,  au  lieu 
de  gouverner  les  passions,  tombe  sous  leur  joug,  alors 
l'homme  dérange  l'harmonie  et  l'équilibre.  Il  se  détourne 
du  milieu  éternel,  et  de  la  source  suprême.  De  là  le  pé- 


REMARQUES   SUR   LES   TRADITIONS   DE   l' ANTIQUITE.    107 

ché.  La  partie  animale  de  l'homme  l'a  réduit  à  n'être  que 
l'esclave  des  objets  sensuels.  L'homme,  auquel  jadis  les 
forces,  et  les  lois  de  la  nature  obéirent,  en  subit  désor- 
mais le  joug. 

L'homme  ayant  rompu  avec  l'idéal  de  la  sagesse  cé- 
leste, est  désormais  dépourvu  de  la  nature  de  V homme 
général.  Il  n'est  plus  le  maitre  et  le  roi  de  la  terre  ;  il  ne 
commande  plus  aux  nuages  et  au  vent.  Les  traditions 
chinoise^  disent  :  «  tandis  que  le  chant  des  oiseaux  est 
»  resté  partout  le  même  que  la  voix  de  l'animal  est 
»  comprise  par  son  semblable,  il  n'en  est  plus  de  même 
))  de  l'homme.  La  différence  du  langage,  la  diversité  des 
))  langues  ^\i^])0?>Q\\im\désordre primitif,  iine  chute ^  une 
))  dégénération  de  l'homme.  >> 

Avant  la  chute,  l'homme  résida  dans  un  jardin  éthéré, 
flottant  au-dessus  de  la  terre. 

Depuis  la  chute,  l'entrée  de  ce  séjour  de  délices  lui  est 
prohibée  par  les  Lungs  qui  ont  barricadé  la  route  du 
ciel.  L'homme  n'a  plus  la  jouissance  d'un  pur  Esprit.  Le 
commerce  intime  avec  le  ciel  et  avec  le  monde  des  Es- 
prits, est  désormais  devenu  beaucoup  plus  rare.  Malgré 
cette  chute  de  l'humanité.  Dieu  ne  l'a  pourtant  pas  aban- 
donné. Dieu  n'étant  pas  seulement  la  raison  primordiale  y 
qui  dirige  et  pénètre  tout,  mais  encore  l'amour  et  la  mi- 
séricorde, compatit  aux  douleurs  et  aux  soufî'rances  des 
hommes  et  leur  prête  secours  et  appui. 

L'école  de  Laot-seu  (^les  Tao-sse)  prétend  que  les  vé- 
rités religieuses  et  morales  ont  été  révélées  à  l'homme 
par  des  messagers  de  la  Divinité,  par  l'intermédiaire  des 
bons  Esprits.  Ces  communications  célestes  eurent  lieu 
plus  souvent  dans  l'antiquité  que  plus  tard,  dans  une 
époque  plus  récente.  De  là  la  lumière  éclatante,  la  vive 
clarté  qui  a  illuminé  la  haute  antiquité,  (Rémusat;  Mé- 


108  CHAPITRE    YlII. 

lanqes  asiatiques,  tome  I,  pag.  99.)  11  n'y  a  que  quelques 
rayons,  quelques  traces  de  cette  ancienne  révélation,  qui 
soient  parvenus  jusqu'à. nous,  d'après  les  Tao-sse. 

Les  doctrines  concernant  l'état  paradisiaque  de  l'iiom- 
rae,  sa  chute,  les  rapports  actuels  du  Linrj  au  Huen  (des 
facultés  supérieures  de  l'âme  à  ses  facultés  inférieures), 
l'état  des  âmes  après  la  mort  et  les  diverses  phases  de 
l'expiation,  ont  été  développées  par  les  Tao-sse.  {Mé- 
moires des  missionnaires,  tome  XY,  page  2S0.) 

II  y  avait  du  reste  une  doctrine  ésotérique  et  exoté- 
rique  parmi  les  Tao-sse  en  Chine  comme  chez  les  au- 
tres peuples  do  l'antiquité. 

Les  traditions  indiennes  et  chinoises  concernant  la 
chute  primitive,  offrent  heaucoup  d'analogie  avec  la 
Bible  et  avec  le  Koran;  toutes  les  traditions  sacrées 
de  l'antiquité  supposent,  en  effet,  un  désordre  pri- 
mitif, une  dégénération  des  âmes.  L'essence  de  toutes 
les  religions  positives  et  révélées  consiste  précisément 
dans  le  retour  de  l'humanité  déchue  à  Dieu.  La  Bible 
admet  la  chute  primitive  des  Esprits  avant  la  création  du 
monde  visible.  Le  Christ  dit,  en  parlant  du  diable,  sui- 
vant saint  Jean  (Chap.  YIll,  v.  44)  :  «  //  a  été  meurtrier 
;)  dès  le  commeneement ,  et  il  n' a  point  persévéré  dans  la 
»  vérité.^  car  la  vérité  n'est  point  en  lui.  Toutes  les  fois 
»  qu'il  profère  le  mensonge,  il  parle  de  son  propre  fonds  ; 
r>  car  il  est  menteur,  et  le  père  du  mensonge.  » 

Vépitre  de  Jude  ixirle  égalernent  de  la  chute  jmmitive 
des  Esprits,  laquelle  a  précédé  celle  de  l'homme.  Voici  le 
sixième  verset  de  cette  épître  : 

«  Dieu  a  réservé,  sous  l'obscurité,  dans  des  liens 
»  éternels,  jusqu'au  jugement  de  la  grande  journée,  les 
y)  Anrjcs  (jui  n'ont  pas  gardé  leur  origine,  mais  qui  ont 
»  abandonné  leur  propre  demeure.  )) 


REMARQUES   SUR   LES   TRADITIONS   DE   l'aNTIQUITÉ.   109 

La  Genèse  suppose  nettement  V existence  des  Esprits  dé- 
chus, en  disant  dans  le  chapitre  III  que  l'homme  a  été 
séduit  par  le  diahle,  sous  la  forme  d'un  serpent.  La  Ge- 
nèse fait  déjà  allusion  à  la  chute  primitive  des  Anges,  en 
parlant  de  la  séparation  primordiale  des  ténèbres  et  de  la 
lumière.  (Chap.  I,  4.) 

Voyez  aussi  la  Chiite  des  Anges ^  selon  le  livre  cVUenoch 
(version  éthiopienne,  traduite  en  anglais  par  le  docteur 
Laurence,  3°  édit.  Oxford,  1838  :  The  Book  of  Enoch 
the  prophetj  now  firsttranslated  from  an  Ethiopie,  M.  S. 
in  the  Bodleiau  library  ;  third  édition,  revised  and  en- 
larged,  1838;  selon  le  chap.  X,  6-9,  versets).  «  Le  Sei- 
»  gneur  dit  encore  à  Raphaël  :  Jette  Azazyel  pieds  et 
»  poings  liés  dans  les  ténèbres,  et  ouvrant  le  désert  qui 
»  est  en  Dâdaël,  jette-le  là.  Accable-le  de  pierres  aiguës  ; 
»  environne-le  de  ténèbres,  et  qu'il  reste  là  (pour  tou- 
))  jours);  couvre  sa  face  pour  qu'il  ne  puisse  voir  la  lu- 
))  mière,  et  au  grand  jour  du  jugement  qu'il  soit  préci- 
;)  pité  dans  les  flammes.  » 

Selon  le  verset  15  dudit  chapitre  :  Le  Seigneur  dit 
aussi  à  Michel  :  «  Va,  et  annonce  son  crime  à  Samyaza 
»  (Semiazos)  et  à  ses  compagnons  qui  ont  eu  commerce 
»  avec  les  femmes,  afin  que  la  souillure  de  leur  impiété 
»  soit  manifestée  ;  et  quand  leurs  lils  auront  péri,  quand 
»  ils  auront  vu  mourir  celles  qu'ils  ont  aimées,  en- 
»  chaîne-les  pour  soixante-dix  générations  sous  la  terre 
y)  jusqu'au  jour  du  jugement  et  de  la  consommation  des 
»  siècles.  » 

Dans  le  livre  d'Hénoch,  selon  le  Codex  pseudepigra- 
plîus  de  Fabricius,  selon  le  fragment  grec,  p.  171  et  194, 
il  est  question  du  Tartare,  mais  on  n'y  parle  pas  du  com- 
merce de  Semiazos  et  de  ses  compagnons  avec  les  femmes, 
cette  chute  avant  eu  lieu  avant  1^  création  de  la  terre, 


110  CHAPITRE   VIII. 

On  croyait  que  les  démons  avaient  été  précipités  après 
leur  rébellion,  du  firmament  dans  les  régions  sublunaires. 
(S.  Athanase,  de  Incarnat,  verbi  Dei  26.  Julian  Pomarii, 
de  vita  Contemplât,  ap.  S.  prosper.  Oper.  III,  col.  50.) 

Les  autres  traditions  de  l'antiquité  supposent  de  même 
deux  genres  de  chutes  primitives,  la  chute  de  r homme 
n'étant  que  la  conséquence  de  la  chute  primitive  des  Es- 
prits dans  le  ciel. 

Suivant  le.s  laditions  sacrées  des  Perses,  l'homme  et  la 
femme  2)ri?ni tifs  ne  sont  tombés  qu'en  ajoutant  foi  au 
mensonge  à'Ahriman,  et  de  ses  légions  infernales.  (An- 
quctil,  tome  K,  p.  378.) 

Il  en  est  do  même  des  Gi^ecs.  La  défaite  des  Titans  pré- 
céda celle  do  1  numanité,  personnifiée  par  Prométhée. 
Ce  n'est  pas  lu  rapt  du  feu  céleste  qui  a  déterminé  im- 
médiatement l'apparition  des  maux  sur  la  terre.  Cette 
funeste  catastrophe  n'en  a  été  que  la  conséquence  indi- 
recte et  médiate  ;  c'est  à  l'introduction  de  la  femme  qu'on 
fait  remonter  la  cause  de  tous  les  maux  qui  ont  affligé 
l'humanité,  comme  dans  la  Bible.  (Hésiode,  é/^ya  xat  iî^otî^ai, 
verset  60,  etc.)  Pandore  en  est  la  personnification;  les 
malheurs  de  Prométhée  sont  liés  à  l'apparition  do  Pan- 
dore. C'est  en  vain  que  Prométhée,  étant  encore  inno- 
cent et  n'étant  point  l'artisan  du  mal  (Hésiode,  Théogo- 
nie, verset  614,  etc.),  donne  à  son  frère  Epiméthée  le 
conseil  de  ne  point  accepter  la  femme  que  lui  envoient 
les  dieux;  malheureusement,  les  charmes  de  Pandore 
aveuglent  ce  dernier;  la  boîte  qu'elle  porte  laisse  échap- 
per les  maux  qui  s'abattent  sur  l'humanité. 

Ces  mythes  furent  reproduits  par  les  poètes  posté- 
rieurs à  Hésiode,  tels  que  TJiéognis  et  Eschyle.  Platon 
les  développe  aussi  et  nous  montre  les  hommes  gouver- 
nés d'abord  par   un  démon  céleste,  puis  abandonnés 


HIÉRARCHIE  CELESTE  SUIVANT  LES  TRAD,  CHINOISES.    111 

par  les  dieux^  mais  conservant  encore  le  souvenir  des 
jours  heureux  qu'ils  menaient  sous  Kronos. 

On  trouve  en  Grèce  également  des  traces  concernant 
la  médiation  d'Hercule  qui  réconcilie  les  hommes,  per- 
sonnifiés par  Prométhée,  avec  la  Divinité.  Aucune  reli- 
gion positive^  en  effet,  ne  laisse  les  hommes  dans  cet 
état  d'ahandon  ;  il  faut  qu'ils  retournent  à  Dieu^  grâce 
à  des  médiateurs. 


CHAPITRE  IX. 

Hiérarchie  céleste  suivant  les  traditions 
chinoises. 


L'école  de  Laot-seu  (Rémusat.  Mémoire  sur  la  vie  et 
les  opinions  de  Laot-seu.  Paris,  J823,  p.  22)  dit  :  que 
Shang-ti,  TJiian  ou  Tao,  a  produit  l'unité,  la  raison,  qui 
n'a  ni  forme,  ni  corps;  la  raison  a  transformé  la  néga- 
tion, ce  ]nûncipe  éternel  et  invisible  de  l'Être  en  Être. 
Delà,  les  deux  règles  fondamentales  Yn  et  Yang  et  toute 
la  création.  Les  Esprits  qui  habitent  l'univers,  doivent 
également  à  Tao  leur  origine.  Ce  sont  eux  qui,  selon 
Confucius  (Cont-seu),  forment  l'essence  et  la  base  invi- 
sible de  tout  ce  qui  existe.  [Mémoires  des  Missionmdres^ 
concernant  les  Chinois,  tome  III,  p.  65  et  66.) 

Le  monde  des  Esprits  a  existé  avant  le  monde  maté- 
riel ;  le  ciel  visible  n'est  que  l'image  grossière  du  ciel 
invisible.  (Yiidelou.  Remarques  sur  l'Yking.  Pauthier, 
Livres  sacrés  de  VOrierit^  p.  146.) 

Les  Chinois  s'accordent  sur  ce  sujet,  non-seulement 
avec  les  Indiens,  avec  Pvthagore  et  Platon,  mais  encore 


112  CHAPITRE   IX. 

zjvec  nos  traditions  bibliques,  qui  disent,  suivant  répitre 
aux  Hébreux  (cbap.  XI,  3),  que  les  choses  qui  se  voient 
n  ont  point  été  faites  de  choses  qui  parussent . 

Selon  les  traditions  cbinoises,  les  Esprits  forment 
la  porte,  c'est-à-dire  l'entrée  et  la  sortie  de  la  Divinité 
dans  le  monde  visible.  Dieu  agissant  partout  et  se  mani- 
festant partout.  Dieu  est  le  Centre  et  le  Milieu  éternel 
du  monde  spirituel;  c'est  pour  cette  raison  qu'il  réside 
dans  le  palais  du  Milieu-  éternel,  vers  le  pôle  arctique, 
rétoile  polaire  étant  située^  selon  les  Chinois ,  au  cen- 
tre du  monde.  Dieu  ij  est  oitouré  d'un  conseil  suprême, 
composé  d  Esprits  de  la  nature  la  plus  élevée,  et  qui 
président  à  l'harmonie  de  l'univers.  C'est  de  son  milieu 
et  de  son  entourage  que  provient  la  mesure  des  temps, 
l'heur  et  le  malheur. 

11  y  a  encore  deux  autres  cours  célestes,  dont  l'une 
se  trouve  vers  Nord-Est  et  l'autre  vers  Nord-Ouest. 
Toute  rarmée  des  cieiix  est  subordonnée  à  ces  trois  cours 
célestes;  les  Esprits  qui  gouvernent  les  étoiles  fixes  et 
les  planètes  en  dépendent.  Il  en  est  de  môme  des  quatre 
Esprits  élémentaires  qui  président  aux  quatre  régions 
célestes  de  l'univers,  et  de  VEsprit  ou  du  génie  de  la 
terre.  Ces  cinq  Esprits  régnent  chacun  pendant  soixante- 
douze  jours  de  l'année;  on  adore  chacun  de  ces  Esprits 
de  préférence  durant  le  temps  de  son  règne. 

Les  Esprits  qui  président  aux  étoiles  exercent  une 
influence  favorable  ou  funeste  selon  la  constellation  des 
étoiles,  vis-à-vis  de  la  terre,  durant  chaque  moment  de 
l'année. 

Les  comètes,  qui  font  aussi  partie  de  la  milice  céleste, 
passent  pour  des  phénomènes  et  pour  des  signes  de  mau- 
vais augure. 

La   périodicité    des   constellations  diverses  forme  la 


HIÉRARCHIE  CELESTE  SUIVANT  LES  TRAD.  CHINOISES.    113 

base  de  l'astrologie,  science  cultivée  dès  lès  temps  pri- 
mitifs parles  Chinois  comme  par  les  Indiens  et  les  Perses. 

Les  Chinois  ont  admis  généralement  r/e?^^  classes  d'Es- 
prits  célestes:  les  Schmg-ling  (les  saintes  intelligences),  et 
les  Sching-ming  (les  intelligences  de  lumières  ;  les  intel- 
ligences lucides  et  voyantes). 

Les  Esprits  célestes  se  rapportent  au  principe  de  Yang, 
à  la  transformation  de  la  négation  en  l'Etre,  au  devenir 
ou  à  la  formation,  tandis  que  les  Kuei  (les  mauvais  Es- 
prits) correspondent  au  principe  de  Yn,  à  la  transition 
de  l'être  à  la  négation,  à  la  destruction.  Les  Kuei  luttent 
toujours  contre  le*  bons  Esprits  pour  exercer  une  in- 
fluence funeste  sur  les  hommes.  Les  bons  Esprits  com- 
battent sans  cesse  les  mauvais  ;  ils  poursuivent  ces  der- 
nie.rs  dans  toutes  les  sphères  de  la  nature  jusqu'au 
sanctuaire  du  cœur  huaiain.  Les  Kuei^  persécutés  par 
les  bons  Esprits,  se  retirent  dans  les  profondeurs  de  la 
nature  et  dans  le  cœur  de  l'homme,  en  l'excitant  à  la 
tyrannie,  à  la  débauche  et  à  toutes  les  mauvaises  pas- 
sions, jusqu'à  l'obsession  et  à  la  véritable  possession; 
heureusement,  les  bons  Esprits  cherchent  à  délivrer 
l'homme  de  leur  influence  funeste,  en  les  chassant  aux 
abîmes  de  la  mer  ou  le  Liing  déchu,  gémit  dans  une  pri- 
son horrible. 

Les  prisons  des  mauvais  Esprits  sont  aux  limites 
extrêmes  de  l'univers,  bien  éloignées  de  la  face  de 
Schang-ti  et  des  demeures  des  bons  Esprits  et  des 
lieux  expiatoires,  où  les  bons  Esprits  qui  n'ont  pas 
rempli  leurs  devoirs,  expient  leurs  fautes  commises 
durant  leur  séjour  terrestre.  Les  mauvais  Esprits  sont 
plongés  dans  une  brutalité  hideuse  ;  néanmoins  ils  n'ont 
pas  l'instinct  animal,  mais  l'instinct  de  la  méchanceté, 
cette  tendance  démoniaque  de  vouloir  tout  corrompre. 


114  CHAPITRE   IX. 

C'est  pourquoi,  ils  abîment  et  salissent  tout,  lorsqu'ils 
rôdent  sur  la  terre. 

La  lutte  des  bons  Esprits  contre  les  mauvais,  suivant 
les  traditions  chinoises,  offre  une  analogie  frappante 
avec  la  lutte  des  Anges  contre  les  démons,  selon  la 
Bible.  On  connaît  surtout  le  combat  de  l'archange  Mi- 
chel (Daniel,  chap.  XII,  1).  Jude  (v.  9)  dit  aussi  :  «  Et 
))  néanmoins,  Michel  l'archange,  quand  il  contestait, 
))  disputant  avec  le  démon  touchant  le  corps  de  Moïse, 
))  n'osa  point  prononcer  de  sentence  de  malédiction, 
))  mais  il  dit  seulement  :  Que  le  Seigneur  te  censure 
))  fortement.  »  Yoici  encore  d'autres  passages  de  la 
Bible,  sur  les  bons  et  sur  les  mauvais  Anges.  La  Ge- 
nèse raconte,  dans  le  chapitre  XVIII,  l'apparition  dans 
les  plaines  de  Mamre,  puis  dans  le  chapitre  XIX  la  des- 
truction de  Sodom  par  les  Anges  ;  le  verset  13  dit  :  «Nous 
))  allons  détruire  ce  lieu,  parce  que  leur  cri  est  devenu 
»  grand  devant  VEternel,  et  il  nous  a  envoyés  pour  le 
ï)  détriiire.  »  Les  Nombres  parient  de  l'apparition  de 
l'Ange,  qui  barrait  la  route  à  Balaam  (Nombres  XXII, 
V.  22,  etc.).  Le  Lévitique  (Lévitique,  XYII,  7)  défend 
d'offrir  des  sacrifices  aux  diables.  On  sait  qu'il  est  parlé 
dans  le  livre  de  Tobie  d'une  recette  pour  mettre  en 
fuite  tous  les  démons  ;  elle  consistait  à  mettre  sur  des 
charbons  une  partie  du  cœur  d'un  gros  poisson,  qui,  du 
reste,  n'est  pas  nommé  (ïobie,  III,  8).  La  fumée  éloi- 
gnait les  mauvais  Esprits  ;  la  musique  produisait  aussi 
les  mêmes  effets;  le  roi  Saiil  y  avait  recours  pour 
être  soulagé,  lorsqu'il  était  tourmenté  par  le  mauvais 
Esprit  (I,  Sam.,  c.  16,  v.  23).  C'était  urie  opinion  re- 
çue chez  les  Juifs,  que  les  diables  avaient  part  à  tous 
les  malheurs  qui  affligeaient  les  hommes.  Mais  si  le 
genre  humain  a  des  ennemis  terribles  dans  la  personne 


HIÉRARCHIE  CELESTE  SUIVANT  LES  TRAD.  CHINOISES.    115 

des  mauvais  Esprits,  il  a  aussi  de  puissants  protec- 
teurs dans  les  Anges,  dont  les  fonctions  sont  de  veiller 
sur  la  conduite  des  gens  de  bien,  et  de  les  secourir 
(Psaume  XXXIII,  v.  8).  Jésus-Christ  (ev.  Math.  26,  v.  53) 
assure  qu'il  est  le  maître  de  prier  son  père  qui  enver- 
rait à  son  secours  plus  de  douze  légions  d'Anges. 

Saint  Pierre  (I  Epître,  cap.  Y,  v.  5),  de  son  côté,  as- 
sure que  le  diable,  semblable  à  un  lion  rugissant,  n'est 
occupé  qu'à  chercher  à  dévorer  les  hommes.  Ces  esprits 
impurs,  non  contents  de  tourmenter  le  genre  humain, 
entrent  aussi  dans  les  corps  des  animaux.  Ils  vont  quel- 
quefois se  promener  dans  des  lieux  arides,  sans  pouvoir 
trouver  du  repos.  Leur  demeure  ordinaire  est  l'enfer, 
d'où  ils  ne  sortent  que  lorsque  Dieu  leur  permet  d'aller 
tenter  les  hommes;  car  saint  Pierre  (II  Pierre,  cap.  II, 
V.  14)  et  saint  Jude,  v.  6^  assurent  que  les  Anges  rebelles 
furent  précipités  dans  le  Tartare,  pour  y  être  punis  jus- 
qu'au jour  du  jugement.  Le  chef  des  démons  était  connu 
chez  les  Juifs  sous  le  nom  de  Béelzébub.  (Matth.  XII, 
V.  24,  Marc  III,  v.  22,  Luc  II,  v.  5.) 

La  première  éjjître  aux  Corinthiens  (chap.  YI,  2  et  3) 
fait  mention  des  Anges  qui  seront  jugés  par  les  saints. 
J^'épître  aux  Hébreux  (I,  14)  dit  :  «  Les  Anges  sont  des 
))  Esprits  administrateurs,  envoyés  pour  servir  en  fa- 
))  veur  de  ceux  qui  doivent  recevoir  l'héritage  du  salut.  » 
Le  Christ  lui-môme  parle  des  Anges  gardiens  dans  le 
chapitre  XYIII  de  saint  Mathieu  (v.  10)  :  «Prenez  garde 
»  de  ne  mépriser  aucun  de  ces  petits  ;  car  je  vous  dis 
»  que  dans  les  cieux  leurs  Anges  regardent  toujours  la 
ï)  face  de  mon  Père,  qui  est  aux  cieux.  » 

Les  idées  des  Chinois  sur  la  hiérarchie  céleste  ont  une 
analogie  encore  plus  frappante  avec  celles  de  la  Bible. 
On  connaît  le  fameux  verset  6  du  premier  chapitre  du 


110  CHAPITRE    l-^. 

livre  de  Job  :  «  Or  y  il  airiva  un  jour  que  les  enfants  de 
))  Dieu  vinrent  se  jyrésenter  devant  l'Eternel,  et  que  Sa- 
»  tan  aussi  entra  parmi  eux.  ))  Le  deuxième  chapitre 
du  livre  de  Job  (v.  1)  parle  aussi  de  ces  enfants  de  Dieu 
qui  se  présentent  devant  l'Eternel.  Il  en  est  de  même 
de  la  fameuse  cour  céleste  que  le  voyant  Michée  a 
vue  (I,  Rois,  XXII,  19-22)  :  «  J'ai  vu  l'Eternel  assis 
))  sur  son  trône,  et  toute  U armée  des  cieux  se  tenant 
))  devant  lui,  à  sa  droite  et  à  sa  gauche.  Et  l'Eternel 
»  a  dit  :  Qui  est-ce  qui  induira  Achab,  afm  qu'il  monte 
»  et  qu'il  tombe  en  Ramoth  de  Galaad?  Et  l'un  par- 
))  lait  d'une  manière,  et  l'autre  de  l'autre.  Alors  un 
))  Esprit  s'avança,  et  se  tint  devant  l'Eternel,  et  dit  : 
))  Je  l'induirai.  Et  l'Eternel  lui  dit  :  Comment?  Et  il 
))  répondit  :  Je  sortirai,  et  je  serai  un  Esprit  de  nien- 
))  songe  dans  la  bouche  de  tous  ses  prophètes.  Et  l'E- 
»  ternel  dit  :  Oui,  tu  l'induiras,  et  même  tu  en  vien- 
»  dras  à  bout;  sors,  et  fais-le  ainsi?  » 

Le  Nouveau-Testament  fait  également  mention  de  la 
hiérarchie  céleste.  V apocalypse  (chap.  I,  4  et  5)  parle  des 
sept  Esprits  qui  sont  devant  le  trône  de  l'Eternel.  Voici 
ces  versets  :  «  Jean,  aux  sept  églises  qui  sont  en  Asie, 
))  que  la  grâce  et  la  paix  vous  soient  données  de  la  part 
«  de  Celui  qui  est,  et  qui  était,  et  cpti  est  avenir,  et  de  la 
»  part  des  sept  Esprits  qui  sont  devant  son  trône  ;  et  de 
»  la  part  de  Jésus-Chist,  qui  est  le  témoin  fidèle,  lepre- 
))  mier-ué  d'entre  les  morts,  et  le  prince  des  rois  de  la 
»  terre.  » 

Ces  sept  Esprits  sont  selon  V Apocalypse  (v,  G)  «  en- 
))  voyés  par  toute  la  terre  ;  »  de  là,  la  doctrine  des  sept 
Séphirots  ou  manifestations  principales  de  la  force  créa- 
trice ([ui  président  à  la  direction  du  monde  visible. 

Quant  aux  rapports  du  Fils  premier-né  de  Dieu  avec 


HIÉRARCHIE  CÉLESTE  SUIVANT  LES  TRAD.  CHINOISES.    117 

l'Eternel  lui-même,  il  faut  lire  rEpitre  aux  Colossiens 
(1, 15, 17  et  18).Yoici  ces  versets  :  «  Lequel  est  Vimagede 
»  Dieu  invisible,  le  premier-né  de  toute  créature  (tt^wtoto/oç 
))  Tràcrvîç  x'iaswç).  Et  il  cst  avant  toutcs  choses,  et  toutes 
»  choses  suhsistent  par  lui.  Et  c'est  lui  qui  est  le  chef 
»  du  corps  de  l'Eglise,  et  qui  est  le  commencement  et  le 
»  premier-né  d'entre  les  morts,  afin  qu'il  tienne  le  pre- 
»  mier  rang  en  toutes  choses,  »  grâce  au  bon  plaisir  du 
Père  éternel.  (V.  19.) 

Le  premier  chapitre  do  Yépitre  aux  Hébreux  dit  que  le 
Christ,  en  sa  qualité  de  Fils  de  Dieu,  est  supérieur  aux 
Anges  (v.  4  et  5j  :  «  Etant  fait  d'autant  j?;/w.s  excellent  que 
))  les  Anges,  qu'il  a  hérité  un  nom  plus  excellent  cjue  le 
»  leur.  Car  auquel  des  Anges  a-t-il  jamais  dit  :  a  Tu  es 
»  mon  Fils,  je  t'ai  aujourd'hui  engendré.  Et  d'ailleurs: 
»  Je  lui  serai  Père,  et  il  me  sera  Fils.  » 

Néanmoins  la  même  épître  aux  îlébreux  ajoute,  dans 
le  deuxième  chapitre  (v.  3),  que  le  Christ,  en  sa  qualité 
d' homme,  Q^i  inférieur  aux  Anges ;\oï(ii  ce  verset  :  a  Mais 
»  nous  voyons  couronné  de  gloire  et  à^XiomiQuv  celui  qui 
))  avait  été  fait  un  peu  moindre  que  les  Anges,  c'est  à 
»  savoir  Jésus,  par  la  passion  de  sa  mort,  alm  que,  par 
))  la  grâce  de  Dieu,  il  souffrît  la  mort  pour  tous.  » 

On  sait  d'ailleurs  que  le  Christ  lui-même  dit  maintes 
fois  «  cpie  le  Père  est  j^lus  grand  (pie  lui.  »  En  disant  : 
((  Moi  et  le  Père  sommes  un.  »  Il  ne  parle  que  d'une 
unité  ou  union  morale,  ce  qui  résulte  surtout  de  la 
jjrière  sacerdotcde  du  Christ  (Jean,  XVII,  21).  «  Alhi  que 
))  tous  soient  un,  ainsi  que  toi,  Père,  es  en  moi,  et  moi 
))  en  toi;  afin  qu'eux  aussi  soient  lui  en  nous,  et  que  le 
»  monde  croie  que  c'est  toi  qui  m'as  envoyé.  »  (V.  22  et 
23).  11  y  ajoute  même  :  «  Et  je  leur  ai  donné  la  gloire 
»   que  iu  m'as  donnée,  afin  qu'ils  soient  un  comme  lous 


118  CHAPITRE   IX. 

))  sommes  un.  Je  suis  en  eux  et  toi  en  moi,  afin  qu'ils 
»  soient  consommés  en  un,  et  que  le  monde  connaisse 
))  que  c'est  toi  qui  m'as  envoyé,  et  que  tu  les  aimes 
»  comme  tu  m'as  aimé.  »  Le  Christ  dit  même,  lorsque 
les  Juifs  veulent  le  lapider,  pour  un  blasphème,  parce 
que  n'étant  qu'un  homme,  il  s'est  fait  Dieu  (Jean,  X, 
33  jusqu'à  36 )  ;  a  N'est-il  pas  écrit  en  votre  loi, 
))  J'ai  dit:  Vous  êtes  des  Dieux?  Si  elle  a  donc  appelé 
»  Dieux  ceux  à  qui  la  parole  de  Dieu  est  adres- 
))  sée,  et  cependant  l'écriture  ne  peut  être  anéantie, 
»  dites-vous  que  je  blasphème  moi  que  le  Père  a  sanc- 
))  tifié  et  qu'il  a  envoyé  au  monde,  parce  que  j'ai  dit  : 
))  Je  suis  le  Fils  de  Dieu?  »  Nulle  part  dans  la  Bible  il 
n'est  donc  question  d'une  trinité  égalitaire,  des  j^^'éten-^ 
dues  personnes  de  la  Divinité  :  «  Le  Père  éternel  qui 
))  donne  tout  est  plus  grand  que  tous.  »  (Jean, 
X,  29.) 

C'est  de  l'Eternel  seul,  du  père  des  lumières,  en  qui 
il  n'y  a  point  de  variation,  ni  d'ombre  de  changement, 
que  vient  tout  don  parfait  (Jacques,  I,  17).  Tout  change, 
tout  finit,  même  la  Ghristocratie  sera  absorbée  finale- 
ment dans  la  Théocratie  éternelle,  afin  que  Dieu  soit 
tout  en  tous  (I  Corinth.  XV,  28)  ;  car  le  Christ  ne 
tient  son  jjouvoir  cjue  de  Dieu  seul;  c'est  Dieu  qui  lui  a 
assujetti  toutes  choses,  et  c'est  à  l'Eternel  que  le  lils  lui- 
même  sera  assujetti  à  la  fin  (1  Corinth.  XV,  24-28).  Le 
trône  de  l' Ancien  des  jours  est  éternel,  mille  milliers  le 
servent,  et  dix  mille  millions  assistent  devant  lui  (Da- 
niel, VU,  10).  C'est  l'Ancien  des  jours  seul,  qui  donne 
le  jugement  aux  saints,  afin  qu'ils  puissent  obtenir  le 
royaume.  (Daniel,  Yll,  22.) 

Quant  aux  Anges  spécialement,  la  Bible  en  admet  dif- 
férentes classes  et  divers  ordres  comme  les  traditions 


HIÉRARCHIE  CELESTE  SUIVANT  LES  TRAD.  CHINOISES     119 

chinoises.  Il  y  a  une  analogie  entre  les  Archanges,  les 
séraphins,  les  chérubins,  etc. ,  et  les  Sching-Ung  ainsi 
que  les  sching-ming  des  Chinois. 

La  première  espèce,  dont  il  soit  parlé  dans  l'Ecri- 
ture, est  celle  des  chénibins  (Genèse,  chap.  III,  v.  24), 
chargés  de  garder  le  chemin  de  l'arbre  de  vie  après  la 
désobéissance  du  premier  Père. 

Le  prophète  Ézéchiel  (cap.  X,  v.  5  et  10)^  dans  la  fa- 
meuse vision  des  Chérubins,  suppose  qu'ils  avaient  qua- 
tre faces  et  quatre  ailes  et  une  main  d'homme  sous  leurs 
ailes  (v.  8  et  21)  ;  leur  ligure  avait  quelque  rapport  au 
SjMnx^  ce  qui  fait  croire  à  saint  Clément  d'Alexandrie 
que  le  Sphinx  des  Egyptiens  était  une  imitation  du  ché- 
rubin des  Hébreux.  (Selon  Ézéchiel,  iO,  20,  etc.  Esaïe, 
XXXYII,  16.) 

(L'Éternel  est  assis  sur?  les  Chérubins.) 

Les  Séraphins  ont,  selon  Esaïe  (VI,  v.  2),  six  ailes  :  de 
deux  ils  couvrent  leur  face,  de  deux  leurs  pieds  et  de 
deux  ils  volent. 

Selon  Job,  chap.  XXXVIII,  7,  l'éternité  ou  la  préexis- 
tence des  fils  de  Dieu  est  nettement  établie.  Ce  passage 
dit,  que  les  fils  de  Dieu  louaient  l'Éternel  avec  les  astres 
du  matin,  lorsqu'7/ posait  les  fondements  de  la  terre. 

On  sait  que  saint  i\.ugustin  a  cru  que  les  Anges  avaient 
été  créés  le  premier  jour  avec  la  lumière.  Selon  Origène, 
les  eaux  supérieures  que  l'Écriture  place  au-dessus  du 
firmament  sont  des  Esprits  bienheureux^  et  les  eaux  in- 
férieures des  Esprits  déchus,  qui  avaient  péché  dès  le 
commencement,  lors  de  la  séparation  de  la  lumière  d'a- 
vec les  ténèbres,  bien  qu'ils  ne  fussent  pas  méchants 
dans  l'origine. 

Daniel  (cap.  VIII,  v.  16,  et  cap.  IX,  v.21,  etc.)  parle  de 
Gabriel  qui  lui  prédit  la  venue  du  Messie,  en  en  fixan 


120  CHAPITRE    IX. 

l'époque,  de  même  que  des  grandes  monarchies  Médo- 
Perse  et  Gréco-Macédonienne  et  Syrienne. 

On  sait  que  Raphaël  est  le  héros  du  livre  de  Tobic 
(cap.  YIII,  etc.).  Selon  le  chap.  XIÎ,v.  15  dudit  livre,  cet 
Ange  dit  :  «  Je  suis  Raphaël,  Fun  des  sept  Anges  saints, 
qui  présentent  les  prières  des  saints,  et  qui  marchent 
devant  la  majesté  du  saint.  )) 

On  sait  que  saint  Jean  parle  de  ces  sept  grands  Es- 
prits qui  sont  devant  le  trône  de  l'Eternel.  (A})Ocalypse,  I, 
V.  4  et  111,  V.  1,  IV,  5.) 

Daniel  parle  aussi  de  l'Ange  Micaël,  Xll^  etc.,  de 
même  que  l'épître  saint  Jude,  v.  9. 

Saint  Paul  parle  des  principautés  (Ephès,  I,  v.  21 ,  Go- 
loss.  I,  V.  16),  des  puissances,  des  vertus,  des  dominations 
(1,  Thess.,  chap.  Yl,  v.  15),  des  trônes,  des  Archanges. 

Les  Grecs  célèbrent  encore  à  présent  la  fête  des  neuf 
ordres  des  Anges,  le  8  novembre  (langû  consta.  Ghrist. 
liv.  IV,  188),  et  on  lit  dans  leur  Ménologue  (Menol., 
graecum,,  après  Ughcllius,  t.  X,  p.  289),  que  Samaez, 
un  des  chefs  des  Anges  se  révoltait  contre  Dieu  ;  c{u'a- 
près  cette  rébellion,  il  fut  appelé  le  diable,  et  que 
c'était  Michel,  qui  était  à  la  fête  des  bons  Anges. 

Tous  les  gnostiqiies  soutenaient  que  les  Anges  avaient 
créé  le  monde  ,  Garpocrate  et  Marcion  attribuaient 
même  la  création  du  monde  à  des  Anges  qui  ne  vou- 
laient point  reconnaître  l'autorité  de  Dieu. 

Saturnin,  disciple  de  Ménandre  croyait  que  le  Dieu 
des  Juifs  était  aussi  un  des  Anges  créateurs  de  l'Univers. 

Les  Égyptiens  admettaient  diverses  substances  spiri- 
tuelles et  plusieurs  ordres  de  puissances  célestes.  Le 
célèlue  Mercure  ïrismégiste  avait  écrit  sur  cette  ma- 
tière 20,000  volumes,  si  l'on  peut  s'en  rapporter  à  Ju- 
lius  Firmicus. 


ARMÉE  DES  CIEUX  SUIVANT  LES  TRAD.  INDIENNES.     121 


CHAPITRE   X. 

Armée  des  cieux  suivant  les  traditions 
indiennes. 


Selon  les  lois  de  Manou  (liv.  XII,  §  122,  traduct. 
franc,  de  Pauthier),  les  bràlirnanes  doivent  se  représen- 
ter le  grand  Etre  [Para-Pouroucha)  comme  le  souverain 
maître  de  l'univers,  et  ne  pouvant  être  conçu  par  l'Es- 
prit que  dans  le  sommeil  de  la  contemplation  la  plus 
abstraite. 

Suivant  le  livre  XII  des  dites  lois  (§  124)  :  «  C'est  ce 
»  Dieu  qui,  enveloppant  tous  les  êtres  d'un  corps  formé 
))  de  cinq  éléments,  les  fait  passer  successivement  de  la 
»  naissance  à  l'accroissement,  de  l'accroissement  à  la 
))  dissolution  par  un  mouvement  semblable  à  celui 
»  d'une  roue.  » 

Selon  le  Yoga-Sâstra,  Isvara,  l'intelligence  absolue  et 
suprême,  diffère  de  Brâhma  que  la  mythologie  indienne 
place  au  centre  de  l'œuf  du  monde.  C'est  un  fait  bien 
constaté  que  non-seulement  les  Indiens  (Lois  de  Manou, 
liv.  I,  §  12,  etc.),  mais  encore  les  Egyptiens  et  Orphée 
représentent  la  création  sous  la  forme  d'un  œuf.  (Plutar- 
que,  SymposioUj  lib.  II,  Quaest  3.  Macrob.  Saturn.,  lib. 
YII,  cap.  16.) 

Tous  les  Védas  ne  prouvent,  du  reste,  que  l'unité 
absolue  de  l'Etre  suprême.  Selon  les  Védas  et  l'école 
orthodoxe  de  Védarita  :  Dieu  seul,  qui  est  pure  intelli- 
gence, est  l'auteur  de  tout  ce  qui  existe.  L'Être  suprême 
est  tout  à  la  fois  la  cause  matérielle  et  la  cause  efficiente 
de  l'univers  (Brâhma-Soutra,  I,  23).  Dieu  est  la  cause 

11 


122  CHAPITRE   %. 

unique  de  la  création,  de  la  conservation  et  de  la  disso- 
lution de  l'univers. 

Il  est  tout  à  la  fois  créateur  et  nature,  formateur  et 
forme,  opérateur  et  œuvre.  Dieu  n'a  pas  besoin  d'instru- 
ments pour  créer,  comme  l'araignée- forme  son  fil  de  sa 
propre  substance  et  le  réabsorbe  en  elle.  Un  effet  n'est 
pas  autre  que  la  cause  ;  la  mer  est  la  même  partout,  bien 
que  les  vagues  et  les  gouttes  diffèrent  les  unes  des 
autres.  Comme  le  lait  se  change  en  caillé,  ainsi  BrdJima 
est  diversement  modifié,  sans  l'aide  d'outils  ou  moyens 
extérieurs  quelconques.  Aucun  motif  ou  but  spécial,  autre 
que  sa  volonté  seule,  n'a  besoin  d'être  assigné  pour  sa 
création  de  l'univers.  L'injustice  et  l'incompassion  ne 
doivent  pas  lui  être  imputées,  parce  que  quelques-uns 
(les  dieux  secondaires  ou  les  purs  Esprits)  sont  heureux, 
tandis  que  d'autres  sont  malheureux  et  misérables. 

Kapijla,  le  fondateur  du  système  philosophique  de 
Sankhya,  établit  le  dualisme  de  la  passivité  matérielle 
et  de  l'activité  intelligente  qui  forme  cette  matière.  Ces 
deux  principes  sont  analogues  au  Yn  et  Yang  des  Chi- 
nois, à  Os/m  et  à  Typhon  des  Egyptiens,  Ormuzd  eiAhri- 
man  des  Perses,  au  uoùs  et  u).y3  à'Anaxagoras,  à  l^umté 
productrice  et  active,  et  à  la  dualité  passive,  matérielle 
et  visible  de  Pythagore.  Gotama,  l'auteur  du  Système 
philosophique  de  Nyaya  est  aussi  dualiste,  en  admettant 
deux  principes  coéternels,  l'esprit  et  la  matière  (le  Boud- 
dhi  et  le  Prakriti).  U Esprit  est  animé  et  actif;  loi  matière 
Qsi passive  et  inanimée.  La  matière  ne  se  meut  que  grâce 
à  l'impulsion  qu'elle  reçoit  de  l'esprit. 

Les  Systèmes  de  Nyaya  et  de  Sankhya  soutiennent,  au 
sujet  des  preuves  de  la  différence  de  l'esprit  et  de  la  ma- 
tière, qu'un  instrumoit  exige  un  opérateur;  sans  un  opé- 
rateur, nous  ne  pouvons  pas  voir  à  l'aide  des  yeux,  qui 


ARMEE  DES  CIEUX  SUIVANT  LES  TRAD.  INDIENNES.     123 

sont  les  instruments  de  la  vision.  Les  lois  de  la  nature, 
comme  cause  suprême ,  n'expliquent  rien;  il  faut  remon- 
ter à  la  volonté  d'un  Être,  d'un  Moi  qui  les  établit,  les 
applique  et  les  réalise. 

La  secte  de  Djina,  ou  les  gymnosophistes  sont  égale- 
ment dualistes;   ils  admettent  deux  principales  caté- 


gories 


1 .  Djiva,  l'àme  vivante,  la  substance  animée^  l'agent 
et  le  sujet  de  la  jouissance  ; 

2.  Ailjiva  (substance  inanimée),  la  matière  inerte  et 
corporelle,  l'objet  de  la  jouissance. 

Les  Mahesmiras  et  Pasoupatas  ont  emprunté  le  dua- 
lisme au  système  de  Sankhja;  ils  prétendent  que  Dieu 
(Iswara)  est  la  cause  efficiente  du  monde,  mais  que  la 
nature  [Prakriti)  est  la  cause  matérielle  et  ^plastique. 
Ils  sont  donc  également  hérétiques  aux  yeux  des  vé- 
dantins  parce  qu'ils  reconnaissent  la  création  de  l'uni- 
vers par  la  Divinité  en  dehors  de  sa  propre  essence. 

Le  Vaïschika  de  Kayiada,  tout  en  renfermant  des 
éléments  d'une  philosophie  corpusculaire,  contient  un 
dualisme  mitigé,  Kanada  prétend  que  le  monde  dans  sa 
forme  actuelle,  avec  laquelle  il  ne  faut  pas  confondre  la 
matière  primitive,  a  été  formé  et  organisé  par  l'Es- 
prit suprême  ;  d'où  il  résulte  que,  dans  son  état  primitif 
et  atomique,  la  matière  est  éternelle,  et  que  dans  son 
état  secondaire,  organique,  ou  revêtue  de  forme,  elle 
est  périssable.  (Golebrooke,  Essai  sur  la  philosophie  des 
Hindous^  traduct.  fr.  dePauthier,  pages  130, 140,  etc.) 

Quant  à  l'unité  de  l'Être  suprême,  toutes  les  anciennes 
écoles  des  Hindous,  tout  en  admettant  une  foule  de  dieux 
secondaires  ou  Esprits,  ne  reconnaissent  qu'un  mono- 
théisme parfait  ;  il  n'y  a  que  les  Pantcharatras  et  les 
Bhagavatas,  qui  divisent  Dieu  en  trois  personnes  et  dé- 


124  CHAPITRE   X. 

truisent  par  conséquent  runité  de  l'Être  suprême,  comme 
plus  tard  le  trimourti  (trithéisme.) 

Le  grand  principe  intellectuel  est  doué,  selon  les  lois 
de  Manou  (liv.  XII,  §  24,  25  et  26),  et  suivant  Sankhja- 
Karika  (art.  53  et  54)  de  trois  qualités  principales,  sa- 
voir :  1°  La  bonté,  dont  le  caractère  distinctif  est  la 
science;  2°  la  passion;  3°  l'obscurité  ou  l'ignorance,  ou 
la  méchanceté.  Ces  trois  essences  primordiales  et  cons- 
titutives de  l'Esprit,  ou  de  l'Être,  ces  trois  penchants  ou 
instincts  naturels  des  êtres,  sont  les  attributs  nécessaires 
et  essentiels  de  tout  ce  qui  existe.  De  là  les  trois  prin- 
cipales classes  d'Êtres  :  i°  Les  bons  Esprits;  2°  les  Êtres 
mixtes,  qui  correspondent  à  la  passion,  tels  que  les  Êtres 
terrestres,  soit  hommes,  soit  animaux;  3"  les  ?nauvais 
Esp?its. 

Si  nous  passons  de  l'Être  suprême  à  la  hiéraixhie  cé- 
leste, nous  voyons  que  les  Védas  et  les  Lois  de  Manou 
admettent  des  catégories  nombreuses  d'Esprits  parmi  les 
bons  génies  et  parmi  les  démons. 

Suivant  les  lois  de  Manou  (liv.  I,  §  36),  les  Déwas 
[dieux]  sont  les  Esprits  célestes  qui  ont  pour  chef  Indra^ 
roi  du  ciel  secondaire.  (Ramayana,  liv.  I,  chap.  45.) 

Les  dévas  sont  aussi  nommés  Souras.  Indra^  leur  chef, 
est  régent  de  l'un  des  huit  points  cardinaux  de  l'Est  ; 
son  règne  finit  au  bout  de  l'un  des  quatorze  manvantaras 
qui  composent  un  kalpa  ou  jour  de  Brâhma.  Alors,  In- 
dra régnant,  est  remplacé  par  celui  qui,  parmi  les  dieux 
ou  les  hommes,  a  le  plus  mérité  cet  honneur.  Il  pourrait 
même,  avant  le  terme  fixé,  être  dépossédé  par  un  saint, 
ayant  accompli  des  austérités  qui  le  rendraient  digne  du 
trône  à' Indra.  Cette  crainte  l'occupe  souvent,  et  aussi- 
tôt qu'un  saint  personnage  se  livre  à  de  pieuses  mortifi- 
cations, capables  de  l'inquiéter,  il  lui  envoie  une  sédui- 


ARMÉE  DES  CIEUX  SUIVANT  LES  TRAD.  INDIENNES.     125 

santé  nymphe  (Apsarà)  pour  tâcher  de  le  faire  succomber 
et  de  lui  enlever  ainsi  tous  les  fruits  de  ses  austérités. 
[Ramayana,  liv.  T,  chap.  63  et  64). 

On  voit  que  les  Indiens  sont  d'accord  avec  la  Bible, 
en  croyant  que  les  saints  parviennent  au  rang  des  purs 
Esprits  ou  des  Anges.  On  connaît  la  parole  du  Christ, 
adressée  aux  Saducéens  (  saint  Matthieu,  XXII,  30  )  : 
«  Car,  en  la  résurrection,  on  ne  prend  ni  on  ne  donne 
»  point  de  femmes  en  mariage,  mais  on  est  comme  les 
))  Anges  de  Dieu  dans  le  ciel.  »  Il  faut  aussi  lire  l'é pitre 
aux  Hébreux,  chap.  II,  6  et  7  :  «  Qu  est-ce  que  de 
»  l'homme,  que  tu  te  souviennes  de  lui?  ou  du  fils  de 
))  l'homme,  que  tu  le  visites?  Tu  l'as  fait  un  peu 
))  moindre  que  les  Anges,  tu  l'as  couronné  de  gloire 
»  et  d'honneur,  et  l'as  établi  sur  les  œuvres  de  tes 
»  mains.  » 

Le  Christ  lui-même  dit  encore  aux  Juifs  (qui  vou- 
laient le  lapider,  d'avoir  dit  :  «  Moi  et  le  Père  sommes 
»  un)  :  a  N'est-il  pas  écrit  en  votre  loi:  J'ai  dit  :  Vous  êtes 
))  des  Dieux?  Si  elle  a  donc  appelé  Dieux  ceux  à  qui  la 
»  parole  de  Dieu  est  adressée,  et  cependant  l'Ecriture  ne 
»  peut  pas  être  anéantie  ;  dites-vous  que  je  blasphème, 
»  moi  que  le  Père  a  sanctifié,  et  qu'il  a  envoyé  au 
»  monde,  parce  que  j'ai  dit  :  Je  suis  le  fils  de  Dieu.  » 
(Saint  Jean,  X,  34-36.) 

Le  Psaume  LXXXII  (v.  6)  dit  également,  en  parlant 
des  hommes  :  u  Vous  êtes  des  Dieux,  et  vous  êtes  tous  en- 
»  fants  du  Souverain.  » 

Saint  Paul,  dans  la  première  épître  aux  Corinthiens 
(chap.  YI,  3)  dit  même  :  «  Ne  savez-vous  pas  que  nous 
))  jugerons  les  Anges?  » 

Les  Apsaràs  sont  des  nymphes  ou  bayadères  du  ciel 
à' Indra,  qui  sortirent  de  la  mer  (suivant  les  poètes)  peu- 


126  CHAPITRE  X. 

dant  que  les  Dévas  et  les  Asoitras,  leurs  ennemis,  la 
barattaient  dans  l'espérance  d'obtenir  l'ambroisie. 

Les  Pitris  (lois  de  Manou,  liv.  III,  §  193-202)  ou 
Dieitoc-mânes  sont  des  personnages  divins,  ancêtres  du 
genre  liumain,  et  qui  habitent  l'orbite  de  la  lune  (lois  de 
Manou,  liv.  I,  §.  66).  Parmi  les  Pitri's,  les  sept  ManoiCs 
et  les  Richis  sont  considérés  même ,  non-seulement 
comme  les  ancêtres  des  hommes,  mais  encore  comme 
les  aïeux  des  dieux  et  des  génies.  C'est  pour  cette  rai- 
son que  la  cérémonie  en  l'honneur  des  Pitri's  est  tiux 
yeux -des  Brahmanes,  supérieure  à  la  cérémonie  en 
riionneur  des  dieux  (lois  de  Manou,  liv.  I,  §  34,  etc., 
liv.  m,  §  203).  Suivant  les  loi  de  Manou  (liv.  I,  §  61), 
six  Manous  descendent  du  premier  Manou  Swâyam- 
bhouva  (issu  de  l'être  existant  de  lui-même).  Ces  Ma- 
nous donnèrent  naissance  à  une  race  de  créatures 
douées  d'une  âme  noble  et  d'une  énergie  supérieure. 

VivaS'Vat  (Vaivas-vata),  est  le  septième  Manou  qui  a 
construit  un  fort  navire,  dans  lequel  il  s'est  embarqué 
avec  les  sept  Richis.  Le  Dieu  ViscJmoii,  métamorphosé 
en  poisson,  traîna  le  vaisseau  pendant  un  grand  nom- 
bre d'années  et  le  fit  aborder  sur  le  sommet  du  mont 
Himavât  (Himalaya)  où  il  ordonna  aux  Richis  d'atta- 
cher le  navire.  [Recherches  asiatiques,  vol.  I,  p.  170.) 

Le  jour  des  Pitris  se  divise  en  deux  quinzaines 
terrestres  (lois  de  Manou,  liv.  I,  §  66).  La  quinzaine 
noire,  qui  finit  avec  le  jour  de  la  nouvelle  lune  est  pour 
les  Pitris,  le  jour  destiné  aux  actions,  et  la  quinzaine 
blanche-;  qui  finit  avec  le  jour  de  la  pleine  lune,  la  nuit 
consacrée  au  sommeil. 

Nous  parlerons  plus  tard  des  rapports  des  Pitris  avec 
les  hommes,  et  du  culte  qu'on  rend  à  ces  mânes  des  an- 
cêtres, qui  passent  pour  avoir  institué  les  cérémonies 


HIÉRARCHIE  CELESTE  SELON  LES  ANCIENS  PERSES.     12? 

religieuses,  les  Esprits  purs  connaissant  seuls  parfaite- 
ment la  théologie. 

hes  Asoiiras  sont  des  ennemis  deâ  Dêvâs,  en  hostilité 
perpétuelle  avec  ces  bons  Esprits;  les  Asotiras  sont  d'un 
ordre  bien  supérieur  aux  autres  démons.  (Le  drame 
SaJiountala,  acte  VI.) 

Les  Ràkchasas  (lois  de  Manou,  liv.  I,  §  37)  sont  des 
génies  malfaisants.  Ils  paraissent  être  de  plusieurs  sor- 
tes :  les  uns  sont  des  géants,  ennemis  des  dieux,  comme 
Ravana  dans  le  poëme  épique  du  Ramayana  ;  les  autres 
hantent  les  forêts  et  les  cimetières  ;  ils  troublent,  en  gé- 
néral, sans  cesse,  les  sacrifices  des  pieux  ermites.  Leur 
nombre  est  incalculable  et  ne  cesse  de  se  renouveler  par 
les  âmes  criminelles,  qui  sont  condamnées  à  devenir  des 
Ràkchasas  plus  ou  moins  longtemps,  suivant  la  gravité 
de  leurs  fautes.  [Ramayana,  liv.  XH.) 

Les  Pisâtchas  sont  des  Esprits  inférieurs  aux  Ràkcha- 
sas. (Ramayana,  liv.  XII.) 


CHAPITRE    XL 
Hiérarchie  céleste  selon  les  anciens  Perses, 


Les  Perses  admettent  sept  Esprits  supérieurs  (Amclias- 
pands),  comme  l'Apocalypse  de  saint  Jean!  (Chap.  I,  4; 
Ghap.  m,  1;  Chap.  lY,  5  ;  Chap.  Y,  6.) 

Selon  l'Apocalypse,  les  sept  Esprits  sont  aussi  appelés 
les  sept  lampes  de  feu  ardentes  devant  le  trône  de  l'Éter- 
nel (Apocalypse,  IV,  5).  Ces  sept  Esprits  de  Dieu  sont, 
selon  l'Apocalypse  (chap.  V,  6),  envoyés  par  toute  la 


428  CHAPITRE   XI. 

terre.  On  connaît  la  doctrine  des  sept  séphirots  où  ma- 
nifestations principales  de  la  force  créatrice  qui  prési- 
dent à  la  direction  du  monde  visible. 

Ormuzd  est,  selon  le  Zend-Amsta  (Anquetil-Duper- 
ron,  tome  III,  262),  le  premier  de  ces  sept  grands 
Esprits.  Les  anciens  Perses  appellent  les  bons  Esprits  en 
général  Izeds  (Anquetil,  tome  II,  pag.  211,  222,  etc.) 
Mithra  est  le  plus  grand  de  ces  Izeds;  il  donne  la  lumière 
à  la  terre,  et  entretient  le  monde  par  les  biens  physiques 
et  moraux  (Anquetil,  tome  II,  pag.  223).  Il  protège 
l'homme  contre  les  mauvais  génies  (i)^^^»/?//^),  les  sateb 
lites  d'Ahriman. 

Les  Gahs  président  à  une  des  cinq  parties  du  jour 
(lever  du  soleil,  midi,  trois  heures  après  midi;  coucher 
du  soleil  jusqu'à  minuit  et  minuit  jusqu'à  l'aurore). 

Les  Hamkas  (coopérateurs)  sont  des  Izeds  d'un  ordre 
inférieur,  qui  accompagnent  les  Izeds  supérieurs. 

Les  FeroiXes  sont  des  Anges  gardiens  femelles. 

Les  Beim  (les  dévas  des  Indiens)  sont,  selon  le  réfor- 
mateur Zoroastrey  en  haine  du  brahmanisme,  des  mau- 
vais génies,  des  créations  à'Ahriman  (Anquetil,  tome  II, 
365-3G9).  L'homme  ne  doit  pas  invoquer  les  Dews. 
Ahriman  a  trompé  les  hommes  sur  ce  qui  regarde  les 
Dews  (Anquetil,  tome  II,  378);  en  ajoutant  foi  à  ce 
mensonge,  l'homme  et  la  femme  primitifs  sont  tombés. 
Du  reste,  tous  ces  mauvais  Esprits  seront  finalement 
heureux,  bien  qu'ils  multiplient  la  mort  dans  le  monde. 
On  voit  que  les  préjugés  nationaux  ont  contribué  à  pro- 
pager et  à  exagérer  la  doctrine  des  mauvais  Esprits. 
Chaque  peuple  croyait  que  le  vrai  Dieu  et  que  les  bons 
Esprits  ne  pouvaient  se  révéler  qu'à  lui  seul.  Toutes  les 
castes  de  prêtres  ont  toujours  persécuté  les  voyants  et 
les  prophètes  étrangers  ou  laïques  comme  démoniaques. 


LES  ETRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    129 

On  sait  que  le  Christ  lui-même  n'a  pas  échappé  à  cette 
accusation  injuste  et  odieuse.  (Jean,  X,  19-21.) 


CHAPITRE  XII. 
Les  êtres  invisibles  selon  les  penseurs  grecs. 


Selon  Heraclite  (Diog.  Laërt.,  IX,  8),  Dieu  est  le  lien 
spirituel  de  tout  ce  qui  existe,  {hiixpij.  va) 

Suivant  Anaxagoras  (Suidas  Anaxag.),  Dieu  est  le  su- 
prême gardien  du  monde  ;  il  est  FEsprit  qui  met  tout 
en  mouvement,  sans  se  confondre  avec  aucune  chose 
et  sans  changer  jamais. 

Plutarque  dit  (d'Isis  et  d'Osiris,  traduct.  française 
de  Ricard,  tom.  V,  p.  383)  :  qu'une  providence  unique 
gouverne  l'univers  et  que  des  génies  secondaires  en 
partagent  avec  elle  l'administration  ;  on  a  donné  à  ces 
génies,  chez  les  divers  peuples,  des  dénominations  et 
des  honneurs  différents. 

Le  monde  matériel  n'est  selon  plusieurs  anciens  pen- 
seurs, que  l'image,  le  reflet  ou  l'omhre  du  monde  invi- 
sible des  causes. 

Selon  Socrate,  ce  qu'il  y  a  de  mieux  dans  V univers  est 
invisible,  et  ne  peut  être  reconnu  que  dans  ses  œuvres. 
(Xénophon,  Mém.  I,  4  ;  Platon,  de  Leg.,  X,  897,  etc.; 
Platon,  Rép.  Vil,  init.j 

Suivant  Empédocle  (Carmina,  V,  li-15,  éd.  Sturtz 
513,  etc.)  des  forces  spirituelles  agitent  le  monde  visi- 
ble. Selon  Thaïes,  l'univers  est  rempli  de  dieux  (T:\^-n 
^£wv)  (Aristot.,  de  Anima,!,  o).  Les  ànies  sont  les  forces 


130       •  CHAPITRE   XII. 

motrices  de  l'univers  suivant  ledit  Thaïes  [(Diog.Laërt., 
1,24),  Suivant  Heraclite  le  monde  visible  est  rempli  de 
démons  et  d'Esprits.  Platon  dit  (de  Leg.,  896)  que  ces 
êtres  invisibles  et  surnaturels  ont  existé  bien  avant  la 
création  du  monde  matériel.  Tous  ces  êtres  invisibles 
sont  selon  Aristote  (Physique,  IV,  2  et  3),  aussi  sub- 
stantiels que  les  êtres  matériels.  Plutarque  dit  (d'Isis  et 
d'Osiris,  traduct.  de  Ricard,  tome  Y,  page  378)  :  que 
toutes  les  substances  qui  sont  au  Ciel  et  dans  les  enfers 
ont  un  rapport  commun,  et  les  anciens  donnèrent  à 
celles-ci  le  nom  de  sacrées  et  aux  premières  celui  de 
saintes. 

Le  nom  de  démon  s'appliquait  originairement  à  tout 
être  divin,  mais  dans  un  sens  plus  restreint,  il  était  en- 
tendu des  divinités  secondaires  des  génies  et  des  héros. 
C'est  pourquoi  Aristote  (de  Divin,  persona,  II),  dit  que  la 
nature  n'est  pas  divine,  mais  âéynoniaque  (y;  ya/j  ^ùacl 
^M[ioviu  oCkk  o\>  âsiu).  Le  mot  ^(xiiJLuv,  (J'aifjf/wv  OU  ^à//wv  est  dé- 
rivé de  <y«t&)  (apprendre,  connaître),  ou  de  (î'âw,  distribuer. 
En  effet,  les  démons  errent  çà  et  là  au-dessus  du  sol,  sur 
lequel  ils  versent  leurs  dons  matériels  et  spirituels,  car 
selon  Hésiode  (Op.  et  Dies,  121,  etc.),  les  bons  génies 
veillent  sur  les  hommes.  Ces  âmes  vertueuses  sont  les 
gardiennes  des  mortels  (Plut.,  d'Isis  et  d'osiris,  Ricard  Y, 
344).  Pythagore  dit  que  les  Esprits  annoncent  auxhom* 
mes  les  choses  occultes  et  prédisent  l'avenir  (Diog. 
Laërt.jYHI,  32);  les  démons  dirigentlliomme  souvent  en 
qualité  d'Esprits  gardiens  dans  toutes  ses  actions,  témoin 
le  démon  de  Socrate  (Platon,  Apolog.,  p.  31-40;  Xéno- 
phon,  Mém.  I,  1)  qui  fut  son  génie  familier,  en  l'aver- 
tissant souvent  des  dangers  imminents  dont  il  était  me- 
nacé. Nous  citons  ici  cet  exemple  frappant,  parce  que 
nous  croyoDS  qu'aucun  homme  doué  de  bon  sens  ne  fera 


LES  ETRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    131 

passer  cet  homme  illustre,  le  plus  sage  de  tous  ses  con- 
temporains en  Grèce,  pour  un  fou,  ou  pour  un  halluciné 
comme  M,  Lélut,  membre  de  l'Académie  de  médecine  à 
Paris;  il  n'y  a  qu'un  médecin  matérialiste  qui  fût  capable 
de  débiter  des  absurdités  aussi  ineptes.  Quant  à  nos  ortho^ 
(loxes  démonophohos,  ils  semblent  croire  que  le  démon 
de  Socrate  était  un  mauvais  Esprit,  parce  que  cet  homme 
illustre  n'a  été  ni  israélite,  ni  chrétien ,  assertion  non 
moins  absurde  et  monstrueuse,  que  nous  ne  voulons 
gu('re  effleurer.  Nous  nous  rangeons  de  l'avis  du  célèbre 
Platon,  qui  regarde  les  démons  comme  les  interprètes  et 
les  médiateurs  entre  les  dieux  et  les  hommes  ;  les  gé- 
nies invisibles  font  passer  au  ciel  les  vœux  et  les  prières 
des  mortels  et  leur  rapportent  les  oracles  et  les  bienfaits 
de  ces  êtres  puissants.  (Plutarque,  d'Isis  et  d'Osiris.  Ri- 
card, tome  V,  344.) 

Suivant  les  poètes  et  les  penseurs  grecs,  depuis  Ho- 
mère et  Hésiodcy  depuis  Thaïes  et  Pythagore^  jusqu'à  l'é- 
cole d'Alexandrie,  les  démons  n'étaient  donc  nullement 
de  mauvais  Esprits. 

Les  démons  sont  d'une  nature  mixte,  et  leur  volonté 
est  susceptible  d'affections  opposées.  (Plutarque,  d'Isis 
et  d'Osiris.  Ricard,  V,  343  ;  Creuzer,  Religions  de  l'anti- 
quité, trad.  Guigniaut,  tome  III,  part.  I,  p.  2,  etc.,  etc.) 

Pythaqore,  XehocratCy  Platon  et  Chrysippe  croient, 
d'après  les  plus  anciens  théologiens_,  qu'il  y  a  des  êtres 
bien  supérieurs  en  puissance  à  la  nature  humaine,  bien 
que  la  divinité  ne  fut  en  eux  ni  pure  ni  sans  mélange  ;  il 
y  a  dans  les  génies,  ainsi  que  dans  les  hommes,  diffé- 
rents degrés  de  vertu  et  de  vice.  (Plut.,  d'Isis  et  d'Osiris^ 
Ricard, Y,  342).  C'est  pourquoi  Empédoclo  dit  que  les 
démons  sont  punis  des  fautes  et  des  négligences  qu'ils 
commettent.   (Plut.,  d'Isis  et  d'Osiris,  Ricard, V,  344.) 


132  CHAPITRE   XII. 

Plutarque  dit  (ibid):  qu'il  faut  ranger  parmi  ces  Génies 
qui  n'étaient  7ii  dieux,  ni  hommes,  Osiris,  Isis,  Typhon, 
Hercule,  Bacchiis,  les  Gcmits,  les  Titans,  etc.,  etc.  Du 
reste,  Isis  et  Osiris,  de  bons  génies  qu'ils  étaient,  ayant 
été  changés  en  dieux,  comme  le  furent  depuis  Hercule  et 
Bacchns,  ont  reçu,  et  avec  raison,  les  honneurs  qu'on 
rend  aux  dieux  et  aux  démons,  puisqu'ils  ont  partout,  et 
principalement  sur  la  terre  et  dans  les  enfers,  le  pouvoir 
le  plus  étendu.  Les  génies  secondaires  administrent  le 
monde  sous  la  direction  de  la  providence.  Selon  Cicéron 
(deNaturaDeorum),  les  plus  grands  et  les  plus  nobles  de 
tous  les  philosopiies,  ont  toujours  pensé  qu'ici-bas  tout 
(même  les  choses  naturelles)  était  régi  et  administré  par 
les  dieux. 

Quant  aux  différentes  classes  de  génies,  il  faut  distin- 
guer, selon  Hésiode  (Op.  et  Dies,  121,  etc.),  les  démons 
(ces  principes  intelligents  qui  gouvernent  le  monde  et 
distribuent  les  biens  dans  l'univers)  et  les  héros.  Les  dé- 
mous  ont  été  des  hommes  de  l'âge  d'or  (les  Manous,  les 
Richis  des  Indiens  et  les  'Pitris  les  plus  anciens).  Ils 
sont  répandus  dans  l'air  et  observent,  en  qualité  d'Es- 
prits gardiens  des  mortels,  les  bonnes  et  les  mauvaises 
actions  des  hommes.  Les  démons  sont  supérieurs  aux 
héros  qui  n'ont  été  que  les  hommes  illustres  du  qua- 
trième âge.  Ces  héros  ne  constituent  que  des  demi-dieux 
(yjp  ^lai).  On  sait  que  Homère  a  chanté  leurs  hauts  faits. 
Les  vers  dorés  de  Pythagore  fournissent  une  division 
tripartite  des  êtres  divins,  les  Dieiix,  les  démons  et  les 
héros  (v.  1  et  S9).  Suivant  Pythagore,  les  démons  sont 
des  dieux  terrestres  (àïai  xBôvtoi)^  par  opposition  aux 
dieux  célestes  et  supérieurs  ;  on  les  invoqua  comme  spé- 
cialement attachés  à  la  protection  du  pays  ;  ces  suù- 
stances  spirituelles  répandues  dans  Fair,  constituaient 


LES  ÊTRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    133 

les  divinités  topiques  par  excellence  {^îoi  tv-6nioi)  ;  les 
nymphes  furent  une  classe  de  ces  démons  ou  génies;  on 
plaça  sous  leur  protection  spéciale  les  lieux  arrosés  par 
les  eaux  qu'elles  habitaient.  Les  nymphes  étaient  donc 
également  des  divinités  topiques  qui  veillaient  sur  le 
sol  auquel  elles  étaient  invisiôlement  attachées.  Aussi 
chaque  canton  reconnut  sa  nymphe  spéciale.  Sparte, 
Elis,  Thèbes,  etc.,  etc.,  avaient  leurs  nymphes  éponymes. 
(Pausanias,  II,  c.  16,  §  3.) 

Au  reste,  non-seulement  Pytharjore,  mais  encore  Jha- 
lès,  Platon  et  les  stoïciens,  distinguaient  les  démons,  les 
héros  et  les  dieux.  Les  démons  étaient,  suivant  ces  pen- 
seurs, des  substances  sphntiielleSy  et  les  héros  des  âmes 
séparées  des  corps  qu  elles  ont  autrefois  animés.  Tous  ces 
génies  sont  de  bons  ou  de  mauvais  esprits,  suivant  que 
leurs  âmes  ont  été  bonnes  ou  mauvaises.  (Plutarque,  de 
Placit.  philosoph.,  lib.  I,  cap.YIII.) 

Tous  les  morts  sont  désignés  par  ces  penseurs  sous  l'ac- 
cejytion  générique  de  héros,  comme  dans  l'Inde  les  Pitris 
(<?6o«  ??/)W£ç) .  En  effet,  grâce  au  caractère  historique  du 
polythéisme,  on  devait  confondre  le  culte  des  anciens 
héros  avec  le  culte  des  ancêtres  défunts  ou  des  mânes  en 
général.  (Platon,  Cratyl.,  §  33,  p.  227,  éd.  Bekker.) 

C'est  ce  qui  explique  comment  peu  à  peu  Fépithète  de 
héros  fut  étendue  à  tous  les  morts.  On  distinguait  quel- 
quefois mieux  par  l'épithète  de  démons  ceux  qui  avaient 
été  élevés  à  la  condition  de  demi-dieux.  A  une  époque 
postérieure,  ce  fut  généralement  l'oracle  de  Delphes  qui 
prononça  sur  la  canonisation  des  héros  (Pausanias,  VI, 
cap.  6,  §  2  et  3;  Platon,  Cratyl  ,  §  33,  p.  227,  édit. 
Bekker).  En  général,  les  héros  furent  même  englobés  dans 
la  catégorie  des  démons,  car  la  démarcation  entre  ces  deux 
ordres  de  génies  n'était  pas  nettement  tranchée.  En  effet, 


134  CHAPITRE    XTI. 

les  morts  étaient  également  répandus  dans  Tair  et  dans 
tout  l'univers  comme  les  démons  ;  la  plupart  des  héros 
furent  également  les  patrons  locaux  des  villes  et  des  pays 
où  ils  avaient  jadis  vécu,  et  qu'ils  avaient  illustrés  par 
leurs  hauts-faits.  Les  esprits  des  ancêtres  illustres  et  des 
anciens  rois  du  pays  étaient  supposés  accompagner  les 
peuples  qu'ils  protégeaient  ;  lorsqu'on  bâtissait  une  nou- 
velle ville,  on  leur  offrait  des  sacrifices.  (Pausanias,  IV, 
cap. 27,  §  4;  Pausanias,  I,  cap.  34,  §  2.) 

On  appelait  Théiirgie  la  science  qui  apprenait  les  di- 
verses espèces  des  êtres  intelligents,  la  stibordination 
qui  était  entre  eux,  le  culte  qui  leur  était  du  et  les  céré- 
monies nécessaires  pour  s'unir  intimement  avec   eux. 

L'antiquité  considérait  la  théurgie  comme  la  science 
divine  par  excellence  (^éo?  é/oyov).  Cette  sorte  de  ma- 
gie consistait  à  recourir  aux  génies  bienfaisants,  pour 
produire  des  effets  surnaturels  ou  supérieurs  aux  forces 
de  la  matière  inerte  ;  toute  véritable  magie  n'est  qu'une 
théurgie  ;  tout  magicien  n'agit  qu'avec  le  concours  d'un 
génie  qui  l'inspire  et  le  porte  à  produire  des  choses 
merveilleuses.  Le  but  de  la  théurgie  était  de  perfec- 
tionner l'esprit  et  de  rendre  l'âme  plus  pure,  en  déve- 
loppant les  hautes  facultés  de  l'intelligence  au  détri- 
ment des  instincts  grossiers. 

La  théurgie  qui  est  Tart  de  commander  aux  Esprits, 
a  été  apprise  aux  hommes  par  Mercure  et  expliquée 
par  Bytis  (jui  avait  étudié  les  hiéroglyphes  d'Egypte. 

Les  théurges  passaient  pour  avoir  le  secret  d'évoquer 
les  dieux  par  des  paroles  mystérieuses  ;  et  lorsqu'il  y 
avait  quelque  résistance,  la  théurgie  avait  recours. à  des 
menaces  qui  triomphaient  de  l'opiniâtreté  des  dieux  ; 
saint  Augustin  en  fait  mention  dans  sa  Cité  de  Dieu.  (De 
Civitate  Dei,  lib.  X,  cap.  2.) 


LES  ETRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    135 

Aristophane  attribue  à  Orphée  les  premières  formules 
théurgiques  dont  il  avait  puisé  la  substance  dans  les 
temples  égyptiens.  Ces  formules  enseignaient,  comment 
il  fallait  servir  les  dieux  et  les  apaiser  lorsqu'ils  étaient 
irrités  ;  comment  on  expiait  les  crimes,  comment  on  gué- 
rissait les  maladies  du  corps  et  de  Famé. 

La  formule  suivante,  conservée  par  Plotin,  reste 
comme  preuve  de  la  pureté  des  sentiments  des  théur- 
giens  :  «  Marchez  dans  la  voie  de  la  justice,  adorez  le 
))  seul  Maître  de  l'univers  ;  il  est  un,  il  est  seul  ;  il  existe 
))  par  lui-même;  tous  les  êtres  lui  doivent  leur  exis- 
»  tence,  il  agit  dans  eux  et  par  eux  ;  il  voit  tout  et  n'a 
»  jamais  été  vu  par  des  yeux  mortels.  » 

Le  prêtre  théurgiste  devait  être  irréprochable  dans 
ses  mœurs  et  sa  conduite  ;  avant  d'entrer  en  fonctions, 
il  était  nécessaire  qu'il  s'y  préparât  par  des  jeûnes,  des 
prières  et  diverses  mortifications  ;  alors  seulement  il  lui 
était  permis  d'entrer  dans  le  sanctuaire  du  temple,  où 
son  esprit  dégagé  de  toute  idée  terrestre,  s'éclairait  aux 
lumières  de  la  science  divine. 

Les  Orphiques  prétendaient  qu'on  pouvait  non-seule- 
ment obtenir  du  ciel  le  pardon  de  tous  les  crimes^  mais 
encore  contraindre  les  immortels  aux  volontés  humaines* 
La  même  croyance  existait  chez  les  Romains.  Pline, 
Tite-Live  et  Denys  d'Halicarnasse,  ont  transmis  beau^ 
coup  de  faits  bien  constatés,  lesquels  prouvent  que  les 
décrets  divins  pouvaient  être  changés  ou  éludés  par  le 
savoir-faire  des  prêtres.  Les  augures  et  les  haruspices 
(qui  découvraient  les  choses  cachées  et  prophétisaient 
par  le  vol,  le  chant  et  la  manière  de  manger  des  oiseaux, 
par  le  murmure  des  brises  à  travers  les  arbres,  et  celui 
des  eaux  sur  les  cailloux,  par  le  passage  des  nuages,  le 
cri  des  animaux,  leur  manière  de  porter  la  tête  et  la 


136  CHAPITRE   XII. 

queue,  par  l'inspection  du  foie  et  des  entrailles  d'une 
victime),  les  augures  et  les  haruspices  —  dis-je  —  arrê- 
taient ou  changeaient  la  volonté  des  dieux;  c'est  ce  que 
Pline  démontre  en  représentant  Jupiter  contraint,  par 
les  conjurations  puissantes  de  Picuset  de  Faune,  à  quit- 
ter l'Olympe,  pour  venir  sur  terre  enseigner  à  Numa 
Pompilius  Fart  des  prodiges. 

Dans  Lucain  et  Stace,  on  trouve  des  menaces  adres- 
sées aux  mânes,  pour  accélérer  leur  ohéissance.  La  dis- 
tinction entre  les  hommes  qui  avaient  obtenu  une  glo- 
rieuse immortalité  elles  dieux,  tendait  même  à  s'effacer, 
grâce  au  culte  des  héros,  car  l'âme,  dégagée  des  liens 
du  corps,  s'envolait  vers  les  cieux  et  y  allait  jouir  d'une 
vie  immortelle  et  incorruptible,  ce  qui  l'assimilait  natu- 
rellement aux  dieux  dont  ce  genre  de  vie  formait  le  pri- 
vilège. 

Les  héros  intercédaient,  ainsi  que  les  saints  du  moyen- 
âge,  auprès  des  dieux  plus  puissants  qu'eux. 

Sous  le  règne  de  l'empereur  Julien,  Chrysante  et 
Maxime  sont  invités  par  ce  prince  à  se  rendre  à  sa  cour; 
mais,  comme  ils  ne  rencontrent  que  des  présages  sinis- 
tres, obligeons,  disent-ils,  obligeons  les  dieux  à  vouloir  ce 
que  nous  voulons,  et  ils  recommencent  les  opérations 
théurgiques. 

On  sait  qu'il  y  a  dans  la  prière  ardente  une  sorte  de 
théurgie;  les  portes  ne  sont  ouvertes  qu'à  ceux  qui 
frappent  violemment  et  les  enfoncent,  selon  le  Christ  et 
les  apôtres. 

La  prière  serait  une  chose  absurde,  si  l'on  ne  pouvait 
pas  fléchir  la  volonté  de  Dieu  et  des  génies  célestes.  La 
persuasion  que  la  volonté  des  dieux  peut  être  modifiée 
par  l'énergique  volonté  de  certains  hommes,  se  trouva 
aussi  chez  les  Perses,  les  Gaulois,  les  Germains,  les  Gel- 


LES  ETRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    137 

tes,  les  Armoricains  et  autres  anciens  peuples.  Les  Drui- 
des se  servaient  de  paroles  magiques  pour  se  rendre  in- 
vulnérables, pour  arrêter  les  progrès  d'un  incendie,  pour 
exciter  ou  calmer  les  tempêtes,  pour  troubler  la  raison 
de  leurs  ennemis.  Les  droites  ou  magiciens  de  l'Armo- 
rique  prétendaient  ressusciter  les  morts  au  moyen  de 
paroles  mystérieuses  ;  ils  assuraient  pouvoir  donner  ou 
guérir  toutes  sortes  de  maladies. 

On  trouve  dans  V Havarnaat  Scandinave  ce  curieux 
passage  :  «  Savez-vous,  y  dit  Odin,  comment  on  doit 
))  écrire  les  runes,  les  expliquer,  éprouver  leurs  vertus? 
))  Je  sais  des  paroles  que  nul  enfant  des  hommes  ne  con- 
»  nait;  des  paroles  qui  chassent  la  plainte,  les  souffrances 
»  et  les  chagrins.  J'en  sais,  qui  émoussent  le  tranchant 
»  des  armes,  qui  brisent  les  plus  fortes  chaînes,  qui  apai- 
»  sent  l'orage  et  ramènent  la  sérénité  au  ciel  ;  j'arrête  les 
»  vents  qui  poussent  les  nuages,  et  d'un  regard  je  puis 
»  calmer  la  mer  irritée.  Quand  je  trace  des  caractères  sa^ 
»  crés  (écriture  directe  des  Esprits)  les  habitants  des  tom- 
»  beaux  se  réveillent  et  viennent  à  moi.  Si  je  répands  de 
»  l'eau  sur  l'enfant  nouveau-né,  le  fer  ne  peut  plus  rien 
»  contre  lui  (on  connaît  la  tradition  de  l'invulnérabilité 
))  d'Achille  chez  les  Grecs) .  Je  dévoile  la  nature  des  dieux, 
»  des  génies  et  des  hommes;  j'éveille  le  désir  dans  le 
»  cœur  de  la  vierge  la  plus  chaste  ;  je  sais  inspirer  l'a- 
»  mour  ou  la  haine  ;  rendre  les  femmes  fécondes  ou 
»  stériles  ;  je  puis  redoubler  ou  abattre  le  courage  des 
»  guerriers.  » 

Chez  les  peuples  duLatium,  les  Augures  prétendaient 
aussi,  en  se  servant  de  paroles  magiques,  pouvoir  en- 
chaîner les  vents,  calmer  la  tempête,  diriger  la  foudre, 
enlever  aux  serpents  leur  venin,  etc.,  etc. 

La  Goëtie  ou  la  magie  noire  est  selon  l'école  savante 

12 


138  CHAPITRE   XII. 

d'Alexandrie  (Plotin,  Porphyre  et  Jamblique)  l'art  d'évo- 
quer les  Esprits  infernaux  pour  porter  la  désolation 
parmi  les  hommes. 

L'historien  Diodore  de  Sicile  nous  dépeint  Circé  et 
Médée  comme  deux  Goëtiennes  redoutables,  inspirant 
l'épouvante  et  l'horreur. 

Les  Romains  y  même  en  plein  beau  siècle  d'Auguste, 
crurent  également  à  la  Goëtie,  Horace  reproche  très 
amèrement  aux  magiciennes,  Hermonide,  Sagane  et 
Canidie  leurs  odieux  maléfices.  L'on  reproche  à  Sex- 
tus,  fils  du  grand  Pompée,  d'avoir  immolé  un  enfant 
dans  une  de  ces  horribles  incantations.  Ce  fut  surtout 
enThessalie  que  la  magie  noire  ou  Goëtie  établit  son  em- 
pire. La  Thessalie  jouissait  d'une  telle  renommée  à  cet 
égard  que  souvent  les  auteurs  de  l'antiquité  emploient  le 
mot  Thessalienne  pour  désigner  une  habile  magicienne. 
Mycale,  une  des  plus  fameuses  magiciennes  de  ce  pays, 
pouvait  à  son  gré  opérer  les  plus  étranges  métamor- 
phoses. 

Ceux  qui  accouraient  à  la  magie  grise  s'en  servaient 
le  plus  souvent  en  vue  de  satisfaire  des  vengeances  per- 
sonnelles ou  de  coupables  convoitises* 

Selon  Pindare,  les  démons  étaient  des  génies  protec- 
teurs. Ce  poète  attribue  à  chaque  personne  un  démon 
en  qualité  d'esprit  gardien  ;  il  nous  parle  même  de  dé- 
mons qui  président  à  la  naissance  des  hommes,  comme 
nous  verrons  plus  tard.  (Pindare,  Pyth.,  III ,  109; 
Olymp.,  XII,  105.) 

Porphyre,  touchant  l'Abstinence  (lib.  II,  chap.36),  dit 
que  les  pythagoriciens  recevaient  le  don  de  prophétie, 
lorsqu'ils  invoquaient  les  dieux,  auxquels  ils  n'offraient 
que  les  prémisses  des  fruits  en  sacrifice. 

Porphyre  (lib.  II,  chap.  38)  dit  que  les  hommes  doi- 


LES  ÊTRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    139 

vent  aux  démons  tous  les  arts.  Les  démons  sont  chargés 
de  porter  aux  dieux  les  prières  des  hommes  et  de  rap- 
porter aux  hommes  les  avertissements  et  les  oracles  des 
dieux  ;  ils  gouvernent,  sous  la  direction'  des  dieux,  le 
monde,  et  leur  administration  est  conforme  à  la  raison. 

Porphyre  (Abstinence,  lib.  II,  chap.  39)  dit  que  les 
démons  sont  invisibles  et  échappent  aux  sens  des 
hommes  ;  ils  n'ont  point  un  corps  solide,  et  ils  ont  des 
figures  différentes  ;  néanmoins  les  formes  qui  enve- 
loppent leur  esprit  se  font  quelquefois  apercevoir  et  quel- 
quefois  on  ne  peut  pas  les  envisager. 

Les  bons  génies  ou  démons  (chap.  XLI),  avertissent  les 
hommes  des  dangers  dont  ils  sont  menacés  par  les  génies 
malfaisants;  et  ils  donnent  ces  avis  ou  par  des  songes, 
ou  par  des  inspirations,  ou  enfin  par  d'autres  moyens. 
Si  quelqu'un  avait  le  talent  de  discerner  ces  divers  aver- 
tissements, il  se  mettrait  facilement  en  garde  contre  tous 
les  maux  que  les  mauvais  génies  sont  capables  de  nous 
faire.  Les  bo7is  qénies  donnent  des  avis  à  tous  les  hom-^ 
meS)  mais  tous  les  hommes  ne  les  entendent  :  comme  il 
n'y  a  que  ceux  qui  ont  appris  à  lire  qui  puissent  lire. 

Il  y  a  une  proportion  régulière  (lib.  II,  chap.  39)  entre 
l'Esprit  nerveux  qui  se  manifeste  (le  corps  éthéré)  et 
l'âme  des  bons  génies.  On  s'en  aperçoit  lorsqu'ils  appa- 
raissent corporellement;  mais  il  n'y  en  a  aucune  entre 
l'Esprit  nerveux  et  l'âme  des  mauvais  génies.  Ceux-ci 
habitent  les  espaces  qui  sont  autour  de  la  terre  et  ils 
sont  cause  de  tous  les  malheurs  que  nous  éprouyons 
dans  cette  vie  (des  pestes,  des  sécheresses  et  autres  sem- 
blables fléaux).  Jouant  le  personnage  des  autres  dieux, 
ils  profitent  de  nos  extravagances,  en  nous  empêchant 
d'avoir  des  opinions  saines  des  dieux  et  en  nous  inspi- 
rant un  amour  violent  des  richesses,  des  honneurs,  des 


140  CHAPITRE    XII. 

plaisirs  et  de  la  vaine  gloire.  L'ambition  (chap.  XLII) 
des  mauvais  génies  est  de  passer  pour  dieux,  et  leur  chef 
voudrait  qu'on  le  crût  le  grand  Dieu  ;  ils  prennent  plai- 
sir aux  sacrifices  ensanglantés  ;  ce  qu'il  y  a  en  eux  de 
corporel  s'en  engraisse  ;  car  ils  vivent  de  vapeurs  et 
d'exhalaisons,  et  se  fortifient  par  les  fumées  du  sang  et 
des  chairs.  (Eusèbe,  Prép.  év.  I,  4,  page  173.) 

Plutarque  (des  Oracles  qui  ont  cessé)  était  persuadé 
que  sans  la  doctrine  de  l'existence  des  démons,  la  nature 
était  pour  nous  une  énigme  inexplicable.  Posidonius 
(Gicero  de  Divin,  lib.  I,  30)  pensait  que  l'air  était  rempli 
d'Esprits  immortels  (quod  plenus  sit  aer  immortalium 
animorum).  Plotin  et  Porphyre  ont  examiné  ce  qui  cons- 
titue la  difî'érence  des  dieux  d'avec  les  démons. 

Les  dieux ^  dit  le  premier  [Ënneade,  lib.  III),  sont  sctns 
passion;  les  démons  en  ont  et  tiennent  le  milieu  entre  les 
dieux  et  les  hommes.  Les  vrais  dieux  habitent  dans  le 
monde  intelligible  ;  ceux  qui  résident  dans  le  monde 
sensible  sont  du  second  ordre.  Les  démons  ont  des  corps 
aériens  ou  ignés  ;  ils  ont  commerce  avec  les  corps  ;  il 
n'en  est  pas  de  même  des  dieux.  Porphyre  pensait  de 
même.  Il  écrivait  à  Nébon  que  les  dieux  étaient  de  pures 
intelligences  et  que  les  démons  avaient  des  corps.  Il  n'y 
avait  aucune  diversité  à  ce  sujet  entre  les  philosophes, 
si  l'on  s'en  rapporte  à  Jamblique.  (De  Mysteriis.) 

Proclus  croyait  que  les  dieux  étaient  toujours  accom- 
pagnés d'une  grande  suite  de  démons,  dont  la  plus 
grande  satisfaction  était  d'être  pris  pour  les  dieux  à  la 
suite  desquels  ils  étaient. 

Dans  une  foule  de  légendes,  les  démons  revêtent  le 
caractère  de  dieux  inférieurs  ou  plutôt  secondaires 
((^eûTsçot  (^eot),  par  opposition  aux  dieux  célestes  ou  su- 
périeurs, comme  chez  Pythagore,  Thaïes,  Platon  (Pla- 


LES  ETRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    141 

ton,  de  Leg.,  VIII,  page  360,  édit.  Bekker;  Plutar([ue, 
Maximus  Tyrius,  XIV,  4,  p.  254,  édit.  Reiske),  etc.,  etc. 

Maxime  de  Tyr  traite  la  question  des  Esprits  confor- 
mément à  la  doctrine  de  Platon  dans  sa  dissertation  sur 
le  dieu  de  Socrate.  Il  prétend  qu'il  y  a  des  intelligences 
mitoyennes  entre  les  dieux  et  les  hommes  ;  qu'elles  ser- 
vent d'interprètes  aux  hommes  auprès  de  la  Divinité  ; 
qu'elles  sont  en  très  grand  nombre;  qu'elles  rendent 
continuellement  de  bons  services  au  genre  humain; 
qu'elles  procurent  la  santé,  donnent  des  conseils,  dé- 
couvrent ce  qui  est  caché,  contribuent  à  la  perfection  des 
arts,  suivent  les  hommes  dans  leurs  voyages;  qu'il  y  en 
a  qui  président  aux  villes,  d'autres  à  la  campagne,  que 
les  unes  résident  sur  la  terre  et  que  d'autres  habitent 
dans  la  mer.  Apulée,  qui  a  fait  aussi  un  ouvrage  sur  le 
dieu  de  Socrate,  y  a  renfermé  tout  ce  que  les  platoni- 
ciens pensaient  au  sujet  des  démons. 

Il  y  a  eu  des  philosophes  qui  ne  se  sont  pas  contentés 
de  faire  gouverner  les  hommes  par  un  génie.  Ils  ont 
prétendu  que  chaque  homme  en  avait  deux  qui  veillaient 
sur  ses  actions.  C'était  l'opinion  d'Empédocle  et d'Euclide. 

Les  Romains  supposaient  qu'il  y  avait  des  génies  ré- 
pandus partout,  et  qui  s'intéressaient  à  tout  ce  qui  exis- 
tait ;  c'est  à  quoi  le  poète  Prudence  fait  allusion  : 

«  (Cum  portis,  domibus,  thermis,  stabulis,  oleatis 
adsignare  suos  genios,  perque  omnia  membra,  urbis, 
perque  locas ,  geniorum  millia  multa.  Fingerene  ne 
propria  vacet  angulus  uUus  ab  umbra).  » 

Les  Stoïciens,  tout  en  avouant  que  chaque  homme 
avait  un  génie,  croyaient  que  ce  génie  n'était  autre 
chose  que  la  raison  que  les  hommes  avaient  reçue  de 
Dieu  et  de  la  nature.  C'est  ce  que  croyait  l'empereur 
Antonin.  fMarc-Ant.,  I,  5.) 


142  CHAPITRE  XII. 

Jamhlique  est  celui  des  auteurs  de  l'antiquité  qui  a 
traité  le  plus  à  fond  la  question  des  génies;  il  vivait  dans 
un  siècle  où  l'attention  des  plus  célèbres  philosophes 
était  tournée  sur  le  commerce  que  les  hommes  pouvaient 
avoir  avec  les  génies,  selon  lui  la  théurgie  est  Fart 
occulte  de  procurer  à  l'âme  une  union  intime  avec  la 
Divinité.  En  parlant  de  l'apparition  des  Esprits,  il  entre 
dans  un  très  grand  détail  de  tout  ce  qui  se  passe  dans  les 
entrevues  des  hommes  avec  les  génies.  Il  prétend  que 
les  yeux  sont  réjouis  par  les  apparitions  dos  dieux,  au 
lieu  que  celle  des  Archanges  sont  terribles;  celles  des 
Anges  sont  plus  douces.  Les  apparitions  des  démons, 
des  héros  et  des  archontes,  inspirent  l'effroi  et  l'épou- 
vante (cap.  IV).  Il  y  a  de  l'ordre  et  de  la  douceur  dans 
les  apparitions  des  dieux,  du  trouble  et  du  désordre 
dans  celles  des  démons,  du  tumulte  dans  celles  des  ar- 
chontes. Lorsque  les  dieux  se  font  voir,  il  semble  que  le 
soleil  et  la  lune  aillent  s'anéantir.  On  imaginerait  que 
la  terre  ne  peut  pas  résister  à  leur  présence  ;  à  l'appari- 
tion d'un  Archange,  il  y  a  tremblement  dans  quelque 
partie  du  monde  ;  elle  est  précédée  d'une  lumière  plus 
grande,  que  celle  qui  accompagne  les  apparitions  des 
Anges  ;  elle  est  moindre  à  l'apparition  d'un  démon,  et 
elle  diminue  encore  lorsque  c'est  un  héros  qui  se  fait 
voir. 

Les  apparitions  des  dieux  sont  très  brillantes;  il  y  a 
moins  de  clarté  dans  celles  des  Archanges  et  des  Anges  ; 
celles  des  démons  sont  obscures,  mais  encore  moins  que 
celles  des  héros.  Les  archontes,  qui  président  au  monde, 
sont  lumineux,  si  l'on  excepte  ceux  qui  ne  sont  occupés 
que  du  soin  des  choses  matérielles  ;  car  ceux-là  sont 
obscurs. Lorsque  les  âmes  apparaissent,elles  ressemblent 
à  une  ombre. 


LES  ETRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    143 

Les  visions  qui  viennent  des  dieux  sont  comme  des 
éclairs;  celles  des  Archanges  et  des  Anges  ressemblent 
à  une  lumière  très  pure;  celles  des  démons  à  un  feu 
trouble  et  très  agité,  au  lieu  que  la  lumière,  qui  accom- 
pagne les  apparitions  des  dieux  ou  des  Archanges  est 
immobile.  Celle  que  l'on  voit,  lorsqu'on  aperçoit  les 
Anges,  est  dans  un  doux  mouvement.  Les  dieux  puri- 
fient l'âme  (cap.  V)  ;  les  x\rchanges  la  rappellent  à  elle  ; 
les  Anges  l'affranchissent  des  liens  de  la  matière  ;  les 
démons,  au  contraire,  la  portent  à  satisfaire  les  désirs  de 
la  nature.  Les  héros  lui  inspirent  l'amour  des  choses 
sensibles,  et  les  archontes  ne  l'occupent  que  des  soins 
matériels.  Les  dieux,  dans  leurs  apparitions,  donnent  la 
santé  au  corps,  la  vertu  à  l'âme  et  la  pureté  à  l'esprit  ; 
ils  perfectionnent  toutes  les  facultés  de  l'homme.  Les 
Archanges  produisent  souvent  les  mêmes  effets,  mais 
non  dans  la  même  plénitude.  Les  Anges  sont  bienfai- 
sants, mais  ils  le  sont  moins  que  les  Archanges. 

Les  mauvais  démons  appesantissent  le  corps  et  l'âme, 
en  retenant  ceux  qui  ont  les  désirs  élevés  ;  ils  les  rendent 
souvent  malades.  Les  héros  portent  quelquefois  les 
hommes  à  de  grandes  actions.  Les  archontes  disposent 
des  biens  de  ce  monde.  Les  âmes  pures,  qui  sont  dans 
l'ordre  des  Anges,  ramènent  l'âme  humaine  aux  choses 
vertueuses  et  donnent  les  biens  qu'elles  font  espérer. 
Les  âmes  impures  remplissent  les  hommes  de  passions 
qui  les  rendent  esclaves  du  corps.  Lorsque  les  dieux 
font  leurs  apparitions,  ou  ils  ont  avec  eux  des  dieux  ou 
une  grande  suite  d'Anges  (cap.  YJl).  Les  Archanges  sont 
accompagnés  toujours  des  Anges.  Les  mauvais  démons 
donnent  l'idée  des  supplices  et  semblent  avoir  avec  eux 
des  bêtes  féroces.  Les  archontes  font  voir  des  provinces 
à  l'imagination  des  hommes,  La  lumière\que  Von  voit  à 


144  CHAPITRE   XII. 

V apparition  des  dieux  et  des  Anges  est  si  subtile,  que  les 
yeux  corporels  ne  peuvent  la  soutenir.  Lorsque  les  Anges 
se  font  voir,  ils  agitent  Tair  de  façon  que  les  hommes 
n'en  sont  pas  incommodés. 

On  entend  du  bruit  dans  l'air  à  l'apparition  des  héros. 
Les  archontes  sont  accompagnés  de  fantômes.  L'âme 
ressent  une  joie  ineffable  lorsque  les  dieux  lui  apparais- 
sent ;  elle  produit  pour  lors  des  actes  d'amour.  La  vue 
des  Archanges  donne  de  l'intelligence  pour  les  choses 
spirituelles.  L'apparition  des  Anges  inspire  l'amour  de 
la  raison,  de  la  vérité  et  de  la  vertu.  Les  démons  don- 
nent aux  hommes  le  désir  de  la  génération  ;  ils  augmen- 
tent la  cupidité. 

La  vue  des  dieux  fait  faire  de  belles  actions  et  procure 
de  grands  biens.  Les  démons,  les  héros,  les  archontes 
ne  donnent  que  des  choses  matérielles  et  terrestres. 

Les  dieux  ne  se  font  voir  qu'aux  gens  vertueux,  après 
qu'ils  se  sont  purifiés  par  les  sacrifices.  Ils  les  fortifient 
contre  les  vices  et  les  passions.  Alors  ce  que  les  gens  de 
bien  tenaient  des  démons  s'éclipse  comme  les  ténèbres 
fuyant  le  soleil.  Lorsque  les  impurs  sacrifient,  ils  n'ob- 
tiennent point  par  là  la  grâce  de  voir  les  dieux.  Ils  atti- 
rent seulement  les  esprits  méchants,  qui  les  excitent  au 
crime  (lib.  III,  cap.  1).  Il  y  a  des  dieux  de  diverses 
espèces;  les  uns  ont  des  corps,  et  il  faut  sacrifier  à  ceux- 
ci  des  choses  sensibles  (lib.  Y,  cap.  14).  Il  y  en  a  d'autres 
dégagés  de  la  matière  (cap.  17)  ;  il  ne  faut  leur  offrir 
rien  de  terrestre.  Ces  derniers  ne  font  aux  hommes  que 
des  présents  spirituels.  Les  provinces  sont  commises 
à  l'inspiration  des  dieux  et  des  Anges  auxquels  elles  ont 
été  partagées.  (Gap.  25.) 

On  remarque  que  Jamblique  parle  de  quelques  or- 
dres d'Esprits,  que  les  autres  auteurs  profanes  n'ont  pas 


LES  ÊTRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.    145 

connus,  comme  des  archontes  et  des  Archanges.  Por- 
phyre et  Jamblique  ont  puisé  la  connaissance,  con- 
cernant l'existence  de  ces  Esprits  dans  les  ouvrages 
des  Chaldéens  et  des  Zoroastriens.  Il  est  même 
probable  que  les  Juifs  avaient  appris  l'existence  des 
Archanges  à  Babylone,  car  il  n'est  point  parlé  des 
Archanges  dans  les  livres  Sacrés  écrits  avant  la  capti- 
vité . 

Selon  Philon  (de  Gigantib.,  28S,  édit.  Mang.,  vol.  I, 
p.  263)  les  Esprits  qui  gouvernent  le  monde  invisible,  sont 
des  âmes  qui  ne  se  sont  pas  dégradées  jusqu'à  s'unir  à  la 
matière.  Les  Anges  et  en  général  tous  les  Esprits  d'une 
nature  élevée  dédaignent  l'incarnation.  (Philon,  Quod  a 
Deo  mittant.  Somn.,  edit.  Mang.,  I,  p.  641.) 

Suivant  Philon  donc,  les  Esprits  élevés  sont  des  sub- 
stances jmrenient  spiritn elles ,  comme  les  génies  ou  les 
démons  selon  Thaïes,  Pythagore,  Platon  et  les  stoï- 
ciens. (Plutarque,  de  Placit. ,  lib.  I^  cap.  8.) 

Philon  ne  confond  pas  les  Esprits  supérieurs,  ou  les 
Anges  a.vec  les  héros,  ou  les  âmes  séparées  des  corps 
qu  elles  ont  autrefois  animés.  Il  en  est  de  même  d'Ori- 
gène  (Orig.,  advers.  Gels.,  lib.  VIII,  31.  Op.  I,  764),  de 
Ghrysostome  (Homil.  in  NataliL  Ghrist,  ap.  Phot.  cod. 
277),  et  de  saint  Augustin.  (De  divers,  quœst.  quœst., 
79,  op.  t.  VI,  p.  69.) 

Ges  trois  illustres  docteurs  du  christianisme  primitif 
disent  qu'il  y  a  des  Esprits  administrateurs  (Anges,  mes- 
sagers célestes)  qui  ne  se  sont  jamais  incarnés  et  qui 
président  aux  fonctions  de  tous  les  objets  visibles, 
soit  animés,  soit  inanimés.  Les  idées  de  ces  représen- 
tants célèbres  du  christianisme  sont  empruntées  à  la 
Bible.  Vépitreaux  Hébreux  (chap.  I,  14)  dit,  en  parlant 
des  Anges  :  «  Ne  sont-ils  pas  tous  des  Esprits  adminis- 


146  CHAPITRE   XII. 

»  trateurs,  envoyés  pour  servir  en  faveur  de  ceux  qui 
»  doivent  recevoir  l'héritage  du  salut  ?  » 

Le  chanteur  du  Psaume  CIII  (v.  20  et  21)  s'écrie  de 
joie  :  «  Bénissez  rÉternel,  vous,  ses  Anges  puissants  en 
»  vertu,  qui  faites  son  commandement,  en  obéissant  à 
y)  la  voix  de  sa  parole.  Bénissez  l'Éternel,  vous,  toutes 
»  ses  armées,  qui  êtes  ses  ministres,  faisant  son  bon 
»  plaisir.  »  On  sait  que  la  Genèse  parle  dans  le  cha- 
pitre XIX  de  la  destructmi  de  ^oàome  pco'  les  Anges,  les 
ministres  de  Dieu  à  l'aide  desquels  l'Éternel  agit.  Le 
Psaume  XXXIV  dit  de  même  (v.  7)  :  «  L'Ange  de 
((  l'Éternel  se  campe  tout  autour  de  ceux  qui  le  crai- 
a  gnent,  et  les  garantit.  » 

En  passant  des  bons  Esprits  aux  mauvais^  nous  voyons 
ainsi  qu'il  résulte  de  ce  que  nous  venons  de  dire,  que 
les  démons  n'étaient  nullement  de  mauvais  Esprits,  sui- 
vant les  Grecs.  Il  n'y  a -que  les  Titans  seuls  qui  soient 
des  dieux  maudits  aux  yeux  de  ce  peuple.  Il  ne  faut  pas 
confondre  ces  Titans  avec  les  compagnons  à'Hadès  ou  de 
Plnton  qui  ne  sont  appelés  divinités  infernales,  que  par 
opposition  aux  dieux  de  l'Olympe.  On  adresse  à  Hadès 
et  à  ses  compagnons  des  prières,  des  offrandes  et  des 
vœux  que  l'on  refuse  toujours  aux  Titans,  qui  sont  pri- 
sonniers au  fond  des  enfers.  C'est  là  un  châtiment  qui 
leur  est  infligé  en  punition  de  leur  audace,  car  de  même 
que  les  légions  infernales  de  Satan,  ils  avaient  voulu  dé- 
trôner la  Divinité  suprême.  Les  Titans  sont  des  hommes 
demi-dieux,  vaincus  et  dépossédés  de  leur  autorité  ;  ils 
sont  rongés  de  désespoir  et  de  haine.  Ils  végètent,  pri- 
vés à  tout  jamais  de  la  vue  du  soleil  et  de  la  fraîcheur  de 
l'air,  dans  le  Tartare,  Le  Tartare  est  le  véritable  enfer  ; 
il  est  situé,  suivant  Homère  (Iliade  VIII,  v.  13  et  suiv. 
et  481)  bien  au-dessous  de  rErèàe,\e  vestibule  des  enfers. 


LES  ETRES  INVISIBLES  SELON  LES  PENSEURS  GRECS.  147 

Les  Titans  qui  subissent  leur  châtiment  dans  le  Tartare, 
rappellent  d'une  manière  frappante  les  Asourâs  du  Véda 
et  les  Anges  rebelles  et  déchus,  de  la  tradition  hébraï- 
que,  qui  furent  vaincus  par  Jéhovah  et  précipités  dans 
VAbaddon,  au  plus  jyro fond  du  Schéol.  (Iliade,  XIV,  278 
et  279.) 

Suivant  Tertullien  (de  Testim.  anima)  le  nom  de  Sa- 
/fm  n'était  pas  ignoré  des  païens;  de  là,  l'opinion  que 
des  mots  Satan  et  Seitan  sont  venus  ceux  de  Titan  ou 
Teitan,  les  Grecs  ayant  employé,  suivant  Lucien,  indif- 
féremment les  lettres  S.  et  T.  en  raison  de  la  grande 
affinité  qu'il  y  a  entre  elles. 

Les  anciens  étaient  persuadés  que  non-seulement  il 
y  avait  des  génies  qui  aimaient  les  hommes,  mais  qu'il 
y  avait  aussi  des  Esprits  méchants  qui  n'étaient  occupés 
qu'à  chercher  les  occasions  de  précipiter  le  genre  hu- 
main dans  le  crime.  L'histoire  de  Dion  et  de  Brutus 
avait  convaincu  Plutarque  (Plutarque,  vie  de  Dion) 
qu'on  ne  peut  s'empêcher  de  recevoir  cette  opinion, 
quelque  absurde  qu'elle  paraisse,  qu'il  y  a  des  démons 
envieux  et  malins,  qui  s'attachent  aux  gens  les  plus  ver- 
tueux et  qui,  pour  s'opposer  à  leurs  bonnes  actions, 
leur  jettent  dans  l'esprit  des  frayeurs  et  des  troubles, 
de  peur  que  s'ils  demeurent  fermes  et  inébranlables 
dans  la  vertu,  ils  n'obtiennent,  après  leur  mort,  une 
meilleure  vie  que  la  leur.  Les  plus  fameux  philosophes 
enseignaient  comme  une  vérité  constante,  l'existence  de 
ces  mauvais  génies.  Empédocle  n'est  pas  le  seul,  dit  Plu- 
tarque, qui  ait  cru  qu'il  y  avait  de  mauvais  démons. 
C'était  l'opinion  de  Platon,  de  Xénocrate,  de  Ghrysippe 
et  de  Démocrite.  Il  est  digne  de  remarque,  que  ces  phi- 
losophes ne  pensaient  pas  que  ces  mauvais  génies  pus- 
sent nuire  aux  hommes,  à  moins  qu'ils  n'en  eussent  la 


148  CHAPITRE  XII. 

permission,  ce  qui  est  très  conforme  à  la  doctrine  du 
livre  de  Job. 

Quelques  anciens  Pères  de  l'Eglise  enseignaient  aussi 
que  chaque  homme  était  obsédé  par  un  mauvais  Ange, 
qui  cherchait  à  le  perdre.  Hermas  le  soutient  dans  son 
Pasteur,  et  Grégoire  de  Nicée  suppose  que  c'est  une  an- 
cienne tradition  ecclésiastique.  Origène  paraissait  per- 
suadé que  les  vices  mêmes  avaient  des  démons  particu- 
liers pour  protecteurs,  que  l'un  présidait  à  l'impureté, 
l'autre  à  la  colère.   . 

Quelques  philosophes,  réfutés  par  Plotin  (Enneade,!, 
liv.  9),  ont  cru  que  les  maladies  des  hommes  étaient  des 
démons,  opinion  déjà  adoptée  par  les  Juifs.  (Plotin, 
Enneade,  III,  liv.  9.) 

Nous  croyons  que  ces  citations  des  penseurs  grecs 
suffisent  pour  démontrer  que  les  plus  profonds  philo- 
sophes qui  aient  illustré  l'histoire  des  idées  en  Europe, 
furent  spiritiialistes.  Aristote  même,  était  bien  éloigné  de 
méconnaître  la  valeur  des  recherches  concernant  les 
êtres  et  les  essences  invisibles.  Cet  homme  célèbre  dit 
(de  Coelo,  II,  12)  :  k  Nos  connaissances  dans  ce  do- 
))  maine  des  sciences  occultes  sont  très  imparfaites, 
»  parce  qu'elles  ne  sont  pas  à  la  portée  de  nos  sens,  mais 
))  le  peu  que  nous  en  savons,  a  d'autant  plus  de  valeur, 
»  parce  que  ces  études  se  rapportent  aux  choses  di- 
))  vin  es.  » 


CULTE  DES  PITRIS   OU   DES   MANES   DES   ANCETRES.    149 


CHAPITRE  XIIÏ. 
Culte  des  Pitris  ou  des  Mânes  des  Ancêtres. 


Toutes  les  traditions  sacrées  de  l'antiquité,  depuis  la 
Chine  et  l'Inde  jusqu'à  Rome,  regardent  le  culte  des 
mânes  des  ancêtres  comme  l'un  des  principaux  devoirs 
des  hommes.  Ce  culte  spiritualiste  est  lié  intimement  au 
respect  dû  aux  morts  et  aux  tombes. 

Suivant  les  anciennes  traditions  indiennes,  les  Pitris 
passent  pour  avoir  institué  les  cérémonies  du  culte,  car 
les  Pitris  connaissent  seuls  la  véritable  théologie.  (Lois 
de  Manou,  liv.  I,  §  12,  etc.,  etc.) 

Le  troisième  livre  des  lois  de  Manou  ne  traite  que 
des  cérémonies  enThonneur  des  mânes.  Voici  quelques 
prescriptions  de  ces  lois  : 

Le  §  72  dit  que  celui  qui  n'a  pas  d'égards  pour  cinq 
sortes  crètreSy  savoir  :  les  dévas  (^dieux)^  les  mânes,  les 
hôtes j  les  perso)ines  dont  il  doit  avoir  soin,  et  lui-même, 
bien  qu'il  respire,  ne  vit  pas. 

Les  §  81  et  82  ordonnent  d'honorer  les  mânes  tous 
les  jours  par  des  straddhas  (sraddha  ou  sraddka)  ou 
offrandes  avec  du  riz,  avec  de  l'eau,  ou  bien  avec  du  lait, 
des  racines  et  des  fruits,  afin  d'attirer  leur  bienveillance. 
Ce  straddha  est  nommé  nityâ  (constant),  parce  qu'on 
doit  le  faire  tous  les  jours. 

Selon  les  §  85-91  et  d'après  le  §  204,  il  faut  commen- 
cer j)ar  une  offrande  aux  dieux,  afin  de  préserver  les 
oblations  destinées  aux  mânes,  car  les  démons  dévastent 


150  CHAPITRE    XIII. 

tout  repas  funèbre  qui  est  privé  de  ce  préservatif. 
On  fait  d'abord  l'oblation  aux  divinités,  à  Agni  (dieu  du 
feu),  à  Soma  (qui  préside  à  la  lune),  àhidra  (roi  du  ciel 
inférieur),^  Yama,]n^Q  des  morts  (souverain  de  Ferifer), 
qui  récompense  et  punit  les  mortels  selon  leurs  œuvres, 
en  envoyant  les  bons  au  ciel,  et  les  méchants  dans  les 
différentes  régions  infernales,  et  aux  autres  dieux  qui 
président  aux  diverses  régions  célestes,  ainsi  qu'aux 
génies  qui  forment  leur  suite.  Puis  on  offre  tout  le  reste 
aux  mânes,  la  face  tournée  vers  le  Midi, 

Suivant  les  §  122  et  123,  le  brahmane  qui  entretient 
un  feu,  doit  faire  le  grand  repas  funèbre  (sradda,  pindân 
ivâhârya)  de  mois  en  mois,  le  jour  de  la  nouvelle  lune; 
ce  straddha  est  appelé  pindân  wâhânja,  parce  qu'il  a 
lieu  après  l'offrande  des  gâteaux  de  riz  (pindas). 

Dans  les  paragraphes  suivants  jusqu'au  §  150,  les 
lois  de  Manou  insistent  sur  la  présence  à  cette  fête  men- 
suelle des  brahmanes,  versés  dans  les  Saintes  Ecritures 
et  sur  la  pureté  de  leurs  familles,  en  remontant  jusqu'à 
un  degré  éloigné.  Il  faut  même,  selon  le  §  149  examiner 
plus  scrupuleusement  le  lignage  d'un  brahmane  pour 
l'admettre  à  cette  grande  cérémonie  en  l'honneur  des 
mânes,  que  pour  celle  des  dieux. 

Les  paragraphes  suivants  jusqu'au  §  166  contiennent 
une  longue  liste  des  personnes  qui  sont  exclues  de  ce 
festin  mensuel.  Les  §  213  jusqu'au  §  249,  traitent  des 
cérémonies  à  observer  pendant  ce  festin. 

Le  brahmane  autorisé  par  les  autres  brahmanes  éga- 
lement invités,  adresse  d'abord  à  Agni,  à  Soma  et  à 
Yama  une  offrande  de  beurre  clarifié  ;  puis  il  fait  le  tour 
du  feu  sacré,  pour  satisfaire  les  mânes  par  une  offraude 
de  riz  ;  il  fait  cette  tournée  du  feu,  en  marchant  de  gau- 
che à  droite,  et  en  jetant  l'offrande  dans  le  feu,  après 


CULTE   DES   PITRIS   OU   DES   MANES   DES   ANCETRES.    151 

avoir  répandu,  avec  la  main  droite,  de  l'eau  sur  l'en- 
droit, où  doivent  être  placés  les  trois  gâteaux  de  riz  ; 
ensuite  il  dépose  trois  gâteaux  sur  des  brins  de  l'herbe 
kousa,  ayant  le  visage  tourné  vers  le  Midi  et  étant  en 
même  temps  plongé  dans  le  plus  profond  recueillement. 
L'herbe  kousa  est  une  herbe  sainte,  employée  dans  les 
cérémonies  religieuses;  de  nos  jours  les  Esthoniens, 
peuple  (V origine  finnoise,  t'ont  usage  dans  les  funérailles 
de  branches  de  sajnn  sacrées  {kousedj. 

Les  trois  gâteaux  de  riz  dont  nous  venons  de  parler, 
sont  offerts  aux  mânes  du  père,  du  grand-père  paternel  et 
du  bisaïeul  ;  les  tims  brahmanes  invités  doivent  d'abord 
en  manger,  parce  qu'ils  représentent  ces  aïeuls  décédés. 
Après  avoir  mangé, les  brahmanes  disent  au  maître  de 
la  maison  que  l'oblation  soit  agréable  aux  mânes  ;  ces 
mots  sont  une  excellente  bénédiction,  parce  que  les 
mânes,  bien  quHls  soient  iîivisibles^  prennent  leur  part  du 
festin^  suivant  le  §  237.  Pendant  cette  cérémonie,  en 
l'honneur  des  mânes,  le  chef  de  maison  lit  à  haute  voix 
la  Sainte  Ecriture  (§  232).  Un  brahmane,  portant  le  cor- 
don sacré  sur  son  épaule  droite,  et  tenant  à  la  main 
Vherbe  kousa,  doit  faire  l'oblation  aux  mânes  jusqu'à  la 
fin  (§279). 

Après  avoir  congédié  les  brahmanes,  le  maître  de 
maison  doit,  plongé  dans  le  recueillement  le  plus  pro- 
fond, garder  le  silence  ;  et  puis,  s'étant  purifié,  se  tour- 
ner vers  le  Midi,  et  demander  aux  mânes  les  grâces  sui- 
vantes (§  259)  :  «  Que  dans  notre  famille  le  nombre  des 
»  hommes  généreux  s'augmente  !  Que  le  zèle  pour  les 
))  saints  dogmes  s'accroisse,  ainsi  que  notre  lignée. 
))  Puisse  la  foi  ne  jamais  nous  abandonner!  Puissions- 
))  nous  avoir  beaucoup  à  donner  !  » 

On  doit  offrir  quinze  sraddhas  dans   le  courant  de 


152  CHAPITRE   XIII. 

l'année  de  la  mort  d'un  parent,  afin  d'élever  au  ciel  l'àme 
de  la  personne  décédée. 

Ces  sraddhas  particuliers  sont  terminés  par  un  srad- 
dha  solennel  appelé  Sapindana,  ([ui  se  fait  le  jour  de 
l'anniversaire  de  la  mort.  [Recherches  asiatiques,  vol.  YII, 
p.  2G3,  édit,  in-8°.) 

xVu  reste,  selon  les  lois  de  Manou  (§  III,  275)  toutes 
les  oblations  faites  selon  les  règles  par  un  mortel  dont 
la  foi  est  parfaitement  piire,  procurent  à  ses  ancêtres 
une  grande  joie. 

Vyasa,  dans  son  abrégé  du  Védanta^  dit  :  «  Les  âmes 
»  des  ancêtres  de  celui  qui  adore  le  seul  Être  véritable, 
»  jouissent  de  la  liberté  par  le  seul  fait  de  sa  pure  vo- 
»   lonté.  »  (Pautliier,  Essai,  p.  160,  etc.) 

Le  livre  lY  des  lois  de  Manou  (§  247)  dit  qu'il  faut 
acquitter  encore  une  dette  envers  les  mânes,  savoir  : 
«  donner  l'existence  à  un  fils,  pour  accomplir  après  lui 
»  le  sraddha  (le  service  funèbre).  » 

Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  faire  la  description  des  céré- 
monies dont  se  compose  le  culte  des  mânes  chez  les  au- 
tres peuples  de  l'antiquité.  Nous  n'avons  pas  l'intention 
de  tracer  l'histoire  des  cérémonies  du  culte  ;  il  suftit 
d'indiquer  la  liaison  du  culte  des  mânes  avec  le  spiri- 
tualisme. 

Quant  à  la  Chine^  nous  nous  bornons  à  dire  que,  peut- 
être  nulle  part  plus  que  dans  ce  pays,  le  culte  des  ancê- 
tres ne  fut  porté  plus  aux  nues.  Les  descendants  rap- 
portant tout  le  mérite  de  leurs  actions  glorieuses  à  leurs 
ancêtres,  les  annoblissent,  tandis  que  dans  les  autres 
pays,  la  renommée  des  aïeux  confère  la  noblesse  aux 
descendants. 

Selon  le  Lan- Vu  (chap.  II)  la  vénération  et  le  respect 
des  parents,  c'est  le  premier  devoir  de  l'enfant,  ou  de 


CULTE    DES    PITRIS    OU    DES   MANES   DES   ANCETRES.    153 

l'homme  venant  au  monde  ;  lorsque  les  parents  meurent, 
il  faut  les  ensevelir  selon  les  cérémonies  prescrites  par 
les  rites,  et  ensuite  leur  offrir  des  sacrifices. 

Suivant  le  §  481  du  livre  des  récompenses  et  des 
peines,  le  ciel  permet  aux  âmes  des  ancêtres  pendant 
cinq  jours  de  Vannée  de  retourner  dans  leurs  anciennes 
demeures,  pour  y  recevoir  des  offrandes  funèbres. 

Les  §  463  et  4G6  dudit  Livre  des  récompences  et  des 
peines,  parlent  de  Tapparition  d'une  mère  qui  est  venue 
exhorter  son  fils  à  visiter  exactement  sa  tombe,  et  à  lui 
offrir  des  sacrifices  pour  procurer  le  repos  à  son  âme. 
Ceux  qui  négligent  ces  devoirs  sont  cruellement  punis. 

Le  culte  des  mânes  et  des  héros,  ou  des  Esprits  des 
ancêtres  illustres  chez  les  Grecs  et  les  Romains  est  connu 
de  notre  public  lettré,  les  chefs-d'œuvre  immortels  de 
ces  deux  peuples  étant  entre  les  mains  de  tout  le  monde. 
Nous  ne  citons  ici  qu'une  idée  spiritualiste  de  Philon  qui 
l'est  peut-être  moins.  Ce  penseur  dit  (Philo,  de  Exécrât, 
937,  ed  Mang.,II,  436)  :  que  la  prière  des  ancêtres  mortes, 
qui  ont  été  des  hommes  pieux,  est  d'une  grande  efficacité 
pour  leur  postérité  survii^ante.  Les  héros  intervenaient 
en  effet  souvent,  en  faveur  des  hommes  auprès  des  dieux 
p]us  puissants  qu'eux. 

A  Rome,  même  encore  après  l'incendie  de  Néron,  on 
invita  les  dieux  à  un  festin,  en  plaçant  leurs  statues  au- 
tour d'une  table. 

On  sait  que  ce  culte  des  morts  se  conservait  jusque 
par  delà  le  paganisme,  et  que  des  traces  en  subsistent 
encore  chez  nous. 

L'existence  de  la  chapelle  des  saints  morts  dans  des 
cimetières  et  des  églises  est  un  souvenir  de  l'adoration 
des  âmes.  (0so«  ij^^Cit^.) 


13 


154  CHAPITRE    XIV. 


CHAPITRE  XIV. 

Tutelle  des  Esprits  (Anges  gardiens)  selon 
les  traditions  sacrées  de  la  Chine. 


La  doctrine  des  Esprits  gardiens  est  adoptée  par  les 
traditions  sacrées  de  tous  les  peuples  de  l'antiquité.  La 
tutelle  des  Esprits  a  rapport  au  culte  des  mânes,  des 
pitris  et  des  héros. 

On  sait  que  chez  les  Indiens,  les  màncs  des  ancêtres 
sont  les  Esprits  gardiens  de  leurs  descendants. 

Nous  nous  hornons  dans  ce  chapitre  à  la  Chine  seule, 
de  même  que  nous  n'avons  tenu  compte  que  de  Flnde 
dans  le  chapitre  précédent,  pour  ne  pas  rendre  trop  vo- 
lumineux cet  ouvrage. 

Selon  les  traditions  sacrées  de  la  Chine,  l'univers 
tout  entier  n'est  qu'une  famille.  Le  ciel,  la  terre,  le 
monde  des  purs  Esprits,  les  âmes  des  morts  et  l'ordre 
de  la  nature  tout  entière,  ne  font  partie  que  d'un  seul 
empire,  fondé  et  gouverné  par  la  raison  éternelle  de 
Schang-ti.  De  même  que  le  ciel  n'est  gouverné  que  par 
un  seul  Dieu,  de  même  la  terre  n'a  qu'un  seul  empe- 
reur, le  fils  du  ciel  et  le  représentant  de  la  Divinité  sur 
la  terre.  Les  hons  Esprits  aident  l'empereur  de  leurs 
conseils  bienveillants  ;  ils  l'initient  dans  l'art  de  gouver- 
ner ses  peuples;  ils  lui  enseignent  l'organisation  de  la 
société,  ahn  qu'il  sache  mettre  chacun  à  la  place  qui 
puisse  lui  convenir  le  mieux,  car  ce  n'est  qu'en  remplis- 
sant sa  mission  et  sa  vocation,  que  l'homme  peut  se  ré- 


TUTELLE  CES   ESPRITS.  155 

habiliter  et  se  perfectionner  par  la  veftu.  L'homme,  en- 
nobli par  l'exercice  de  la  vertu,  s'élève  jusqu'à  la  so- 
ciété des  purs  Esprits,  après  s'être  dépouillé  de  son 
enveloppe  terrestre.  Les  Esprits  gardiens  sont  en  quel- 
que sorte  les  aides-de-camp  de  l'empereiir.  Ce  n^est  que 
grâce  au  secours  efficace  qu'ils  lui  prêtent,  que  l'empe- 
reur parvient  à  dompter  les  mauvais  Esprits  et  leurs 
alliés  terrestres,  les  criminels.  [Mémoire  des  Mlssminaires^ 
t.IX,  p.  106.) 

C'est  ici  le  lieu  de  i^appeler  à  la  mémoire  de  nos 
contemporains,  le  décret  de  l'empereur  de  Chine,  pour 
adresser  des  remercîments  aux  Esprits,  lors  de  la  prise 
de  Nanking.  [Gazette  de  Péking  du  j3  août,  reproduite 
par  la  Patrie  du  10  novembre  1864.) 

«  L'avis  de  la  prise  de  Nanking  a  été  reçu  ici  avec  une 
))  satisfaction  sans  bornes.  Nous  nous  rappelons  le  temps 
))  où,  dans  la  plénitude  de  leur  puissance,  les  rebelles 
»  s'emparaient  de  nos  villes,  les  unes  après  les  autres, 
»  et  considérant  le  secours  apporté  à  nos  troupes  impé- 
))  riales,  nous  remercions  sincèrement  les  Esprits  de  leur 
))  intervention,  grâce  à  eux,  le  succès  a  couronné  nos 
))  armes  ;\qs  rebelles  ont  été  arrêtés  dans  leur  marche, 
))  et  l'œuvre  d'extermination  a  été  accomplie.  Il  est  donc 
))  nécessaire  que  des  actions  de  grâces  soient  offertes  aux 
))  dieux,  pjour  leur  assistance.  C'est  pourquoi  le  ministère 
))  des  rites  a  reçu  Tordre  d'examiner  les  services  rendus 
))  par  les  différents  dieux  et  de  nous  en  rendre  compte» 
))  Respect  à  cela.  )) 

(On  se  rappelle  que,  lors  de  la  prise  de  Nanking,  les 
rebelles  avaient  cru  apercevoir  des  Esprits,  campés 
autour  des  murailles  de  Nanking,  lançant  des  grosses 
pierres  sur  eux,  et  ce  désordre  avait  été  cause  de  la  vic= 
toire  des  armées  impériales.) 


156  CHAPITRE    XIV. 

Les  Ssé-ChoUy  ou  les  quatre  livres  moraux  des  disci- 
ples de  Confucius,  parlent,  dans  le  chapitre  XVI  du  pre- 
mier livre,  des  Espritsqui  sont  répandus  comme  les  flots 
de  rOcéan  au-dessus  de  nous;  ils  sont  causes  que  les 
hommes  se  purifient  pour  offrir  des  sacrifices.  [Notes  et 
extraits  des  manuscrits,  tome  X,  page  321.) 

Selon  le  §  489  du  Livre  des  récompenses  et  des 
peines,  les  Esprits  se  promènent  en  tout  lieu  ;  il  ne  faut 
pas  dire  :  La  nuit  est  obscure  et  personne  ne  saura  ce  que 
je  fais. 

Le  §  1"  dudit  Livre  des  récompenses  et  des  peines 
dit  que  les  actions,  bonnes  ou  mauvaises,  font  une 
impression  sur  les  Esprits  célestes.  Ceux-ci  envoient 
aux  hommes,  suivant  la  nature  de  leurs  actions,  une 
récompense  ou  un  châtiment. 

Le  §  S16  dudit  Livre  dit  que  l'homme  vertueux  est 
récompensé  au  bout  de  trois  ans,  mais  si  l'homme  vicieux 
ne  se  corrige  pas  au  bout  de  mille  jours,  les  Esprits  le 
punissent,  croyant  qu'il  ne  changera  plus. 

Suivant  le  §  512  les  bons  Esprits  accompagnent 
l'homme,  si  son  cœur  forme  une  bonne  intention,  quoi- 
qu'il n'ait  pas  encore  fait  le  bien  ;  mais  si  le  cœur  de 
l'homme  forme  une  mauvaise  intention,  quoiqu'il  n'ait 
pas  encore  fait  le  mal,  les  mauvais  Esprits  l'accompa- 
gnent. Un  homme  voulant  se  venger  de  l'ingratitude 
d'un  autre,  alla  pour  le  tuer,  mais  voijant  qu'une  troupe 
de  démons  le  suivait,  il  renonça  à  son  projet,  effrayé  par 
cette  apparition  funeste  ;  soudcdn,  les  démons  disparurent, 
et  il  vit  un  nombre  considérable  de  bons  Esprits. 

Selon  le  §  124  jusqu'au  §  129  les  démons  s'éloignent 
de  l'homme  vertueux,  et  les  Esprits  célestes  l'entou- 
rent, le  défendent  et  contribuent  au  succès  de  ses  entre- 
prises. 


TUTELLE   DES   ESPRITS.  157 

Suivant  le  §  480  de  ce  livre  intéressant,  nous  ne 
sommes  pas  seulement  entourés  des  Esprits  et  des 
dénions  ;  mais  il  y  a  trois  Esprits,  qui  sont  même  au 
dedans  de  notre  corps,  et  qui  nous  surveillent  assidû- 
ment. Durant  notre  sommeil,  ces  Esprits,  qui  habitent 
dans  les  trois  régions  de  notre  corps,  montent  au  palais 
du  ciel,  pour  y  raconter  nos  pensées  et  nos  actions. 

L'Esprit  du  foyer,  qui  habite  dans  l'intérieur  de  notre 
maison,  enregistre  toutes  nos  actions  et  en  rend  vn 
compte  exact  au  ciel,  le  dernier  jour  de  la,  lune. 

Le  §  502  dit  que  cet  Esprit  du  foyer,  qui  préside  à  la 
vie  de  Thomme  qu  il  surveille,  inscrit  tous  ses  péchés  et 
ses  crimes,  et  suivant  qu'ils  sont  graves  ou  légers,  il  re- 
tranche des  périodes  de  douze  ans  ou  de  cent  jours  de  la 
vie  de  l'homme;  quand  le  nombre  de  jours  est  épuisé, 
l'homme  meurt,  et  si,  au  moment  de  sa  mort,  il  lui  res- 
tait encore  quelque  faute  à  expier,  ils  font  descendre  le 
malheur  sur  ses  fils  ou  ses  petits-fils. 

Selon  le  §  481_,  il  est  défendu  de  danser  \q  pi'emier 
jour  de  la  lune,  parce  que  c'est  au  dernier  jour  de  la 
lune  que  V Esprit  du  foyer  monte  au  ciel  et  va  faire  con- 
naître le  mérite  et  la  faute  des  hommes. 

Quand  ces  jours  sont  arrivés,  tous  les  hommes  doivent 
examiner  leurs  fautes  et  redoubler  de  vigilance  sur  eux- 
mêmes.  Pendant  cinq  jours  de  F  année,  c'est-à-dire  le 
premier  jour  du  premier  mois  de  l'année,  le  cinquième 
jour  du  cinquième  mois,  le  septième  jour  du  septième 
mois ,\q  premier  jour  A\\  dixième  mois,  et  le  troisième 
jour  du  douzième  mois,  les  Esprits  du  ciel  jugent  les 
fautes  et  les  crimes  des  hommes,  et  le  ciel  permet  aux 
âmes  de  nos  ancêtres  de  retourner  dans  leurs  anciennes 
demeures,  pour  y  recevoir  des  offrandes  funèbres. 

Le  §  491   dit  qu'aux  hdt  époques,  appelées  Pa.-tsie 


158  CHAPITRE  XIV. 

(le  4  février,  le  21  mars,  le  6  mai,  le  21  juin,  le  8  août, 
le  23  septembre,  le  8  novembre  et  le  22  décembre), 
c'est-à  dire  aux  changements  des  diverses  saisons,  il  ne 
faut  pas  infliger  des  supplices  à  quelqu'un  parce  qu'à 
chacune  de  ces  époques,  In  et  lancf  se  succèdent  mutuel- 
lement dans  la  nature,  et  un  changement  analogue  s'o- 
père daas  le  corps  humain,  A  ces  époques,  les  dieux 
rendent  leurs  décisions  sur  les  peines  ou  les  récom- 
penses des  hommes  ;  si  donc  l'on  inflige  alors  des  sup- 
plices, on  allume  infailliblement  la  colère  du  ciel. 

Suivant  le  §  48S,  les  Esprits  font  quelquefois  mou- 
rir peu  à  peu  les  femmes  et  les  enfants  d'un  homme, 
pour  le  punir  d'avoir  acquis  injustement  une  grande  for* 
tune. 

Selon  le  §  345,  il  y  a  des  apparitions  des  morts  qui 
font  découvrir  k§  criminels  qui  ont  été  les  auteurs  de 
leur  mort  prématurée.  Un  trésorier,  suffoqué  au  milieu 
de  son  sommeil,  apparaît  en  songe  au  gouverneur  de 
son  district,  et  lui  raconte  l'attentat  odieux,  dont  il  a  été 
victime;  il  le  prie  de  le  venger,  en  lui  indiquant  les 
moyens  de  découvrir  les  coupables. 

Les  apparitions  des  Esprits  furent  très  fréquentes,  sur- 
tout dans  la  haute  antiquité,  selon  les  anciennes  tradi- 
tions sacrées  de  la  Chine,  Les  bons  Esprits  et  les  génies 
se  manifestent  souvent  aussi  en  songe,  pour  instruix^e 
les  sages  et  les  hommes  vertueux,  C'est  une  faveur  du 
ciel  que  de  les  voir  et  de  nouer  des  relations  avec  eux. 
C'est  pour  cette  raison  que,  suivant  le  Lîm-Yu  (Uv,  I, 
chap.  YII,  §  S)  le  philosophe  (Confucius)  dit  :  (c  Com- 
})  bien  je  suis  déchu  de  înoi-^même!  Depuis  longtemps 
»  je  n'ai  plus  vu  en  songe  Tcheou-^Koung .  » 

Les  §  296  et  297    du  Livre  des  récompenses  et  des 
peines,    racontent    la   mort    subite    d'un    matérialiste 


TUTELLE  DES   ESPRITS.  159 

offravé  par  l'apparition  d'un  Esprit,  qui  s'est  manifesté 
pour  le  convaincre  de  la  réalité  du  monde  surnaturel. 

Quant  aux  Perses,  iN  admettent  même  des  gardien- 
nes femelles  (Férouès.)  du  monde  invisible.  Les  démons 
des  Grecs,  qui  correspondent  aux  Schen  des  Chinois, 
sont  des  Esprits  gardiens  des  mortels,  de  même  que  les 
Schen,  les  démons  observent  les  bonnes  et  les  mau- 
vaises actions  des  hommes;  ils  sont  le  lien  nécessaire 
entre  les  Dieux  et  les  hommes.  Les  Génies  invisibles 
président  à  la  divination;  ils  excitent  l'enthousiasme. 
Les  oracles  cessent  quand  leurs  génies  les  abandon* 
nent. 

Hésiode  (Op.  et  Dies,  12î,  etc.;  Plutarque,  d  Isis  et 
d'Osiris,  trad.  française  de  Ricard,  V,  344),  Pythagore 
(Diog.  Laërt.,  VIII,  32),Pindare  (Pyth.  ÎII,  109),  Platon 
(Phœdon,  §  147,  p.  389;  Conviv.,  §  28,  p.  72,  édit. 
Bekker),  et  Empédocle  (Plutarque,  d'Isis  et  d'Orisis. 
Ricard,  V.  344,  et  Ricard,  II,  433),  croient  que  les 
génies  veillent  sur  les  hommes.  Pindare  attribue  à  cha- 
que homme  un  génie  ou  un  démon  (Olymp.  XIII,  103). 
Chaque  homme  en  a  un  qui  préside  à  sa  destinée,  té- 
moin le  f;imeux  démon  de  Socrate. 

Empédocle  en  suppose  même  deux.  (Plutarque,  trad. 
Ricard,  tome  II,  p.  433.) 

Les  démons  étaient  des  génies  protecteurs,  selon  l'o- 
pinion presque  unanime  des  anciens  Grecs.  Il  n'y  a  que 
les  Epicuriens  qui  en  nièrent  Texistence.  (Plutarque,  de 
Placit.  philos.,  I,  8.) 

Pindare  parle  des  démons  qui  président  à  la  naissance 
des  hommes.  (Olymp.  XIII,  105,  etc.) 

On  sait  que  saint  Clément  cV Alexandrie  (Strom.  I  et 
III)  prétend  que  l'àriie  est  conduite  par  l'un  des  Anges 
qui  président  à  la  procréation  dans  le  ventre  de  la  mère. 


160  CHAPITRE   XIV. 

Les  Angea  de  la  naissance  sont  en  quelque  sorte  les  chefs 
des  Esprits  gardiens. 

Quant  à  la  tutelle  des  Esprits,  selon  la  Bible  et  les  pères 
de  l'Église,  selon  Origène  (Jn  nmn  Homil  XI,  éd.  Paris. 
0pp.,  t.  II,  p.  307)  les  Anges  gardiens  des  diverses  tribus 
sont  les  auteurs  de  la  confusion  et  de  la  diversité  des  lan- 
gues ;  il  n'y  a  que  les  Hébreux  seuls,  qui  étaient  sous  la 
garde  immédiate  de  Dieu,  qui  aient  conservé  la  langue 
priQiitive  enseignée  par  Dieu  à  Adam  dans  le  paradis. 

Les  Anges  gardiens  et  les  Esprits  bienheureux  ont 
non-seulement  soin  des  particuliers,  mais  aussi  il  y  en 
a  de  préposés  pour  veiller  toute  une  nation,  comme  les 
nymphes,  gardiennes  des  villes  en  Grèce  ;  il  est  parlé 
dans  le  prophète  Daniel  (cap.  10,  13,  20  et  21)  de 
l'Ange  des  Perses,  des  Grecs  et  de  Micaël  qui  est 
nommé  le  protecteur  des  Juifs. 

Au  reste,  bien  que  les  Anges  (Matth.  XVn,v.  iO),  selon 
l'opinion  des  Juifs,  ne  fussent  occupés  qu'à  faire  du  bien 
aux  hommes,  on  craignait  cependant  de  les  apercevoir, 
dans  la  persuasion  où  l'on  était,  que  l'on  ne  pouvait  pas 
voir  un  Ange,  sans  courir  risque  de  la  mort;  ce  qui  a 
fait  dire  à  Gédéon  :  «  Malheur  à  moi,  j'ai  vu  l'Ange  du 
»  Seigneur,  face  à  face  !  » 

C'était  une  opinion  reçue  constamment  chez  les  Juifs, 
que  chaque  personne  avait  un  Ange  pour  la  diriger. 
Jésus-Christ  l'autorise,  lorsqu'il  dit  (Matth.  XVlII,v.  10)  : 
((  Ne  méprisez  aucun  de  ces  petits,  parce  que  leurs  Anges 
»  voient  toujours  la  face  de  mon  père  qui  est  dans  les 
»  cieux.  »  Lorsque  Rhodé  vint  dire  à  l'assemblée,  ifui 
était  dans  la  maison  de  Marie,  mère  de  Jésus,  que  saint 
Pierre,  que  l'on  croyait  être  en  prison,  avait  frappé  à  la 
porte,  on  ne  voulait  pas  la  croire;  chacun  disait  :  a  C'est 
»  plutôt  son  Ange,   » 


TUTELLE  DES  ESPRITS.  161 

Saint  Jérôme  (Hiéronim.  in  ^latth.,  XVIII,  10)  dit  que 
la  dignité  de  l'àme  est  grande,  puisque  dès  qu'elle 
existe,  elle  est  destinée  à  être  gardée  par  un  Ange.  («  Ma- 
gna dignitas  est  animarum,  ut  una  quamque  habeat 
ab  orta  nativitatis  in  custodium  sui  Angelum  dele- 
gatum.  ») 

Les  Pères  de  l'église  étaient  aussi  persuadés  que  les 
royaumes  et  les  églises  particulières  avaient  chacun  leur 
Ange.  Origène  croyait  que  les  Anges  tiraient  au  sort 
dans  le  ciel,  pour  savoir  de  quelle  nation,  de  quelle  pro- 
vince et  de  quelle  personne  ils  seraient  gardiens.  Ori- 
gène pi'étend  que  les  Anges  sont  privés  de  la  présence 
du  Père,  lorsque  celui  qui  est  commis  à  leur  soin, 
succombe  à  la  tentation.  Carlo  Fabri  découvre  même 
tous  les  Anges  des  princes  de  la  terre  ;  il  donne  aux 
sept  électeurs  de  l'Empire  les  Archanges  ;  selon  Gaffarel 
{Curiosités  inouïes ,  cap.  X,  p.  440),  cet  auteur  débite 
les  choses  les  plus  ridicules  sur  les  Esprits;  il  en  parle, 
comme  s'il  eût  passé  une  partie  de  sa  vie  au  ciel  et 
l'autre  dans  l'enfer. 

Le  démon  tutélaire  proprement  dit  :  c'est  VAnge  gar- 
dien, qu'il  ne  faut  pas  confondre  avec  les  Esprits  protec- 
teurs des  aïeux,  les  pitris  et  les  Lares,  etc.,  etc.  Ce  dé- 
mon était  un  génie  pur,  génie  supérieur,  qui  avait  tou- 
jours été  un  pur  Esprit  ;  c'est-à-dire  affranchi  des  en- 
traves du  corps  mortel,  (chaque  homme  avait  son  démon, 
comme  Socrate  ;  ce  génie  était  l'arbitre  moral  de  la  con- 
duite de  l'homme,  témoin  invisible  de  ses  plus  secrètes 
pensées. 

Le.s  dieux  supérieurs  de  l'Olympe,  chefs  de  la  race, 
qui  se  sont  incarnés  sur  notre  terre,  tels  que  Jupiter  et 
Junon,  étaient  entourés  de  ces  génies  qui,  du  reste, 
leur  étaient  subordonnés  et  exécutaient  leurs  ordres. 


162  CHAPITRE   XIV. 

(Plutarque,  de  defoctu  Oracul.21;  Censorin.,de  Die  na- 
tali,  Arnob.,  lib.  Ilf,  ad  versus  gentis.) 

Les  démons  ou  les  génies  attachés  aux  dieux  supé- 
rieurs, etc.,  etc.,  étaient  plutôt  leurs  Esprits  ouvriers, 
tandis  que  chez  l'hoaime,  le  démon,  tel  que  celui  do  So* 
crate,  lui  était  supérieur.  Selon  Platon,  Xénophon,  Plu- 
tarque et  Apulée,  qui  a  consacré  un  livre  entier  au  génie 
de  Socrate,  ce  démon  était  une  certaine  voix  divine  qui 
se  faisait  entendre  en  lui,  qui  l'arrêtait  dans  quelques- 
unes  de  ses  entreprises  et  ne  le  poussait  jamais  à  aucune, 
lui  laissant  son  lil)re  arbitre  individuel.  Xénophon  rap- 
porte dans  son  livre  de  la  mort  de  Socrate,  que  ce  phi- 
losophe dit,  après  sa  condamnation  :  «  Yraiment,  j'avais 
déjà  préparé  par  deux  fois  une  défense  de  mon  inno- 
cence, mais  mon  démon  m'en  empêche  et  m'y  contredit.  » 

Il  fallait  respecter  et  vénérer  le  génie  de  chaque 
homme  ;  c'est  pourquoi  un  des  plus  grands  jurements 
des  anciens,  était  de  jurer  par  leur  génie.  Nous  lisons 
dans  Suéton  (Caligulœ,  cap.  XXVII)  que  Caligula  em- 
pereur, fit  punir  rigoureusement  plusieurs  personnes  qui 
avaient  blasphémé  son  génie,  ou  dédaigné  de  jurer  au 
nom  de  son  génie. 

On  sait  que  de  nos  jours,  Washington  passait,  éga- 
lement, pour  avoir  un  génie  familier,  un  Esprit  à 
ses  ordres  {Curiosités  de  la  littératnrey  trad.  de  l'anglais 
de  Bertin,  t.  I,  p.  51),  ressemblant  à  Numa,  qui  avait 
un  démon  qui,  sous  le  nom  de  la  nymphe  Egérie,  lui 
dictait  des  lois  qu'il  donna  aux  Romains. 

Au  surplus,  les  dénions  n'étaient  pas  non -seulement 
les  protecteurs  d'êtres  individuels,  tels  que  les  hommes, 
mais  ils  veillaient  encore  sur  les  contrées^  les  villes^  et 
les  peuples.  Il  y  avait  des  génies,  des  nymphes  et  des 
héros  qui  présidaient  à  la  destinée  des  villes.    Sparte, 


l'inspiration  et  les  médiums,  163 

Thèbos,  etc.,  en  avaient  de  ces  nymphes  protectrices. 
(Pausanias  II,  cap.  16,  §  3.) 

Tous  ces  génies  protecteurs  étaient  invoqués  comme 
les  divinités  des  villes  et  des  contrées  qu'ils  gardaient. 
En  général,  les  génies  et  les  héros  intercédaient  auprès 
des  dieux  plus  puissants  qu'eux,  ainsi  que  le  faisaient 
les  saints  du  moyen-àge  (Pausanias  YIII,  cap.  13).  On 
se  supposait,  en  effet,  dans  l'antiquité,  entouré  de  toutes 
parts  par  des  êtres  surnaturels  qui  se  manifestaient  à 
l'homme  de  différentes  manières. 

Quant  aux  Romains^  on  connaît  leurs  Lares  et  leurs 
PénaUs,  ces  dieux  protecteurs  et  Esprits  gardiens  par 
excellence. 


CHAPITRE  XV 
L'Inspiration  et  les  Médiums. 


L'inspiration  fut,  selon  l'opinion  unanime  de  Tanti- 
quité,  l'œuvre  de  Dieu  et  du  monde  surnaturel  des  Es- 
prits. La  Bible,  ITnde,  la  Chine,  la  Perse,  l'Egypte,  la 
Grèce  et  Rome  sont  d'accord  sur  ce  sujet. 

L'inspiration  est,  selon  Pythagore,  une  suggestion  des 
Esprits,  qui  nous  révèlent  l'avenir  et  les  choses  cachées. 
(Diog.  Laërt.,  YIII,  32.) 

La  langue  est  même,  suivant  ce  penseur  profond, 
l'inspiration.  (Diog.^  Laërt.,  YIII,  30.  Toù?  §k  ^dyoOç  ^ju^àÇ 

Suivant  Platon  (Phaedon,  244,  264),  Vinspiration  est 
V œuvre  et  la  source  de  tout  ce  qui  est  sublime  et  beau  dans 
Vhomme.  Le  poète  ne  saurait  faire  des  vers  ni  le  pro- 


164  CHAPITRE   XV. 

phète  prédire  des  événements  futurs,  s'ils  n'étaient  pas 
inspirés  ;  il  faut  qu'ils  passent  dans  un  état  supérieur,  où 
leur  horizon  intellectuel  est  agrandi  par  la  lumière  sur- 
naturelle. (Platon,  Dialogues  d'Io  et  de  Menon.) 

La  véritable  philosophie  même  est  l'œuvre  de  l'inspi- 
ration, à  l'aide  de  laquelle  l'homme  entre  au  moyen  de 
sa  conscience  (o-uvstc^yjatç,  conscientia)  en  relation  avec 
le  monde  surnaturel  des  principes  invisibles.  (Platon, 
Phileb.,  63). 

Suivant  Plutarque  (d'Isis  et  d'Osiris,  trad.  Ricard,  Y, 
395)  Platon  et  Aristote  donnent  à  cette  partie  de  la 
philosophie  le  nom  à'Epoptiqiie  (c'est-à-dire  intuitive), 
au  moyen  de  laquelle  on  parvient  au  plus  haut  point  de 
perfection  où  la  philosophie  puisse  conduire,  en  s'éle- 
vant  au-dessus  du  mélange  confus  d'opinions  de  toutes 
espèces  jusqu'à  ce  premier  Etre,  dont  l'essence  est 
immatérielle  ;  mais  cette  perception  de  l'Etre  pur,  saint 
et  intelligible,  est  comme  un  éclair  rapide  qui  frappe  un 
instant  notre  âme  et  ne  lui  laisse  apercevoir  et  saisir 
qu'une  seule  fois  Yobsolu.  On  connaît  le  principe  d'in- 
tuition intellectuelle  qu'au  commencement  de  notre 
siècle  Schelling  a  voulu  établir,  pour  parvenir  également 
à  la  connaissance  de  Vabsolu,  bien  que  ce  philosophe 
allemand  n'ait  pas  compris  la  haute  portée  de  la  vé- 
ritable contemplation  intellectuelle. 

Anaxogaras  croit  également  que  l'inspiration  est  l'œu- 
vre des  Esprits  et  des  Dieux  (Diog.  Laërt.,  II,  6).  Selon 
Homère  déjà,  le  songe^  à  plus  forte  raison  Vinspiration, 
provient  du  ciel.  En  effet,  durant  le  sommeil  déjà,  l'ins- 
piration conduit  Fàme  dans  le  pays  des  songes  jusqu'aux 
bords  du  monde  des  Esprits.  De  là  les  termes  grecs  : 
^épTTveuo-Toç,  sf/7rv£uo-Toç,  TTîTTVîJ/xevoç,  dérivés  du  verbe  TTvsstv;  de 
là  les  termes  latins  :  Inspiration  spiritu  divino  instinctus 


L  INSPIRATION    ET   LES   MÉDIUMS.  165 

(Liviiis,  V,  15),  afflatus  niimine,  aftlatus  Dei  (Cicéron, 
arch.  8).  On  compare  riiifluence  qu'exerce  l'Esprit  de 
Dieu  sur  FEsprit  de  l'homme  au  souflle  de  la  respiration 
animale.  Suivant  Cicéron  (de  NaturaDeorum,  II,  66)  c'est 
du  souflle  divin  que  provient  toute  vie  spirituelle. 

Le  caractère  essentiel  de  V inspiration  consiste  dans  une 
impulsion,  dans  une  fougue  irésistible.  De  là  les  termes 
grecs  :  Mavia,  (i^\tM  xaré^îo-çat  £/•  (^£oO  a>épz(jQot.t  ;  de  là  aussi  les 
expressions  latines  :  Furor  divinus,  corripi,  agitari  Deo. 

La  Bible  indique  nettement  cette  fougue  irrésistible  de 
rinspiration.  Saint  Mathieu  (IV,  1)  dit  :  «  Jésus  fut  em- 
»  mené  par  l'Esprit  au  désert,  pour  y  être  tenté  par  le 
»  diable.  » 

Selon  saint  Marc  (I,  12),  «  l'Esprit  le  poussa  à  se  ren- 
))  dre  dans  un  désert.  ))  Suivant  saint  Luc  (IV,  1),  Jésus 
»  fut  mené  par  la  vertu  de  l'Esprit  au  désert.  » 

Suivant  les  Actes  des  Apôtres  (XVIII,  3),  (.i  Paul, 
»  étant  poussé  pxir  UEsprit^  témoignait  aux  Juifs  que 
»  Jésus  était  le  Christ.  )> 

L'inspiration  surprend  et  entraîne  l'esprit  de  l'homme, 
dominé  par  une  influence  occulte  et  étrangère,  de  là  le 
caractère  passif  de  l'homme  inspiré  ({mq  la  Bible  recon- 
naît également. 

Suivant  saint  Mathieu  (X,  20),  Jésus  dit  aux  apôtres  : 
»  Ce  n'est  pas  vous  qui  parlez ,  mais  c' est  l'Esprit  de  vo- 
»   ire  père  qui  parle  en  vous.  » 

Selon  saint  Marc  (XII,  11),  Jésus  dit  de  même  aux 
apôtres  : 

((  Quand  ils  vous  mèneront  pour  vous  livrer,  ne  soyez 
»  point  auparavant  en  peine  de  ce  que  vous  aurez  à  dire, 
»  et  n'y  méditez  point;  mais  tout  ce  qui  vous  sera  donné 
»  à  dire  en  ce  moment-là,  dites-le;  car  ce  n'est  pas  vous 
»  qui  parlez,  mais  le  Saint-Esprit,  » 


166  CHAPITRE   XV. 

Suivant  saint  Luc  (XII,  12),  le  Christ  dit  également  : 
((  Le  Saint-Esjitrit  vous  enseignera  dans  ce  même  instant 
y>  ce  qu'il  faudra  dire.  » 

Les  Actes  des  apôtres  disent  (XI,  28)  :  «Agabus  se 
»  leva,  et  déclara  par  l'Esprit  qu'une  grande  famine  de- 
))  vait  arriver  dans  tout  le  monde;  et  en  effet,  elle  ar- 
»  riva  sous  Claude  César.  » 

Selon  les  Actes  des  apôtres  (XIX,  21)  :  «  Paul  se  pro- 
))  posa  par  l'Esprit  de  passer  par  la  Macédoine,  etc..» 
L'Ëpître  aux  Romains  (VIII,  14)  dit  «  que  tous  ceux  qui 
))  sont  conduits  par  l'Esprit  de  Dieu,  sont  enfants  de 
»  Dieu,  » 

La  deuxième  Épître  de  saint  Pierre  (I,  21)  déclare  net- 
tement que  c(  lapjrophétie  n'a  point  été  autrefois  appor- 
»  tée  par  la  volonté  humaine  ;  mais  les  saints  hommes  de 
»  Dieu  étant  poussés  par  le  Saint-Esprit,  ont  parlé,  )>  Or, 
suivant  5^m^  Luc  (I,  70),  les  saints  prophètes  ont  été  de 
tout  temps. 

Suivant  les  Actes  des  apôtres  (XX,  22)^  saint  Paul 
étant  liéjoar  l'Esprit,  dit  :  «  Je  m'en  vais  à  Jérusalem, 
»  ignorant  les  choses  qui  m'y  doivent  arriver.  )) 

Les  Psaumes  disent  également  (CXLIII,  10)  :  «  En^ 
))  seigne-moi  à  faire  ta  volonté,  car  tu  es  mon  Dieu  : 
)■)  que  ton  bon  Esprit  me  conduise  comme  par  un  pays 
»  uni.  » 

Les  anciens  Grecs  ont  de  même  bien  caractérisé  la  na- 
ture jjassive  de  rho?nme  insjnré. 

Suivant  Homère  (Iliade  XII,  228),  les  voyants  et  les 
prophètes  sont  les  représentants  de  Dieu  (âionponoî)  ils 
servent  d'instruments  passifs  à  la  volonté  divine.   (Mav- 

T«ùou(Ttv  ùiç  èvl  cJ'upjO  «(Jàvxrroî  ^àA"Xoi»(X«.   (OdySS.    I^    200,   201, 

347,  XY,  112,  XXI[,346.) 

Platon  dit  dans  le  Dialogue  d'Io  et  Menon,  que  ce  ne 


l'inspjratiOxN  et  les  médiums.  167 

sont  pas  les  prophètes ^  les  voyants  et  les  poètes  qui  par- 
lent^ mais  c'est  Dieu  qui  parle  par  eux  [ovx  °^'^oï  "o-iv  d 
ravra  >.syovTsç);  c'est  poui*  Cette  raison  qu'ils  passent  pour 
des  saints  et  pour  des  hommes  de  Dieu,  parce  qu*ils  ne 
songent  pas  à  ce  qu'ils  disent. 

Selon  Apollonius  de  Thyane  (Philostrato,  lib.  Vlll, 
cap.  6),  les  dieux  voient  ce  qui  arrivera,  les  hommes  ce 
qui  est  arrivé,  le  sage  (le  magicien)  ce  qui  Q?>isur  le  point 
cV arriver,  grâce  au  concours  de  son  génie  familier  et  de 
la  possibilité  de  l'astrologie. 

Lucain,  l'illustre  auteur  de  la  Pharsale,  nous  donne 
Une  description  détaillée  de  la  fougue  irrésistible  de 
l'inspiration  et  des  fureurs  surnaturelles  des  pythies, 
lorsqu'elles  rendaient  des  oracles.  Nous  citons  les  ver- 
sets 71-223  de  ce  poète  d'après  la  traduction  de  Philarète 
Chasles  et  deGreslon.  (P.  342,  etc.) 

«  Lorsque  le  co)nmandement  de  la  république  fut  dé- 
))  cerné  à  Pompée,  Appius  n'osant  affronter  les  hasards 
))  d'une  lutte  incertaine,  alla  consulter  V Oracle  de  Del- 
))  phes;  à  une  distance  égale  du  couchant  et  de  l'aurore, 
))  s'élancent  dans  les  airs  les  deux  cimes  du  Parnasse, 
))  montagne  chère  à  Apollon  et  à  Bacchus,  dont  les  Mé- 
»  nades  thébaines  confondent  le  culte  dans  les  fêtes 
))  triennales  qu'elles  viennent  célébrer  à  Delphes... 

»  Ouelle  Divinité  se  cache  en  ce  lieu?  Quel  Dieu  pos- 
))  sédant  tous  les  mystères  du  monde  éternel  et  les  se- 
rt crets  de  l'avenir,  se  résigne  au  séjour  de  la  terre, 
»  toujours  prêt  à  se  révéler  aux  mortels  et  à  souffrir 
y)  le  contact  de  l'homme  ;  également  admirable  et  puis- 
))  sant,  soit  qu'il  révèle  seulement  la  destinée,  soit  qu'il 
))  la  détermine  par  sa  parole?  Quoi  qu'il  en  soit,  des 
))  que  le  soufle  divin  est  entré  dans  le  sein  virginal  de  la 
))  prêtresse^  il  ébranle  avec  un  bruit  terrible  cette  àme 


168  CHAPITRE   XV. 

))  humaine  ;  il  fait  éclater  la  bouche  de  la  prophétesse, 
))  comme  la  flamme  déchire  en  bouillonnant  le  cratère 
»  de  Sicile...  Le  Dieu  se  montre  accessible  à  tous,  et  ne 
))  refuse  à  personne  ses  oracles  ;  seulement  il  ne  se  rend 
»  jamais  complice  des  passions  humaines.  Il  n'est  point 
)>  permis  de  venir  dans  son  temple  murmurer  à  voix 
»  basse  de  coupables  vœux  ;  car,  annonçant  l'ordre  fixe 
»  et  immuable  des  destins,  il  n'accorde  rien  aux  prières 
»  de  riiomme... 

»  Le  plus  grand  malheur  de  notre  siècle,  c'est  d'avoir 
))  perdu  cet  admirable  lyrésent  du  ciel.  V oracle  de  Delphes 
»  est  muet  depuis  que  les  rois  craignent  l'avenir,  et  ne 
»  veulent ptlus  laisser  i^arler  les  dieux...  Ainsi  dormaient 
»  les  trépieds  depuis  longtemps  immobiles,  quand  Ap- 
»  p)^^^^  ^iiit  troubler  ce  repos  et  demander  le  dernier 
»  mot  de  la  guerre  civile. . .  Sur  les  bords  des  sources  de 
»  Castalie,  au  fond  des  bois  solitaires,  se  promenait, 
»  joyeuse  et  sans  crainte,  la  jeune  Phemonoée ;  le  Pon- 
))  tife  la  saisit  et  l'entraîne  avec  force  vers  le  sanctuaire. 
))  Tremblante  et  n'osant  toucher  le  seuil  terrible,  elle 
»  veut,  par  une  ruse  inutile,  détourner  Appius  de  son 
»  désir  ardent  de  connaître  l'avenir...  On  reconnaît  cette 
»  ruse,  et  la  terreur  même  de  la  prêtresse /««V  croire  à  la 
»  présence  du  Dieu  quelle  avait  nié.  Alors  elle  noue  ses 
»  cheveux  sur  son  front,  et  enferme  ceux  qui  flottent 
))  sur  ses  épaules  d'une  bandelette  blanche  et  d'une  cou- 
))  ronne  de  laurier  de  la  Phocide.  Mais  elle  hésite  encore 
»  et  n'ose  avancer  ;  alors  le  prêtre  la  pousse  violemment 
»  dans  l'intérieur  du  temple...  La  vierge  court  vers  le 
»  trépied  redoutable  ;  elle  s'enfonce  dans  la  grotte  et  s'y 
»  arrête  pour  recevoir  à  regret  dans  son  sein  le  dieu  que 
»  lui  envoie  le  souffle  souterrain^  dont  les  siècles  n'ont 
))  point  épuisé  la  force.  Maître  enfin  du  cœur  de  sa  pre- 


l'inspiration  et  les  médiums.  169 

»  tresse,  Apollon  s'en  empare...  Furieuse  et  horsd'elle- 
»  même,  la  prêtresse  court  en  désordre  à  travers  le 
»  temple,  agitant  violemment  sa  tête,  qui  ne  lui  appar- 
»  tient  plus  ;  ses  cheveux  se  dressent  ;  les  bandelettes 
»  sacrées  et  le  laurier  prophétique  bondissent  sur  son 
»  front  ;  elle  renverse  le  trépied  qui  lui  fait  obstacle  dans 
))  sa  course  vagabonde;  elle  écume  dans  l'ardeur  qui  la 
))  dévore:  Ton  souffle  brûlant  est  sur  elle,  ô  Dieu  des 
»  oracles! 

))  Le  tableau  qui  se  déroule  devant  elle  est  immense  ; 
»  tout  l'avenir  se  presse  pour  sortir  à  la  fois,  et  les  évé- 
))  nements  se  disputent  la  parole  prophétique  ;  le  pre- 
»  mier  et  le  dernier  jour  du  monde,  la  mesure  des  mers 
))   et  le  nombre  des  grains  de  sable,  tout  se  présente  à  la 
»  fois  :  ((  Tu  échapperas,  dit-elle,  aux  dangers  de  cette 
))»  guerre  funeste,  et  seul  tu  trouveras  le  repos  dans  un 
))))  large  vallon,  sur  la  côte  à'Eubée.  »  Le  sein  de  la 
))   pythonisse  vient  heurter  la  porto  du  temple,  qui  cède 
))  à  son  effort  ;  elle  s'échappe  ;  mais  sa  fureur  prophé- 
»  tique  n'est  pas  encore  apaisée  :  elle  n'a  pas  tout  dit,  et 
))   le  dieu,  resté  dans  son  sein,  la  domine  toujours.  C'est  lui 
))   qui  fait  rouler  ses  yeux  dans  leurs  orbites  et  lui  donne 
»   ce  regard  farouche   et  effaré  ;  son  visage  n'a  point 
))  d'expression  fixe  :  la  menace  et  la  peur  s'y  peignent 
r>  tour  à  tour;  une  rougeur  enflammée  le  colore  et  suc- 
»   cède  à  la  pâleur  livide  de  ses  joues,  pâleur  qui  ins- 
))   pire  l'effroi  plutôt  qu'elle  ne  l'exprime.   Son  cœur, 
»  battu  de  tant  d'orages, ne  se  calme  pas  encore;  mais  il 
»   se  soulage  par  de  nombreux  soupirs  semblables  aux 
»   gémissements  sourds  que  la  mer  fait  encore  entendre, 
))   quand  le  vent  du  Nord  a  cessé  de  battre  les  flots.  Dans 
ï)  son  passage  de  cette  lumière  divine  qui  lui  découvre 
»  l'avenir  à  la  lumière  du  jour,  Use  fit  pour  elle  un  inter- 

14 


170  CHAPITRE    XV. 

»  valle  de  ténèbres,  Apollon  versa  l'oubli  dans  son  cœur 
»  pour  lui  ôter  les  secrets  du  ciel  ;  la  science  de  l'avenir 
»  s'en  échappe  et  la  prophélesse  retourne  aux  trépieds 
»  fatidiques.  Revenue  à  elle-même,  la  malheureuse 
))  vierge  tomhe  expirante.  » 

On  voit  donc  que  les  pythies  grecques,  comniQ  nos  som- 
nambules et  extatiques  modernes^  ne  prophétisaient  et  ne 
rendaient  leurs  orades  qu  en  passant  de  l'état  normal  à  un 
état  surnaturel.  Les  pythies  oubliaient,  comme  nos  som- 
nambules magnétiques  et  artificielles,  ce  qu'elles  avaient 
vu,  entendu  et  dit  pendant  leur  extase.  La  lucidité  de  la 
pythie  fut  généralement  provoquée  par  les  moyens  artifi- 
ciels de  la  magie  ;  de  là  l'oubli  au  réveil  comme  chez  la 
plupart  des  somnambules  magnéticfues ;  il  n'en  est  pas  de 
même  lorsque  la  lucidité  est  spontanée  ;  l'extatique  na- 
turel, le  voyant  spontané,  conserve  généralement  le  sou- 
venir de  tout  ce  qu'il  a  vu  durant  sont  état  extatique. 

Ces  citations  suffisent,  pour  nous   démontrer  que  les 
anciens  y  seuls,  et  principalement  la  ^/^/e^ZTomèr^;,  Pytha- 
ijore  et  Platon,  savaient  bien  ce  que  c'est  que  l'inspira- 
tion et  l'extase,  tandis  que  nos  prétendus  philosophes 
modernes,  pour  qui  le  monde  surnaturel  n'est  qu'une 
îettre-morte  ou  un  X  absohiment  inconnu,  croient  que 
l'inspiration  est  un  état  purement  interne  et  subjectif; 
no?»  pseudophilosophes  ne  devinent  pas  la  cause  objective 
et  surnaturelle   de  cet  état  sublime.  Les  magnétiseurs 
fluidistes  sont  tombés  dans  une  erreur  non  moins  gros- 
sière ;  voyant  que  le  magnétisme  animal  donne  lieu  sou- 
vent aux  phénomènes  de  la  lucidité  somnambuliqiie,  ils 
croyaient  que   ces  phénomènes    merveilleux  n'étaient 
qu'un  simple  échaulfement  du  cerveau  à  l'aide  d'un  pré- 
tendu//w^V/e //î«^>ie72^?<e  dont  on  n'a  jamais  pu  prouver  la 
réalité*  Les  disciples  de  Mesmer  ont  pris  Fextase  et  Fins- 


l'inspiration  et  les  médiums.  171 

piration  pour  une  simple  exaltation  cérébrale,  produite 
par  l'addition  des  forces  vitales  de  deux  êtres  dans  un 
seul  individu.  Les  mesmériens  n'ont  pas  remarqué  que 
le  magnétisme  n'est  qu'un  simple  moyen  soporifique 
pour  engourdir  les  sens,  tels  que  Vopiimi^  le  chloroforme, 
réther^  le  soma  des  Indiens  et  tous  les  autres  moyens  de 
la  magie,  pour  parvenir  à  la  lucidité  artificielle.  Il  en 
fut  de  même  dans  TEgypte  ancienne  des  exhalaisons  de 
Kyphi  (parfum  composé  de  seize  ingrédients  diflerents), 
qui  agissait  puissamment  sur  l'imagination,  le  siège  des 
songes,  en  la  rendant  plus  claire  et  plus  pure.  Ces  exha- 
laisons no  furent,  suivant  Plutarque  (d'Isis  et  d'Osiris, 
Ricard,  v.  399),  pas  moins  efficaces  que  les  sons  de  la 
lyre,  auxquels  les  pythagoriciens  avcdent  coutume  de  s'en- 
dormir. Tous  ces  moyens  soporifiques  ne  peuvent  pas 
produire  la  lucidité;  ils  ne  font  que  lapréjmrer  en  renver- 
sant les  obstacles  qui  proviennent  de  V influence  du  monde 
matérieL 

Ces  moyens  engourdissent  les  sens  et  interrompenl: 
par  conséquent  les  rapports  de  l'àme  avec  le  monde 
matériel.  Or,  l'âme  isolée  et  délivrée  du  joug  des  im- 
pressions matérielles  à  l'aide  des  sens,  devient  plus 
apte  à  subir  l'influence  du  monde  surnaturel.  Néanmoins 
avant  qu'un  génie  invisible  soit  parvenu  à  s'emparer  de 
l'âme  d'un  homme,  le  rapport  de  l'âme  avec  le  monde 
supérieur  des  Esprits  est  très  imparfait.  De  là,  le  dé- 
sordre et  la  confusion  la  plupart  du  temps  dans  la  série 
des  idées  et  des  événements  dans  les  songes,  dans  le 
noctambulisme  et  dans  le  somnarnbidisme  inférieur  ou 
non  inspiré.  Certes,  Tâme  est  affranchie  des  bornes  ordi- 
naires du  temps  et  de  l'espace;  elle  jouit  déjà  pleine- 
ment des  facultés  merveilleuses,  inhérentes  à  sa  nature, 
telles  que  la  vue  à  distance^  la  vision  à  travers  les  corps 


172  CHAPITRE   XV. 

Opaques^  le  refiet  des  pensées,  etc.,  etc..  ;  mais  ce  qui 
lui  manque,  c'est  la  boussole  divine,  c'est  l'influence  d'en 
haut,  qui  seule  puisse  la  vivifier.  Le  sage  Salomon  a 
bien  caractérisé  cette  phase  du  développement  des  fa- 
cultés de  l'âme  humaine,  pour  parvenir  à  la  véritable 
inspiration. 

11  dit  dans  les  Proverbes  (chap.  XVI,  v.  1)  :  «  Les  prépa- 
))  rations  du  cœur  sont  à  l'homme  ;  mais  le  discours  de  la 
»  langue  est  de  rEternel.  »  En  effet,  tant  que  l'àme  n'est 
pas  encore  inspirée,  toutes  les  belles  facultés  dont  elle  a 
la  possession  entière,  sont  plus  ou  moins  stériles;  l'in- 
fluence de  deux  mondes  s'entrecroise  encore,  grâce  à 
l'imagination  et  à  la  mémoire,  malgré  l'isolement  qui  ne 
peut  jamais  être  complet  tant  que  l'àme  n'est  pas  tout 
à  fait  délivrée  des  liens  du  corps  par  la  mort.  Les  fonc- 
tions chimiques  et  physiques  du  corps  et  l'écho  du 
monde  matériel  arrêtent  l'âme  dans  son  vol  sublime  vers 
la  région  des  purs  Esprits  et  des  causes  invisibles.  Tout 
change  soudain^  lorsqu'un  bon  génie  s'empare  de  l'âme  ; 
le  calme  renaît  dans  le  cœur,  l'équilibre  de  toutes  les  fa- 
cultés intellectuelles  et  morales  est  rétabli  ;  Vâme  se  dé- 
pouille des  illusions  terrestres  et  parvient  à  la  véritable 
contemplation  divine.  Au  reste,  plus  les  relations  de 
l'âme  humaine  avec  les  Esprits  deviennent  plus  intimes, 
plus  ces  rapports  durent,  plus  les  manifestations  des  Es- 
prits deviennent  directes,  inatérielles  et jKdpables.ha  corps 
du  voyant  ou  de  l'extatique  commeuce  môme  à  ressentir 
l'influence  du  monde  surnaturel  et  à  participer  aux  phé- 
nomènes spirituels.  Les  visions  sont  même  aperçues  par 
les  sens  grossiers  et  externes,  â  l'état  de  veille  ordinaire. 
C'est  alors  qu'un  état  plus  étrange  et  peut-être  plus  mer- 
veilleux que  l'état  extatique  du  voyant  se  révèle. 

Un  génie  invisible  s'empare  du  corps  d'un  voyant  ou 


l'inspiration  et  les  médiums.  173 

d'une  personne  sensible,  sans  en  déloger  Fàme,  sans 
même  Finspirer  ou  l'entraîner  dans  un  état  supérieur. 
L'àme  do  l'homme,  au  contraire,  conserve  ses  pensées 
et  sa  manière  de  voir,  de  sorte  que  deux  âmes,  dont  les 
pensées  diffèrent,  aneme??^ passagèrement  le  même  corps; 
pourtant  le  corps  subit  bientôt  i^\us>  rinflueiice  supérieure 
dn  pur  Esprit^  bien  que  ce  Génie  iiivisible  soit  loin  de 
vouloir  dompter  l'àme  en  même  temps  que  le  corps, 
comme  dans  les  phénomènes  de  l'obsession  et  de  la  pos- 
session. 

L'esprit  surnaturel  laisse  donc  dans  cet  état  à  rame  de 
l'homme  sa  liberté  pileine  et  entière,  et  n'aspire  c/u'à  se 
servir  de  son  bras  sans  intelligence  pour  exprimer  ses 
idées.  Les  personnes  qui  se  trouvent  dans  cet  état 
étrange,  sont  appelées  de  nos  jours,  médiums,  parce 
qu'elles  servent  d'intermédiaires  à  ceux  qui  veulent 
communiquer  avec  les  esprits.  Le  médium  est  un  instru- 
ment d'autant  plus  docile,  qu'il  met  au  service  de  son 
hôte  passager  de  l'autre  monde  seulement  son  corps  et 
principalement  son  bras  pour  exprimer  par  écrit  les 
pensées  du  génie  invisible.  Le  médium,  n'est  qu'une 
main  obéissante,  un  instrument  tout  à  fait  passif,  dirigé 
par  les  Esprits  comme  les  tables  et  d'autres  objets  iner- 
tes et  inanimés,  pour  manifester  leur  présence  et  pour 
exprimer  leurs  idées.  Le  médium  n'est  que  l'écho  d'un 
pur  Esprit,  qui  envahit  son  corps  momentanément.  Les 
anciens  ont  connu  cet  état  absolument  passif.  Homère 
(Iliade,  XII,  228)  parle  de  ceux  cpd  servent  d'instruments 
passifs  à  la  volonté  divine;  il  en  est  de  même  de  Platon 
dans  le  Dialogue  déjà  cité  d'Io  et  de  Menon;  néanmoins 
il  n'y  a  que  ki  Bible  qui  nous  démontre  nettement  dans 
le  récit  de  la  tentation  de  Jésus  dans  le  désert,  la  diffé- 
rence  entre  l'état  de  médium  et  l'inspiration.  Jésus  fut 


174  CHAPITRE  XVI. 

amené  OU  pomsé paf  VEs^prit  dans  le  ^/és^;*/ ;  il  était  ins- 
piré par  le  Saint-Esprit,  lo  diable  ne  pouvant  nullement 
l'influencer,  ni  moralement  ni  spirituellement  ;  pourtant 
le  tentateur  infernal  remua  et  transporta  le  corps  de 
Jésus  dans  un  autre  lieu.  Saint  Mathieu  dit  (chap.  IV, 
5  et  6)  :  «  le  diable  le  transporta  dans  la  sainte  ville,  et 
»  le  mit  sur  le  sommet  du  temple  yy  (bien  que  le  Saint- 
))  Esprit  l'eut  amené  dans  le  désert).  Et  le  diable  lui 
»  dit  :  ((  Si  tu  es  le  fils  de  Dieu,  jette-toi  en  bas.  » 

Saint  Luc  dit  également  (chap.  IV,  9)  :  «Le  diable 
»  l'amena  aussi  à  Jérusalem  et  le  mit  sur  la  balustrade 
»  du  temple,  et  lui  dit  :  Si  tu  es  le  fils  de  Dieu,  jette-toi 
»  en  bas.  » 


CHAPITRE  XVI. 
L'Extase  chez  les  Indiens. 


Le  Yoga-Sâstra  de  Patandjali^  dans  le  quatrième  cha- 
pitre est  un  traité  de  l'Extase  et  de  la  Magie.  Ce  livre  est 
plein  d'enseignements  et  de  directions  pour  développer 
les  facultés  somnambuliques. 

Le  deuxième  chapitre  de  la  troisième  lecture  de  Brâh- 
yyia-Soutra  (III,  2,  §  1-4)  traite  des  quatre  états  ou  con- 
ditions de  l'âme,  revêtue  d'un  corps  grossier,  savoir  : 
Vétat  de  veille  normal,  l'état  de  rêve^  le  profond  sommeil 
et  V extase;  on  y  comprend  également  l'évanouissement 
et  la  stupeur  qui  sont  intermédiaires  entre  le  profond 
sommeil  et  la  mort. 

Dans  \état  de  rêve  qui  est  intermédiaire  entre  l'état 
de  veille  et  de  profond  sommeil,  il  s'opère  un  cours 


l'extase   CHEIZ   LES   INDIENS.  175 

fantastique  d'évouements,  une  création  illusoire,  qui, 
cependant,  témoigne  de  l'existence  d'une  âme  qui  en  a  la 
conscience. 

Dans  le  profond  sommeil,  l'âme  s'est  retirée  au  sein 
de  l'âme  suprême  par  la  voie  des  artères  à\\  joéricardiitm. 
Durant  la  période  du  profond  sommeil,  l'âme  est  passa- 
gèrement réunie  avec  l'Être  suprême,  auquel  elle  se 
joint,  d'une  manière  permanente,  à  l'époque  de  son 
émancipation  finale.  Cette  unification  n'est  pas  nne  ab- 
sorption ou  discontinuation  de  rindividiialité,  mais  une 
apathie  complète,  à  laquelle  les  saints  aspirent  par  la 
pratique  de  la  mortification  et  par  l'acquisition  de  la  vé- 
ritable science. 

L'extase  ou  l'état  de  calme  profond  (Ninvana  ou 
Ancmdâ)  est  le  suprême  bonheur  auquel  l'Indien  aspire. 
En  cela,  le  Djina  [gymnosophiste),  aussi  bien  que  le 
bouddhiste  s'accorde  avec  l'orthodoxe  Védantin. 

Dans  l'extase  lapins  élevée,  F honmie  parvient  à  l'intui- 
tion intellectuelle  pure;  il  peut  prévoir  la  destinée,  ré- 
servée aux  morts,  conformément  à  leur  degré  de  perfec- 
tion dans  l'autre  monde.  L'agrandissement  futur  de  notre 
être,  le  perfectionnement  progressif  de  nos  facultés  dans 
une  série  d'existences  dont  l'état  terrestre  n'est  que  le 
prélude,  est  constaté  par  le  pouvoir  transcendant  du 
Yogui.  Les  lois  de  Manou(liv.  YI,  §  73)  disent,  concer- 
nant le  Yogui  extatique:  a  En  se  livrant  à  la  méditation 
»  la  plus  abstraite,  qu'il  observe  la  marche  de  l'âme  à 
»  travers  les  différents  corps  depuis  le  degré  le  plus 
»   élevé  jusqu'au  plus  bas.  « 

Les  poètes  indiens,  dans  le  Ramayana  et  dans  le 
Mahabharata  attribuent  à  un  grand  nombre  de  re- 
ligieux ou  à' Aiiachorètes  ascéticpies  (Yogui  et  Sanjasi) 
a  faculté  de  voir  à  travers  les  corps  opaques,  de  de- 


176  CHAPITRE   XVI. 

viner  la  pensée  d'aiitriii,  de  prédire  les  événements  fu- 
turs, etc.,  etc. 

Selon  la  quatrième  lecture  de  Brâhma-Soiitra  (cliap.  IV), 
un  Yogiii  extatique  possesseur  des  facultés  surhumaines 
et  transcendantes,  n'est  sujet  au  contrôle  d'aucun  autre 
être  ;  il  peut  à  son  choix,  être  investi  d'un  ou  de  plusieurs 
corps  ou  bien-être  dépourvu  d'une  forme  corporelle  (en  se 
rendant  invisible);  maître  de  plusieurs  corps  par  un  sim- 
'pie  acte  de  sa  volonté^  le  Yogui  n'en  occupe  qu'un  setd, 
laissant  les  autres  inanimés  comme  autant  de  machines  de 
bois.  Le  Yogui  extatique  peut  aiiimer  plusieurs  corps  delà 
même  manière  qu'ime  simple  lamjoe  peut  alimenter  plus 
d'une  mèche. 

Le  philosophe  Kanada  admet  la  transposition  des 
sens,  la  faculté  de  voir  parle  nombril,  etc.,  etc.  (Pau- 
thier.  Essai  sur  la  philosophie  des  Hindous,  traduit  de 
l'anglais,  de  Colebrooke,  170,  etc.) 

Il  y  a  ime  analogie  frappante  entre  ces  tours  extraor- 
dinaires des  Yogui' s  et  les  phénomènes  de  la  magie, 
réhabilitée  de  nos  jours,  grâce  aux  efforts  de  MM.  d'Our- 
ches  et  du  Potet. 

Sankara  dit  dans  Y Atma-Bodha  (art.  40)  :  «  Celui  qui 
»  comprend  l'invisible  essence,  ayant  rejeté  l'idée  de 
»  formes  et  de  distinctions,  existe  dans  l'être  universel  vi- 
))  vant  et  heureux.  »  Le  même  penseur  y  ajoute  (art.  41) 
ce  qui  suit  : 

Absorbé  dans  ce  grand  Esprit,  «  il  n'observe  pas  la 
»  distinction  de  p)ercevant^  perception  et  objets  perms.  Il 
»  contemple  une  existence  infinie,  heureuse,  qui  est  ren- 
»  due  manifeste  par  sa  propre  nature.  »  De  là  la  physio- 
nomie rayonnante  de  l'extatique.  Le  Yogui  contemple 
toutes  choses  comme  demeurant  en  lui-même,  et  ainsi 
par  l'œil  de  la  connaissance,  il  perçoit  que  toute  chose 


l'extase  chez  les  indiens.  177 

est  Esprit  ;  VEqrnt  est  le  seul  être  qui  existe  véritable- 
ment, (Atma-Bodha,  art.  47.) 

Le  Yogui  parvient  déjà  durant  cette  vie  à  une  libéra- 
tion, à  une  délivrance  incomplète  et  restreinte.  (Moukti, 
Bràhma-Soutra,  lY,  4,  §  7.) 

Le  but  de  l'àine,  c'est  sa  délivrance  des  liens  terres- 
tres, selon  toutes  les  sectes  de  Flnde. 

Suivant  les  Djina's  {gymnosophistes)^  l'âme  parvient 
à  la  délivrance  ou  à  la  perfection  au  moyen  d'une  pro- 
fonde abstraction  ou  concentration  de  la  pensée  et  de  la 
volonté  (Yoga-Siddha)  et  d'une  extase  contemplative  ou 
d'une  intuition  purement  intellectuelle.  Cette  délivrance 
est  obtenue  par  une  connaissance  ou  science  droite  et 
par  la  doctrine  et  les  observances  religieuses.  L'œuvre 
de  la  délivrance  est  une  ascension  continuelle  de  rônie, 
résultant  de  sa  tendance  naturelle  à  s'élever  en  haut, 
bien  qu'elle  soit  retenue  en  bas  par  les  liens  corporels. 

Le  sixième  livre  des  lois  de  Manou,  qui  traite  des 
devoirs  de  l'Anachorète  et  du  dévot  ascétique,  indique 
de  nombreux  moyens  pour  parvenir  à  la  délivrance. 

Suivant  le  §  75  dudit  livre,  on  parvient  ici-bas  au 
but  suprême,  qui  est  de  s'identifier  avec  Brâhnie,  en 
ne  faisant  point  de  mal  aux  créatures,  en  maîtrisant  ses 
organes,  en  accomplissant  les  devoirs  pieux,  prescrits 
par  les  Yédas,  et  en  se  soumettant  aux  pratiques  de 
dévotion  les  plus  austères. 

Les  §  80,  81  et  82  du  sixième  livre  des  lois  de 
Manou,  disent  de  même  ce  qui  suit  :  «  Lorsque,  par 
»  sa  connaissance  intime  du  mal,  l'homme  devient  in- 
»  sensible  à  tous  les  plaisirs  des  sens,  alors  il  obtient  le 
»  bonheur  dans  ce  monde  et  la,  béatitude  éternelle  dans 
»  l'autre.  S^étant,  de  cette  manière,  affranchi  par  de- 
»  grés  de  toute  affection  mondaine,  devenu  insensible  à 


178  CHAPITRE   XVI. 

»  tontes  les  conditions  opposées,  comme  l'honneur  et 
»  le  déshonneur,  il  est  ahsorhé  pour  toujours  dans 
»  Brâhme.  y> 

On  sait  que  Bràlmie^  comme  nom  neutre  est  Y  Eternel, 
et  Brâhma  est  ce  même  Dieu  se  manifestant  comme 
créateur.  «  Tout  ce  qui  vient  d'être  déclaré,  s'obtient 
»  par  la  méditation  de  l'Essence  divine,  car  aucun  homme, 
»  lorsqu"il  ne  s'est  pas  élevé  à  la  connaissance  de  rame 
))  sxqwême,  ne  peut  recueillir  le  fruit  de  ses  efforts.  >) 

La  connaissance  est  ov  spirituelle  et  intérieiirey  ou 
temporelle  et  extérieure.  La  connaissance  extérieure  ou 
temporelle  comprend  l'étude  de  la  Sainte-Ecriture  et  de 
la  nature  externe,  mais  la  connaissance  intérieure  ou  spi- 
7'ituelle  seule,  donne  la  connaissance  de  soi-même  (le  fa- 
meux 7VW04  cTsauTov  de  Chilon)^  en  distinguant  l'âme  de  la 
nature,  et  opérant  ainsi  la  délivrance  de  l'âme  du  corps 
et  des  sens.  Ce  n'est  que  par  l'acquisition  de  la  science 
au  moyen  de  l'étude  des  principes,  que  l'on  apprend  la 
vérité  définitive.  Au  reste,  suivant  Sankara  {Atma-Bodha, 
art.  47),  la  vertu,  c'est-à-dire  la  direction  droite  des  or- 
ganes par  l'âme,  favorise  l'ascension  de  l'homme  vers  la 
région  supérieure  ;  le  mode  le  plus  prompt  d'obtenir  la 
béatitude  dans  la  contemp^lation  absorbée,  par  laquelle  la 
délivrance  de  l'âme  va  s'accomplir,  c'est  la  dévotion  à 
Dieu.  L'âme  parvenue,  grâce  à  la  pratique  magique  des 
Yoguis  à  l'état  de  pur  Esprit,  ne  prononce  que  le  fameux 
monosyllabe  Aum  (nom  mystique  de  Dieu),  absorbée 
qu'elle  est  dans  la  méditation  de  l'âme  suprême. 

La  répétition  de  ce  monosyllabe,  en  méditant  en 
même  temps  sur  sa  signification,  fait  surtout  partie  delà 
dévotion  d'un  Yogui.  Selon  les  Maheswaras  et  Pasoupa- 
/^s  (écoles  de  philosophie  dualistes),  l'abstraction  et  la 
persévérance  dans  la  méditation  de  la  syllabe  Aum  dans 


L  EXTASE  MYSTIQUE   CHEZ   LES   CHINOIS.  179 

l'extase  et  la  profonde  contemplation  de  rexcellence  di- 
vine délivrent  déjà  ici-bas  du  mal  et  des  liens  corporels. 

La  secte  de  Bouddha  admet  également  l'extase  contem- 
plative, l'abstraction  mentale  comme  l'état  le  plus  par- 
fait, comme  un  état  heureux  d'imperturbable  apathie. 
Cette  apathie paf faite  est  le  bonheur  suprême,  et  néces- 
saire pour  élargir  d'une  manière  infinie  les  facultés  hu- 
maines. 

La  pratique  des  Yogias  fut  cruelle  et  bizarre  (comme 
le  schamanismé)  ;  en  retenant  l'haleine,  ils  serraient  leurs 
membres  comme  une  tortue  ;  ils  boivent  le  soma,  qui  se 
compose  du  jus  de  cette  plante,  mêlé  au  lait  caillé.  (Du- 
bois, Mœurs ,  institutions  y  etc.,  des  peuples  indiens^  t.  Il, 
p.  271.) 

Suivant  les  lois  de  Manou  (lY,  §  24),  il  y  en  a  qui  sa- 
crifient constamment  leur  respiration  dans  leur  parole, 
en  récitant  la  Sainte-Écriture  au  lieu  de  respirer,  et  leur 
jmrole  dans  la  respiration,  en  gardant  le  silence,  trou- 
vant ainsi  dans  leur  parole  et  dans  leur  respiration  la 
récompense  éternelle  des  oblations. 


CHAPITRE   XVIL 

L'extase  mystique  chez  les  Chinois 
et  chez  les  Perses. 


La  doctrine  des  Indiens,  concernant  l'extase  et  l'uni- 
iication  mystique,  se  retrouve  chez  les  Chinois  et  chez 
les  Sofis  des  Perses.  (Tholuck  Suffismus,  Berlin,  1821.) 

On  remarque  une  analogie  entre  les  idées  de  Patand- 


180  CHAPITRE    XVII. 

jali  et  la  doctrine  de  l'école  de  Tao,  dont  Lan-tseu  est  le 
fondateur.  On  retrouve  des  idées  magiques  et  mystiques 
dans  le  Tao-teking  de  ce  sage  célèbre.  Lao=rtseu  dit  dans 
le  Tao-teking  (chap.  XYI)  que  l'extase  et  la  quiétude 
parfaite,  le  non-agir  corporel,  est  la  réunion  à  l'Être 
suprême,  dont  il  y  a  deux  degrés,  c'est-à-dire  la  réunion 
simple,  qui  consiste  à  voir  les  choses  en  Dieu,  et  à  renon- 
cer à  toute  autre  puissance  que  celle  de  Dieu.  Le  se- 
cond degré  de  Vunification  ou  la  réunion  de  la  réunion 
consiste  à  s'anéantir  totalement  et  à  se  passer  de  tout 
excepté  de  Dieu.  [Notices  et  extraits  des  manuscrits  orien- 
taux, tome  X  et  tome  XII,  contenant  les  deux  savants 
Mémoires  de  Sylvestre  de  Sacy.) 

Vintime  ressemblance  des  sofîs  des  Perses  et  des  dervi- 
ches mystiques  chez  les  musulmans  avec  les  Yoguis  des 
Indiens,  prouve  que  leurs  doctrines  sont  bien  anciennes. 
Le  but  auquel  les  sofis  tendent  comme  tous  les  mysti- 
ques, c'est  une  union  parfaite  avec  Dieu,  ou  plutôt  une 
aJjsorption  morale  de  leur  volonté  dans  la  Divinité.  On 
ne  parvient  à  cette  absorption  qu'en  contractant  peu  à 
peu  et  par  degrés  l'habitude  de  renoncement  à  soi-même, 
d'une  indifférence  parfaite  à  toutes  les  choses  extérieures 
et  de  l'abnégation  de  toute  atîection  et  de  toute  volonté 
propre.  Celui  qui  aspire  à  cette  perfection,  ne  peut  y  ar- 
river que  par  des  efforts  soutenus  et  réitérés;  il  est  déjà 
censé  avoir  fait  de  grands  progrès,  quand  il  éprouve  de 
temps  à  autre,  une  sorte  de  quiétude  plus  ou  moins  par- 
faite, dans  laquelle,  s'oubliant  lui-même  plus  ou  moins 
complètement,  il  se  trouve  disposé  à  recevoir  les  lumières 
surnaturelles  que  la  Divinité  fait  briller  à  ses  yeux,  et  à 
contempler  l'Etre  suprême,  qui,  soulevant  pour  un  mo- 
ment, quoique  daiis  des  degrés  divers,  les  voiles  qui  le 
dérobent  à  la  vue  des  mortels,  se  laisse  apercevoir  à  lui. 


l'extase  mystique  chez  les  chinois.  181 

mais  comme  un  éclair  auquel  succède  bientôt  une  nou- 
velle obscurité.  U  y  a  dans  cette  perfection  de  la  vie  spi- 
rituelle une  gradation  successive  d'états  et  de  stations, 
qui  ne  se  termine  qu'à  l'identification  parfaite  avec  Dieu. 
Les  sofiSy  aspirant  à  la  contemplation  divine  à  l'aide 
de  V Extase  (Notes  et  extraits  des  Ma?iascrits,  tome  X, 
p.  81),  distinguent  surtout  deifx  états  ou  stations  princi- 
pales : 

1 .  La  réunion,  c'est-à-dire,  voir  Dieu  dans  les  créa- 
tures. 

2.  La  réunio?i  de  la  réunion,  c'est-à-dire,  voir  toutes 
les  ci'éatures,  existant  en  Dieu. 

Les  sofis  ont  Tbabitude  de  peindre  leurs  extases  et 
les  ravissements  de  l'amour  divin  sous  les  figures  les 
plus  voluptueuses. 

Le  sofisme  consiste  essentiellement  à  s'adresser  cons- 
tamment aux  exercices  de  piété,  à  vivre  uniquement 
pour  Dieu,  à  renoncer  à  toutes  les  vanités  du  monde, 
enfin  à  se  séparer  de  la  société,  pour  se  livrer  dans  la 
retraite  aux  pratiques  du  culte  de  Dieu. 

L'étymologie  du  nom  de  cette  secte  mystique  et  théo- 
sopbique  vient  de  souf  (laine),  car  le  plus  ordinaire- 
ment ils  s'iiabilleiit  de  laine.  La  raison  en  est,  qu'ils 
aftectaient,  en  adoptant  des  vêtements  de  laine ,  de 
SB  distinguer  du  commun  des  bommes  qui  aimaient 
la  magnificence  dans  leurs  babits,  mais  les  sofis  se  dis- 
tinguent surtout  des  autres  par  des  états  supérieurs  et 
surnaturels àoni  ils  sont  favorisés.  L'essence  de  tout  leur 
système  consiste  à  développer  l'extase,  laquelle  naît  des 
combats  livrés  aux  inclinations  naturelles.  Les  sofis  qï  les 
derwiches  ont  une  tbéologie  ésotériqiic  et  mystique  ;  ils 
pratiquent  des  devoirs  religieux  particuliers  L'indiffé- 
rence dont  ils  font  profession  pour  les  religions  positi- 


182  CHAPITRE    XVII. 

ves,  semble  justifier  l'horreur  qu'ils  inspirent  auxfidèies 
disciples  de  l'isiamisnie.  Le  pouvoir  occulte  que  les  der- 
vicJtes  s'attribuent,  no  paraît  aux  fidèles  disciples  de 
Mahomet  qu'une  méprisable  jonglerie,  ou  les  effets  d'un 
art  diabolique.  Les  combats  spirituels  et  les  médita- 
tions religieuses  des  softs  et  des  derviches  sont  suivis 
ordinairement  du  dégagement  des  voiles  des  sens  et 
de  la  vue  de  certains  mondes  qui  font  partie  des  choses 
de  Dieu,  c'est-à-dire  des  choses  dont  Dieu  s'est  réservé  la 
connaissance,  et  dont  il  est  impossible  que  l'homme,  qui 
fait  usage  de  ses  sens,  ait  aucune  perception.  En  renon- 
çant aux  sens  extérieurs,  la  vigueur  de  rEsjyrit  qui  n'ap- 
partient qu'à  ces  mondes  invisibles,  s'accroît.  La  médita- 
tion aide  puissamment  à  cela;  car  la  méditation  est 
comme  la  nourriture  qui  donne  la  croissance  de  l'Es- 
prit. L'Esprit  de  l'extatique  ne  cesse  point  de  croître  et 
de  s'augmenter  juscju'à  ce  que  de  science,  qu'il  était,  il 
devie7ine  présence^  c'est-à-dire  l'objet  d'une  connaissance 
immédiate  et  pour  ainsi  dire  d'une  intuition  intellectuelle 
pour  celui  qui  est  parvenu  à  se  dégager  des  voiles  des 
sens.  Dcms  cet  état,  l'âme  jouit  de  la  plénitude  des  facultés 
cpd  lui  appartieimeyit  en  vertu  de  son  essence  [Not.  et  extr,, 
tome  Xn,  p.  303)  et  perçoit  les  objets  par  une  percep- 
tion immédiate,  sans  faire  usage  des  organes  des  sens. 
L'âme  étant  parvenue  à  lever  les  voiles  des  sens,  reçoit 
les  dons  divins  et  les  faveurs  spontanées  de  Dieu  ;  enfin, 
sa  nature,  en  ce  qui  concerne  la  connaissance  exacte  de 
ce  qu'elle  est,  approche  de  l'horizon  le  plus  élevé  ;  nous 
voulons  dire  de  la  sphère  des  Anges,  ces  êtres  qni  sont 
exempts  de  toute  union  avec  la  matière.  L'homme  obtient 
ainsi  une  perception  de  la  véritable  nature  des  êtres. 
Ces  extatiques  ont  souvent  la  connnaissance  de  l'avenir; 
c'est-à-dire  des  événements  avant  qu'ils  arrivent;  ils  dis» 


l'extase  mystique  chez  les  chinois.  183 

posent,  par  l'influence  de  leurs  vœux  (prières  et  désirs) 
et  par  la  force  de  leurs  âmes,  des  êtres  inférieurs,  qui 
sont  contraints  d'obéir. 

Dans  le  livre  arabe  des  Définitions  de  Djordani,  il  est 
question  aussi  de  la  possession  el  de  l'attouchement  des 
démons  ;  l'épilepsio  et  la  folie  résultent  de  l'influence 
des  démons;  selon  l'opinion  commune,  c'est  un  génie 
qui  trouble  la  raison  de  l'homme,  il  y  est,  en  outre, 
question  des  voyants  et  des  illuminés,  qui  sont  les  posses- 
seurs de  l'intuition  et  de  V inspiration  des  Esprits  et  des 
morts,  et  qui  voient  les  sens  cachés  et  les  choses  réelles 
qui  existent  derrière  les  voiles,  c'est-à-dire  les  idées 
originelles,  les  prototypes  de  tout  ce  qui  existe.  (Not.  et 
extr.  des  Manuscrits,  t.  X,  p.  21  et  81.) 

Le  mot  Elyas  veut  dire  la  contraction  qui  a  lieu  dans 
la  contemplation  extatique  de  Dieu,  et  quiaifecte  le  cœur 
de  l'homme  spirituel  par  l'effet  d'une  cause  invisible  qui 
survient  et  agit  sur  lui.  Cette  contraction  est  une  sorte 
d'absorption  morale.  Ce  mot  Elias  vient  d'un  individu 
qui  a  été  élevé  dans  le  monde  des  Espjrits,  et  dont  les 
facultés  corporelles  se  sont  perdues  dans  le  monde  in- 
visible, et  y  ont  été  absorbées  par  contraction.  (iVo/.  et 
extr.,  t.  X,  p.  78.) 

Insidua  (rupture)  signifie  l'état  d'un  extatique  qui, 
après  avoir  considéré  Dieu  sous  le  point  de  vue  d'une 
unité  absolue,  où  il  n'y  a  point  de  distinction,  retombe 
de  ce  haut  degré  de  contemplation  à  un  degré  inférieur, 
où  l'unité  cesse  pour  lui  d'être  absolue,  les  attributs  se 
présentant  à  son  entendement  comme  distincts  de  l'es- 
sence. 

Igma  s'appelle  l'évanouissement  anormal  qui  est  sou- 
vent la  suite  du  ravissement  extatique. 


184  CHAPITRE   XVIII. 

CHAPITRE    XVIII. 
De  l'âme  humaine. 


L'existence  de  l'àme  est  déinontrée  par  plusieurs  ar- 
guments, selon  le  Sankhya-Karika  (art  17  et  18).  11  doit 
exister  une  intelligence  directrice,  comme  il  y  a  un  con- 
ducteur à  un  char;  rintelligence  directrice  de  la  ma- 
tière inanimée,  c'est  l'âme.  La  tendance  à  l'abstraction 
prouve  l'existence  de  Fàme. 

Selon  Gotayna,  auteur  du  système  de  Nyaya,  l'àme 
est  le  principal  objet  à  prouver.  Un  instrument  exige  un 
opérateur  ;  sans  un  opérateur,  nous  ne  pouvons  pas  voir 
à  l'aide  des  yeux  qui  sont  les  instruuients  de  la  vision. 
Les  lois  comme  cause  suprême,  n'expliquent  rien;  il  faut 
remonter  à  la  volonté  d'un  être  qui  les  établit  et  les  ap- 
plique, 

Gotama,  du  reste,  dit  qu'il  faut  distinguer  l'âme  indi- 
viduelle de  l'chne  suprême.  La  multiplicité  des  âmes  est 
prouvée  par  les  états  di//ércnts  de  chaque  être,  par  les 
tendances  diverses^  par  les  occupations  diverses,  enlin  par 
les  destinées  diverses  de  chaque  être.  Le  Saiikhya-Karika 
(art.  18)  est  d'accord  sur  ce  sujet  avec  Gotama. 

L'émanation  de  l'âme  individuelle  du  sein  de  Brâhma, 
n'est  pas  une  naissance  ni  une  production  originale,  se- 
lon l'école  orthodoxe  de  Védanta.  Les  âmes  individuelles, 
ces  parcelles  immortelles  et  étcr^ielles  sont  comparées  à 
des  étincelles  innombrables,  s'échappant  d'un  brasier 
enilanuné.  Ces  étincelles  provieiment  du  foyer  central, 
et  y  retournent,  étant  de  la  même  essence.   Les  lois  de 


DE    LAME   HUMAINE  185 

Manou  (liv.  XII,  §  15,  traduct.  de  Paiithier)  disent  que 
de  la  substance  de  l'àme  s'échappent  sans  cesse  comme 
des  étincelles  du  feu,  d'innombrables  principes  vitaux 
qui  communiquent  sans  cesse  le  mouvement  aux  créa- 
tures des  divers  ordres.  L'àme  est  donc  une  portion  de 
rÊtre  suprême,  comme  une  étincelle  l'est  du  feu.  Le 
rapport  n'est  pas  comme  celui  de  maitre  et  de  serviteur, 
mais  comme  celui  du  Tout  et  de  la  partie.  Au  reste, 
rÈtre  suprême  dont  l'àme  individuelle  fait  partie,  ne 
partage  pas  les  peines  et  les  souffrances  que  celle-ci 
éprouve,  au  moyen  de  la  sympathie,  pendant  son  asso- 
ciation avec  le  corps.  Comme  l'image  du  soleil,  réfléchie 
dans  l'eau,  trouble  ou  vacille,  en  suivant  les  ondulations 
de  Fétang,  sans  cependant  affecter  les  autres  images  ré- 
fléchies dans  l'eau,  ni  l'orbe  solaire  lui-même,  ainsi  les 
souiTrances  d'un  individu  n'affectent  pas  physiquement 
un  autre  individu,  ni  l'Etre  suprême.  Du  reste,  bien  que 
les  Véclas  comparent  les  âmes  individuelles  aux  étin- 
celles jaillissant  d'un  foyer  enflammé,  ràmc  est  aussi 
déclarée  éternelle  et  incréée.  (Piig-Véda,  8,  4,  17,  Bràhma- 
Soutrall,  §  17.) 

Sankara-Atcharya  dit  aussi  dans  \ Atma-Bodha 
(Art.  13-20),  que  l'Esprit  seul  est  vivant  et  éternel;  il 
anime  tout,  etc.,  etc. 

L'àme  est,  selon  Sankhi/a-Kariha  (art.  33),  iniinaié- 
rielle^  individuelle,  éternelle  et  inaltérable. 

En  Grèce,  Thaïes,  Pytïiagore  et  Platon  ont  supposé 
l'àme  incorporelle,  et  l'ont  définie  un  être  qui  a,  en  lui- 
même,  le  principe  de  son  mouvement,  une  substance 
intelligente.  (  Plutarque,  de  Piacit.  philos.,  lib.  lY, 
cap.  2,  et  3.) 

Selon  Pythagorc  (Diog.  Laërtius,  lib.  VIII,  28),  1  àme 
est  formée  de  VEther  divin,  ou  plutôt  une  émanation  de 


186  CHAPITRE   XIX. 

riiitelligencc  universelle  ;  Cicero ,  de  Senectute ,  dit  : 
«  Audiebam  Pytliagoram ,  Pytliagoreosque  niiiiqiiaiii 
y)  dubitasse,  qiiiii  ex  universali  mente  divinà  delibatos 
))  animos  haberemus.  » 

Pythagore  définit  l'âme,  un  nombre  qui  se  meut  par 
lui-même  ;  il  prend  le  nombre  pour  l'intelligence,  puis- 
que X  Unité  ^çXow  lui,  c'est  Vimaije  de  la  Divbiité.  Pytha- 
gore admettait  donc  parfaitement  la  spiritualité  de  l'àme. 
L'interprétation  d'Aristote  (de  Anima,  lib.,  I,  cap.  4)  est 
à  ce  sujet  conforme  à  celle  de  Cicéron  (Acad.  I,  cap.  9). 
Platon  dit  que  l'àme  est  une  substance  intelligente,  qui 
se  meut  elle-même^  suivant  les  proportions  d'un  nom- 
bre harmonique.  (Plutarque,  de  Placit.  philos.,  lib.  IV, 
cap.  2.) 

Selon  Heraclite,  l'àme  de  l'homme  n'est  qu'une  étin- 
celle détachée  du  foyer  au  brasier  central  ;  elle  s'étein- 
drait si  elle  n'était  pas  nourrie  par  le  feu  universel  qui 
continue  à  lui  envoyer  de  nouveaux  rayons. 

Suivant  Maximus  Tyrius  (Dissertât.  2o,  27  et  28), 
l'àme  ressemble  à  un  rocher  solide  au  milieu  des 
vagues  de  l'Océan  ;  l'immortalité  résulte  de  la  fixité  de 
ses  principes  et  de  ses  impressions. 


CHAPITRE  XIX. 
Immortalité,  Éternité  et  Préexistence  de  l'âme. 


Le  dogme  de  T immortalité  àe.  l'àme  n'est  pas  seulement 
de  toute  antiquité,  mais  encore  la  foi  en  cette  immorta- 
lité est  gravée  dans  le  cœur  des  peuples  les  plus  sau- 
vages. 


IMMORTALITÉ,  ETER:n1TE  ET  PREEXISTENCE  DE  L^\ME.      187 

Selon  Loskiel  [Histoire  des  Missions,  p.  48),  les  In- 
diens de  l'Amérique  du  Nord  prétendent  qu'ils  ne  peu- 
vent pas  mourir  pour  toujours  et  à  jamais,  vu  que  la  se- 
mence elle-même,  tout  en  pourrissant  dans  le  sol,  revit 
de  nouveau. 

Il  en  est  de  même  des  Groënlandais,  selon  Krantz. 
[Histoire  de  Groenland.) 

La  crainte  des  spectres,  si  générale  et  si  universelle, 
prouve,  non-seulement  l'immortalité  de  l'âme,  mais  en- 
core la  réalité  des  apparitions  et  des  manifestations  di- 
rectes des  Esprits, 

En  citant  des  preuves  en  faveur  de  l'immortalité  de 
l'àme,  nous  verrons  que  les  traditions  de  l'antiquité 
admettent  également  l'éternité  de  l'âme,  sa  préexistence 
et  ses  incarnations  diverses. 

En  effet,  selon  les  Védas  (Rig.  Véda,  8,  14),  l'âme  est 
non-seulement  immortelle,  mais  encore  éternelle  et 
incréée;  c'est  pour  cette  raison  que  les  Pantcharatras  et 
et  les  Bhacjavatas  sont  hérétiques  aux  yeux  de  l'école 
orthodoxe,  parce  qu'ils  prétendent  que  l'âme  est  créée; 
or,  selon  les  Védas,  si  l'àme  nest  pas  éternelle,  elle  n'est 
pas  non  plus  immortelle,  (Brâhma-Soutra,  II,  §  17.) 

L'école  de  Sankhya  [Sankhya-Karika,  art.  18  et  33) 
et  Sankara-Atcharya,  l'auteur  de  V Atma-Bodha  (art.  13- 
20),  admettent  également  l'éternité  des  âmes  indivi- 
duelles (Pauthier,  Essais  sur  la  philosophie  des  Hindous, 
selon  Golebrooke,  page  131,  etc.,  etc.).  L'article  18  de 
Sankhya-Karika  dit  que  les  âmes  individuelles  sont  dé- 
nuées de  qualités  perceptibles,  incomposées,  pénétrant  tout, 
immuables j  éternelles,  sans  cause,  invisibles,  etc.^  etc.,. 

Selon  les  anciens  sofîs^  les  substances  fixes  ou  réel- 
les, telles  que  les  Esprits  et  les  âmes,  ne  sont  posté- 
rieures à  Dieu  que  quant  à  l'essence  et  non  ciucmt  au 


188  CHAPITRE   XIX. 

temps;  car  elles  sont  éternelles,  tant  du  côté  dupasse  que 
du  côté  de  Vavenir.  (Anquelil  Dupcrron,  Zend-Avesta, 
t.  m,  384,  etc.) 

Toutes  ces  âmes  éternelles  et  immortelles  étaient  pu- 
res avant  la  chute.  (Anquetil,  III,  189  et  214.) 

Lorsque  le  corps  de  l'homme  est  formé  dans  le  ventre 
de  la  mère,  l'àme  qui  vient  du  ciel,  s'y  établit,  selon  les 
anciens  Perses.  (Anquetil,  III,  384.) 

Les  idées  des  Chinois,  concernant  l'immortalité  de 
Fànie,  et  les  diverses  phases  de  l'expiation,  ont  été  sur- 
tout développées  par  l'école  des  ïao-ssé.  [Mémoires  des 
Missionnaires  concernant  la  Chine,  XV,  2S0,  etc.,  etc.) 

Selon  le  Livre  des  récompenses  et  des  peines,  par  un 
docteurïao-ssé,  traduit parJulien,i 835  (Art.296 et 207)  : 
Tous  les  sages  et  tous  les  saints  ont  cru  en  ï immorta- 
lité de  rame,  aux  apparitions  des  morts,  et  à  l'existence 
des  Esprits  et  des  démons. 

Selon  le  paragraphe  466  dudit  Livre,  l'ombre  d'une 
mère  défunte  apparaît  en  songe  à  son  fils  pour  lui  adres- 
ser de  sévères  reproches  d'avoir  négligé  de  visiter  sa 
tombe,  en  offrant  des  sacrifices  pour  procurer  le  repos 
à  son  âme.  En  effet,  nul  n'osait  rejeter  la  doctrine  de 
l'immortalité  de  l'âme  en  Chine  ;  celui  cjui  ne  respecte  pas 
les  Esprits,  est  cruellement  puni  par  eux.  Les  articles 
296  et  297  dudit  Livre  des  récompenses  et  des  peines  rap- 
portent la  punition  cruelle  d'un  matérialiste  :  a  Un  homme, 
»  nommé  Tchen,  qui  vécut  sous  la  dynastie  des  Tsin,  fît 
»  un  mémoire  sur  la  non-existence  des  Esprits  et  des  dé- 
))  mons.  Un  jour,  un  étranger  vient  le  visiter  et  amène 
»  la  conversation  sur  les  Esprits.  Tchen  soutint  qu'ils 
»  n'existaient  pas.  L'étranger  lui  dit  d'une  voix  terrible  : 
))  Les  sages  et  les  saints  de  l'antiquité  ont  tous  cru  à 
»  l'existence  des  Esprits  et  des  démons  ;  vous  êtes  le 


IMMORTALITÉ,   ÉTERNITÉ  ET  PRÉEXISTENCE  DL  l'aME.     189 

»  seul  qui  osiez  la  nier.  Eh  bien  !  je  suis  un  démon  !  A 
»  ces  mots,  il  se  changea  en  un  chien  furieux,  tout  prêt 
»  à  s'élancer  sur  lui;  Tchenfut  glacé  de  terreur  eVmoii- 
»  rut  sur-le-champ.  » 

Selon  les  traditions  sacrées  de  la  Chine,  les  Esprits 
interviennent  sans  cesse  dans  les  destinées  humaines  ;  ils 
aident  même  l'empereur  de  leurs  conseils  bienveillants. 

Quant  à  l'idée  de  la  préexistence  de  l'àme,  elle  résulto 
de  la  métempsycose  (le  Livre  des  récompenses  et  des 
peines,  art.  136).  Selon  Confucius,  les  Esprits  ont  existé 
avant  le  monde  matériel;  ce  sont  eux  qui  constituent 
l'essence  invisible  de  tout  ce  qui  existe.  [Mém.  concer- 
nant les  Chinois,  tome  III,  6S  et  66.) 

La  Bible  suppose  partout  Fim mortalité  de  l'âme,  sans 
enseigner  une  vérité  aussi  fondamentale,  gravée  par  le 
Créateur  lui-même  en  caractères  ineffaçables  dans  le 
cœur  de  l'homme.  Elle  traite  de  fou  celui  qui  ne  croit 
pas  en  l'immortalité  de  l'âme.  (Sapience  de  Salomon, 
III,  1-9.) 

Voici  ces  versets  remarquables  : 

1.  ((  Mais  les  âmes  justes  sont  dans  la  main  de  Dieu, 
))  et  nui  tourment  ne  les  touchera.  » 

2.  ((//  a  semblé  aux  yeux  des  fous,  qu'ils  mownissenty 
»  et  leur  issue  a  été  estimée  une  cmgoisse.  » 

3.  «  Et  il  a  semblé  à  leur  départ,  d'avec  nous,  qu'ils 
»  fussent  perdus  ;  mais  ils  sont  en  paix.  » 

4.  «  Que  s'ils  ont  souffert  des  tourments  devant  les 
»  hommes,  leur  espérance  était  jileine  d'immortalité!  » 

5.  «  Et  ayant  été  légèrement  châtiés,  ils  recevront 
))  beaucoup  de  biens,  parce  que  Dieu  les  a  éprouvés  et 
))  les  a  trouvés  dignes  de  lui.  » 

6.  «  Il  les  a  éprouvés  comme  l'or  dans  la  fournaise, 


190  CHAPITEE  XIX, 

))  et  les  a  reçus  comme  un  sacrifîco  d'holocauste,  et  il 
»  les  regardera  favorablement,  quand  il  sera  temps.  » 

7.  ((  Ils  reluiront,  et  courront  partout,  comme  des 
))  étincelles  au  travers  des  roseaux.  »  (Ils  pourront  se 
manifester  partout,  grâce  à  l'ubiquité  des  purs  Esprits  ; 
en  effet,  plus  l'Esprit  est  saint  et  haut  placé,  plus  facile- 
ment il  pourra  se  manifester  partout.) 

8.  c(  Ils  Jugeront  les  nations  et  ils  domineront  les  peu- 
»  ples^  et  leur  Seigneur  régnera  à  toujours.  » 

9.  ((  Ceux  qui  se  seront  confiés  en  lui,  entendront  la 
))  vérité,  et  les  fidèles  demeureront  avec  lui  dans  son 
))  amour,  car  la  grâce  et  la  miséricorde  est  pour  ses 
»  saints,  et  il  a  soin  de  ses  élus.  » 

On  voit  qu'aux  yeux  de  l'homme  le  plus  sage  qui  ait 
jamais  existé,  et  dont  la  haute  sagesse  a  été  brevetée  par 
l'Eternel  lui-même,  les  inatérialistes  ne  sont  que  des  fous 
et  des  crétins.  Il  en  est  de  même  des  Indiens,  Selon  les 
lois  de  Manon  (XII,  art.  33),  Y  athéisme  et  le  matérialisme 
dénotent  rignorance  (Tamas).  L'article  40  dudit  livre  XII 
des  lois  de  Manon  dit  que  les  âmes  plongées  dans  cette 
obscurité  sont  ravalées  à  l'état  des  animaux. 

Continuons  de  citer  ou  d'indiquer  au  moins  d'autres 
passages  de  la  Bible  sur  l'immortalité  de  l'âme.  Job  fait, 
dans  le  chapitre  XIX,  une  profession  de  foi  remarquable 
au  sujet  de  ce  dogme,  qui  est  la  base  indispensable  de 
toutes  les  religions  et  de  toutes  les  révélations ,  et  sans 
laciuelle  toutes  les  croyances  sont  vaines  et  chimériques. 

Nous  citons  les  versets  26  et  27  dudit  chapitre  :  «  Et 
w  lorsqu'après  ma  peau,  ceci  aura  été  rongé,  je  verrai 
))  Dieu  dans  ma  chair;  je  le  verrai  moi-même,  et  mes 
))  yeux  le  verront,  et  non  un  autre.  » 

Esaïe  (XXVI,  d9)  dit:  «  Tes  morts  vivront, même  mon 
»  corps  mort  vivra;  ils  se  relèveront.  Réveillez-vous  et 


ÏMMORïALÏTK,  ÉTERNITÉ  ET  PRÉEXISTENCE  DE  l'aME.    191 

»  VOUS  réjouissez  avec  chant  de  triomphe ,  vous,  hal)i- 
))  tants  de  la  poussière  ;  car  ta  rosée  est  comme  la  rosée 
»  des  herhes,  et  la  terre  jettera  dehors  les  trépassés.» 

D'autres  passages  d'Esaïe  (V,  14  et  XIV,  9)  parlent 
aussi  de  l'existence  après  la  mort.  Voici  le  verset  9  du 
chapitre  XIV  :  u  L'enfer  profond  s'est  ému  à  cause  de 
»  ioï^pow  aller  au-devant  de  toi  ;  à  ta  venue,  il  a  réveiHé 
))  à  cause  de  toi  les  trépassés,  et  a  fait  lever  de  leurs 
))  sièges  tous  les  principaux  de  la  terre,  tous  les  rois  des 
))   nations.  » 

Daniel  dit  de  même,  dans  le  chapitre  XII,  2  :  a  Et  plu- 
»  sieurs  de  ceux  qui  dorment  dans  la  poussière  de  la 
»  terre  se  réveilleront,  les  uns  pour  la  vie  éternelle,  et 
»  les  autres  pour  les  opprobres  et  pour  l'infamie  éter- 
))  nelle.  )> 

Les  versets  de  la  Bible  concernant  la  préexistence  de 
l'àme  et  l'éternité  de  l'Esprit  sont  bien  vagues,  ces  idées 
n'ayant  aucun  rapport  au  salut  de  l'humanité,  font  par- 
tie de  ces  vérités  que  la  révélation  biblique  a  voilées. 
On  sait  que  la  Bible  renferme  des  doctrines  secrètes  dont 
nul  ne  saurait  révoquer  la  réalité  en  doute. 

Voici  quelques  versets  de  la  Bible  qui  font  allusion  à 
ridée  de  l'éternité  et  delà  préexistence  de  l'àme,  ou  plu- 
tôt, si  l'on  veut,  de  l'Esprit:  D'abord,  l'ancienne  loi 
(Psaume  LXXXII,  6)  et  le  Christ  lui-même  (Jean  X,  34 j 
soutiennent  que  les  hommes  sont  des  dieux. 

Le  Psaume  LXXVIl  (v.  5,  6  et  7)  s'exprime  assez  net- 
tement sur  la  question  de  la  préexistence  :  a  Je  pensais 
»  aux  jours  d'autrefois  et  aux  années  des  siècles  passés.  11 
»  me  souvenait  de  ma  mélodie  de  nuit;  je  méditais  en 
))  mon  cœur,  et  mon  esprit  cherchait  diligemment  en 
»  disant:  Le  Seigneur  m'a-t-il  rejeté  pour  toujours,  et  ne 
»  continuera-t-il  plus  à  m'avoir  pour  agréable?  )> 


•192  CHAPITRE    XIX. 

L'Ecclésiaste  (XII,  7)  dit  de  même  :  a  Avant  que  la 
poudre  retourne  en  la  terre,  comme  elle  y  avait  été,  et 
que  resprit  retourne  à  Bleu  qui  l'a  donné.  » 

Esaïe  (LYir,  16)  est  plus  clair,  en  disant  :  «  C'est  de 
par  moi  [Dieu]  que  l'Esprit  se  revêt,  et  c'est  moi  qui  ai 
fait  les  âmes.  » 

Voilà  la  distinction  entre  l'àme  et  l'Esprit  nettement 
établie.  Il  nous  semble  que  Féternité  de  l'Esprit  résulte 
de  ce  verset,  Dieu  ayant  revêtu  l'Esprit  d'un  corps  et 
/«eV/V/me^  c'est-à-dire  opéré  l'union  de  l'Esprit  éternel 
'  et  incréé  avec  le  corps,  à  l'aide  de  son  souffle  tout-puis- 
sant qui  crée  l'âme  seule.  On  sait  que  la  Sainte-Ecriture, 
dans  les  passages  concernant  la  distinction  entre  l'Es- 
prit et  l'âme,  entend  par  l'âme  :  l'union  de  l'Esprit  avec 
le  corps.  La  distinction  morale  établie  par  l'épître  aux 
Hébreux  (IV,  12)  est  liée  à  cette  distinction  psycholo- 
gique ou  anthropologique;  l'Esprit  ou  l'âme  entière- 
ment séparée  d'avec  la  matière,  est  plus  apte  à  atteindre 
à  la  perfection  morale  que  l'âme  ou  l'Esprit  uni  au 
corps.  De  là,  le  vif  désir  de  saint  Paul  (Romains  VII,  24) 
d'être  délivré  du  corps.  Saint  Paul  est  d'accord  sur  ce 
sujet,  non-seulement  avec  la  Sapience  (IX,  15),  mais 
encore  avec  toutes  les  traditions  sacrées  de  l'Orient  et 
avec  les  penseurs  les  plus  illustres  de  l'Inde  et  de  la 
Grèce. 

Le  prophète  Jérémie  (ï,  S)  seaible  parler  de  la  pré- 
existence, en  disant  :  «  Avant  que  je  te  formasse  dans 
»  le  ventre  de  ta  mère,  je  t'ai  connu  ;  et  avant  que  tu 
»  fusses  sorti  de  son  sein,  je  t'ai  sanctifié,  je  t'ai  établi 
))  prophète  pour  les  nations.  » 

Origène,  qui  admet  l'idée  de  la  préexistence  de  l'âme 
(dePrincip.,  lib.  III,  p.  144  et  145),  croit  qu'il  y  a,  selon 
ledit  verset  de  Jérémie  et  conformément  aux  passages 


IMMORTALITÉ,  ETERNITE  ET  PREEXISTENCE  DE  l'aME.      193 

ayant  trait  à  saint  Jean-Baptiste,  tels  que  Malachie  lil,  j  ; 
saint  Luc,  I,  13 -lo;  saint  Jean,  I,  6,  etc.,  des  Esprits 
qui  ont  une  disposition  au  bien  ou  au  mal,  avant  leur 
naissance, 

La  Sapience  VIII  (19  et  20)  confirme  l'idée  d'Origène. 
Voici  ces  versets  :  «  Or,  j'étais  un  enfant  bien  né,  et  une 
))  bonne  âme  in' était  échue.  Ou  plutôt,  étant  bon^  j'étais 
»  venu  dans  un  corps  sans  souillure.  » 

Ces  versets  de  la  Sapience  sont  d'accord  avec  les  idées 
de  Pythagore,  qui  dit  que  le  corps  est  proportionné  et 
adapté  à  la  nature  intime  de  Fàme.  Il  en  est  de  même 
des  Véclas  et  du  Vaisischyka  de  Kanada.  (Art.  22  et  23.) 

Ici  nous  nous  bornons  à  alléguer  la  croyance  des  an- 
ciens rabbins,  qui  appellent,  conformément  à  la  Sa- 
pience (VIII,  20),  Guph,  le  réservoir  des  âmes,  c'est-à-dire 
les  lieux  où  elles  séjournent  avant  leur  incarnation  ter- 
restre. La  secte  des  Esséniens  croit  également  à  une  pré- 
existence heureuse  des  âmes  avant  leur  incarnation 
terrestre.  (Josephus  de  bello,  Jud.L.,  71,  cap.  11 .) 

Le  premier  verset  du  troisième  chapitre  du  prophète 
Malachie,  a  surtout  donné  lieu  à  la  croyance  de  la  pré- 
existence de  l'âme  selon  Origène.  (Comment,  in  Johan, 
tome  II,  24.) 

Nous  allons  citer  encore  ce  verset  remarquable  : 
((  Yoici,  je  vais  envoyer  mon  messager,  et  il  préparera 
»  la  voie  devant  moi,  et  incontinent  le  seigneur  que 
»  vous  cherchez  entrera  dans  son  temple,  l'anr/e,  dis-je, 
ï)  de  l'cdliance,  lequel  vous  souhaitez. y) 

Il  en  est  de  même  des  passages  de  la  Bible  ayant 
trait  à  Esati  et  à  Jacob,  tels  que  Malachie,  1,  2  et  3  :  et 
Romains  IX,  11-13.  Voici  Malachie,  1,  2  et  3  :  «  Je 
»  vous  ai  aimés,  a  dit  l'Eternel  ;  et  vous  avez  dit  :  En 
))  quoi  nous  as-tu  aimés?  Esaii  n'était-il  pas  frère  de 


194  CHAPITRE   XIX. 

))  Jacol)^  ditrEtcrnel?  Or,  j'ai  aimé  Jacol),  mais  j'ai 
»  haï  Esati,  et  j'ai  mis  ses  montagnes  en  désolation,  et 
»  son  héritage  pour  les  dragons  du  désert.  » 

Les  versets  11  jusqu'à  13  du  neuvième  chapitre  aux 
Romains,  confirment  les  paroles  du  prophète  :  «  Car 
»  avant  que  les  enfants  fussent  nés,  et  qu'ils  eussent  fait 
»  ni  hien  ni  mal,  afin  que  le  dessein  arrêté  selon  l'élec- 
»  tion  de  Dieu  demeurât  non  point  par  les  œuvres, 
»  mais  par  celui  qui  appelle,  il  lui  fut  dit  (à  Rehecca)  : 
))  le  plus  grand  sera  asservi  au  moindre  ;  ainsi  qu'il 
))  est  écrit  :  J'ai  aimé  Jacob  et  j'ai  haï  Esati.  » 

En  Grèce ^  tous  les  hommes  illustres,  depuis  Orphée 
et  Homère  jusqu'à  Platon  ont  admis  la  doctrine  de  l'im- 
mortalité de  l'âme.  C'est  un  fait  qui  n'est  que  trop  bien 
constaté  par  tous  les  historiens.  On  sait  que  la  tête  de 
Diagoras  deMelos,  penseur  matérialiste,  fut  mise  à  prix 
par  les  Athéniens.  (Plutarque,  de  Placit.  philosoph., 
lib.,  I,  cap.  S.) 

Depuis  Platon  jusqu'à  Proclus  et  aux  derniers  temps 
du  paganisme,  la  plupart  des  penseurs  profonds  admi- 
rent encore  cette  idée  sublime,  que  les  traditions  sa- 
crées de  l'antiquité  avaient  été  léguées  à  une  race  bien 
déchue  de  son  rang.  Nous  ne  citons  donc  pas  les  passages 
si  nonibreux  ayant  trait  à  rimmortalité  de  l'âme,  et  qu'on 
trouve  dans  les  œuvres  immortelles  d'Homère,  Hésiode, 
Pindare,  d'Euripide,  des  pythagoriciens  et  de  Platon, 
etc.,  etc.,  nous  préférons  plutôt  renvoyer  les  lecteurs 
à  ces  chefs-d'œuvre.  De  mémo  que  suivant  Euripide 
(Suppl.,  ver.  [)34),  l'âme  va  au  ciel  et  le  corps  reste  sur 
la  terre,  de  même  une  épltaphe grecque  a  dit:  ((La  terre 
»  cache  dans  son  sein  ce  corps  qui  est  celui  de  Platon; 
»  mais  son  ame  jouit  de  la  vie  calme  et  éternelle  léservée 
))   au:r  hicnhcurcur.  »  (Jacobs,  Anthol.  gra?c.,  t.  ï,  p.  324.) 


IMMORTALITÉ,  ETERNITE  ET  PREEXISTENCE  DE  l'aME.      195 

Une  épitaphe  trouvée  à  Ephèse  place  dans  la  bouche 
(lu  mort  lui-même  ces  mots  :  «  vàtw  âripûw  ispô-D  âouov  s-ù/ 
kx^povToç.  ))  (Je  demeure  dans  le  saint  séjour  des  héros, 
77îais  710)2  dans  l'enfer.) 

L'àme  dégagée  des  liens  du  corps  s'envolait  vers  les 
cieux  et  y  allait  jouir  d'une  vie  immortelle  et  incorrup- 
tible ;  ce  qui  l'assimilait  naturellement  aux  dieux  dont  ce 
genre  de  vie  formait  le  privilège.  Phocylide  (Sent,  édit., 
Sylb.,  p.  97)  dit  :  «  Tu  cesseras  d'être  mortel,  si,  après 
))  avoir  laissé  ton  corps,  tu  parviens  vers  le  libre  chaaip 
y)  de  l'éther  ;  tu  seras  un  Dieu  immortel  et  incorrup- 
»  tible.  ))  Plus  loin,  le  même  auteur  s'écrie  :  «  Après  que 
ï)  7101/8  aiiroiîs  laissé  72otre  dépouille  ici-bas,  7ious  sero7U 
))  dieux,  car  des  âmes  incorruptibles  habitent  en  nous.  » 

((  ï]nfm,  partout  nous  trouvons  les  mêmes  traditions 
sur  l'immortalité  de  l'àme,  même  chez  le  fétichisme  et 
chez  les  Peaux  Rouges  de  l'Amérique.  Dixon  raconte 
une  très  belle  tradition  des  Peaux-Rouges,  quant  à  leur 
foi  inébranlable  dans  l'immortalité  de  l'àmeot  la  réalité 
du  monde  des  Esprits  et  leurs  relations  continuelles  avec 
ceux  qu'ils  ont  laissés  sur  terre.  Yoici  ce  petit  récit  en 
abrégé  : 

(X  Un  jeune  chasseur,  qui  avait  perdu  le  jour  de  noces 
sa  chère  fiancée  par  la  mort,  ne  connaissait  qu'une  seule 
consolation  au  monde  :  celle  d'être  assis  au  pied  de  ce 
tombeau  qui  renfermait  ce  qu'il  avait  eu  de  plus  cher  au 
monde;  il  ne  chassait  plus  et  son  oreille  était  devenue 
sourde  au  cri  de  guerre.  Son  œil  ne  voyait  que  le  pays 
d!  outre-tombe  y  où  sa  fiancée  l'avait  devancé,  et  dont 
un  ancien  voyant  lui  avait  raconté  qu'il  était  bien  loin 
vers  le  Midi,  aux  bords  d'un  océan  bien  profond  et  bien 
tran(|uille,  sous  un  ciel  éternellement  serein  et  jamais 
tacheté  de  vilains  nuages.  —  Un  jour,  le  désir  ardent 


190  CHAPITRE    XIX. 

d'être  avec  elle  l'avait  saisi  plus  que  jamais,  et  malgré 
que  les  arbres  étaient  chargés  de  neige  et  la  terre  glacée 
de  froid,  il  résolut  de  partir  pour  chercher  au  bout  du 
monde,  s'il  le  fallait,  les  lies  des  Bienheureux.  Il  se  mit 
donc  en  route,  et  allait  au  loin  par  monts  et  par  vaux. 
Peu  à  peu  la  neige  disparaissait,  les  arbres  secs  se  cou- 
vraient d'un  vert  charmant,  la  terre  glacée  se  paraît  de 
fleurs,  les  buissons  retentissaient  des  mélodies  enchan- 
teresses des  oiseaux  du  printemps,  et  la  route,  jusque-là 
très  raboteuse,  le  menait  dans  un  vallon  charmant.  11  y 
découvrait  aussitôt  ime  tente  de  sa  patrie.  Un  vieillard  le 
recevait  amicalement,  en  lui  disant  :  «  Je  savais  bien  que 
»  tu  allais  venir  chercher  ta  bien-aimée  perdue  ;  elle  était 
))  ici  et  elle  y  est  même  restée  pendant  quelque  temps, 
»  mais  elle  est  partie  pour  les  lies  des  Bienheureux .  Lors- 
»  que  le  chasseur  s'était  rafraîchi  dans  la  tente,  le  vieil- 
»  lard  lui  montrait  au  loin  un  lac  et  à  l'autre  bord  le 
))  pays  des  Bienheureux.  Je  vis  sur  les  frontières  de  ce 
»  beau  pays,  disait-il  au  voyageur,  mais  toi,  montes  dans 
»  ce  petit  bateau,  prêt  à  te  recevoir;  mais  il  faut  me 
))  laisser  tes  bagages,  ton  chien  et  même  ton  corps;  car  il 
))  n'y  a  que  les  âmes  sans  corps  qui  puissent  traverser  le 
»  lac  dans  ce  bateau.  » 

»  Le  chasseur,  enchanté  de  pouvoir  pénétrer  jusqu'à  sa 
bien-aimée,  se  sentait  tout  à  coup  délivré  de  son  corps 
fatigué  par  le  voyage  ;  il  avait  la  sensation  d'un  oiseau 
s'élevant  dans  les  airs.  Les  bosquets,  les  champs,  les 
vallons  et  les  collines  étaient  encore  les  mêmes,  mais 
ses  yeux  néiaieniplus  les  mêmes,  toute  la  nature  lui 
semblait  renouvelée,  vivante,  de  morte  qu'elle  avait  été  ; 
une  lumière  éclatante  y  était  répandue,  des  mélodies  cé- 
lestes s'échappaient  des  bosquets.  L'air  était  plus  doux, 
la  prairie  plus  verte,  les  oiseaux  chantaient  et  il  compre- 


IMMORTALITÉ,  ETERNITE  ET  PREEXISTENCE  DE  l'aME.      197 

nait  leurs  mélodies,  les  animaux  sauvages  s'appro- 
chaient de  lui  en  le  flattant,  le  gibier  n'avait  plus  peur 
de  lui,  car  ici  on  n'avait  jamais  versé  le  sang  ;  aucun 
chasseur  ne  s'est  jamais  vu  au  pays  des  purs  Esprits.  Il 
ne  marchait  plus,  il  glissait  comme  sur  la  glace,  ou  plu- 
tôt volait  doucement  comme  un  oiseau  du  ciel,  sans  au- 
cun effort  de  sa  part^  car  on  ne  connaît  plus  la  fatigue 
dans  ce  pays-là.  Enfin  il  abordait  au  lac  dont  le^i  eaux 
étaient  claires  comme  le  cristal  de  roche,  au  milieu  se 
trouvait  une  île  charmante.  Un  petit  bateau  était  au 
rivage  et  les  rames  étaient  prêtes.  En  y  montant,  notre 
jeune  chasseur  remarquait,  comme  clans  un  rêve,  qu'un 
autre  petit  bateau  ramait  à  ses  côtés,  dans  lequel  se 
trouvait  sa  fiancée,  plus  pâle,  mais  plus  douce,  plus 
charmante  que  jamais.  Tous  les  deux  quittaient  le  rivage 
au  même  instant^  et  leurs  rames  battaient  les  ondes  mé- 
lodieusement et  d'accord.  Une  joie  ineffable  inondait  le 
cœur  du  chasseur,  en  poursuivant  ensemble  la  route 
aux  Iles  des  Bienheureux,  mais  bientôt  la  frayeur  le  sai- 
sit, car  il  voit  des  rochers,  des  falaises  sans  nombre,  et 
les  ondes  si  claires  reflètent  les  ossements  de  ceux  qui  y 
ont  fait  naufrage.  Ses  propres  forces  étant  grandes^  il 
n'avait  point  peur  pour  lui-même,  mais  sa  frayeur  était 
d'autant  plus  grande  pour  sa  bien-aimée. 

»  En  s'approchant  du  rivage  de  l'Ile,  et  que  les  ondes 
écumaient,  tous  les  deux  trouvaient  que  leurs  bateaux 
partageaient  les  vagues  comme  un  brouillard,  et  qu'ils 
ne  cessaient  jamais  de  ramer  dans  un  accord  harmo- 
nieux, tandis  qu'autour  d'eux  beaucoup  de  bateaux  fai- 
saient naufrage,  et  la  plupart  n'arrivaient  que  très  en- 
dommagés. Il  n'y  avait  que  les  bateaux  des  petits  enfants 
qui  voguaient  tranquillement  vers  le  rivage,  comme  des 
oiseaux  qui  retournent  le  soir  au  gite.  Les  bateaux  qui 


198  CHAPITRE    XIX. 

portaient  de  jeunes  gens  et  déjeunes  filles,  combattaient 
tantôt  contre  les  vagues,  tantôt  ils  étaient  retenus  parles 
âpres  falaises  ;  les  bateaux  des  hommes  plus  âgés  étaient 
menacés  par  l'orage  et  le  tourbillon,  en  un  mot  chacun 
avaità  combattre  ses  péchés,  ses  crimes  passés,  car 
notre  couple  bienheureux  remarquait  bientôt  que  le  repos 
ou  le  combat  ne  dépendait  point  des  ondes  à  jamais 
tranquilles  du  lac  paisible  qui  entoure  le  j^ays  des  purs 
Esprits,  mais  que  ce  calme  ou  cet  orage  provenait  de 
F  état  de  chaque  âme. 

»  Enfin,  on  abordait  et  quittait  les  bateaux  aux  rives  de 
File,  dorée  par  le  soleil  éternel.  Quel  changement  su- 
blime entre  ce  séjour  adorable  et  notre  terre  si  froide,  si 
laide!  Là,  on  ne  trouvait  plus  de  tombes;  là,  on  n'en- 
tendait jamais  le  cri  sauvage  de  la  guerre  funeste  ;  là  au- 
cun vilain  nuage  ne  troublait  l'harmonie  céleste  de  la 
temf)érature  ;  là,  le  brouillard  n'obscurcissait  jamais  le 
soleil  brillant.  Jamais  on  n'y  avait  versé  le  sang,  jamais 
on  n'y  avait  vu  la  neige  ou  la  glace  ;  les  habitants  de 
cette  île  ne  sentaient  plus  la  faim  ni  la  soif,  car  l'air  em- 
baumé les  nourrissait;  leurs  pieds  n'étaient  jamais  fati- 
gués par  la  course,  ni  leur  front  en  sueur  par  le  travail, 
et,  ce  qu'il  y  avait  de  plus  beau^  de  plus  adorable,  — 
personne  n'y  regrettait  jamais  un  être  chéri,  car  la  mort 
n'y  existait  plus, 

))  Le  chasseur  y  serait  resté  volontiers,  car  il  était  réuni 
à  sa  chère  fiancée,  mais  un  grand  Esprit,  qu'on  appelait 
le  Seigneur  de  la  vie  s'approcha  de  lui  et  dit,  d'une  voix 
douce  comme  la  brise  du  soir  :  «  Retourne  dans  ton 
)>  pays,  car  il  n'est  pas  encore  temps  pour  toi  de  demeu- 
))  rer  avec  nous  ;  retourne  à  ta  tribu  et  fais  ton  devoir  en 
»  conscience  ;  quand  tu  auras  rempli  les  devoirs  d'un 
»  homme  d'honneur,  tu  seras  réuni  à  tout  jamais  avec  le 


IMMORTALITÉ,  ETERNITE  ET  PREEXISTENCE  DE  l'aME.      199 

»  pur  Esprit  que  tu  chéris  ;  elle  a  été  acceptée  et  elle  y 
»  restera,  aussi  heureuse  et  aussi  jeune  qu'elle  l'était, 
»  lorsque  je  la  rappelai  du  pays  froid  et  misérable  de 
»  la  terre.  »  Quand  la  voix  cessait  de  parler,  le  chasseur 
se  réveilla  et  se  retrouvait  au  pied  de  la  tombe  de  sa 
bien-aimée,  car  hélas!  ce  n'avait  été  qu'un  rêve  déli- 
cieux,—  mais  cette  vision  en  rêve  est,  d'après  le  point  de 
vue  de  ces  peuples  primitifs,  aussi  réelle,  aussi  objective 
que  les  événements  de  tous  les  jours.  »  .(Dixon,  New- 
America,  I,  chap.  7,  îndian,  page  71-76.) 

S'il  y  a  accord  presqu'unanime  en  fait  de  l'immortalité 
de  l'àme,  il  n'en  est  pas  de  même  quant  à  la  doctrine  de 
la  préexistence  et  de  l'éternité  de  l'àme,  ainsi  que  de  la 
métempsycose  en  général. 

Pythagore  admet  la  préexistence  de  l'àme,  la  doctrine 
de  plusieurs  incarnations,  supposant  nécessairement  la 
préexistence  de  l'àme  individuelle.  Pythagore  croit  de 
même  à  la  révolte  des  Esprits  éternels  dans  le  ciel,  car 
Diogène  Laërtius  dit  (YIII,  31)  que,  selon  Pythagore, 
l'arrêt  divin  envoie  les  âmes  pour  punition  des  péchés 
dans  les  corps  grossiers  et  terrestres. 

Le  divin  Platon  admet  également  la  doctrine  de  l'é- 
ternité de  Famé.  Il  dit  (ïimée  90)  :  a  L'àme  est  une  idée 
»  divine  et  éternelle  ;  le  nombre  de  ces  âmes  éternelles 
))  reste  toujours  le  même.  »  (Rep.  X,  611,  Phœd.,  72,  etc.) 
Vàme  n'a  ni  commencement  ni  fui;  elle  a  une  origine 
céleste  et  divine.  Suivant  ce  penseur  célèbre,  avant  son 
incarnation,  l'àme  a  mené  une  vie  surnaturelle  et  pure- 
ment éternelle. 

Vàme  est  plus  ancienne  que  le  corps,  de  là  son  droit  de 
gouverner  le  corps.  (Timée  34.  Plutarque,  de  la  Créa- 
tion de  râme^  traduct.  de  Ricard,  tome  V,  p.  3-10,  etc.) 

Selon  Platon  (Timée  41),  tout  ce  que  nous  apprenons 


200  CIUPITRE   XIX. 

en  cette  vie,  n'est  que  le  ressouvenir  de  ce  que  nous 
avons  vu  dans  une  autre  phase  de  notre  existence.  Pla- 
ton dit  encore,  en  faisant  allusion  à  la  préexistence  de 
l'à)7ie(dG  Leg.  X,  896),  que  ce  qui  est  plus  parfait  et  plus 
excellent,  a  toujours  existé  bien  avant  la  création  des 
objets  moins  parfaits.  C'est  pour  cette  raison,  qu'Aris- 
tote  même  dit  (Phys.  IV,  2,  3)  :  que  les  êtres  invisibles 
ont  existé  bien  avant  la  création  matérielle. 

Le  chap.  30  du  P'  livre  du  Traité  de  Porphyre,  ton» 
chant  l'Abstinence,  est  très  remarquable  sous  ce  rapport. 
Nous  ne  pouvons  nous  empêcher  d'en  citer  les  passages 
les  plus  saillants  : 

L'auteur,  après  avoir  soutenu  que  la  fin  et  la  perfec- 
tion de  l'homme  consistent  à  mener  une  vie  spirituelle, 
dit  :  c(  que  nous  sommes  des  substances  heureuses  et  éter- 
nelles, destinées  à  retourner  dans  le  pays  des  intelli- 
gences, où  Ton  ne  trouve  rien  de  sensible. 

»  Nous  étions,  autrefois,  des  substances  intelligentes, 
dégagées  de  tout  ce  qui  est  sensible  ;  nous  avons  été 
ensuite  unis  à  des  corps,  parce  qu'il  était  au-dessus  de 
nos  forces  de  nous  conserver  éternellement  avec  ce  qui 
n'était  qu'intellectuel. 

yy  Pendant  notre  habitation  terrestre,  nous  ressemblons 
à  ceux  qui  quittent  leur  patrie  pour  aller  dans  un  pays 
étranger,  où  ils  se  familiarisent  avec  les  lois  et  les  cou- 
tumes des  Barbares.  Lorsqu'ils  doivent  retourner  chez 
eux,  ils  songent  non-seulement  au  voyage  qu'ils  ont  à 
faire,  mais  pour  y  être  mieux  reçus,  ils  cherchent  à  se 
défaire  de  toutes  les  manières  étrangères  qu'ils  ont  pu 
contracter,  et  à  se  ressouvenir  de  tout  ce  qu'il  faut  faire 
pour  être  vus  agréablement  dans  leur  pays  natal.  De 
même  nous,  qui  sommes  destinés  à  retourner  dans  notre 
vraie  pat  rie  y  le  pays  des  pures  intelligences,  il  faut  que 


IMMORTALITÉ,  ETERNITE  ET  PREEXISTENCE  DE  l'a.ME.  201 

nous  renoncions  à  tout  ce  que  nous  avons  pris  ici  d'ha- 
bitudes mauvaises;  car  les  substances  intelligentes  se 
corrompent  bientôt,  dès  qu'elles  sont  unies  à  des  choses 
sensibles  et  matérielles.  Il  nous  faut  donc  nous  dépouil- 
ler continuellement  de  tout  ce  qui  est  matériel  et  nous 
mettre  en  état  de  retourner  d'où  nous  sommes  venus, 
sans  que  notre  âme  ait  souffert  de  cette  habitation  ter- 
restre. » 

Il  n'y  a  que  les  Stoïciens  qui,  tout  en  croyant  en  l'im- 
mortalité, n'admettent  pas  l'éternité  de  Fàme.  Selon  eux, 
les  âmes  vivront  jusqu'à  ce  que  le  ciel  et  la  terre  soient 
brûlés;  car  ils  croyaient  que  toutes  choses  retourneraient 
dans  leur  premier  commencement  et  aux  premiers  élé- 
ments, d'où  elles  avaient  tiré  leur  origine  ;  et  que  les 
âmes  seraient  derechef  unies  en  Dieu  et  avec  Dieu^  du- 
quel elles  étaient  sorties. 

Cicéron  dit  (Qusest.  I,  Tusc.)  :  «  Stoici  diu  mansuros 
animos  ajunt;  semper  negant.  » 

Plutarque  (de  Placit.  philos.,  lib.  IV,  cap.  7)  dit  aussi 
que,  suivant  les  stoïciens,  les  âmes  des  faibles  et  des 
ignorants,  après  avoir  quitté  leur  corps,  se  mêlent  aux 
substances  terrestres,  mais  les  âmes  fortes,  celles  des 
sages  et  des  savants  subsistent  jusqu'à  la  catastrophe 
iinale  de  l'embrasement  universel. 


16 


202  CHAPITRE    XX. 

CHAPITRE   XX. 
Corps  éthéré. 


Seton  le  système  de  philosophie  de  Sankhyai(Sa/ikhya- 
Karika^  art.  33),  l'âme  individuelle,  immatérielle,  éter- 
nelle (Pouroucha)  est  le  vérifable  moi,  la  base  person- 
nelle de  la  conscience,  du  sentiment  de  la  conservation 
personnelle  ou  de  Vécjoïsme  (Ahankara),  donnant  lieu  à  la 
chute  et  au  péché.  On  pourrait  comparer  le  rapport  du 
Pouroucha  à  l'Aliankaia,  au  Ling  et  Huen  des  Chinois. 

U Ahankara  produit  les  cinq  éléments  éthérés  du  monde 
des  Esprits.  Ces  cinq  particules  ou  éléments  subtils  sont 
perceptibles  pour  les  purs  Esprits  ou  Êtres  d'un  ordre 
supérieur,  mais  incompréhensibles  et  insaisissables  pour 
les  sens  grossiers  de  l'homme.  Les  cinq  éléments  subtils 
concourent  à  la  formation  du  corps  éthéré  des  Esprits  ; 
les  âmes  des  hommes ,  après  leur  séparation  d'avec 
le  corps  grossier  (la  mort),  en  sont  également  revêtues. 
(Lois  de  Manou,  XII,  §  16  et  21.) 

Ce  corps  éthéré  se  compose,  selon  l'école  orthodoxe 
de  Yédanta  et  selon  le  système  de  philosophie  Sankhya, 
de  la  racine  intellectuelle  des  sens,  du  sens  interne  et 
spirituel  [Manas)  et  des  fonctions  vitales  [Pranas  et  Apa- 
nas).  Ces  fonctions  vitales  n'ont,  du  reste,  pas  lieu  d'elles- 
mêmes  par  une  faculté  intrinsèque,  mais  tous  ces  actes 
vitaux  sont  dirigés  et  influencés  par  cinq  Esprits  (ou- 
vriers) qui  président  aux  fonctions  de  la  respiration,  de 
la  digestion,  etc.  Ces  cinq  divinités  ou  Esprits  résident 
dans  le    cœur,  les  poumons,  le   gosier,  le  nombril   et 


CORPS   ÉTHÉRÉ.  4  03 

les  entrailles  ;  ils  aident  l'Esprit  qui  anime  le  corps  gros- 
sier et  matériel.  C'est  pour  cette  raison  qu'on  pourrait 
les  appeler  :  Esprits  ouvriers.  Au  surplus,  ces  Esprits 
ouvriers  ne  perçoivent  ni  les  jouissances,  ni  les  souf- 
frances qui  affectent  l'àme  de  l'homme .  (  Bràhma-Sou- 
tra,  II,  Sankhya-Karika,  art.  20,  etc.) 

Le  corps  subtil  uni  avec  les  cinq  Esprits  de  la  vie  et 
le  sens  intérieur  (Manas,  Sensorium  générale)  est  l'ins- 
trument de  la  sensation  de  l'àme.  Le  corps  éthéré,  quoi- 
que dénué  d'intelligence,  reflète  pourtant  l'intelligence, 
par  son  union  avec  l'âme.  Scmkara-Aicharya  dit,  dans 
V Atma-Bodha  (art,  24),  que  les  sensations,  les  désirs, 
les  passions  ne  sont  pas  des  propriétés  de  l'esprit,  car 
elles  ne  sont  éprouvées  que  dans  l'état  de  veille,  tandis 
que  dans  le  profond  sommeil  et  dans  l'extase,  ces  im- 
pressions ne  sont  pas  ressenties.  Toutes  ces  sensations 
disparaissent ,  quand  l'entendement  cesse  et  se  retire 
dans  la  forme  subtile  ;  d'où  l'on  doit  conclure  que  ce 
sont  nos  illusions  qui  existent  dans  Fentendement  et 
non  dans  l'esprit. 

Le  corps  subtil  étant  l'instrument  de  la  sensation  de 
l'àme,  celle--ci  éprouve  la  douleur  jusqu'à  la  cessation 
de  son  union  avec  ce  corps  éthéré,  c'est-à-dire,  jusqu'à 
la  délivrance  finale  et  complète  des  naissances  mor- 
telles. (Sankhya-Karika,  art.  o5^) 

On  sait  que  selon  les. lois  de  Manou  (XII,  §51)  et 
d'après  l'école  de  Sankhija,  il  y  a  trois  attributs  es- 
sentiels de  l'Etre  et  que  ces  qualités  essentielles  du 
graad  principe  intellectuel  constituent  les  trois  princi- 
pales classes  cVètres,  plus  ou  moins  parfaits.  Ces  trois 
attributs,  nécessaires  et  essentiels  de  tout  ce  qui  existe, 
sont,  par  conséquent,  également  des  propriétés  essen- 
tielles de  l'àme  humaine.  Ces  attributs  établissent  donc 


204  CHAPITRE    XX. 

en  outre  trois  degrés  analogues  de  perfection  inteiiec- 
Uielle  et  morale  de  l'âme,  à  mesure  que  celle-ci  se  dé- 
gage en  partie  ou  tout  à  fait  de  la  matière,  dans  laquelle 
il  faut  encore  ranger  le  corps  éthéré  et  les  éléments 
subtils.  (Sankhya-Karika,  art.  20,  etc.) 

Voici  les  trois  principaux  degrés  de  perfection  intel- 
lectuelle et  morale  de  lame  : 

1 .  L'état  le  'plus  parfait  de  l'àme,  qui  a  été  8on  état 
primordial  avant  la  chute,  et  qui  sera  le  but  final  et  glo- 
rieux de  ses  transmigrations,  lorsqu'elle  sera  |)arvenue 
à  la  délivrance  absolue  du  joug  de  la  matière.  Cette 
condition  est  l'état  de  pure  intelligence,  l'état  de  l'Es- 
prit dégagé  de  tout  ce  qui  est  matériel. 

2.  L'état  de  rémie,  revêtue  d'une  forme  subtile  y  des 
rudiments  élémentaires,  des  éléments  en  germe,  imper- 
ceptibles à  nos  sens  grossiers.  (Pauthier,  Essais  sur  la 
philosophie  des  Hindous,  selon  Colebrooke,  p.  132,  etc.) 

3.  L'état  de  r incarnation  grossière  et  terrestre.  (San- 
khya-Karika, art.  20  ) 

Du  reste,  en  parlant  de  l'état  des  âmes  après  la  mort, 
dans  le  chapitre  XXllI,  nous  verrons  qu'il  y  a,  outre  ces 
principaux  degrés  de  perfection ,  une  variété  infinie 
à' état  ou  de  locas. 

Entre  la  forme  subtile,  émanant  de  la  nature  origi- 
nelle et  résultant  du  développement  primitif  ou  initial 
des  rudiments  de  la  création  primordiale  et  la  forme 
grossière  et  matérielle,  il  y  a  encore  une  forme  inter- 
médiaire, raffinée  et  ténue,  selon  Kapyla.  (Pauthier, 
Essais,  p.  131,  etc.,  etc.) 

C'est  cette  forme  que  l'extatique  dans  VYoga-Sastra 
de  Patandjali  aperçoit,  comme  la  flamme  d'une  lampe 
sur  sa  mèche,  à  une  petite  distance  au-dessus  du  crâne. 
Au  reste,  cette  forme  lumineuse,  qu'on  pourrait  compa- 


CORPS   ÉTHÉRÉ.  205 

rer  à  l'auréole  rayonnante  des  saints,  n'est  que  l'effet  ou 
l'émanation  de  la  forme  subtile.  De  nos  jours,  cette 
flamme  a  donné  lieu  aux  hypothèses  des  Mesmériens, 
concernant  le  fluide  mar/nétique.  Il  en  est  de  même  de  la 
théorie  émise  [)ar  le  baron  de  Beichenhach,  sur' les  flam- 
mes de  rod.  On  sait  que  des  personnes  sensibles  et  sen- 
sitives,  les  somnambules,  les  voyantes  et  les  extatiques, 
sont  aptes  à  voir  ces  lueurs. 

Selon  Colebrooke  (Transact.  of  the  Asiat.  Societ.,  p.  30 
et  31),  le  corps  éthéré  ou  subtil  est  aux  yeux  des  Hin- 
dous une  émanation  luisante  de  rame.  C'est  à  l'aide  de 
cette  enveloppe  luisante,  ou  plutôt  ombre  lumineuse, 
que  les  purs  Esprits  peuvent  se  manifester  selon  les  vi- 
sionnaires et  voyants  anciens  et  modernes. 

Les  Indiens  admettent  aussi  une  nourriture  et  un 
breuvage  des  dieux  et  des  Esprits  {A?7irita).  L'Amritn 
leur  procure  l'immortalité,  comme  V Ambroisie  des  Grecs 
et  \siManne  céleste  de  la  Bible  (Exode  XVI), «  cette  viande 
des  Anges,  selon  la  Sapience  (chap.  XYI,  20  et  21),  qui 
avait  en  elle  la  force  de  toutesdes  délices  et  qui  s'accordait 
aucfoûtde  tous.  » 

La  lune,  selon  les  traditions  indiennes,  est  le  réser- 
voir de  VAmrita,  et  le  soleil  en  remplit  la  lune  pendant 
la  quinzaine  de  sa  croissance.  Les  dieux  et  les  mânes  en 
boivent  pendant  la  pleine  lune.  Les  Bévas  (dieux)  et  les 
Asouras  se  disputèrent  IMmn^^^^  qui  finit  par  être  le  par- 
tage des  premiers.  L'origine  de  VAmrita  est  racontée 
dans  le  Ramayana.  (Liv.  I,  chap.  4S.) 

L'idée  d'un  corps  éthéré,  formé  d'éléments  subtils  et 
de  fluide  nerveux  du  corps  grossier,  dont  l'âme  s'enve- 
loppe en  quittant  sa  dépouille  mortelle  est  fort  ancienne. 
C'est  ce  corps  subtil  qui  sert  d'enveloppe  à  l'âme,  selon 
la  doctrine  des  anciens  rabbins,  quand  l'habitude  l'attire 


206  CHALITRE    XX. 

vers  la  terre  ou  vers  les  lieux  où  elle  a  clemeiirô  durant 
sa  vie  terrestre.  (Mennasseh,  XI,  6,  etc.) 

Les  Chinois  admettent  ime  âme  intelligente  (Ling)  et 
une  âme  passionnelle  (Iluen). 

Plus  l'âme  se  dégage  de  ces  instincts  et  de  ces  pas- 
sions (qui  composent  l'âme  passionnelle),  plus  elle  est 
parfaite,  bienheureuse  et  parvient  à  l'état  de  pur  Esprit. 
Néanmoins,  les  Esprits  des  morts  bienheureux  sont  obli- 
gés de  se  revêtir  de  cette  âme  passionnelle  pour  apparaître 
et  pour  se  manifester  visiblement  aux  hommes,  bien  que 
ces  âmes  parfaites  se  soient  tout  à  fait  dépouillées  de  la 
matière  et  qu'elles  demeurent  dans  les  cieux. 

En  général,  les  traditions  sacrées  et  tous  les  penseurs 
qui  ont  admis  plusieurs  âmes  dans  l'homme  ont  confondu 
les  facultés  inférieures  de  l'âme,  c'est-à-dire  les  passions 
et  les  instincts,  avec  cette  enveloppe  subtile,  éthérée  et 
luisante,  dont  l'âme  est  revêtue,  lorsqu'elle  se  manifeste 
visiblement  aux  sens  grossiers  de  l'homme. 

Selon  la  doctrine  des  derniers  cabbalistes,  il  y  a  .trois 
âmes  dans  un  homme  : 

1 .  Vàme  vitale  ou  la  force  vitale  et  fliddique,  qui  reste 
auprès  du  corps  jusqu'à  la  putréfaction  complète  [Ne- 
phesch)  ; 

2°  Le  Rnacky  l'âme  proprement  dite,  dont  le  paradis 
inférieur  est  la  patrie  ; 

3.  L'Esprit  (Neschamah)  qui  retourne  à  Dieu.  (Mennas- 
seh, de  Resurrectione,  lib.  XI,  cap.  6.) 

Les  Groenlcmdais ,  selon  lùrmz  {Hist.de  Gi'oenlancle) , 
croient  aussi  qu'il  y  a  deux  âmes  dans  l'homme  : 

1.  Le  souffle,  qui  anime  le  corps  et  entretient  la  vie; 

2.  \j  ombre,  qui  se  dégage  déjà  dans  le  songe,  du  corps, 
et  qui  s'en  sépare  tout  à  fait  par  la  mort. 

Selon  Delaborde,    tous  les  sauvages   de  l'Amérique 


CORPS   ÉTHÉRÉ,  207 

septentrionale  admettent,  en  général,  la  présence  de  plu- 
sieurs âmes  dans  le  même  corps.  Les  Canadiens  croient 
((lie  Fune  de  ces  âmes  reste,  après  la  mort,  auprès  du  ca- 
davre, mais  que  l'autre  part  pour  la  sphère  spirituelle. 

Pythagore  n'admet  pas  trois  âmes  comme  ces  peuples 
sauvages,  mais  une  seule  âme  triple ^  c'est-à-dire  qui  a 
trois  facultés  essentielles,  l'intelligence  (voOç),  le  senti- 
ment (?/>ï3v),  et  l'instinct  passionnel  («J'^f^o?).  On  peut  com- 
parer ces  trois  facultés  principales  de  l'âme,  selon  Pytha- 
gore (Diog.  Laërt.,  YIII),  aux  trois  attribufs  essentiels  de 
l'être  selon  Kapyla. 

L'intelligence  et  le'  sentiment  se  manifestent  dans  le 
cerveau^  et  l'instinct  passionnel  dans  le  cû9?«\  Platon^  au 
rapport  de  Cicéron  (Tusc,  I)  professa  la  même  opinion. 
Erésistrate  disait  aussi  que  Y  âme  intelligente  était  placée 
dans  cette  partie  du  cerveau  que  l'on  nomme  épicrâne, 
(Plutarque,  de  Placit.  philos.,  lib.  IV,  cap.  5.) 

Selon  Maximus  Tyriiis  (sermo  26)_,  Pythagore^  Platon 
et  Proclus  parmi  les  Grecs  anciens,  ont  admis  le  corps 
éfhéré ;  ces  penseurs  croyaient  que  tous  les  Esprits  et  les 
dieux  sont  doués  de  corps  éthérés.  En  général  les  tra- 
ditions sacrées  de  la  Grèce  et  les  poètes  professaient  la 
même  opinion.  Homère  et  d'autres  poètes  parlent  de 
blessures  des  dieux  dans  les  combats.  Homère  appelle 
gï(?wAov  le  corps  (Hhéré  ou  la  forme  sensible  revêtue  par 
rame  après  la  mort.  Ce  corps  éthéré  des  immortels 
échappe  aux  lois  du  temps  ;  il  est  impérissable,  in- 
corruptible (àeâvaroç,  %OtToç,  Iliade,  V,  857,  etc.).  La 
tleur  de  la  jeunesse  y  brille  sans  cesse  ;  car  si  la  forme 
externe  est  humaine,  sa  substance  est  d'une  nature  su- 
périeure à  la  chair  et  aux  os,  qui  composent  notre 
corps  matériel  (Iliade,  XIV,  353);  le  sang  est  remplacé 
dans  le  corps  éthéré  des  dieux,  par  une  sorte  de  liqueur 


20^  CHAPITRE    XX. 

divine  («x'V^),  dont  V ambroisie  (la  nourriture  céleste) 
fait  le  fond  et  le  principe.  Les  Grecs  admettent  une 
nourriture  et  une  boisson  célestes  comme  les  Indiens. 

IJambroisie  et  le  nectar  correspondent  à  Vamrita.  Les 
dieux  mangent  et  boivent  et  peuvent  être  dominés  par 
la  faim  et  la  nécessité  de  repos  (Odyssée,  Y,  95).  Aux 
yeux  de  la  tradition  populaire  et  des  poètes,  le  corps 
éthéré  des  dieux  devait  supposer  des  aliments  qui  le 
nourrissent. 

Aristote  (Phys.,  IV,  2  et  3)  dit  que  les  êtres  invisibles 
sont  aussi  substantiels  que  les  êtres  visibles.  Les  êtres 
invisibles  ont  même  des  corps,  mais  très  subtils  et  éthé- 
rés.  Il  en  est  de  même  des  stoïciens,  selon  Dioî>ène 

LaërtiuS.  (YII,  56  wav  yxp  tô  ttoiojv  ^Mua.  è'o-Ti.) 

Epicure  dit  que  tous  les  dieux  ont  une  forme  hmyiaine; 
mais  que  la  raison  seule  peut  les  apercevoir,  à  cause  de 
la  ténacité  des  parties  qui  forment  leurs  simulacres.  (Plu- 
tarque,  de  Placit.  philos.,  lib.  I,  cap.  7.) 

L'idée  de  la  forme  éthérée  est  suggérée  aux  Grecs  et 
aux  Roumains,  par  les  apparitions  et  par  les  fantômes  du 
rêve.  (Lucrét.,  I,  121;  Virgile,  Enéide,  VI,  659.) 

C'est  un  fait  reconnu,  par  tous  les  savants  modernes 
mêmes,  que  les  plus  grands  Esprits  de  la  Grèce  admet- 
taient la  réalité  objective  des  apparitions  et  des  fantômes; 
ils  croyaient  que  les  Esprits  et  les  Êtres  surnaturels  pou- 
vaient prendre  une  part  directe  et  visible  aux  événements 
d'ici-bas  ;  que  les  dieux  pouvaient  s'unir  sous  une  forme 
humaine  aux  simples  mortelles.  On  croyait  même,  au 
temps  de  Lysandre  (Plutarque,  Lysander,  §  26,  édit. 
Reiske,  pag.56  et  57),  à  ces  unions  charnelles  et  surna- 
turelles à  la  fois,  comme  on  était  persuadé  que  cela  avait 
eu  lieu  aux  temps  héroïques.  On  croyait  généralement 
que  l'intervention  miraculeuse  des  dieux  et  des  génies 


CORPS   ÉTHÉRÉ.  209 

pouvait  encore  se  renouveler.  Suivant  Pythagore  (Dio^. 
Laert.,  Vllï,  32),  les  Esprits  annoncent  aux  hommes  les 
choses  occultes,  et  prédisent  l'avenir. 

L'auteur  de  VEpinomis  [EpinomiSy  §  8  ;  ap.  Platon, 
Oper.,édit.  Becker,  page  29)  dit  :  que  les  êtres  surna- 
turels se  font  connaître  à  nous,  soit  en  sonç/e,  soit  par 
des  voix  et  des  paroles  propltétiques  entendues  par  des 
personnes  saines  et  malades,  soit  par  des  apparitions  au 
moment  de  la  mort.  Le  fantôme  qui  apparut  à  Dion 
(Plutarque,  Dion,  §  55,  page  342,  édit,  Reiske)  ressem- 
blait à  une  Erynnie.  Ce  spectre  était  vêtu  d'une  grande 
robe,  c'est-à-dire  telles  qu'étaient  représentées  au  théâtre 
ces  divinités;  le  fantôme  balayait  même  la  maison,  à  la 
façon  de  ces  divinités.  On  connaît  aussi  le  fantôme  qui 
apparut  à  Brutus  jeune  sur  le  champ  de  bataille  de  Phi- 
lippes,  pour  lui  annoncer  sa  fin  tragique.  —  Porphyre 
(lib.  II,  touchant  TAbstinence,  chap.  34)  dit  que  les  dieux 
conversent  avec  nous,  et  nous  favorisant  de  leurs  appa- 
ritions, nous  éclairent  pour  nous  sauver. 

Les  docteurs  de  l' Eglise,  les  plus  célèbres,  tels  qu'O- 
rigène  (in  Prolog.  Tzz^i  àpxMv  )  ;  Tertullien  (lib.  de 
Carne,  cap.  6);  Lactantius  (lib.  II,  cap.  15)  q{  Augustin 
(de  Divin,  et  Daemon.,  cap.  3  et  5),  admettent  égale- 
ment le  corps  éthéré  qui  offre  tant  d'analogie  avec  la 
doctrine  de  la  résurrection  de  la  chair  et  avec  la  méta- 
morphose finale  des  corps  des  vivants,  lors  du  retour 
du  Christ.  D'ailleurs,  les  nombreuses  apparitions  ra- 
contées par  la  Bible,  semblent  supposer  l'existence  d'un 
corps  éthéré,  dont  s'enveloppent  les  Anges  et  les  Es- 
prits pour  se  manifester  visiblement  aux  hommes.  Ori- 
gène  dit  {Fragm,  de résîirrect.,  édii,  Paris,  Op.  I,  page 35): 
que  l'àme  sera  revêtue  après  la  mort  d'un  corps  éthéré 
qui  ressemble  à  son  corps  terrestre;  elle  garde  ce  corps 


210  CHAPITRE   XX. 

jusqu'à  la  Résurrection  finale  de  la  chair*  Selon  le  même 
docteur  de  l'Eglise  primitive  (Orig.,  Op.,  f,  194),  tous  les 
Esprits  s'enveloppent  d'un  corps  éthéré  quand  ils  en  ont 
besoin. 

Il  faut  aussi  lire  les  chapitres  11,  12  et  13  de  la  Dog- 
matique de  Gennadins  Masiliensis  sur  le  corps  éthéré, 
pour  avoir  de  plus  amples  renseignements  sur  ce  sujet 
si  intéressant,  que  les  théologiens  matéricdistes  de  nos 
jours,  dédaignent.  —  Les  Anges,  quoique  purs  Esprits, 
sont  presque  toujours  représentés  dans  l' Ancien-Testa- 
ment, comme  ayant  des  corps  et  paraissant  faire  des 
fonctions  corporelles.  On  les  voit  manger  chez  le  pa- 
triarche   Abraham.   (Genèse,  18,8.) 

Les  Esprits  prennent,  du  reste,  des  formes  diverses 
selon  l'école  orthodoxe  de  Védanta  pour  apparaître. 
Diverses  formes  illusoires,  divers  déguisements  sont 
revêtus  par  le  même  Esprit.  [Yoga-Sastra.  Pauthier, 
Essai  sur  la  philosophie  des  Hindous,  selon  (lolebrooke, 
p.  140.) 

Selon  la  Bible,  les  bons  Esprits,  tels  que  Moïse  et  Elle, 
apparaissent  en  gloire  (Luc,  XI,  31.  Apocalypse,  I,  16)  ; 
ils  communiquent  même  aux  hommes  qui  ont  des  rap- 
ports intimes  avec  eux  (aux  saints,  voyants,  extatiques, 
visionnaires,  etc.,  etc.)  leur  splendeur.  Saint  Mathieu 
(XVII,  2  )  ditj  en  parlant  de  l'apparition  de  Moïse  et 
d'Elie  et  de  la  transfiguration  du  Christ,  que  le  visage 
de  Jésus  resplendit  comme  le  soleil  et  que  ses  vêtements 
devinrent  blancs  comme  la  lumière.  Il  en  est  de  même 
de  saint  Luc.  (IX,  29.) 

Selon  l'Exode  (XXXIV,  29),  la  peau  du  visage  de 
Moïse  était  devenue  resplendissante  pendant  qu'il  par- 
lait avec  Dieu.  Selon  la  seconde  Ëpître  aux  Corinthiens, 
qui  ne  fait  que  confirmer  les  versets^  29  et  30  ^du  cha- 


CORPS   ÉTHÉRÉ.  211 

pitre  XXXIV  de  l'Exode,  les  enfants  à' Israël  ne  pou- 
vaient regarder  le  visage  de  Moïse  à  cause  de  sa  splen- 
deur. (II,Corinth,  chap.  III,  versets  7  et  13.) 

LTxode  (cliap.  XXXIV,  30)  y  ajoute  «  qu'.4r^?W2  et  les 
»  enfants  d'Israël  s' éiamt  aperçus  que  la  peau  de  son  vi- 
»  sage  était  resplendissante,  ils  craignirent  d'appi'ocliev 
))  de  lui.  )) 

Les  Actes  des  apôtres  parlent  dti  visage  flambant  de 
saint  Etienne  comme  le  visage  d'un  ange  (VI,  15).  Les 
Hindous  admettent  des  degrés  différents  de  splendeur; 
de  là  les  enfants  du  soleil  et  les  enfants  de  la  lune  parmi 
les  saints  extatiques  et  les  Yoguis.  Les  saints  voyants  et 
les  Extatiques  religieux  du  moyen-âge  parlent  aussi  de 
cette  splendeur.  11  en  est  de  même  de  nos  visionnaires  et 
de  nos  somnambules  extatiques,  dont  la  figure  rayon- 
nante reflète  l'éclat  céleste  et  l'auréole  paradisiaque  des 
bons  Esprits,  qui  se  manifestent  visiblement  à  leurs  sens 
plus  éthérés  et  plus  subtils. 


CHAPITRE    XXL 
Corps  terrestre. 


La  naissance  est  l'union  de  l'âme  avec  les  instruments 
de  la  vie,  et  avec  les  organes  corporels.  Ce  n'est  pas  une 
modification  de  l'âme,  car  l'âme  est  inaltérable.  (Sanldiya- 
Karika,  art.  18.) 

Les  cinq  éléments  subtils  produisent,  selon  Sankhya- 
Karika,  art.  3040,  les  xinq  éléments  grossiers. 


212  CHAPITRE    XXI. 

Selon  l'école  oi'tliodoxe  de  Védanta,  les  éléments  sub- 
tils dont  se  compose  le  corps  éthéré,  sont  la  semence  et 
les  rudiments  du  'corps  grossier  et  terrestre.  (Bralima- 
Soutra,  II,  §  8,  etc.,  etc.) 

Le  Manas  {Seiisarium  générale)  est  la  racine  des  sens 
externes.  (Sankhya-Karika,  art.  60.) 

L'âme  qui  retourne  occuper  un  nouveau  corps  ter- 
restre (on  sait  que  les  Hindous  admettent  la  métempsy- 
cose)^ cette  âme  abandonne  sa  forme  aqueuse  dans  l'orbe 
lunaire  (séjour  de  la  plupart  des  Esprits  immédiatement, 
après  la  mort)  et  passe  rapidement  et  successivement  à 
travers  l'éther,  l'air,  les  vapeurs,  les  brouillards  et  les 
nuages  dans  la  pluie ,  et  arrive  ainsi  par  degrés  jusque 
dans  la  plante  qui  végète,  et  de  là,  par  le  moyen  de  la 
nourriture,  elle  passe  dans  un  embryon  animal,  (Brâhma- 
Soutra,  m,  i,  §4,  5  et  6.) 

Selon  les  anciennes  traditions  des  Perses  (Anquetil, 
m,  189  et  214),  lorsque  le  corps  de  l'homme  est  formé 
dans  le  ventre  de  la  mère,  l'âme,  qui  vient  du  ciel,  s'y 
établit. 

Suivant  les  traditions  sacrées  des  Grecs  et  des  Ro- 
mains qui  ont  admis  également  la  métempsycose,  toutes 
les  âmes  qui  avaient  été  un  certain  temps  dans  les  lieux 
heureux  ou  malheureux  de  l'autre  monde  et  qui  étaient 
renvoyées  dans  ce  monde,  devaient  premièrement  boire 
du  fleuve  ou  de  la  rivière  Léthé,  afin  qu'elles  pussent 
oublier  tout  le  contentement  du  ciel  et  tout  ce  qu'elles  y 
avaient  vu,  et  tous  les  tourments  du  Purgatoire  et  de 
l'Enfer,  et  aussi  tout  ce  qu'elles  avaient  fait  durant  ce 
temps-là,  pendant  qu'elles  étaient  ici  sur  la  terre.  Tous 
les  lettrés  connaissent  les  fameux  vers  du  sixième  livre 
de  l'Énéïde  de  Virgile  sur  ce  sujet;  nous  allons  en  citer 
quelques  strophes  : 


CORPS   TERRESTRE.  213 

«  Tum  pater  Anchises:  animœ  quibus  altéra  fa<o 
»  Corpora  dabenlur  Letha.'i  ad  fluminis  undam 
»  Securoslalices  et  longa  oblivia  potaat.  » 

Plus  loin  Virgile  continue  : 

«  Has  omnes,  ubi  mille  rotam  volvere  aiinos , 
»  Lelha3Lim  ad  tluvium  Deus  evocat  ag  mine  magno, 
»  Scilicet  immemores  supera  ut  convexa  revisant, 
»  Hlu'sus  et  incipiant  in  corpora  velle  reverti.» 

Platon  dit  dans  lePhaidon  et  le  Timée  (44),  que  toutes 
les  âmes,  qui  s'incarnent  dans  ce  inonde,  étaient  pre- 
mièrement enivrées  d'une  façon  particulière,  et  que  cette 
ivresse  leur  faisait  oublier  tout. 

Pindare  (Olymp.  XIII,  103),  parle  de  démons  qui  pré- 
sident à  la  naissance  des  hommes. 

Selon  Pliilon,  les  âmes  descendent  continuellement  du 
ciel  sur  la  terre,  entraînées  par  le  désir  de  s'y  incarner, 
d'autres  âmes  remontent  sur  la  mêmtî  échelle  au  ciel 
pour  redescendre  de  nouveau.  (Philon,  quod  a  Deo  mit- 
tant.  somn.,  568;  édit.,  Mang.  I,  641.) 

Les  idées  de  Philon  offrent  une  analogie  frappante 
avec  la  fameuse  échelle  de  Jacob,  dans  la  Bible,  La  Genèse 
(XXYIII,  12)  dit  :  «  Et  il  [Jacob]  songea,  et  voici  une 
»  échelle  dressée  sur  la  terre,  dont  le  bout  touchait  jus- 
»  qu'aux  cieux;  et  voici,  les  Anges  de  Dieu  montaient  et 
»  descendaient  par  cette  échelle.  » 

11  faut  lire  aussi  les  chapitres  de  saint  Matthieu  et  de' 
saint  Luc  sur  la  naissance  de  Jésus,  en  tenant  compte  des 
paroles  à  jamais  mémorables  du  Christ,  savoir  :  «  N'ap- 
»  pelez  personne  sur  la  terre  votre  père  ;  car  un  seul  est 
»  votre  père,  leciuel  est  dans  les  deux.  »  (Saint  Matthieu, 
XXIII,  9.) 


214  CHAPITRE   XXI. 

En  effet,  si,  cont'orménient  à  l'Oraison  dominicale  : 
«  Notice  Père  qui  êtes  aux  cieux,  »  si  ce  n'est  pas  du  ciel 
que  noire  Esprit  est  sorti,  qu'on  nous  explique  comment 
les  livres  saints  et  les  saints  pères  présentent  cette  vie 
comme  un  exil  ou  un  bannissement  ;  car  exil  ou  bannis- 
sèment  suppose  que  nous  avons  du  habiter  auparavant 
le  lieu  d'où  nous  avons  été-bannis. 

Selon  Clemens  Alexandrinus ,  Fàme  est  conduite  par 
l'un  des  Anges  qui  président  à  la  procréation  dans  le 
ventre  de  la  mère.  (Stroni.,  I  et  111.) 

Selon  saint  Thomas  (1,  p.  9,  art.  1),  la  nature  cor- 
porelle de  l'homme  n'est  qu'un  voile  qui  lui  cache  sa 
lin,  La  pénitence  de  l'esprit  était  d'ignorer  son  origine; 
elle  était  en  cela  conforme  à  la  justice  de  Dieu,  et  digne 
de  sa  bonté  :  digjie  de  sa  bontés  parce  que  ce  voile  adou- 
cissait la  rigueur  d'un  exil  insupportable  à  l'Esprit  déchu, 
s'il  eût  conservé  le  souvenir  de  ses  joies  célestes  ;  et 
conforme  à  sa  justice,  parce  qu'en  cachant  son  existence 
passée,  il  lui  en  donnait  une  autre  ;  et  le  soumettait  à 
une  nouvelle  épreuve  qui  n'eût  pas  été  suffisante,  si  elle 
eût  été  accompagnée  du  souvenir  d'un  bonheur,  que 
l'homme  ne  pouvait  recouvrer  que  par  sa  privation  et 
l'oubli  qu'il  en  avait  fait. 

Les  idées  concernant  la  vanité  de  la  vie  terrestre  pro- 
viennent de  ce  que  l'Antiquité  tout  entière  tient  pour  as- 
suré que  les  âmes  sont  envoyées  dans  les  corps  pour  puni- 
tion des  péchés;  et  que  le  corps  est;,  par  conséquent, 
comme  un  cachot  et  une  prison  de  l'âme  à  cause  de  ses 
péchés.  Les  Chaldéens,  les  Égyptiens  et  l'école  de  Py- 
thagore  ont  accepté  cette  tradition  fort  ancienne.  La 
plupart  des  anciens,  croyant  en  même  temps  à  la  Mé- 
tempsycosCy  personne  ne  reçoit,  aux  yeux  des  Hindous 
surtout,  du  bien  en  cette  vie,  à  cause  qu'il  fait  bien,  mais 


CORPS    TERRESTRE.  >5l5 

chacun  porte  la  punition  de  la  vie  précédente.  Les  védas 
enseignent  que  les  pensées,  les  inclinations  et  les  réso- 
lutions de  l'homme,  qui  dominent  particulièrement  ses 
moments  d'agonie,  déterminent  le  caractère  futur  et 
règlent  la  place  subséquente  que  l'ànie  occupe  dans  la 
transmigration  ;  telle  que  sa  pensée  était  dans  un  corps, 
telle  elle  deviendra  dans  un  autre,  au  sein  duquel  l'âme 
passe  après  la  ^mort.(Bràhma-Soutra,  I,  Lecture,  chap.  2, 
§  1,  «te.) 

Le  célèbre  philosophe  Kanada  dit  aussi  (Vaisischyka, 
art.  22  et  23)  :  que  le  corps  d'un  individu  est  le  résultat 
de  l'àme,  laquelle  détermine  la  formation  particulière 
du  corps  d'un  homme.  Les  idées  de  Kanada  ont  de  l'a- 
nalogie avec  celles  de  Pythagore ,  qui  dit  (Diogène 
Laërt.,VIlI,  28)  que  le  corps  convient  aux  besoins  par- 
ticuliers de  l'àme  ;  il  est  proportionné  à  la  nature  de 
chaque  àme,  adapté  à  sa  nature  intime. 

Yoici  quelques  idées  des  anciens,  concernant  la  va- 
nité et  l'imperfection  de  la  vie  terrestre  :  Selon  Gotama, 
l'auteur  du  Système  Nyaya  ou  de  la  philosophie  dialec- 
tique de  l'école  Naiyàyika  (Gotama,  I,  1-8),  lame  est 
susceptible  tout  à  la  fois  de  la  science  et  de  l'ignorance  ; 
pendant  qu'elle  est  revêtue  du  co?'ps  matériel,  l'àme  est 
dans  un  état  d'emjjrisonnement  et  sous  l'influence  des 
mauvaises  passions;  mais  étant  délivrée  de  ces  liens, 
elle  peut  parvenir  à  l'aide  de  la  connaissance  des  prin- 
cipes éternels  au  séjour  de  l'Être  suprême. 

Sankara  (Atma-Bodha,  art.  26)  dit  que  l'àme  vitale, 
c'est-à-dire  l'Esprit  uni  au  corps,  ne  discerne  pas  la  na- 
ture éternelle  et  vit  dans  une  illusion  complète  à  cet  égard, 
en  voulant  exister  comme  un  être  séparé  de  l'esprit.  Il 
n'y  a  qu'un  Yocjui  qui  puisse  parvenir  déjà.ici-bas,  grâce 
à  l'extase  et  à  la  profonde  .contemplation  de  l^ excellence 


216  CHAPITRE   XXI. 

diviiiej  à  un  pouvoir  transcendant  relatif,  ou  à  une  dé- 
livrance incomplète,  comme  nous  verrons  plus  tard. 
{Yoga  Sastra  de  Patjandali^  chap.  IV;  Brâlima-Soutra, 
IV,  4,  §7.) 

Les  lois  de  Manou  (VI,  §  18)  vont  même  jusqu'à  dire: 
«  De  même  qu'un  arbre  quitte  le  bord  d'une  rivière, 
»  lorsque  le  courant  l'emporte,  de  même  qu'un  oi- 
»  seau  quitte  un  arbre,  suivant  son  caprice,  de  même 
»  celui  qui  abandonne  ce  corps  par  nécessité  ou  par 
»  sa  propre  volonté,  est  délivré  d'un  monstre  horri- 
))  ble.  )) 

Porphyre  (Abstinence,  IV,  17  et  18)  appelle  samanéens 
les  saints  érémites  (Sarijasi  ou  Yoguis).  Ces  anachorètes 
ascétiques  passent  tout  le  jour  à  s'occuper  de  la  Divinité. 
Ils  sont  disposés  à  l'égard  de  la  mort  de  façon  qu'ils  re- 
gardent le  temps  de  la  vie  comme  une  malheureuse  né- 
cessité à  laquelle  il  faut  se  prêter  malgré  soi,  pour  se 
conformer  à  l'intention  de  la  nature.  Ils  souhaitent  avec 
empressement  que  leurs  âmes  soient  délivrées  de  leurs 
corps.  Il  arrive  souvent  que,  lorsqu'ils  paraissent  se  bien 
porter  et  n'avoir  aucun  sujet  de  chagrin,  ils  sortent  de  la 
vie;  ils  en  avertissent  les  autres;  personne  ne  les  en 
empêche.  Au  contraire,  on  les  regarde  comme  très  heu- 
reux, et  on  leur  donne  quelque  commission  pour  les 
amis  qui  sont  morts,  tayit  ils  sont  persuadés  que  les  âmes 
subsistent  toujours  et  conservent  entre  elles  un  commerce 
continuel.  Après  qu'ils  ont  reçu  les  commissions  qu'on 
leur  a  données,  ils  livrent  leurs  corps  pour  être  brûlés, 
parce  qu'ils  croyent  que  c'est  la  façon  la  plus  pure  de 
séparer  l'âme  du  corps.  Ils  finissent  en  louant  Dieu. 
Leurs  amis  ont  moins  de  peine  à  les  conduire  à  la  mort 
que  les  autres  hommes  n'en  ont  à  voir  partir  leurs  amis 
our  de  grands  voyages.  Ils  pleurent  d'être  réduits  à 


CORPS   TERRESTRE.  217 

vivre  encore,  et  ils  envient  le  sort  de  ceux  qui  ont  pré- 
féré à  cette  vie-ci  la  demeure  éternelle. 

Porphyre,  dans  le  livre  lY,  chap.  H,  12  et  13,  de  son 
traité  touchant  l'Abstinence,  parle  de  la  fameuse  secte 
juive  des  Esséniens  et  dit  qu'ils  rendent  l'âme  avec  tran- 
quillité, bien  persuadés  qu'elle  ne  mourra  pas,  car  c'est 
un  dogme  bien  établi  chez  eux,  que  les  corps  sont  mor- 
tels, que  la  matière  est  sujette  au  changement,   que  les 
âmes  sont  immortelles,   qu'elles  sont  composées  d'un 
air  très  léger  et  attirées   vers  les  corps  par  un  mouve- 
ment naturel  ;    et  que,  lorsqu'elles  sont  dégagées  des 
liens  de  la  chair,   elles  se  regardent  comme  délivrées 
d'une  longue  servitude,  qu'alors  elles  sont  dans  la  joie 
et  se  transportent  vers  le  ciel.  Durant  la  guerre   des 
Romains  avec  les  Juifs,  on  ne  les  vit  point  chercher  à 
fléchir  leurs  bourreaux,  ni  verser  aucune  larme;  au  con- 
traire, ils   riaient  dans  les  plus  grands  tourments,  et 
raillaient  ceux  qui  les  tourmentaient  ;  ni  la  torture,  ni 
les  roues,  ni  le  feu  ne  purent  les  contraindre  à  blasphé- 
mer leur  législateur. 

On  sait  que  les  Esséniens  ont  pratiqué  la  liberté,  l'é- 
galité, la  fraternité,  l'aQîitié,  la  communauté  des  biens 
sur  une  large  échelle  ;  ils  choisissaient  ceux  qui  de- 
vaient faire  leurs  afl'aires  ;  et  ont  fourni  à  chacun  ses 
besoins  sans  aucune  distinction.  On  ne  les  laisse  man- 
quer de  rien  ;  pendant  leurs  voyages  ceux  de  leur  secte 
les  préviennent  lorsqu'ils  arrivent  dans  une  ville  étran- 
gère; et  dès  qu'on  les  voit,  ils  sont  traités  comme  s'il  y 
avait  longtemps  qu'on  les  connût  ;  c'est  pourquoi,  lors- 
qu'ils voyagent,  ils  ne  portent  rien  avec  eux  n'étant 
obligés  à  aucune  dépense.  Chacun  donne  à  son  confrère 
ce  qui  lui  manque  et  reçoit  de  lui  ce  qui  lui  est  utile.  Il 
ne  leur  est  néanmoins  pas  défendu  de  recevoir  sans  rien 

17 


218  CHAPITRE    XXi. 

rendre.  Ils  travaillent  jusqu'à  la  cinquième  heure,  puis 
ils  se  purifient  et  se  revêtent  de  leurs  vêtements  sacrés 
pour  aller  au  réfectoire  qui  ressemble  à  un  lieu  sacré, 
et  pour  se  mettre  à  la  table  commune  ;  ils  ne  touchent 
pas  aux  vivres,  avant  que  le  prêtre  eût  fait  une  prière. 

Lorsque  le  repas  commun  est  fini,  le  prêtre  fait  une 
nouvelle  prière  ;  ainsi,  avant  de  manger  et  après  avoir 
mangé,  ils  rendent  grâce  à  Dieu.  Ils  quittent  ensuite  leitfs 
vêtements  qui  sont  comme  sacrés,  pour  retourner  à 
Touvrage  jusqu'au  soir  ;  ils  observent  les  mêmes  céré- 
monies en  soupant,  et,  s'ils  ont  quelques  hôtes,  ils  les 
font  souper  avec  eux , 

Ceux  qui  veulent  entrer  dans  cette  société  n'y  sont  pas 
reçus  tout  d'un  coup  :  il  faut  que  pendant  un  an  entier  ils 
pratiquent  ce  même  genre  de  vie  de  tempérance  ;  puis  on 
les  admet  aux  bains,  et  enfin  au  bout  de  deux  ans  d'épreil* 
veSj  ils  sont  reçus  dans  la  société  et  admis  à  la  table 
commune.  Ils  font  un  serment,  par  lequel  ils  s'engagent 
d'être  pieux  envers  Dieu,  justes  à  l'égard  des  hommes, 
de  prendre  toujours  le  parti  des  gens  de  bien,  d'être  li- 
dèles  à  tout  le  monde,  de  conserver  leurs  ànics  pures  de 
tout  gain  injuste,  de  conserver  les  noms  des  Anges  et  les 
livres,  les  dogmes  et  les  traditions  de  leur  secte. 

Selon  la  secte  des  Esséniens,  les  âmes  sont  enfermées 
dans  le  corps  comme  dans  une  prison.  Delà  leur  joie,  lors- 
qu'elles vont  être  délivrées  de  ce  joug  corporel.  Ces  idées 
ont  beaucoup  d'analogie  avec  celles  de  la  Bible  ;  nous  ne 
citons  ici  que  l'Ecclésiaste,  I,  14  :  a  J'ai  regardé  tout  ce 
))  qui  se  faisait  sous  le  soleil,  et  voilà,  tout  est  vanité  et 
»  rongement  à'^^^ni.  ))  La  Sapience  (IX,  15)  dit  «  que 
»  le  corjiSj  qui  est  corruptible,  appesantit  Vâme,  et  que 
»  ce  tabernacle  fait  ào,  terre  abaisse  l'esprit  ch'drgc  de 
»  soucis,  w 


CORPS   TÈRRËSTkE;  219 

Dans  réfîtfë  aux  Romains  (Yll,  24),  saint  Paul  s'é- 
ctïe  de  douleur  :  a  Ah  !  misérable  que  je  suis,  gui  me  dé^ 
»  livretd  du  corps  de  cette  mort?  ii 

L'épître  aux  Romains  (chap.  Ylll,  20  à  22)  y  ajoute  : 
«  Les  créatures  sont  sujettes  à  la  vanité,  non  de  leur 
»  volonté,  mais  à  cause  de  celui  qui  les  y  a  assujetties; 
»  elles  fatte?identj  dis-je,  dans  l'espérance  qu'elles  seront 
»  aussi  délivrées  de  la  servitude  de  la  corruption,  potir 
))  être  en  la  liberté  de  la  gloire  des  enfants  de  Dieu.  Car 
))  nous  savons  que  toutes  les  créature^  soupirent  et  sont  en 
))  travail  ensemble  jusqu'à  maintenant;  et  non-seule- 
))  ment  elles,  mais  nous  aussi,  qui  avons  les  prémices 
))  de  l'Esprit  ;  nous-mêmes,  dis-je,  soupirons  en  nous- 
))  mêmes,  en  attendant  l'adoption,  c'est-à-dire  la  rédemp^ 
))  tion  de  notre  corps.  » 

Selon  Pythagore,  l'arrêt  divin  envoie  les  ânies  pour 
punition  des  péchés  dans  les  corps  grossiers  et  terrestres. 
(Diog.  Laërt.,  VIII,  31.) 

Suivant  Heraclite,  l'âme  demeure  dans  le  corps^ 
comme  un  étranger  ou  un  voyageur  à  l'hôtel.  (Sextus 
Empiricus,  contradict. ,  VII  ;  Plutarque,  d'Isis  et  d'Osi- 
ris,  pag.  76.) 

Pjjthaijore  dit  également  (Diog.  Laërt.,  YIII,  31)  que 
l'àme  est  enfermée  dans  ce  corps  comme  dans  un  cer- 
cueil ou  dans  un  tombeau.  (PhiloL,  ap.  Clem.  Alex. 
Strom,,  III,  433.) 

Néanmoins,  ce  corps  convient,  suivant  Pythagore, 
aux  besoins  particuliers  de  l'âme  ;  il  est  proportionné  à 
la  nature  de  chaque  âme.  (Diog.  Laërt.,  YIII,  28.) 

Platon  {J^Xvéiàow^  61)etCicéron  (de  Senectute,  20)  sont 
d'accord  avec  Pylhagore  sur  ce  sujet. 

Plutarqile  dit,  à  la  fin  du  traité  d'Isis  et  d'Osiris,  que 
les  âmes  humaines,  tant  ({u'elles  sont  unies  aux  corps  et 


220  CHAPITRE    XXII. 

> 

soumises  aux  passions,  ne  peuvent  avoir  de  participation 
avec  Dieu  que  par  les  faibles  images  que  la  philosophie 
en  retrace  à  leur  intelligence  et  qui  ressemblent  à  des 
songes  obscurs.  Mais,  lorsque,  dégagées  de  leurs  liens 
terrestres,  elles  sont  passées  dans  le  Hadès,  ce  séjour 
pur,  saint  et  invisible,  qui  n'est  exposé  à  aucune  révolu- 
tion ;  alors  Dieu  devient  leur  Chef  et  Roi;  les  âmes  sont 
fixées  en  luirai  contemplent  cette  beauté  ineffable  dont 
elles  ne  peuvent  se  rassasier  et  qui  excite  sans  cesse  en 
elles  de  nouveaux  désirs.  (Plutarque,  d'Isis  et  d'Osiris, 
traduct.  de  Ricard,  v.  396.) 

On  disait  en  Grèce  :  Celui  qui  est  aimé  des  dieux 
mourra  dans  la  première  jeunesse,  (Sophocle,  Œdip., 
col.  1225.) 

Euripide  dit  :  «  Il  faudrait  pleurer  le  nouveau-né, 
mais  féliciter  ceux  que  l'on  enterre.  (Euripide,  Cresph. 
fr.,13,  etinc.  160.) 


CHAPITRE  XXII. 
De  la  Mort. 


La  mort  est  l'abandon  des  instruments  matériels  par 
l'âme,  non  son  extinction,  car  l'âme  est  impérissable. 
(Sankhya-Karika,  art.  18.) 

x\ux  yeux  de  Diogène  le  Cynique  (Lettres  inédites)  la 
mort  n'est  qu'un  changement  d'habitation,  l'âme  se  sépa- 
rant du  corps;  il  faut  déjà  se  préparer,  pendant  la  vie 
terrestre,  à  cette  séparation  par  des  considérations  éle- 
vées, lesquelles  seules  peuvent  rompre  l'union  de  l'âme 
et  du  corps. 


DE    LA   MORT.  221 

Selon  les  traditions  sacrées  des  anciens  Perses  (An- 
qiietil,  III,  384),  l'âme  conduit  le  corps,  tant  qu'il  est  en 
vie  ;  mais  lorsque  le  corps  meurt  ici-bas.,  il  se  mêle  à  la 
terre,  et  l'àme  retourne  au  ciel. 

Suivant  la  Bible,  la  mort  n'est  qu'un  sommeil,  L'Éter- 
nel dit  (Deutéronome,  XXXI,  16)  à  Moïse  :  a  Voici,  tu 
t'en  vas  dormh'  avec  tes  pères.  » 

Saint  Paul  parle  aussi  du  dormir  de  la  mort.  (I,  Co- 
rinth.,XY,  18  et  51.) 

Selon  le  Christ,  le  prince  de  la  vie,  la  mort  n'est  aussi 
qu'un  sommeil.  Tous  les  chrétiens  connaissent  ce  mot 
sublime,  savoir  :  «  Lazare,  notre  ami,  dort,  j'y  vais  j^our 
l'éveiller.  C'est  pour  cette  raison  que  saint  Paul  (I,  Co- 
rinth.,  XY,  55)  pouvait  s'écrier  de  joie  :  «  Oii  est,  ô  mort! 
»  ton  aiguillon  ;  oit  est,  ô  enfer!  ta  victoire?  » 

Le  deuxième  chapitre  de  la  quatrième  lecture  du 
Brâhma-Soutra  (lY,  chap.  II,  §  1-8)  concerne  l'ascension 
de  l'âme,  en  sortant  du  corps. 

L'action  des  sens  externes  cesse  d'abord  avant  celle 
duManas  (sens  interne);  la  parole  d'une  personne  mou- 
rante est  absorbée  dans  ce  sens  interne.  Puis,  ce  sens  et 
le  souffle,  accompagnés  de  toutes  les  autres  fonctions 
vitales,  sont  retirés  dans  l'àme  vivante,  maîtresse  du 
corps.  Les  fonctions  vitales  se  rassemblent  autour  de 
l'âme  au  dernier  moment,  lorsqu'elle  est  expirante, 
comme  les  serviteurs  d'un  roi  s'assemblent  autour  de 
lui,  lorsqu'il  est  sur  le  point  d'entreprendre  un  voyage. 
L'âme  se  retire  à  son  tour  dans  le  corps  subtil  et  lumi- 
neux (composé  de  cinq  éléments  ou  rudiments  subtils, 
qui  forment  le  germe  du  corps  grossier  et  matériel). 

L'âme  reste  unie  k  cette  forme  subtile  Qi  élémentaire, 
associée  avec  les  facultés  vitales  jusqu'à  la  dissolution 
des  mondes,  lorsqu'elle  se  plonge  dans  le  sein  de  la  su- 


22^  CHAPITRE    XXII. 

prôme  diviiiiti^  Le  corps  groshier,  (jui  ('tait  chauffé  par 
ces  éléments  siil)tils,  devient  froid  dès  qu'ils  l'aban- 
donnent. L'âme  de  l'iiomme  sage  et  vertueux  sort  <lu 
cœur,  et  passe  par  le  Souchoumna  jusqu'au  sommet  de 
la  tête,  et  illumine  son  passage  d'une  auréole  brillante, 
en  flottant  au-dessus  du  sommet  do  la  této,  après  avoir 
quitté  le  corps.  Les  Yoguis  ou  les  Saints  extatiques  et 
les  voyants  seuls  peuvent  apercevoir  cette  auréole  bril- 
lante. Si  l'individu  (5st  if/noranty  l'âme  quitte  le  corps 
par  une  autre  partie  que  la  couronne  do  la  tête.  L'âme 
comnuuiique  avec  le  rayon  solaire  qu'elle  rencontre  jus- 
(pi'ii  la  destination  linale,  guidée  par  les  divinités  qui 
président  aux  régions  où  elle  va.  Ces  régions  sont  des 
stages  ou  des  lieux  de  jouissonce^  qui  doivent  être  visités 
successivement,  ou  des  signaux  désignés  pour  la  direct 
tion  de  la  i^outo,  Les  dieux  qui  dirigent  l'âme  dans  cette 
route  sont  ceux  qui  gouvernent  les  régions  que  l'âme 
traverse.  (Brâhma-Soutra,  IV^  chap.  3,  §  4,  5  et  6.) 

La  route  a  lieu  par  un  rayon  solaire  jusqu'au  royaume 
du  feu;  de  là,  aux  régents  ou  distributeurs  du  jour,  des 
demi-lunaisons,  des  six  mois  de  l'été,  de  l'année,  etc.; 
puis  de  là,  l'âme  passe  à  l'aide  du  vent  et  de  l'air  par  un 
l^assage  étroit  vbï's  la  lune,  d'oii  elle  monte  à  la  région 
de  l'éclair,  au-dessus  de  laquelle  est  situé  le  royaume 
de  Vnrouna,  le  régent  de  l'eau;  de  là,  là  forme  aqueuse 
de  ces  âmes,  qui  reviennent  s'incarner  de  nouveau  sur 
la  terre. 

Los  âmes  de  ceux,  dont  la  contemplation  a  été  par- 
tielle et  restreinte,  restent  ici,  ou  dans  des  régions  de  la 
lune,  revêtues  d'une  forme  aqueuse  ;  après  avoir  reçu 
la  récompense  de  leurs  (vuvres,  elles  retournent  occuper 
un  nouveau  corps,  emportant  avec  elles  l'influence  qui 
résulte  de  leurs  premières  œuvres.  (Brâhma-Soutra,  IL) 


DE   LA   MORT.  223 

Quant  aux  âmes  des  saints,  dont  la  méditation  pieuse 
était  dirigée  sur  le  pur  Brâhma  lui-même  (la  Providence 
ou  l'Eternel),  elles  vont  plus  loin,  après  avoir  pris  cette 
route,  comme  nous  verrons  dans  les  chapitres  suivants, 
en  parlant  de  l'état  des  âmes  après  la  mort  jusqu'à  la  dé^ 
livrance  finale.  Quant  aux  âmes  pécheresses,  elles  ne 
prennent  pas  cette  route  que  nous  venons  de  décrire  ; 
elles  tombent  dans  différentes  régions  de  tourments  dans 
le  royaume  de  Yama,  dont  nous  parlerons  également 
dans  le  chapitre  suivant. 

Selon  les  traditions  sacrées  des  anciens  Perses  (Anque- 
til  TU,  0-8S),  les  âmes  rôdent  jusqu'au  quatrième  jour 
après  la  mort  dans  trois  endroits  : 

1 .  Où  l'homme  est  mort  ; 

2.  Où  le  corps  a  été  déposé  [Zadmarcj)  ; 

3.  Dans  le  kesche  du  Dadjaït,  c'est-à-dire  dans  le  lieu 
où  l'on  met  le  corps  le  troisième  jour  pour  le  sécher  par 
les  rayons  du  soleil. 

Le  quatrième  jour,  l'âme  arrive,  après  avoir  espéré 
en  vain  se  réunir  de  noureau  an  corps,  au  pont  Tchine- 
vady  où  Mithra  ei  RachnerastYmiç^rvo^ç^Tii  et  pèsent  ses 
actions. 

Les  justes  passeront  ce  pont,  qui  sépare  la  terre  du 
ciel ,  accompagnés  des  heds  et  iront  au  Behesrht^  séjour 
céleste  d'Ormuzd  et  des  six  autres  Amschaspands,  (An- 
quetil,  m,  78.) 

Les  autres  vont  dans  les  lieux  d'expiation  appelés 
Hamestan . 

Selon  les  anciens  Égijptiem  (Diodore  de  Sicile,  I,  SI) 
l'âme  rôde  autour  du  corps  jusqu'à  la  décomposition  to- 
tale de  sa  dépouille  mortelle. 

Les  anciens  Cabbalistes  et  les  anciens  Rabbins  profes- 
saient la  même   opinion,  comme  nous  l'avons  vu  dans  le 


224  CHAPITRE   XXIII. 

chapitre  YI  qui  traite  des  lieux  hantés  et  fatidiques.  Il 
en  est  de  même  des  Grecs.  On  sait  que  l antiquité  tout 
entière  croyait  que  rexistence  de  rame  demeurait  encore 
liée  au  corps  qu'elle  avait  abandonné  par  la  mort. 


CHAPITRE  XXIII. 

r 

De  l'Etat  des  âmes  après  la  mort. 


Suivant  les  Védas  et  d'après  l'école  de  Sankhya ,  il 
y  a  quatorze  sphères  de  transmigration  pour  expier  les 
péchés  et  pour  se  purifier,  afin  de  parvenir  à  la  déli- 
vrance finale  de  la  matière  ;  sept  sphères  sont  supérieures 
à  l'homme,  la  Imitième,  c'est  l'état  de  l'homme,  et  les 
six  dernières  sont  inférieures  à  l'homme,  ces  quatorze 
sphères  ou  ordres  constituent  les  trois  mondes  qui  re- 
présentent dans  l'esprit  des  Hindous,  l'empire  des  trois 
qualités  de  Vmne,  savoir  : 

1.  La  bonté,  dont  le  caractère  distiuctif  est  la  science; 

2.  La  passion; 

3.  U obscurité,  l'ignorance  ou  la  méchanceté.  (Lois  de 
Manou,  XII,  §  24-26,  etc.) 

L'athéisme  et  le  matérialisme  dénotent  l'ignorance  ou 
l'obscurité.  (Tamas.) 

Nous  avons  vu  dans  les  chapitres  précédents  que  ces 
trois  essences  primordiales  et  constitutives  de  l'esprit 
sont  des  attributions  nécessaires  de  tout  ce  qui  existe. 
(Sankhya-Karika,  art.  3.) 

L'âme  éprouve  dans  ces  mondes,  dans  ces  sphères,  le 
mal  qui  naît  de  la  décadence  jusqu'à  ce  qu'elle  soit  fina- 
lement délivrée  de  son  imion  môme  avec  le  corps  éthéré 


DE  l'État  des  âmes  après  la  mort.  225 

et  avec  les  éléments  subtils,  et  jusqu'à  ce  qu'elle  soit 
parvenue  à  F  état  de  pur  Esprit. 

Toutes  les  âmes,  dont  la  contemplation  a  été  partielle 
et  restrictive,  et  qui  n'ont  pas  accompli  souvent  des  œu- 
vres pieuses  et  désintéressées,  expient  leurs  fautes  dans 
les  sept  régions  destinées  à  la  rétribution  des  œuvres,  et 
que  l'on  peut  comparer  au  purgatoire  des  catboliques, 
au  Hadès  des  Grecs  et  à  VAmenthès  des  Égyptiens. 

Outre  ces  mondes  ou  sphères  intermédiaires  ou  ex- 
piatoires, il  y  a  encore  des  endroits  où  les  méchants 
souffrent  pour  leurs  méfaits,  tels  que  le  Yama-loca  et 
V Atamtappes ,  puits  d'obscurité.  (Roger,  La  porte  ouverte 
pour  parvenir  à  la  connaissance  du  paganisme  caché, 
traduite  en  français  par  la  Grue.  Amsterdam,  chez  Jean 
Schipper,  1G31,  tome  II,  chap.  21.) 

On  peut  comparer  ces  lieux,  où  les  méchants  souffrent 
toutes  sortes  de  peines  et  de  tourments,  à  V enfer.  Néan- 
moins, après  avoir  passé  de  nombreuses  séries  d'années 
dans  ces  terribles  demeures  infernales,  les  grands  crimi- 
nels sont  condamnés,  à  la  fin  de  cette  période,  aux  trans- 
migrations pénibles  pour  achever  d'expier  leurs  péchés. 
(Lois  de  Manou,  XII,  §  75,  76  et  80.) 

//  n'y  a  pas  de  peines  éternelles^  selon  les  lois  de  Ma- 
nou ;  non-seulement  les  paragraphes  que  nous  venons  de 
citer,  mais  encore  l'article  22  dudit  livre  XII  dit  nettement 
que,  après  avoir  enduré  des  tourments  de  toute  sorte 
d'après  la  sentence  du  juge,  rame,  dont  la  souillure  est 
effacée,  revêt  de  nouveau  un  co?ps  terrestre.  Les  âmes  des 
honmies  qui  ont  commis  de  mauvaises  actions,  prennent 
souvent  un  autre  corps  immédiatement  après  la  mort.  Les 
cinq  éléments  subtils  du  corps  étliéré  concourent  à  la 
formation  de  ce  corps  grossier  qui  est  destiné  à  être  sou- 
mis aux  tortures  de  l'enfer.  (Lois  de  Manou,  XII,  §  21.) 


226  CHAPITRE   XXIII. 

Il  semble  qu'il  soit  question  ici  d'un  corps  encore  plus 
grossier  que  les  différents  corps  terrestres.  L'homme 
passe,  du  reste,  après  sa  mort,  pour  des  actes  criminels 
provenant  principalement  de  son  corps  terrestre,  à  l'état 
de  créature  privée  de  mouvement  :  pour  des  fautesy  sur- 
tout en  paroles,  il  revêt  la  forme  d'un  oiseau  ou  d'une 
bête  fauve  ;  pour  des  fautes  mentales,  il  renaît  dans  la 
condition  humaine  la  plus  vile.  (Lois  de  Manou,  XII ,  §  9.) 

Il  y  a,  en  outre,  selon  les  Indiens  (Roger,  II,  cliap.  21), 
des  Esprits  qui,  à  cause  de  leurs  péchés,  sont  obligés  tle 
voltiger  dans  l'air.  Ces  Esprits  ne  peuvent  jouir  d'aucune 
chose  qui  soit  sur  la  terre,  (jue  de  ce  qui  leur  est  donné 
par  les  hommes.  Ces  Espi^its  flottants  visite7it  quelquefois 
les  hommes  sous  la  forme  d'honwie,  mais  à  cause  qu'ils  ne 
peuvent  pas  faire  du  mal,  les  Indiens  disent  qu'il  n'est 
pas  besoin  de  les  craindre. 

Quant  aux  âmes  hienheureuses,  il  y  en  a,  selon  les 
'Indiens,  deux  classes  principales ,  si  l'on  tient  compte  de 
la  Métempsycose  : 

1.  Les  saints,  dont  la  méditation  pieuse  était  dirigée 
sur  le  pur  Brâhma  lui-même,  et  qui  voient  l'âme  suprême 
dans  les  êtres  et  tous  les  êtres  dans  l'âme  suprême.  (Lois 
deManou,  XII,  §90.) 

2.  Les  âmes  de  ceux  dont  la  contemplation  a  été  par- 
tielle et  restrictive. 

Ces  âmes,  moins  parfaites-  que  les  saints,  sont  obli- 
gées de  s'incarner  de  nouveau  sur  la  terre  (Brâhma- 
Soutra,II).  Ces  Esprits  ne  montent  que  dans  les  régions 
cîe^la  lune,  ou  selon  leur  degré  de  perfection  jusqu'au 
royaume  de  Varonna,  le  régent  de  l'eau.  C'est  de  là 
qu'ils  retournent  occuper  un  nouveau  corps  en  empor- 
tant avec  eux  l'influence  qui  résulte  de  leurs  œuvres. 
(Brâhma-Soutra,  IH,  chap.  1,  §  4-6.) 


DE  l'État  des  âmes  après  la  mort,  227 

Ces  trausmii^rations  de  l'àme  dépendent  de  la  vertu  cl 
du  vice,  car  la  destinée  de  l'âme  est  principcdement  in- 
fluencée par  les  j^ensées  qu'elle  éprouve  à  rhenre  de  la 
mort.  (Bràhuia-Soutra,  T,  chap.  2,  §  1.  Lois  de  Manou, 
XTI,  §23.) 

Selon  quelques  sectes  indiennes  il  y  a  sept  mondes 
sous  le  ciel,  où  vont  ceux  qui  partent  d'ici  bienheureux^ 
outre  le  lieu  où  séjournent  les  âmes  saintes,  qui  sont  dé- 
livrées à  jamais  des  liens  corporels.  Chacun  de  ces  sept 
lieux  est  nommé,  selon  le  chef  qui  y  commande,  tels  que 
Varouna-loca y  h\dra-loca,  Agni-loca^  etc.,  etc.  Les  Es- 
prits jouissent  dans  ces  lieux  d'autant  de  félicité  qu'ils 
peuvent  désirer.  Chacun  croit  que  sa  place  est  la  meil- 
leure. Malgré  cela,  il  faut  que  les  Esprits  qui  y  demeu- 
rent, reviennent  en  ce  monde,  pour  y  naître  encore  ; 
quand  le  temps  qu'ils  doivent  demeurer  là,  est  expiré, 
ils  sont  ohligés  de  quitter  ces  lieux  de  délices  pour  s'en- 
velopper de  nouveau  d'un  corps  grossier  et  terrestre. 

bidra-loca.,  Agni-loca  et  même  Brâhna-loca,  selon 
quelques  sectes,  font  encore  partie  du  Hadès  provi- 
soire. 

Les  âmes  des  saints  traversent  non-seulement  le 
royaume  de  Varoima,  mais  encore  celui  à' Indra  et  vont 
jusqu'au  Séjour  de  Brâhma,  qui,  selon  Djaimini,  est 
l'Etre  Suprême,  mais  Badari  et  les  commentateurs  des 
Soutrâs  soutiennent  que  Brâhma  n'est  pas  l'Etre  su- 
prême, mais  un  effet  de  la  volonté  créatrice  de  Dieu, 
ayant  été  enfermé  dans  l'œuf  d'or  mondain.  Selon 
ces  derniers  et  d'après  Djina,  l'auteur  de  la  secte  des 
(jymnosopMstes.,  les  âmes  des  saints  vont  plus  loin  que 
Brâhma-locM,  jusqu'à  ce  qu'elles  soient  parvenues  à  VA- 
lolm-kôsa,  le  séjour  des  âmes  délivrées  des  liens  corpo- 
rels et  par  conséquent  du  joug  de  la  loi  des  transmigra- 


228  chapi-Tre  XXIII. 

tions.  UAloka-kàsa  est  au-dessus  de  tous  les  mondes 
[lokas);  ici  le  mot  a  kâsa  implique  que  c'est  un  lieu, 
d'où  Ton  ne  revient  plus. 

Les  Chinois  admettent  de  même  la  métempsycose. 
Le  Livre  des  récompenses  et  des  peines,  par  un  docteur 
Tao-ssBy  traduit  par  Julien  (§  136),  dit  que  les  méchants 
sont  jetés  dans  un  brasier,  dont  l'ardeur  est  proportion- 
n*ée  à  la  gravité  de  leurs  crimes  ou  du  mal  qu'ils  ont  fait 
à  leurs  semblables.  L'homme  méchant  est  obligé,  après 
sa  mort  à  parcourir  l'une  des  trois  carrières  malheu- 
reuses que  l'on  appelle  San-tou  : 

1 .  A  être  une  bête  de  somme  en  revenant  au  monde  ; 

2.  A  souffrir  dans  un  brasier  les  supplices  de  l'enfer; 

3.  K  être  un  démon  affamé. 

Selon  les  Mémoires  des  Missionnaires  (XV,  250),  con- 
cernant la  Chine,  les  prisons  des  mauvais  Eprits  sont 
aux  limites  extrêmes  de  l'univers,  bien  éloignées  non- 
seulement  des  demeures  des  bons  Esprits,  mais  encore 
séparées  des  lieux  expiatoires, .  où  les  bons  Esprits  qui 
n'ont  pas  rempli  leurs  devoirs,  expient  leurs  fautes, 
commises  durant  leur  séjour  terrestre.  L'état  des  âmes 
varie  selon  le  degré  auquel  l'homme  est  parvenu  du- 
rant sa  vie  terrestre.  Si  la  raison  (Ling),  a  prédominé 
dans  l'homme,  l'âme  s'élève  jusqu'à  l'état  de  iS/e;z  ( Ange) , 
et  jouit  auprès  de  Schang-ti  d'une  félicité  proportion- 
nelle à  son  mérite.  Cette  félicité,  quelle  que  soit  sa  na- 
ture, ne  lui  laisse  plus  rien  à  désirer;  mais  si  l'homme 
est  tombé  sous  le  joug  des  passions  sensuelles  (Huen),  il 
devient  un  Esprit  qui  n'est  ni  heureux  ni  malheureux, 
un  Esprit  flottant  dans  l'air,  un  Esprit  de  la  nature, 
parce  que  ces  Esprits  voltigent  dans  les  sphères  terres- 
tres, étant  tourmentés  par  le  regret  d'être  privés  des 
jouissances  terrestres. 


DE  l'État  des  âmes  après  la  mort.  229 

Ces  Esprits  sont  en  général  torturés  par  des  passions 
et  des  désirs  terrestres,  qu'ils  ne  peuvent  plus  satisfaire; 
c'est  pour  cette  raison  qu'ils  avertissent  les  hommes  de 
se  garantir  du  joug  des  passions.  Au  reste,  même  dans 
cet  état.,  la  félicité  ou  le  malheur  dépend  du  libre  arbi- 
tre, ces  Esprits  pouvant  encore  tomber  sous  le  joug  des 
passions  spirituelles,  telles  que  l'orgueil,  Fégoïsme, 
l'amour-propre  excessif,  l'entêtement,  l'opiniâtreté,  l'in- 
subordination, la  désobéissance,  etc.,  etc.  Néanmoins,  la 
plupart  de  ces  Esprits  flottants  (Schen)  aspirent  à  une 
existence  purement  intellectuelle;  ils  combattent  les 
mauvais  Esprits  sans  cesse  et  poursuivent  les  Kuei  dans 
toutes  les  sphères  de  la  nature,  jusqu'au  sanctuaire  du 
cœur  humain. 

Suivant  le  Livre  des  récompenses  et  des  peines  (ar- 
ticle 136),  les  âmes  qui  jouissent  d'une  félicité  parfaite 
auprès  de  Dieu  [Schang-ti)  sont  appelées  \Q^im7nortels  du 
ciel,  et  les  autres  qui  demeurent  dans  les  régions  inter- 
médiaires [le  Hadès)  les  wmiorteh  de  la  terre.  Il  faut 
faire  treize  cents  bonnes  actions,  si  l'on  veut  devenir  un 
immortel  du  ciel  ;  trois  cents  suffisent  pour  devenir  un 
immortel  de  la  terre. 

Le  système  de  plusieurs  incarnations  a  été  adopté 
aussi  par  les  Egyptiens  (Hérodote,  lib.  II,  cap.  123),  qui 
disaient  que  les  âmes  délogeaient  d'un  corps  dans  un 
autre  aussi  bien  des  hommes  que  des  bêtes  ;  et  quand  elles 
avaient  été  dans  toutes  sortes  de  bêtes  qui  sont  ici  sur  la 
terre,  dans  la  mer  et  dans  l'air,  qu'elles  revenaient  dans 
les  corps  des  hommes,  et  enfin  dans  le  ciel,  et  qu'elles 
pouvaient  faire  ce  cours  dans  le  temps  de  trois  mille  ans. 
Clemens Alexandrinus  dit  (Strom.,  lib. VI,  cap.  2) que  se- 
lon les  anciens  Egyptiens,  l'âme  de  l'homme  passe  après 
la  mort  dans  le  germe  d'un  corps  animal  ;  ce  n'est  qu'au 


230  CHAPITRE    XXlil. 

bout  de  trois  mille  ans  qu'elle  peut  de  nouveau  revêtir 
le  corps  d'un  homme,  après  avoir  parcouru  toutes  les 
espèces  animales.  Les  âmes  des  hommes  qui  n'étaient 
pas  encore  parvenues  à  la  sainteté,  pour  pouvoir  de- 
meurer chez  les  dieux  éternels,  étaient  obligées  de 
s'incarner  de  nouveau.  C'est  pourquoi  les  Egyptiens 
prononcèrent,  lors  de  l'enterrement,  la  prière  suivante  : 
((  Daignez,  dieux,  qui  donnez  la  vie  aux  hommes,  faire 
ï)  un  accueil  favorable  à  l'âme  du  défunt ,  afin  qu'elle 
»  puisse  demeurer  chez  les  dieux  éternels.  »  (Clemens 
Alexand.,  Strom.,  lib.  VI,  cap.  2;  Hérodote,  lib.  11, 
cap.  123.) 

Il  n'y  a  donc,  selon  les  Égyptiens,  que  l'àme  qui  par- 
vient au  séjour  céleste  auprès  des  dieux,  bltt  final  de 
toutes  les  transmigrations,  qui  soit  délivrée  de  là  dure 
loi  de  la  métempsycose. 

La  Grèce  et  Rome  ont  admis  également  la  docttine  de 
la  métempsycose.  Les  Grecs  ont  peut-être  appris  ces 
idées  des  Egyptiens  ;  les  plus  sages  d'entre  les  Gi'ecs, 
Lycurguey  Solon,  Thaïes,  Pythagore  et  P/«/o>i  voyagèrent 
en  Egypte  et  y  conférèrent  avec  les  prêtres  du  pays. 
On  dit  que  Solon  fut  instruit  par  Sonchis  dé  Sais  et 
Pythagore  par  Enuphis,  VEéliopolitain.  Pythagore  sur- 
tout, plein  d'admiration  pour  ces  prêtres,  à  qui  il  avait 
inspiré  le  même  sentiment,  imita  leur  langage  énigma^ 
tique  et  mystérieux  et  enveloppa  ses  dogmes  du  voile  de 
l'allégorie.  (Plutarque,  d'isis  et  d'Osiris.  Ricard,  Vi  328 «) 

L'àme  de  l'illustre  philosophe  Pythagore  s'est  incar- 
née sur  la  terre  cinq  fois;  il  fut  d'abord  lEthalidès,  fils 
de  Mercure,  qui  lui  avait  promis  de  lui  conserver  la  mé- 
moire pleine  et  intacte  de  sa  vie  passée  ;  puis  il  fut  un 
pauvre  pécheur  de  Délos,  nommé  Pyrrhus.  Lors  de  sa 
troisième    incarnation  Pythagore  fut  Eupharbus,  F  il- 


DE  L  ETAT  DES  AMES  APRES  LA  MORT.      'SSl 

lustre  défenseur  de  Troie,  qui  a  illustré  jadis  les  hauts- 
faits  d'armes  de  Ménélas,  roi  de  Lacédémoiie  ;  ensuite 
il  fut  Hermotlmiis  durant  sa  quatrième  incarnation  ;  en- 
iin,  il  est  né  Pijthagore. 

Pythagore  en  visitant  Delphes  y  a  reconnu  le  bouclier 
qu'il  avait  jadis  porté,  lorsqu'il  fut  Euphorbus,  Qi  que 
Ménélas,  après  la  prise  de  Troie  avait  transporté  comme 
trophée  en  Grèce  pour  le  consacrer  à  Pallas  Athène.  Mi- 
nerve (Diog.  Laërt.,  VIII;  Philostrat.,  de  Vita  AppoU 
loni,  lib.  I,  cap.  1  ;  Maximus  Tyrius,  Dissert.,  XXVIII, 
éd.  I)av.,  p.  288;  Ovid.,  Métamorph.,  lib.  XV,  v.  160; 
Horat.,  Carm.,  lib.  I,  Od.  28  ;  ad.  Archytam,  Cicero,  de 
Officiis,  lib.  I;  Aulus  Gellius,  lib.  lY,  cap.  11)  dit  : 

a  Pythagoras  clypeum  Euphorbi  olim  Delphis  conse- 
))  cratum  recognovit,  et  suum  dixit,  et  de  signis  vulgo 
))  ignotis  probavit.  » 

Le  bonheur  de  la  vie  éternelle  consiste  surtout  sui- 
vant les  anciens  dans  les  facultés  de  conserver  le  souve- 
nir du  passé.  Qu'on  sépare  de  l'immortalité  la  connais- 
sance et  le  savoir,  ce  ne  sera  plus  une  vie,  mais  une 
longue  durée  de  temps.  (Plutarque,  d'Isis  et  d'Osiris,  au 
commencement  de  ce  traité,  traduct.  de  Ricard,  v.  319.) 

Platon  croyait  de  même  à  la  métempsycose  (Timée, 
42^  90,  etc.;  Phsedon,  34),  car  ce  n'est  que  par  des  in- 
carna! ions  successives  et  diverses  que  l'àme  parvient  au 
séjour  céleste  et  éternel,  après  avoir  expié  dans  les  corps 
terrestres  ses  péchés. 

Pindare  dit  (Olymp.,  Od.  Il)  :  que  suivant  la  doctrine 
de  l'école  de  Pythagore  l'âme  ne  parvient  à  la  jouissance 
du  repos  céleste  et  éternel  auprès  des  dieux  qu'après 
s'être  incarnée  trois  fois  sur  la  terre  pour  expier  ses  pé- 
chés. On  connaît  que ,  selon  la  tradition,  Orphée  fut 
changé  après  sa  mort  en  un  cygne  ;  Ajax  majeur,  fîls  de 


232  CHAPITRE    XXIII. 

Télamon,  en  un  lion,  et  Agamemnon  en  un  aigle.  Selon 
Philon,  les  âmes  descendent  continuellement  sur  la  terre, 
d'autres  remontent  au  ciel  pour  redescendre  de  nouveau. 
Les  âmes,  dépouillées  du  corps,  demeurent  dans  l'air  ; 
il  y  en  a  qui  revêtissent  des  corps  terrestres  ;  d'autres, 
d'une  nature  plus  élevée,  dédaignent  l'incarnation.  (Pliil., 
quod  a  Deo  mittant  somn.,  568,  éd.  Mang,  I,  641.) 

Les  Romains  suivant  les  traces  des  Grecs,  croyaient 
aussi  à  la  métempsycose.  Tous  les  lettrés  connaissent 
les  versets  suivants  d'Ovide  (Métamorph.,  lib.  XV)  : 

«  Morte  Garent  animœ,  semperque  priôre  relicta 
»  Sede,  novis  domibus  vivunt,  habitantqiie  receptcC. 
»  Omnia  mutantur,  nihil  intcrit,  errât,  et  illinc 
»  Hue  venit,  hinc  illiic,  et  quoslibet  occupât,  artus, 
»  Spiritus  eque  feris  humana  in  corpora  transif, 
»  Inque  feras  noster,  née  tempore  dépérit  uUo.  » 

Il  faut  aussi  lire  Horat.,  lib.  II,  Carm.  20;Tibull., 
lib.  lY;  le  sixième  livre  de  l'Enéide  de  Virgile,  etc.,  etc. 

Les  Gèthes  ont  adopté  aussi  ce  système  de  plusieurs 
incarnations  des  âmes.  (Diodore  de  Sicile,  lib.  V.) 

Il  en  est  de  même  de  tous  les  peuples  Indo-Germani- 
ques, chez  lesquels  on  trouve  des  traces  de  cette  doc- 
trine (Csesar,  de  bello  gallico,  lib.  VI).  Selon  les  Druides, 
l'âme  du  défunt  va  revêtir  un  nouveau  corps  dans  une 
autre  sphère,  mais  non  sur  la  terre.  (Lucan.  Pharsal., 
lib.  I,  V.  454,  etc.) 

Les  anciens  croyaient  que  les  Esprits  ne  restaient  pas 
dans  un  état  permanent  ;  ils  étaient  libres  et  devaient, 
par  conséquent,  expier  les  fautes  qu'ils  avaient  com- 
mises. C'est  ce  qu'enseigne  Empédocle  (Plut. ,  traité 
d'Isis  et  d'Osiris,  Ricard,  traduct.,  tome  V,  344;  voyez 
aussi  p.  H3  et  114  de  mon  édition  de  1857),  qui  ajoute 
qu'après  le  temps  de  leur  punition,  ils  recouvrent  dere- 


DE  L  ETAT  DES  AMES  APRES  LA  MORT.      233 

chef  le  lieu^  le  rang  et  l'état  qui  leur  est  propre  selon 
leur  nature.  C'était  une  opinion  générale,  que  les  êtres 
spirituels  pouvaient  mériter  de  passer  d'un  rang  moins 
élevé  dans  un  ordre  supérieur.  Hésiode  (Op.  et  Dies, 
121,  etc.),  comme  nous  l'avous  déjà  vu,  a  prétendu  que 
les  âmes  des  hommes  de  l'âge  d'or,  avaient  été  changées 
en  démons  ;  Plutarque  a  adopté  cette  opinion  dans  son 
traité  sur  l'esprit  familier  de  Socrate  ;  il  dit,  dans  la  Vie 
de  Romulus,  qu'il  est  persuadé  que,  par  la  vertu,  les 
âmes  des  hommes  deviennent  par  l'ordre  des  dieux, 
héros,  de  héros  génies  (ou  démons)  ;  et  si  elles  ont  passé 
toute  leur  vie,  comme  les  jours  des  saintes  cérémonies 
et  des  purifications  dans  la  pureté  et  dans  l'innocence, 
sans  avoir  commis  aucune  œuvre  mortelle,  ni  fléchi  sous 
le  joug  des  passions,  de  génies  elles  deviennent  de  vérita- 
bles dieux^  et  reçoivent  la  plus  grande  et  la  plus  heu- 
reuse de  toutes  les  récompenses,  non  pas  par  un  arrêt 
puhlic  d'une  ville,  mais  réellement^  et  par  des  raisons 
qui  se  tirent  de  la  Divinité  même.  Nous  avons  déjà  vu 
que  selon  Plutarque  les  bons  démons  sont  changés  en 
dieux,  en  récompense  de  leur  vertu.  (Plutarque,  Isis  et 
Osiris,  Ricard,  V,  p.  344,  etc.) 

Le  nombre  des  âmes  qui  sont  métamorphosées  en 
dieux  est  très  petit,  si  l'on  s'en  rapporte  à  Plutarque 
[ries  Oracles  qui  ont  cessé,  traduction  d'Amiot).  La  mu- 
tation d'âmes,  se  tournant  d'hommes  en  demi-dieux  et 
de  demi-dieux  en  démons  a  lieu,  selon  les  penseurs, 
mais  bien  peu,  après  être  au  bout  d'un  laps  de  temps 
bien  affinées  et  entièrement  purifiées  par  la  vertu,  ils 
viennent  à  participer  de  la  Divinité  ;  et  il  y  a  des  âmes 
qui  ne  peuvent  se  contenir,  et  ainsi  se  laissent  aller  et 
s'enveloppent  derechef  de  corps  mortels,  où  ils  vivent 
d'une  vie  sombre  et  obscure,  comme  d'une  fumée. 

18 


234  CHAPITRE    XXIII. 

Les  dieux /^/'^5  et  les  dieux  jjé net  tes  avaient  été  des 
âmes  humaines,  si  l'on  croit  Labéon,  cité  par  Servius 
(Servius,  sur  le  livre  lïl  de  l'Enéide]  ;  lamhlique  (Myst., 
lib.  II,  cap.  2)  a  enseigné  aussi  que  les  âmes  devenaient 
souvent  Afi(/€s  par  la  bonté  des  dieux,  Maxime  de  ïyr 
(Dissert.  27)  ajoute,  qu'après  avoir  été  métamorphosées 
en  démons,  elles  veillent  sur  la  conduite  des  autres 
hommes.  Parmi  les  théologiens  chrétiens,  Origène  est 
d'accord  avec  Maxime  de  Tyr,  mais  Psellus  (de  Anima 
doctr.)  croyait  que  les  Anges  étant  des  espèces  absolu- 
ment différentes  des  âmes  humaines,  cette  transmutation 
n'était  pas  possible. 

On  voit  par  Diodore  de  Sicile  (Fragments,  V,  212), 
que  si  PytJiagore  établissait  un  retour  des  âmes  de  même 
que  les  Gaulois,  il  ne  les  faisait  revenir  qu'après  un  ter'- 
tain  temps  ;  au  bout  d\m  nombre  déterminé  d'années^ 
pendant  lesquelles  chacun  recevait  auprès  des  mânes^  la 
peine  ou  la  récompense  quil  avait  méritée  (St.  Clément 
d'Alexandrie,  dans  ses  Stromates,  lib.  IV).  Ce  philoso- 
phe ne  croyait  donc  pas  que  les  âmes  circulassent 
perpétuellement  d'un  corps  à  l'autre.  Il  appelait  ce 
retour,  non  pas  une  métempsycose  mais  une  palinyé- 
nésie^  une  nouvelle  naissance,  ce  qui  insinue  que  c'était 
le  même  homme  qui  renaissait  dans  un  état  plus  par- 
ait. (Dalai-Lama  de  Bouddha,  avec  souvenir  du  passé, 
siiême  dans  l'enfance») 

Pythagore  ne  croyait  donc  pas  que  Pmne  retienait  dan^ 
la  matière  terrestre  pour  expier  une  vie  antérieure,  comme 
Allan  Kardeck  et  les  Indiens  ;  son  opinion^  au  contraire^ 
si  l'on  s'en  rapporte  aux  auteurs  précités,  aurait  été 
dans  le  sens  des  métempsycoses  progressives^  après  une 
expiation  préalable  à  l'état  spirituel^  lequel  est,  en  effets 
la  vie  normale  de  l'homme. 


DE   l'état   des   AMES   APRES  LA  MORT.  235 

L'existence  universelle  des  lieux  hantés  et  le  manque 
de  souvenir  prouvent  que  l'âme  d'une  personne  morte  se 
réincarne  rarement  sur  là  même  planète  ;  elle  expie  à 
l'état  spirituel  ses  fautes.  Selon  Diogène  Laërce  (Proem. , 
page  5),  les  Scythes  croyaient  aussi  que  les  hommes  en- 
traient après  cette  vie  dans  un  état  de  peines  et  de  récom- 
penses, selon  qu'ils  avaient  négligé  ou  pratiqué  les  trois 
grandes  vertus,  la  piété,  la  justice  et  la  bravoure.  C'était 
aussi  la  croyance  des  Gèthes,  autre  peuple  d'origine  scy- 
thique.  Selon  Hérodote,  ceux-ci  croyaient  que  l'homme 
ne  meurt  pas,  mais  que,  en  quittant  cette  vie,  il  va  trou- 
ver Zamolxis  (le  Tis  ou  l'Odin  des  Scandinaves),  que 
quelques-uns  d'entre  eux  estiment  être  le  même  que 
Gébeleais,  c'est-à-dire  celui  qui  donne  le  repos. 

Comme  ces  peuples,  les  Celtes  croyaient  que  les  morts 
reviendront  à  la  vie  pour  être  immortels  ;  ils  croyaient  à 
la  résurrection,  mais  à  à  la  résurrection  dans  un  monde 
supérieur.  Le  poète  Lucain,  qui  avait  été  élevé  au  mi- 
lieu des  Celtes,  s'adressant  aux  druides  dans  sa  Phar- 
sale,  dit  (lib.  I)  :  «  S'il  faut  vous  en  croire,  les  âmes  ne 
))  descendent  pas  dans  le  séjour  des  ténèbres  et  du 
»  silence,  ni  dans  l'empire  souterrain  de  Pluton.  Vous 
))  dites  (je  ne  sais  si  vous  en  avez  quelque  certitude) 
»  que  le  même  Esprit  anime  le  corps  dans  un  autre 
))  monde,  et  que  la  mort  est  le  milieu  d'une  longue  vie.  » 
Qu'est-ce  que  peut  signifier  un  tel  passage  ?  dit  Piérart 
[Redite  spiritualiste^  VI,  19),  si  ce  n'est  que  la  mort 
était  une  interruption  passagère  dans  les  phases  de  l'éter- 
nelle vie,  un  relais  dans  le  sens  des  métempsycoses pro- 
yressives,  que  chacun  devait  connaître  après  l'expiation 
des  fautes  de  l'existence  matérielle; 

Selon  une  ancienne  légende  des  Celtes,  les  âmes 
étaient  portées  dans  l'Ile  des  Bienheureux,  c'est-à-dire  la 


236  CHAPITRE   XXIII. 

Grande-Bretagne,  par  certains  habitants  de  la  côte  [Pro- 
cope,  Gotlies,lib.  IV,  cap.  20,  p.  702).  Sujets  aux  Francs, 
ils  ne  leur  payent  aucun  tribut  ;  ils  prétendent  en  avoir 
été  déchargés  parce  qu'ils  sont  obligés  de  conduire  tour 
à  tour  les  âmes. 

Les  morts,  d'après  les  Gaulois,  ne  revenaient  donc 
[)oint  habiter  de  nouveaux  corps  dans  le  monde  qu'ils 
avaient  quitté.  Ils  prenaient  leur  essor  vers  d'autres 
régions,  et  à  ceux  qui  en  douteraient,  nous  pouvons 
opposer  l'autorité  de  Procope.  La  croyance  en  l'Ile  des 
Bienheureux  qu'ils  plaçaient  à  l'occident  des  Gaules, 
avait  pénétré  de  bonne  heure  chez  les  Romains  et  les 
Grecs.  Démosthènes  dit  (Orat.  funebr.)  que  selon  la  plus 
ancienne  doctrine,  les  âmes  étaient  transportées  dans 
l'Ile  des  Bienheureux.  C'est  aussi  là  que  Lucien  (Ilist., 
lib.  IL)  place,  entre  autres  héros,  les  deux  Cyrus,  Za- 
molxis  et  Anacharsis,  philosophes  scythes,  et  l'on  voit 
par  Hésiode,  Homère,  Euripide,  Plutarque  et  Dion  Cas- 
sius,  etc.,  que  l'on  s'accordait  à  placer  ces  îles  dans 
l'océan  Atlantique,  à  l'occident  de  la  Gaule. 

Les  Druides,  ])as  plus  que  Pythagore  n'admettaient 
un  retour  des  âmes  dans  la  matière,  j^our  expier  les  fautes 
d'une  vie  matérielle  antérieure. 

De  nos  jours,  les  manifestations  des  Esprits  supé- 
rieurs en  Amérique  et  en  Europe  sont  en  général  oppo- 
sées aux  réincarnations.  V histoire  si  considérable  des 
lieux  hantés^  des  âmes  en  p)eine  qui  demandent  ou  des 
prières,  ou  qu'on  répare  les  torts  qu'elles  ont  faits  de 
leur  vivant  ici-bas,  en  est  u?ie p7'euve  bien  supérieure  aux 
dictées  de  certains  médiums ,  imbus  du  C?'edo  d'AUan 
Kardeck,  en  France.  On  sait  que  ce  Credo  a  été  lancé 
audacieu sèment  avant  que  toute  étude,  toute  enquête 
minutieuse,  fut  faite  sur  ces  graves  matières,  dans  l'en- 


DE  L  ETAT   DES   AMES   APRES   LA   MORT.  237 

semble  des  faits  comme  dans  celui  des  doctrines.  C'est 
un  fait  que  les  Esprits  réincarnationistes  ne  se  manifes- 
tent qu'en  France  chez  de  bons  et  crédules  spirites,  qui 
ne  voient  rien  au  delà  du  Credo  auquel  ils  ont  une  foi 
plus  aveugle  que  raisonnée. 

Les  Israélites,  et  surtout  la  secte  des  Pharisiens,  ad- 
mettent également  la  métempsycose.  Il  y  avait  parmi 
les  Rabbins  des  docteurs,  qui  croyaient  même  aux  trans- 
migrations des  âmes  humaines  dans  les  corps  des  ani- 
maux, des  végétaux  et  des  minéraux.  (Josephus,  Antiq. 
Jud.,  lib.  XVIII,  c.  2.) 

Josephus,  lui-même,  croit  que  les  âmes  pieuses  de- 
meurent dans  les  hautes  régions  des  cieux,  d'où  elles 
descendent  pour  revêtir  des  corsps  transformés  et  sanc- 
tifiés. On  ne  peut  pas  nier  qu'il  n'y  ait  pas  des  rapports 
entre  la  métempsycose  et  la  doctrine  de  la  résurrec- 
tion de  la  chair. 

Au  surplus,  l'idée  de  la  fameuse  échelle  de  Jacob,  à 
laquelle  les  Anges  montent  et  descendent,  a  donné  lieu 
au  système  de  plusieurs  incarnations  (Genèse,  XXVIII, 
12).  L'idée  de  la  métempsycose  ou  de  la  migration  des 
âmes  n'est  au  fond  autre  chose  qu'un  état  d'épreuves, 
tel  que  le  Hadès  biblique  ou  le  purgatoire  de  l'Église  ro- 
maine, par  lequel  Dieu  conduisait  les  âmes  à  rEteryiité 
bienheureuse.  En  efîet,  aux  yeux  de  l'antiquité,  la  vie 
future  est  la  sanction  de  la  vie  terrestre,  Dieu  ne  lais- 
sant aucun  crime  impuni,  aucune  vertu  sans  récom- 
pense. 

Aussi  les  âmes  des  impies  errent  çà  et  là,  en  proie  à 
des  maux  terribles,  conséquence  de  leurs  mauvaises  ac- 
tions, tandis  que  les  âmes  des  hommes  pieux  mènent 
une  vie  calme  et  heureuse  dans  la  demeure  sacrée  des 
héros,  dans  V Elysée.  (Pindar,  Olymp.,  II,  56.) 


238  CHAPITRE   XXIII. 

Selon  saint  PieiTe  (T,  épître,  chap.  III,  19),  le  Christ, 
après  sa  mort,  est  allé  prêcher  aux  Esprits  qui  sont  dans 
la  prison. 

Esaie  parle  également  de  ces  prisons  et  des  ténèbres 
hors  de  la  prison  (XLII,  7)  ;  les  lieux  habités  par  le 
mauvah  riche  et  par  Lazare  sont  aussi  des  états  intermé- 
diaix^es  et  provisoires,  jusqu'au  dernier  jugement  et  jus* 
qu'à  la  résurrection  de  la  chair  (Luc,  XVI,  19-31).  Il  en 
est  de  même  du  séjour  dans  le  paradis  promis  au  bon 
larron,  (Luc,  XXIII,  43.) 

La  béatitude  incomplète  des  bons  Esprits,  depuis  la 
mort  jusqu'au  rétablissement  final  de  toutes  les  choses 
que  Dieu  a  prononcées  par  les  prophètes,  est  surtout 
nettement  indiquée  par  V Épître  aux  Hébreux  (XI,  39-40) 
et  par  l'Apocalypse  (YI,  9-11).  Voici  ces  versets;  nous 
commençons  par  citer  l'épître  aux  Hébreux  (XI,  39-40). 

L'apôtre,  en  parlant  des  croyants  et  des  saints  de 
l'Ancieu-Testament,  dit  :  «  Quoiqu'ils  aient  tous  été  re- 
))  commandables  par  leur  foi,  ils  n'ont  pourtant  point 
»  reçu  l'effet  de  la  promesse  ;  Dieu  ayant  pourvu  queU 
»  que  chose  de  meilleur  pour  nous,  afin  qu'ils  ne  par- 
»  vinssent  pas  à  la  perfection  sans  nous,  y\ 

Les  versets  9,  10  et  11  du  chapitre  YI  de  l'Apocalypse 
ne  sont  pas  moins  clairs  ;  en  voici  le  texte  :  «  Quand  il 
»  eut  ouvert  le  cinquième  sceau,  je  vis  sous  l'autel  les 
))  âmes  de  ceux  qui  avaient  été  tués  pour  la  parole  de 
»  Dieu,  et  pour  le  témoignage  qu'ils  avaient  maintenu. 
))  Et  elles  criaient  à  haute  voix,  disant  :  Jusqu'à  quand, 
»  Seigneur,  qui  es  saint  et  véritable^  7ie  juges-tu  point,  et 
»  ne  venges-tu  point  notre  sang  de  ceux  qui  habitent  sur 
ï)  la  terre  ?  Et  il  leur  fut  donné  à  chacun  des  robes  blan- 
))  ches,  et  il  leur  fut  dit  qu'ils  se  reposassent  encore  un 
)^  peu  de  temps,  jusqu'à  ce  que  le  nombre  de  leurs  com- 


DE  l'État  des  âmes  après  la  mort.  239 

))  pagnons  de  service,  et  de  leurs  frères  qui  doivent  être 
»  mis  à  mort  comme  eux,  soit  complet.  » 

Suivant  Sextus  Empiricus  (Contradict.,  lib.  IX,  66),  la 
doctrine  du  Iladès  est  parvenue  à  la  connaissance  de 
riiumanité  tout  entière  ;  en  effet,  les  mythologies,  les 
poètes  et  les  penseurs  de  tous  les  peuples,  l'admettent  ; 
quant  aux  poètes,  il  ne  vaut  guère  la  peine  d'en  citer  des 
passages  trop  connus  par  tous  les  hommes  de  lettres  de 
nos  jours  ;  nous  nous  bornons  donc  à  engager  nos  lec- 
teurs, à  étudier  surtout  les  œuvres  du  divin  Platon,  de  cet 
homme  immortel ,  dont  l'étoile  ne  pâlira  que  lorsque 
l'humanité  aura  été  exterminée  ou  réduite  à  une  anima- 
lité complète.  (Gorg.,  526;  de  Rep.,  II,  303,  X,  608; 
Crat.,  54  et  403,  de  Leg.,  XI,  959;  Phœdon,  108.) 

Il  y  a,  suivant  les  traditions  sacrées  de  l'antiquité, 
dans  le  Hadès,  une  variété  infinie  de  sphères,  plus  ou 
moins  heureuses  ou  malheureuses.  Eomère  (Iliade,  V, 
395,  XXIII,  72  ;  Odyssée,  XI,  57)  partage  les  enfers  en 
deux  régions  distinctes,  l'Elysée  et  le  7>7r/6fr^.  L'Elysée 
est  dépeint  y^dxX Odyssée  {\S ^  561),  comme  une  terre,  où 
le  juste  coule  en  paix  une  vie  facile  sous  un  ciel  toujours 
serein,  dans  un  climat  où  soufflent  sans  cesse  les  chau- 
des haleines  du  Zéphire.  La  fameuse  région  des  Hyper- 
boréens,  les  Iles  des  Bienheureux,  les  lies  Fortunées  et  le 
jardin  des  Ilespérides  appartiennent  à  ces  champs  Ely- 
sées.  Au-dessous  du  champ  Elysée  (rj^vtriov  -rviâio-j)  et  les 
Tartare,  vaste  etprofondeprisonferméepar  des  portes  de 
fer.  C'est  dans  cet  abîme  ténébreux  que  sont  relégués  les 
Titans.  C'est  là  un  châtiment  qui  leur  est  infligé  en  pu- 
nition de  leur  audace.  Au  surplus,  toutes  les  âmes  im- 
pies ne  furent  pas  envoyées  dans  le  Tartare.  En  général, 
celles  qui  n'étaient  ni  tout  à  fait  bonnes^  ni  tout  à  fait 
mauvaises,  orraient  dans  l'atmosphère.  Ces  Esprits  flot- 


240  CHAPITRE   XXIII. 

tants  des  Grecs  ont  une  analogie  avec  les  Scheii  des  Clii- 
7iois.  Yirgile  fait  allusion  à  ces  Esprits  flottants  dans  ces 
vers  bien  connus  :  «  Aliœ  panclyntur  inanes  suspensœ  ad 
ventos.y)  Dans  Pindare  (Olymp.  II,  56);  dans  Platon 
(Phaedon,  §  69,  p.  248)  et  dans  Salhiste  (de  Diis  et  mundo, 
cap.  19)  il  en  est  aussi  question. 

On  sait  que  le  Hadès  des  Indiens  fut  le  royaume  de 
Yama.  Les  anciens  Egyptiens  croyaient  aussi  au  Hadès 
qu'ils  appelaient  ylm6';?//i(?.s.  Ce  mot  signifie  recevoir  et 
donner,  parce  que  dans  ce  lieu  les  Esprits  expient  les 
fautes  qu'ils  ont  commises  durant  leur  vie  terrestre. 
(Plutarque,  d'Isis  et  d'Osiris.  Ricard,  Y,  347.) 

Les  anciens  Perses  (Anquetil,  III,  585),  admettent 
aussi  outré  le  séjour  céleste  des  bienheureux  encore 
des  lieux  d'expiation  appelés  Hamestan,  où  vont  les  âmes 
dont  la  conduite  n'a  été  ni  bonne  ni  mauvaise. 

Le  Hamestan  est  le  Hadès  des  Perses.  Parmi  ceux  qui 
y  demeurent,  il  y  en  a  dont  les  connaissances  spiri- 
tuelles ont  été  plus  parfaites,  et  qui  ont  été  plus  nets  de 
cœur.  Ces  derniers  montent  plus  vite,  en  passant  par  les 
différentes  sphères  intermédiaires  jusqu'au  royaume  des 
cieux. 

Avant  de  terminer  nos  citations  concernant  la  mé- 
tempsycose, il  faut  encore  dire  quelques  mots  sur  la 
différence  entre  la  doctrine  de  plusieurs  incarnations  hu- 
maines et  celle  des  transmigrations  des  âmes  humaines 
dans  les  corps  des  ayiimaux.  Ce  dernier  système,  quel- 
qu'étrange  qu'il  semble,  a  compté  néanmoins  dans  l'an- 
tiquité des  adeptes  très  nombreux,  surtout  parmi  les 
Indiens,  les  Egyptiens  et  les  Chinois.  La  plupart  des 
traditions  religieuses  attribuent  des  germes  d'une  intel- 
ligence presque  humaine  aux  animaux. 

Les  animaux  parlent  d'une  voix  humaine  et  avertis- 


DE  L  ETAT  DES  AMES  APRES  LA  MORT.      241 

sent  les  hommes  tl'iiii  danger  imminent  ou  les  tirent 
d'un  péril  quelconque.  Ces  idées  ont  aussi  trait  à  la 
doctrine  obscure  de  l'immortalité  des  âmes  des  animaux, 
dont  on  trouve  des  traces  même  dans  la  Bible.  (Epître 
aux  Romains,  VIII,  19-21.) 

Plut  arque  (Des  noms  des  fleuves  et  des  montagnes, 
Ricard,  V^  p.  401),  raconte  le  phénomène  remarquable 
d'un  éléphant  sauvant  le  fameux  roi  Porus  :  a  Quand 
))  Alexandre,  roi  de  Macédoine,  fut  entré  dans  l'Inde, 
p  à  la  tête  de  son  armée,  et  que  les  habitants  du  pays 
»  eurent  pris  la  résolution  de  le  combattre,  l'éléphant  de 
»  Parus,  roi  de  cette  contrée,  entrant  tout  à  coup  en 
»  fureur,  monta  sur  la  colline  du  Soleil,  et  prononça 
»  distinctement  ces  mots,  d'une  voix  humaine  :  «  0  roi, 
»  mon  maître,  fils  de  Gégasius,  garde-toi  de  rien  entre- 
))  prendre  contre  Alexandre,  car  il  est  fds  de  Jupiter.  » 
»  A  peine  eut-il  fini  de  parler  qu'il  expira.  Porus, 
»  instruit  de  cet  événement,  fut  frappé  de  terreur,  et, 
))  étant  allé  ivouwQV  Alexandre,  il  se  jeta  à  ses  genoux  et 
))  lui  demanda  la  paix;  il  l'obtint  aux  conditions  qu'il 
»  avait  proposées  lui-même  ;  et,  changeant  le  nom  de  la 
))  montagne,  il  l'appela  le  mont  Eléphas,  )) 

La  Bible  raconte  un  phénomène  analogue,  en  parlant 
de  la  fameuse  ânesse  de  Bcdaam  ou  Bileam  (Nombres, 
XXII,  27-34).  Yoici  ces  versets  :  «  V ânesse,  voyant 
»  l'Ange  de  l'Eternel,  se  coucha  sous  Balaam,  et  Ba- 
))  laam  s'en  mit  en  grande  colère,  et  frappa  l'ânesse  avec 
))  son  bâton.  Alors  l'Eternel  fit  parler  l'ânesse,  qui  dit  à 
))  Balaam  :  Que  t'ai-je  fait,  que  tu  m'aies  déjà  battue 
»  trois  fois? 

))  Et  Balaam  répondit  à  l'ânesse  :  Parce  que  tu  t'es 
»  moquée  de  moi  ;  plût  à  Dieu  que  j'eusse  une  épée  en 
»  ma  main,  car  je  te  tuerais  sur-le-champ. 


242  CHAPITRE  XXIII. 

»  Et  l'ânesse  dit  à  Balaam  :  Ne  suis-je  pas  ton  ânesse, 
»  sur  laquelle  tu  as  monté  depuis  que  je  suis  à  toi  juS' 
»  qu'aujourd'hui?  Ai-je  accoutumé  de  te  faire  ainsi?  Et 
))  il  répondit  :  Non. 

»  Alors  l'Eternel  ouvrit  les  yeux  de  Balaam,  et  il  vit 
»  l'Ange  de  l'Eternel  qui  se  tenait  dans  le  chemin,  et 
»  qui  avait  en  sa  main  son  épée  nue  ;  et  il  s'inclina  et  so 
»  prosterna  sur  son  visage. 

»  Et  l'Ange  de  l'Eternel  lui  dit  :  Pourquoi  as-tu  frappé 
»  ton  ânesse  déjà  par  trois  fois?  Voici,  je  suis  sorti  pour 
^)  m'opposer  à  toi,  parce  que  ta  voie  est  devant  moi  une 
»  imie  détournée. 

))  Mais  l'ânesse  m'a  vu  et  s'est  détournée  de  devant 
))  moi  déjà  par  trois  fois  ;  autrement,  si  elle  ne  se  fût 
»  détournée  de  devant  moi,  je  t'eusse  même  déjà  tué  et 
»  je  l'eusse  laissée  en  vie. 

))  Alors  Balaam  dit  à  F  Ange  de  F  Eternel  :  J'ai  péché ^ 
))  car  je  ne  savais  point  que  tu  te  tinsses  dans  le  chemin 
))  contre  moi;  et  maintenant,  si  cela  te  déplaît,  je  m'en 
»  retournerai.  » 

Saint  Pierre  (II,  épître  II,  16)  confirme  ce  fait  mer- 
veilleux, en  disant:  «  Une  ânesse  muette  parlant  d'une 
))  voix  humaine,  réprima  la  folie  du  prophète  Balaam.  » 

Le  phénomène  des  corbeaux  iiitelligents  nourrissant 
Élie  (I,Rois,  XYII,  4  et  6)  est  aussi  bien  étrange.  Peut- 
Atre  un  jour  on  sera  même  obligé  de  tenir  compte  de  la 
fable  de  la  fameuse  louve,  nourrissant  Bomidus  et  Ré- 
mus.  En  tout  cas,  il  y  a  quelque  chose  de  mystérieux 
dans  ces  phénomènes  qui,  suivant  les  traditions  sacrées 
de  l'antiquité,  révèlent  une  intelligence  humaine  dans 
les  animaux,  susceptibles  d'être  inspirés,  à  la  façon  des 
hommes,  par  les  êtres  invisibles  du  monde  surnaturel . 
Tous  ces  faits  semblent  supposer  on  le  système  de  fran^- 


DE  l'état   des   AMES  APRES   LA    MORT,  243 

migrations  des  âmes  humaines  dans  les  corps  des  animaux, 
ou  Vexistence  d'une  âme  intelligente  et  immortelle  dans 
les  animaux.  Le  verset  20  du  chapitre  XIII  du  prophète 
Esaïe,  concernant  les  animaux,  est  aussi  hien  remarqua-^ 
ble;  en  voici  le  texte  : 

«  Les  bêtes  des  champs,  les  dragons  et  les  chats^huants 
»  me  glorifieront.,  parce  que  j'aurai  mis  des  eaux  au  dé^ 
»  sert,  et  des  fleuves  au  lieu  désolé,  pour  abreuver  mon 
))  peuple,  que  j'ai  élu.  ^) 

Ou  sait  que  saint  Paul  (Romains  VIII,  21)  parle  des 
créatures  qui  soupirent  après  la  délivrance,  et  sont  en 
travail;  ce  qui  semble  avoir  trait  à  l'immortalité  de 
l'âme  des  animaux. 

Porphyre {irdiiié  touchant  l'Abstinence,  lib.  III,  chap.  1), 
dit  que  les  pythagoriciens  ont  raison  de  soutenir  que 
toute  âme  qui  est  capable  de  sentiment  et  susceptible  de 
mémoire,  est  en  même  temps  raisonnable.  Les  animaux 
sont  donc  sous  ce  rapport,  nos  semblables,  bien  qu'à 
un  degré  inférieur;  il  suit,  aux  yeux  de  Pythagore, 
que  les  lois  de  la  justice  nous  obligent  à  l'égard  de 
tous  les  animaux  (lib.  III,  chap.  2).  Il  y  a  deux  sor- 
tes do  raisons  selon  les  stoïciens;  il  faut  examiner  de 
laquelle  les  animaux  sont  privés.  Les  hommes,  chez  les- 
quels il  y  a  «  peine  un  sage  ou  deux,  sur  qui  la  raison 
domine  toujours,  portant  l'amour-propre  trop  loin,  ont 
décidé  que  les  animaux  étaient  privés  de  la  raison.  S'il 
faut  cependant  dire  la  vérité,  non-seulement  tous  les 
animaux  ont  de  la  raison,  mais  aussi  il  y  en  a  quelques- 
uns  qui  la  portent  jusqu'au  plus  haut  degré  de  perfec- 
tion. Les  animaux  expriment  ce  qu'ils  sentent  ;  selon 
les  pythagoriciens  ils  pensent  avant  de  s'expliquer,  car 
ils  entendent  par  la  pensée  ce  qui  se  passe  intérieure- 
ment dans  l'âme,  avant  qu'on  l'exprime  par  la  voix.  Les 


244  CHAPITRE   XXIIl. 

hommes  conversent  entre  eux  suivant  les  règles  qu'ils 
ont  établies;  et  les  animaux  ne  consultent  dans  leur 
façon  de  s'exprimer,  que  les  lois  qu'ils  ont  reçues  de 
Dieu  et  de  la  nature.  Si  nous  ne  les  entendons  pas, 
cela  ne  prouve  rien.  Cependant,  s'il  faut  en  croire  les 
anciens  et  quelques-uns  de  ceux  qui  ont  vécu  du 
temps  de  nos  pères  et  même  du  nôtre,  il  y  a  eu  des 
gens  qui  ont  compris  le  langage  des  animaux.  On 
compte  parmi  les  anciens,  Mélampe  et  Tiresias,  avec 
quelques  autres  ;  et  parmi  les  modernes,  Apollonius  de 
Tyane.  On  assure  de  ce  dernier,  qu'étant  avec  ses  amis, 
et  entendant  une  hirondelle  qui  gazouillait,  il  dit  qu'elle 
avertissait  ses  compagnes  qu'un  âne  chargé  de  blé  était 
tombé  près  de  la  ville,  et  que  le  blé  était  répandu  par 
terre.  En  effet,  la  variété  et  la  différence  des  sons  des 
animaux  prouvent  assez  qu'ils  signifient  quelque  chose  ; 
ils  s'expriment  différemment,  lorsqu'ils  ont  peur,  lors- 
qu'ils s'appellent,  lorsqu'ils  avertissent  leurs  petits  de 
venir  manger,  lorsqu'ils  se  caressent  ou  lorsqu'ils  se 
défient  au  combat.  Il  est  des  animaux  qui  entendent  la 
voix  des  hommes,  soit  qu'ils  soient  en  colère,  soit  qu'ils 
les  caressent,  soit  qu'ils  les  appellent,  en  un  mot,  ils  obéis- 
sent à  tout  ce  qu'on  leur  ordonne,  ce  qui  leur  serait  im- 
possible s'ils  ne  ressemblaient  pas  à  l'homme  par  l'intel- 
ligence. La  musique  adoucit  certains  animaux,  et  de  sau- 
vages les  rend  doux;  plusieurs  animaux  apprennent 
diverses  choses  les  uns  des  autres  et  des  hommes  (iib.  III, 
chap.  9).  Ils  ont  de  la  mémoire,  qui  est  la  chose  la  plus 
essentielle  pour  perfectionner  le  raisonnement  et  la  pru- 
dence (chap.  9).  Aristote,  Platon,  Empédocle,  Pytha- 
gore  et  Démocrite  ont  reconnu  que  les  animaux 
avaient  de  la  raison.  Les  animaux  étant  donc  ainsi  nos 
alliés,  c'est  h  juste  titre  que  les  pythagoriciens  accusent 


DE  l'État  des  âmes  après  la  mort.  245 

d'impiété  quiconque  ose  manger  de  la  viande.  C'était 
pour  se  conformer  aux  principes  de  la  justice,  surtout, 
que  les  pythagoriciens  défendaient  de  tuer  les  animaux 
et  de  les  manger.  Ils  soutenaient  que  ceux  qui  disent  que 
c'est  détruire  la  justice  que  de  l'étendre  jusqu'aux  bétes, 
non-seulement  n'ont  pas  de  vraies  idées  de  la  justice, 
mais  ne  travaillent  que  pour  le  plaisir  et  pour  l'intérêt, 
qui  senties  ennemis  capitaux  de  la  justice.  Car,  dès  que  le 
plaisir  est  la  fin  de  nos  actions,  il  ne  peut  plus  y  avoir 
de  justice  (lib.  III,  chap.  26).  Qui  est-ce  qui  ne  sent  pas 
que  l'amour  de  la  justice  s'augmente  par  la  privation  du 
plaisir?  Mieux  riiomme  sera  disposé  envers  les  animaux, 
plus  il  conservera  d'amitié  pour  l'espèce  humaine.  Con- 
cernant la  table,  Socrate  disait  que  la  faim  était  le  meil- 
leur de  tous  les  assaisonnements,  et  Pythagore  préten- 
dait que  le  repos  le  plus  satisfaisant  était  de  ne  faire  tort 
à  personne,  et  de  ne  s'écarter  jamais  de  la  justice.  La 
justice  n'est  pas  seulement  l'amour  pour  le  genre  humain, 
mais  il  faut  l'étendre  à  tout  ce  qui  est  animé.  L'essence  de 
la  justice  consiste  à  faire  dominer  ce  qui  n'a  point  de 
raison  par  la  partie  raisonnable,  à  réprimer  les  désirs  et 
à  retenir  les  passions,  et  les  intérêts   personnels.   Ce 
n'est  que  quand  la  raison  prendra  le  dessus,  que  l'homme 
ressemblera  à  ce  qu'il  ij  a  de  plus  parfait.  Or,  ce  qui  est 
parfait,  ne  fait  tort  à  rien.  Il  se  sert  de  la  puissance  pour 
conserver  les  autres  êtres  pour  leur  faire  du  bien. 

La  fin  de  l'homme  devant  être  de  ressembler  à  Dieu, 
la  souveraine  justice,  il  ne  peut  y  parvenir  qu'en  ne  fai- 
sant tort  à  quoi  que  ce  soit. 

Les  Egyptiens  étaient  persuadés  que  l'homme  n'était 
pas  le  seul  des  êtres  qui  fut  rempli  de  la  Divinité  ; 
ils  croyaient  que  l'àme  n'habitait  pas  seulement  dans 
l'homme,  mais  qu'il  y  en  avait  une  dans  presque  toutes 


246  CHAPITRE   XXIII. 

les  espèces  des  animaux.  C'est  pourquoi,  ils  représen- 
taient Dieu  sous  la  figure  des  bêtes  aussi  bien  que  sous 
celle  de  Tliomme.  On  voit  chez  eux  des  dieux  qui  res- 
semblent à  l'homme  jusqu'au  col  et  qui  ont  le  visage 
ou  d'un  oiseau,  ou  d'un  lion,  ou  de  quelque  autre 
animal.  Quelquefois  Dieu  est  représenté  chez  eux  ayant 
une  tête  humaine  et  les  autres  parties  d'autres  animaux. 
Ils  veulent  nous  faire  voir  par  là  que  suivant  l'intention 
des  dieux,  il  y  a  société  entre  les  hommes  et  les  ani- 
maux, et  que  c'est  en  conséquence  de  la  volonté  de  ces 
êtres  suprêmes,  que  les  animaux  sauvages  s'apprivoi- 
sent et  vivent  avec  nous.  Ils  adoraient  la  puissance  de 
Dieu  sous  la  figure  de  différents  animaux. 

Ce  qui  a  contribué  le  plus  à  donner  aux  Egyptiens  du 
respect  pour  les  animaux,  c'est  qu'ils  ont  découvert  que, 
lorsque  l^âme  des  bêtes  est  délivre'e  de  leur  corps,  elle  est 
raisonnable,  et  prévoit  l'avenir,  rend  des  oracles  et  est 
capable  de  faire  tout  ce  que  l'âme  de  l'homme  peut  faire 
lorsqu'elle  est  dégagéedu  corps.  (Porphyre,  IV,  10,  Abst.) 

Les  mages,  chez  les  Perses,  admirent  aussi  le  dogme 
de  la  métempsycose,  comme  Tindiqué  assez  ce  qui  se 
passe  dans  les  mystères  de  Mithra,  car  pour  faire  voir  le 
rapport  qu'il  y  a  entre  nous  et  les  animaux,  ils  ont  cou- 
tume de  nous  désigner  par  le  nom  des  animaux  (Por- 
phyre, IV,  16,  Abst.).  Ils  appellent  lions  ceux  qui  parti- 
cipent à  leurs  mystères,  et  corbeaux  les  ministres  de 
leurs  mystères.  Pallas,  dans  l'ouvrage  qu'il  a  fait  sur 
Mithra,  dit  que  les  mages  désignent  partout  cela  qui 
paraît  avoir  rapport  au  cercle  du  Zodiaque,  les  révolu- 
tions des  âmes  humaines,  qui  entrent  successivement 
dans  le  corps  de  divers  animaux.  Porphyre  y  ajoute  que 
l'ordre  des  mages  est  tellement  respecté  en  Perse,  que 
Darius,  fils  d'Hystaspe,  ordonna  que  l'on  mît  sur  son 


DELIVRANCE   FINALE   OU    ESCHATOLOGIE.  247 

tombeau,  entre  autres  titres,  qu'il  avait  été  docteur  en 
magie, 

CHAPITRE  XXIV 
Délivrance  finale  ou  Eschatologie. 


Les  idées  de  l'éternité,  de  la  préexistence,  de  Vimmor- 
laiité  de  l'àme  et  de  la  métempsycose  aboutissent,  sui- 
vant les  traditions  sacrées  de  tous  les  peuples  de  l'anti- 
quité à  une  délivrance  ou  à  une  rédemption  finale. 

Selon  Sankhya-Karika  (art.  68),  la  séparation  absolue 
de  l'àme  et  du  corps,  s'étant  enfin  opérée,  et  la  nature 
procréatrice  s'étant  retirée  après  l'accomplissement  de 
ses  desseins,  l'âme  obtient  la  jouissance  d'une  abstrac- 
tion sans  fin*  Toutes  les  écoles  et  toutes  les  sectes  des 
Indiens  s'accordent  dans  la  promesse  d'une  béatitude  ou 
perfection  finale,  la  délivrance  du  mal  [MokchaouMoukti) 
pour  récompenser  les  Esprits  bienheureux  d'une  parfaite 
connaissance  des  principes  delà  vérité.  Cette  délivrance 
est  la  séparation  absolue,  le  dégagement  complet  de 
l'àme  immortelle  des  liens  du  corps  périssable.  La  déli- 
vrance finale  est  regardée  comme  le  bonheur  suprême,  et 
comme  l'état  le  plus  parfait  de  l'être  ou  de  l'àme.  L'ob- 
jet des  vœux  les  plus  ardents  de  tout  pieux  Indien,  c'est 
le  rétablissement,  la  restauration  complète  de  l'état  pri- 
mordial de  l'àme  avant  la  chute  primitive.  La  délivrance 
finale,  c'est  le  but  glorieux  des  transmigrations  de  l'àme, 
c'est  l'état  du  pur  Esprit,  dégagé  de  tout  ce  qui  est  ma- 
tériel (Lois  de  Manon,  XII,  §  90),  c'est  un  état  de  pure 
intelligence;  l'àme  devient  une  pensée  pure.  L'àme,  dé- 
sormais exempte  de  toute  transmigration,  est  intimement 


248  CHAPITRE    XXIV. 

liée  et  unie  à  la  Divinité,  mais  malgré  cette  union  avec 
Dieu,  son  individualité  ne  cesse  point  (Gotama,  I,  1-8). 
Les  écoles  de  Sankhya  et  de  Védaîita  sont  d'accord  avec 
Gotama,  auteur  du  système  de  Nyaya^  concernant  Véter- 
nité  individuelle  de  Vâme,  car  si  l'âme  sortait  de  la  Divi- 
nité et  retournait  finalement  en  elle,  alors  il  n'y  aurait 
ni  récompense^  ni  châtifnent,  ni  mhne  un  autre  monde. 
[Rig-  Véda,  8,  4, 17;  Brâhma-Soutra,  II,  §  17;  Sankhya- 
Karika,  18  et  33  ;  Atma-Bodha,  §  13-20.) 

Parmi  les  anciennes  écoles  des  Indiens,  il  n'y  a  que 
\q^  Pantcharatras  etlesBhagavatas  qui  croient  que  l'âme 
est  créée.  Suivant  ces  sectes  hérétiques  et  panthéistes, 
l'àme  sort  de  la  Divinité  et  retourne  iinalement  à  elle  ; 
elle  se  plonge  dans  sa  cause,  étant  absorbée  en  elle. 

Quant  au  bouddhisme,  M.  Barthélemy-Saint-IIilaire, 
dans  son  ouvrage  intitulé  :  le  Bouddha  et  sa  religion 
(Paris,  chez  Didier,  3o,  quai  des  Augustins,  1860),  a 
commis  une  grave  erreur  en  méconnaissant  le  caractère 
éminemment  spiritualiste  du  bouddhisme.  Chose  étrange, 
il  ne  s'aperçoit  pas  que  la  transmigration,  dogme  fonda- 
mentale du  bouddhisme,  suppose  nécessairement  la 
doctrine  de  la  préexistence  et  de  l'immortalité  de  l'âme. 
Certes,  le  Nirvana  est  empreint  d'un  caractère  plus 
panthéiste  que  le  moukti  (mokcha)  absolu  du  brahma- 
nisme, mais  néanmoins  ce  serait  une  erreur  monstrueuse 
que  de  soutenir  avec  l'école  orthodoxe  que  le  Aïr- 
vana  tend  à  la  négation  de  l'autre  monde  ou  au  néant. 
Le  Nirvana  a  plus  de  rapport  qu'on  ne  pense  avec 
la  délivrance  finale  du  brahmanisme  et  avec  l'es- 
chatologie de  toutes  les  traditions  religieuses.  Il  y  a 
plusieurs  degrés  de  Nirvana,  comme  il  y  a  plusieurs 
phases  du  Mokcha  :  Barthélémy- Saint -ïlilaire  lui- 
même  est  obligé  de  convenir,  pag.  155,  chap.  IV,  que 


DELIVRANCE   FINALE   OU   ESCHATOLOGIE.  249 

le  Nirvana  est  compatible  jusqu'à  un  certain  point  avec 
la  vie  dans  les  croyances  bouddhiques.  En  effet,  dans 
une  foule  de  passages  empruntés  aux  Soutras,  on  dis- 
tingue entre  le  Nirvana  complet  et  le  Nirvana  simple- 
ment dit.  Le  Nirvana  complet  est  celui  qui  suit  la  mort, 
quand  on  a  su  d'ailleurs  s'y  préparer  par  la  foi,  la  vertu 
et  la  science,  tandis  que  le  simple  Nirvana  peut  être 
acquis  même  durant  cette  vie.  Le  procédé,  pour  atteindre 
à  ce  Nirvana  incomplet,  gage  de  celui  qui  le  suit  en 
restant  éternel,  c'est  le  Bkijâna,  c'est-à-dire  \ extase  con- 
templative. Le  Dhyàna  a  quatre  degrés  qui  se  succèdent 
dans  un  ordre  régulier.  (Voir  pag.  200-205  de  la  Pneu- 
matologie  de  18o7.) 

Le  bouddhiste  s'accorde  au  sujet  de  l'extase  qui  conduit 
au  Nirvana,  c'est-à-dire  à  Y  état  heureux  d' imper  twhahle 
apathie  avec  les  brahmanes,  et  même  avec  les  mystiques 
d'Alexandrie,  ceux  du  moyen-âge  et  de  la  renaissance. 

Le  Nirvana,  cet  état  de  bonheur  suprême  auquel  1'/;^- 
dieu  aspire,  n'est  donc  nullement  le  néant  ou  l'absorption 
panthéiste  de  l'individualité,  mais  une  apathie  morale, 
une  résignation  complète  à  laquelle  il  faut  déjà  aspirer 
durant  cette  vie  terrestre.  Le  Nirvana  bouddhiste  est 
bien  la  négation  de  toute  existence  corporelle,  revêtue 
d'une  forme  quelconque,  la  destruction  de  tous  les  élé- 
ments matériels,  de  toutes  les  agrégations  composées 
et  périssables. 

Le  Nirvana,  en  un  mot,  c'est  l'existence  purement  in- 
tellectuelle dans  les  régions  du  monde  sans  formes,  infi- 
nies, en  espace  et  en  intelligence.  Le  matérialisme  gros- 
sier de  nos  académiciens  n'admet  aucune  existence 
purement  spirituelle  et  intellectuelle;  c'est  pour  cela 
qu'ils  croyaient  que  le  Nirvana  ne  pouvait  s'entendre  que 
du  néant.  Néanmoins,  il  faut  convenir  que  les  boud- 

19 


250  CHAPITRE    XXIV. 

dliistes  ont  trop  absorbé,  grâce  au  Nirvana,  l'existence 
spirituelle  dans  une  existence  purement  intellectuelle, 
ou  trop  abstraite  et  idéaliste.  Le  bouddhisme  est  un  spi- 
ritualisme trop  abstrait;  c'est  pour  cette  raison-là  que 
l'école  orthodoxe  Védantine  adresse  à  la  secte  de  Boud- 
dha le  reproche  grave  de  tendre  trop  vers  le  panthéisme 
ou  vers  un  spiritualisme  trop  abstrait,  mais  il  est  ridi- 
cule de  vouloir  soutenir,  comme  M.  Barthélémy  Saint- 
Hilaire,  que  le  bouddhisme  est  la  négation  du  monde 
des  Esprits  et  des  intelligences  pures,  et  que  cette  doc- 
trine nie  l'immortalité  de  l'âme,  tout  en  admettant  la 
préexistence  de  l'âme  et  la  métempsycose.  En  vérité, 
M.  Barthélémy  Saint-Hilaire  semble  ignorer  que  le 
bouddhisme  admet,  selon  là  légende  du  Lalitavistâra,  le 
monde  des  dieux  (Devas)  et  des  Asouras,  et  que  les 
adeptes  de  cette  religion  honorent  les  Rischis,  les  mânes 
et  les  dieux. 

Bouddha  lui-même  n'a-t-il  pas  quitté,  selon  les  deux 
Soutras  bouddhiques,  traduits  en  français,  le  Lalita- 
vistâra de  M.  Foucaux  et  le  Lotus  de  la  bonne  loi,  de 
M.  E.  Burnouf,  le  ciel  du  Toushita,  pour  descendre  en  ce 
monde  ?  D'où  vient  donc  cette  inconséquence  de  la  part 
d'un  savant  académicien,  tel  que  M.  Barthélémy  Saint-Hi- 
laire, de  voir  dans  les  dogmes  principaux  du  bouddhisme, 
dans  la  préexistence  et  dans  la  transmigration  des  âmes, 
une  doctrine  matérialiste  et  athée,  de  croire  que  la  notion 
de  Dieu  est  étrangère  au  bouddhisme,  parce  que  les  peu- 
ples qui  ont  reçu  la  foi  de  Bouddha,  n'ont  jamais  songé 
à  en  faire  un  dieu?  —  Parce  que  les  Conciles  bouddhistes 
n'ont  pas  eu  la  simplicité  naïve  et  enfantine  de  confondre 
un  messager,  un  ambassadeur  céleste  avec  le  Souverain 
éternel  de  l'univers.  Il  nous  semble  ([u'il  faudrait  louer 
la  haute  sagesse  des  disciples  de  Bouddha  de  n'avoir  pas 


DÉLIVRANCE   FINALE  OU   ESCHATOLOGIE  251 

voulu  mettre  au  même  rang  un  simple  envoyé  céleste, 
quelque  pur,  quelque  parfait  qu'il  ait  été  durant  sa  car- 
rière terrestre,  et  l'Eternel,  devant  le  trône  duquel  les  Sé- 
raphins et  les  Archanges  n'osent  paraître  qu'enveloppés 
d'un  voile  épais.  Il  est  évident  que  M.  Barthélémy  Saint- 
Hilaire  n'a  pas  voulu  donner  une  appréciation  juste  et  im- 
partiale du  bouddhisme  ;  il  déclare  lui-même,  d'une  ma- 
nière nette  et  précise  (pag.  1 ,  introduction),  qu'en  publiant 
ce  livre  sur  le  bouddhisme,  il  n'a  qnune  intention  :  c'est 
de  rehausse^'  par  une  comparaison  frappante  la  grandeur 
et  la  vérité  bienfaisantes  de  nos  croyances  spiritualistes. 
—  Malheureusement,  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire  se 
trompe  d'une  manière  non  moins  frappante,  en  soute- 
nant que  nos  croyances  sont  plus  spiritualistes  que  la 
doctrine  de  Bouddha.  Notre  civilisation  purement  maté- 
rielle ne  cesse  de  faire  des  progrès  matériels  parmi 
nous,  grâce  au  matérialisme  moderne  qui  a  rejeté  comme 
une  vieillerie  les  idées  spiritualistes  du  Christianisme 
primitif,  du  Catholicisme  romain,  du  moyen-âge  et  de  la 
philosophie  sublime  de  Pythagore,  de  Socrate,  de  Pla- 
ton et  de  l'école  d'Alexandrie  qui  ont  certes  plus  de 
rapports  avec  Bouddha,  qu'avec  nos  pseudo- philoso- 
phes, tels  que  Cousin^  etc.,  quoi  que  dise  M.  Barthélémy 
Saint-Hilaire  de  cette  philosophie  moderne  admirable. 
Le  Bouddhisme,  de  son  côté,  a  le  tort  grave  de  don- 
ner dans  un  excès  opposé.  Cette  doctrine  empreinte 
d'un  spiritualisme  trop  exclusif,  excessif  et  surtout  trop 
abstrait,  détourne  trop  les  regards  des  peuples  qui  la 
professent  de  cette  terre  qu'ils  croient  une  vallée  de 
misères,  d'où  il  faut  sortir  à  tout  prix,  pour  parvenir  à 
l'état  contemplatif  d'un  pur  Esprit,  grâce  à  l'extase.  De 
là  le  dédain,  le  mépris  des  travaux  terrestres,  de  là  pres- 
que l'impossibilité  de  progresser  au  point  de  vue  maté- 


^52  CHAPITRE  XXIV. 

riel.  Le  bouddhiste  constamment  préoccupé  de  l'autre 
vie,  ayant  une  soif  ardente  de  Fimmortalité  de  l'âme, 
néglige  absolument  la  vie  terrestre,  tandis  que  le  pré- 
tendu chrétien  de  nos  jours  ne  pense  qu'à  cette  vie-ci, 
comme  s'il  ne  devait  jamais  quitter  cette  terre.  De  là  les 
progrés  matériels  de  l'Europe. 

L'ouvrage  savant  de  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire  sur 
le  Bouddha  et  sa  religion,  mérite  une  réfutation  sérieuse 
de  la  part  de  ceux  qui  connaissent  le  spiritualisme  et  la 
philosophie  mystique  des  doctrines  de  l'Inde.  Dans  mon 
livre  :  De  la  réalité  des  Esprits  et  de  leur  écriture  directe 
(chez  Frank,  1857),  j'ai  déjà  démontré,  surtout  dans  les 
chapitres  15,  19,  20,  ^24  et  25,  qu'il  est  aussi  injuste 
d'adresser  à  la  plupart  des  anciennes  écoles  des  Indiens 
le  reproche  d'un  théopantisme  final  et  absolu  qu'à  saint 
Paul,  (l^^  épitre  aux  Corinth.,  XY,  28,  etc.) 

Voici  ce  fameux  verset,  qui  a  donné  lieu  à  tant  de  dis- 
cussions et  de  controverses  :  «  Après  que  toutes  choses 
»  lui  auront  été  assujetties,  alors  aussi  le  Fils  lui-même 
»  sera  assujetti  à  celui  qui  lui  a  assujetti  toutes  choses, 
»  afin  que  Dieu  soit  tout  en  tous.  ■»  Saint  Paul  ne  parle 
ici  que  de  la  fin  de  la  christociatie  et  de  l'absorption  du 
règne  du  Fils  dans  la  Providence  divine  et  universelle  de 
l'Eternel  lui-même.  L'expression  :  «  Dieu  est  tout  en 
tous,  »  n'est  nullement  une  pensée  panthéiste;  elle  ne 
veut  pas  dire  l'absorption  ou  l'extinction  finale  de  tous 
les  êtres  individuels  dans  la  Divinité.  Or,  pour  parvenir 
à  la  perfection  morale  et  intellectuelle,  c'est-à-dire  à 
l'union  morale  et  intellectuelle  avec  Dieu,  il  ne  faut  pas 
anéantir  F  individualité,  mais  régoïsme,  qui  ne  veut 
ni  offrir  son  âme  en  sacrifice  moral  à  Dieu,  ni  voir  Vante 
sup7'ême  dans  tous  les  êtres,  ni  tous  les  êtres  dans  l'âme 
suprême,  suivant  les  lois  de  Manou.  (Livre  XII,  §  91.) 


DELIVRANCE  FINALE   OU   ESCHATOLOGIE.  253 

Les  lois  de  Manon,  bien  qu'elles  soutiennent  que 
rame  s'identifie  avec  l'Etre  suprême,  parlent  plutôt 
d\me  union  morale  que  d  une  absorption  complète  ou 
d'une  extinction  de  l'individualité. 

Le  douzième  livre  des  lois  de  Manou  (§91)  dit  que 
celui  qui  offre  son  âme  en  sacrifice  ,  s'identifie  avec 
TLtre  qui  brille  de  son  propre  éclat.  Il  est  ici  question 
d'un  Saint  ou  d'un  Yogui,  qui  parvient  à  une  délivrance 
restreinte  déjà  durant  cette  vie,  en  s'identifiant  avec 
l'Être  suprême.  Selon  Bràbma-Soutra  (III,  chap.  2,  §  1-4) 
l'unification  ou  l'émancipation  finale  n'est  pas  une 
absorption  ou  une  discontinuation  de  Vindixndualité, 
mais  une  apathie  morale,  une  résignation,  à  laquelle  les 
saints  et  les  Yogïds  aspirent  déjà  durant  leur  vie  terres- 
tre. Djaimini,  en  disant  que  l'âme  s'identifie  finalement 
avec  Bràhma,  semble  parler  également  d'une  union  mo- 
rale et  intellectuelle.  Il  soutient  que  lame,  en  quittant 
même  le  germe  subtil  de  sa  forme  corporelle,  est  revêtue 
d'attributs  divins  et  d' autres  facidtés  transcendantes,  7nais 
les  Soutras  prétendent  qu'elle  n'atteint  jamais  à  la  posses- 
sion absolue  de  toutes  les  facultés  divines. 

L'Ame  ne  devient,  aux  yeux  de  l'école  orthodoxe, 
qu'une peiisée  pure.  {PdLiiihiQrj  Essai  sur  la  jMlosophic 
des  Hindous,  d'après  Colebrooke,  p.  140,  etc.) 

Suivant  les  anciens  penseurs  de  l'Inde,  l'identification 
finale  avec  l'Etre  suprême  n'est  donc  qu'une  union  mo- 
rcde,  comme,  selon  saint  Jean  (X,  30-36  et  XVII,  21-23), 
celle  du  Fils  et  du  Père  éternel.  On  sait  que,  dans  ces 
deux  chapitres  de  saint  Jean,  il  n'est  nullement  question 
d'une  identité  de  l'être,  ou  d'une  unité  essentielle ,  mais 
seulement  d'une  union  morcde  et  représentative.  Depuis 
le  concile  de  Nicée,  beaucoup  de  théologiens,  prétendus 
orthodoxes,  sont  tombés  dans  une  erreur  rp^ossière  et  anti- 


254  CHAPITRE   XXIV. 

biblique j  en  soutenant  Videntité  de  l'être  et  de  l'essence  du 
Fils  et  du  Père  éternel.  De  là  le  trithéisme^  ou  la  Trinité 
des  trois  prétendues  personnes  égalitaires  de  la  Divinité, 
cette  violation  odieuse  du  Décalogue.  (Exode  XX,  3.) 

Le  bouddhisme,  dont  l'apparition  marque  l'ère  de  la  dé- 
cadence de  lathéosopliieprofonde  et  mystique  aux  Indes, 
semble  mériter  au  premier  abord  plus  ce  reproche,  au 
lieu  de  faire  que  la  loi  morale  découle  de  l'ontologie 
(chap.  I,  page  16);  néanmoins  il  est  absurde  de  soutenir 
que  le  bouddhisme  est  une  doctrine  matérialiste,  athée, 
qui  conduit  au  nihilisme  et  au  néant;  c'est  au  contraire 
l'ontologie  qui  découle  de  la  loi  morale,  selon  cette  doc- 
trine. La  théosophie  et  la  doctrine  religieuse  de  Bouddha 
n'est  qu'un  pâle  reflet  de  l'ancienne  orthodoxie  védan- 
tine,  mais  la  haute  importance  du  Bouddhisme  consiste 
surtout  dans  la  réforme  morale  et  sociale  qu'il  a  opérée 
parmi  les  peuples  qui  ont  adopté  cette  doctrine;  on 
pourrait  sous  ce  rapport  comparer  cette  doctrine  à  la  ré- 
forme opérée  depuis  le  seizième  siècle  dans  l'église  ro- 
maine par  le  protestantisme.  De  même  que  le  protestan- 
tisme, le  bouddhisme  a  aboli  la  hiérarchie  des  castes, 
le  régime  odieux  du  clergé,  l'esclavage  provenant  du 
pouvoir  spirituel.  Bouddha  a  proclamé  la  liberté  de 
conscience  et  la  tolérance  religieuse,  et  l'égalité  sociale 
et  civile  ;  malheureusement  la  préoccupation  exclusive 
de  l'extase,  de  l'autre  vie,  grâce  à  la  métempsycose  et  à 
la  nature  contemplative  des  peuples  d'Orient,  a  empêché 
la  doctrine  de  Bouddha  de  porter  les  mêmes  fruits  que 
celle  de  nos  réformateurs  depuis  le  seizième  siècle. 

Quant  à  la  vie  et  à  la  personne  du  Bouddha,  il  faut 
rendre  cette  justice  à  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  que 
tout  catholique  qu'il  est,  il  n'hésite  pas  à  ajouter  que, 
sauf  le  Christ  tout  seul,  il  n'est  point,  parmi  les  fonda- 


DÉLIVRANCE   FINALE   OU   ESCHATOLOGIE.  255 

teurs  de  la  religion,  de  figure  plus  pure  ni  plus  touchante 
que  celle  de  Bouddha  ;  il  est  le  modèle  achevé  de  toutes 
les  vertus  qu'il  prêche  ;  il  abandonne  à  vingt-neuf  ans 
la  cour  du  roi  son  père  pour  se  faire  religieux  et  men- 
diant; il  prépare  silencieusement  sa  doctrine  par  six 
années  de  retraite  et  de  méditation  ;  il  la  propage  par 
la  seule  puissance  de  la  parole  et  de  la  persuasion, 
pendant  plus  d'un  demi-siècle  ;  et  quand  il  meurt  entre 
les  bras  de  ses  condisciples,  c'est  avec  la  sérénité  d'un 
sage  qui  a  [pratiqué  le  bien  toute  sa  vie  et  qui  est  assuré 
d'avoir  trouvé  le  vrai  chemin  de  l'immortalité. 

Selon  Bouddha,  le  monde  étant  composé  et  périssable, 
il  n'y  a  qu'un  seul  moyen  de  sauver  les  êtres  vivants  ;  en 
les  retirant  de  l'Océan  de  la  création,  il  faut  les  établir 
daiis  la  terre  de  la  patience.  (Nirvana.) 

Bouddha  dit  :  «  Après  avoir  trouvé  la  loi  qui  doit 
))  sauver  le  monde,  après  avoir  atteint  l'intelligence  su- 
»  prême  (Bodlii),  je  rassemblerai  les  êtres  vivants; 
»  je  leur  montrerai  la  porte  la  plus  sûre  de  Vimmortalité. 
»  Oui,  je  suis  arrivé  à  voir  clairement  l'immortalité  et  la 
»  voie  qui  conduit  à  l'immortalité.  Venez,  que  je  vous 
»  enseigne  la  loi  :  Hors  des  pensées  7iées  du  trouble  des 
»  sens,  je  vous  établwai  dans  le  repos;  »  c'est-à-dire  dans 
le  calme  de  l'extase  contemplative,  dans  l'abstraction 
mentale,  dans  l'apathie  parfaite,  ce  bonheur  suprême  et 
nécessaire,  pour  élargir  d'une  manière  infinie  les  facul- 
tés humaines. 

Voilà  le  Nirvana  selon  le  Bouddha  lui-même  [Réalité 
des  Esprits,  de  1857,  chap.  XXIV).  Bouddha  ne  veut 
donc  nullement  détruire  l'existence  purement  spirituelle 
et  intellectuelle  de  l'homme  ;  mais  il  aspire  à  extirper 
du  cœur  de  l'homme  l'égoïsme,  l'orgueil  et  tous  les  dé- 
sirs terrestres,  pour  le  transformer  en  pur  esprit,  capa- 


256  CHAPITRE   XXIY. 

ble  d'entrer   dans  le  pays  de  la  patience,   de  la  ré- 
signation en  la  volonté  divine  et  du  repos  éternel.  Le 
Nirvana,  c'est  le  ciel,  le  séjour  céleste  dans  le  Toushita^ 
d'où  Bouddha    est    descendu   selon    la  légende,  pour 
enseigner  la  loi   et  pour  sauver  les   hommes.   Selon 
Barthélémy  Saint-Hilaire  (page  60,  1"  partie,  chap.  2, 
Légende  de  Bouddha)  l'existence  d'un  Dieu  suprême  est 
formellement  reconnue;  rêtre  existant ^mr  lui-même  est  le 
premier  besoin  du  monde,  et  celui  qui  lui  rend  hommage 
obtient  le  ciel  et  le  Nirvana.  Bouddha  croit  que  les  bons 
esprits   seuls  instruisent  l'homme  honteux  de  sa  pré- 
somption. Les  sages  Rischis  instruisent  selon  le  Lotus 
de  la  bonne  loi,  l'homme  ignorant,  incapable  de  distin- 
guer les  pensées  de  ses  semblables,  pourvu  qu'il  re- 
nonce à  son  orgueil  et  qu'il  soit  honteux  de  sa  présomp- 
tion et  de  son  ignorance..  L'homme  a  été  engendré  et  il 
s'est  développé  dans  le  sein  de  sa  mère,  et  il  ne  se  rap- 
pelle rien  de  tout  cela.  Les  Rischis  seuls,  dans  le  com- 
merce des  bons  esprits  avec  l'homme,  peuvent  lui  don- 
ner les  yeux  de  l'esprit.  (Barthélémy,  page  6 (S.) 

Les  miracles^  lors  de  la  descente  de  Bouddha  du  Tou- 
shita  dans  le  sein  de  sa  mère  terrestre,  ont  beaucoup  de 
rapports  avec  les  miracles  opérés  lors  de  la  naissance  de 
Jésus-Christ.  (Barthélémy  Saint-Hilaire,  pag.  S4.) 

Selon  le  Lalitavistâra,  huit  signes  précurseurs  annon- 
cent sa  venue  dans  la  demeure  de  Couddhodana.  Le  pa- 
lais se  nettoyé  de  lui-même  ;  tous  les  oiseaux  de  l'Hima- 
vat  y  accourent,  témoignant  leur  allégresse  par  leurs 
chants;  les  jardins  se  couvrent  de  fleurs;  les  étangs  se 
remplissent  de  lotus  ;  les  mets  de  toute  espèce,  étalés  sur 
les  tables  du  festin.,  paraissent  toujours  entiers,  cpioiqu'on 
les  emploie  en  abondance  ;  les  instruments  de  musique 
rendent  d'enr-mèmes^  et  sans  qu'on  les  touche^  des  sons 


DELIVRANCE   FINALE   OU   ESCHATOLOGIE.  257 

mélodieux  (deux  genres  de  miracles  obtenus  également 
par  nous  spiritualistes  modernes,  en  France  et  en  Amé- 
rique) ;  les  écrins  de  pierres  précieuses  s'ouvrent  spon- 
tanément pour  montrer  leurs  trésors  ;  enfin  le  palais  est 
illuminé  d'une  splendeur  surnaturelle  qui  efface  celle  du 
soleil  et  de  la  lune. 

Les  miracles  qui  ont  eu  lieu  durant  l'enfance  de  Boud- 
dha ont  des  rapports  encore  plus  frappants  avec  les  mi- 
racles opérés,  par  l'ordre  de  choses  surnaturel,  pendant 
l'enfance  du  Christ,  ce  qui  contîrme  de  nouveau  nos 
idées,  exprimées  dans  notre  édition  delà  Réalité  des  Es- 
prits en  18o7,  concernant  l'origine  surnaturelle  de  toutes 
les  traditions  religieuses. 

L'enfant  Bouddha  fut  présenté  solennellement  par  son 
père  au  temple  des  dieux  ;  la  légende  ajoute  que,  à  peine 
fut-il  entré  dans  le  temple,  que  tout  ce  qu'il  y  ayait  d'i- 
mages inanimées  des  dieux,  y  compris  Indra  et  Brâhma, 
se  levèrent  de  leurs  places,  pour  aller  saluer  ses  pieds 
vénérables.  Puis  tous  ces  dieux,  montrant  leurs  propres 
images,  prononcèrent  ces  stances,  dont  nous  citons  les 
derniers  passages  si  remarquables,  concernant  la  Divi- 
nité, cause  et  base  éternelle  de  l'univers:  «  L'êt?'e  exis- 
tant pa?'  hii-même  est  le  premier  besoin  du  monde;  celui 
qui  luirend  hommage  obtient  le  ciel  et  le  Nirvana.  » 

On  connaît  la  statue  parlante  de  Memnon,  que  j'ai 
citée  dans  le  cinquième  chapitre  de  ce  livre  ;  on  sait  que 
nous,  spiritualistes  modernes,  avons  obtenu  à  plusieurs 
reprises  le  mouvement  sans  contact  des  tables  et  des  sta- 
tues et  même  des  sons  et  des  mots  nettement  prononcés 
(chose  étrange,  comme  par  le  trou  d'une  bouteille  et  un 
peu  creux).  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire,  plongé  dans  le 
grossier  matérialisme  de  la  philosophie,  selon  lui  si  ad- 
mirable des  temps  modernes,  tout  en  rendant  compte 


258  CHAPITRE   XXIV. 

de  ces  phénomènes  merveilleux,  les  traite  de  folies  ab- 
surdes !  0  temporel  !  O  mores  !  Bouddha  subit  comme  le 
Christ  les  attaques  des  démons  et  sort  comme  lui  vain- 
queur de  cette  lutte  infernale.  Les  lances,  les  piques,  les 
montagnes  même  que  Paphjan  (chef  des  démons)  lui 
lance,  se  changent  en  fleurs  et  restent  en  guirlandes  au- 
dessus  de  sa  tête.  (Barth.,  pag.  63,  etc.) 

Papiyan^  voyant  que  la  violence  est  vaine,  a  recours 
à  un  autre  moyen  ;  il  appelle  ses  filles,  les  belles  Apsarâs 
(nymphes),  et  il  les  envoie  tenter  le  réformateur  Bouddha, 
en  lui  montrant  les  trente-deux  espèces  de  magies  de 
femmes.  Elles  chantent  et  dansent  devant  lui  ;  elles  dé- 
ploient tous  leurs  charmes  et  toutes  leurs  séductions;  elles 
lui  adressent  les  provocations  les  plus  insinuantes.  Mais 
leurs  caresses  sont  inutiles,  comme  l'ont  été  les  assauts 
de  leurs  frères  ;  et  toutes  honteuses  d'elles-mêmes,  elles 
en  sont  réduites  à  louer  dans  leurs  chants,  celui  qu'elles 
n'ont  pu  vaincre  et  faire  succomber.  Cette  seconde  dé- 
faite rend  Papîyan  tout  confus  ;  toutefois  le  démon  ne 
se  rend  pas,  il  essaye  un  dernier  assaut,  en  réunissant 
de  nouveau  toutes  ses  forces  :  «  Je  suis  le  Seigneur  du 
désir,))  dit-il  au  réformateur;  «je  suis  le  maître  du 
monde  entier  ;  les  dieux  (Devas  ou  génies  spirituels), 
les  hommes  et  les  bêtes,  assujettis  par  moi,  sont  tous 
tombés  en  mon  pouvoir.  Comme  eux,  venu  dans  mon 
domaine,  lève-toi  et  parle  comme  eux.  »  Le  réforma- 
teur lui  répond  :  a.  Si  tu  es  le  seigneur  du  désir,  tu  ne 
l'es  pas  de  la  lumière.  Regarde-moi  :  Je  suis  bien  le 
seigneur  de  la  Loi;  impuissant  que  tu  es,  c'est  à  ta  vue 
que  j'obtiendrai  l'intelligence  suprême.  »  Paphjan  déchu 
de  sa  splendeur,  pâle,  décoloré,  se  retire  à  l'écart  la 
tête  baissée  ;  il  pousse  des  gémissements  et  se  dit  dans 
son  désespoir  :  «  Mo?i  empire  est  passé.  )> 


DÉLIVRANCE   FINALE   OU  ESCHATOLOGIE.  259 

Après  ce  triomphe  décisif,  le  réformateur  arrive  à 
l'intelligence  suprême,  à  la  Bodhi;  il  devient  Bouddha 
parfaitement  accompli^  et  va  faire  tourner  la  roue  de 
la  loi  à  Bénares.  Chose  étrange,  M.  Barthélémy  Saint- 
Hilaire,  à  qui  nous  devons  ces  détails  intéressants,  les 
traite  de  fantasmagorie  extravagante,  bonne  à  faire  dou- 
ter des  faits  historiques  et  vrais  qu'elle  accompagne  et 
qu'elle  obscurcit.  En  vérité,  il  semble  que  M.  Barthé- 
lémy Saint-Hilaire  n'ait  jamais  lu  l'histoire  de  la  tenta- 
tion du  Christ  qui  a  tant  de  rapports  avec  celle  du 
Bouddha. 

Le  tableau  de  la  cour  et  du  grand  conseil  de  Papîyan, 
selon  la  légende  du  Bouddha,  a  beaucoup  de  rapports 
avec  la  description  de  la  cour  céleste  que  le  voyant  Mi- 
ellée a  vue.  (I,  Rois,  XXII,  19-22.) 

Pajnyan,  épouvanté  de  la  splendeur  subite  du  réfor- 
mateur, convoque  aussitôt  ses  serviteurs  et  toutes  ses 
armées.  Son  empire  est  menacé;  il  veut  engager  le  com- 
bat. Mais  d'abord,  il  prend  les  conseils  de  ses  fils,  dont 
les  uns  l'engagent  à  céder  et  à  s'épargner  une  défaite 
certaine  ;  et  dont  les  autres  le  poussent  à  la  lutte  où  la 
victoire  leur  paraît  assurée.  Les  deux  partis,  l'un  noir, 
l'autre  blanc,  parlent  tour  à  tour  ;  et  les  mille  fils  du 
démon,  ceux-ci  à  sa  droite,  ceux-là  à  sa  gauche,  opinent 
successivement  et  en  sens  contraire.  Quand  le  conseil  est 
fini,  Papîyan  se  décide  à  la  lutte. 

Concluons  en  quelques  mots  :  il  résulte  de  l'étude  ap- 
profondie et  impartiale  des  légendes  bouddhiques  que  le 
bouddhisme  n'est  nullement  une  doctrine  matérialiste  et 
athée  conduisant  au  nihilisme  et  tendant  vers  le  néant. 
Les  conclusions  de  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire  sont 
donc  aussi  erronées  qu'illogiques  ;  en  remontant  vers  la 
sphère  élevée  de  la  philosophie  de  l'histoire,  notre  criti- 


260  CHAPITRE  XXIV. 

que  sera  encore  plus  sévère  ;  au  point  de  vue  de  cette 
haute  science,  M.  Barthélémy  Saint-llilaire  a  commis  un 
crime  de  lèse-humanité,  en  niant  le  grand  courant  iden- 
tique de  la  moralité  humaine  ;  l'unité  de  la  foi  du  genre 
humain  sur  Dieu  et  sur  l'immortalité  de  l'âme.  Chose 
étrange,  l'ouvrage  de  M.  Barthélémy  Saint-Hilaire  four- 
mille de  contradictions  ;  il  prétend  que  le  bouddhisme 
admet  l'éternité  des  êtres  (pag.  12S-127),  mais  que  cette 
doctrine  ne  croit  pas  à  l'immortalité  de  l'âme.  Ce  savant 
ne  conçoit  nullement  l'idée  sublime  de  l'éternité  des 
âmes  et  de  leur  préexistence  que  presque  toutes  les 
écoles  de  l'Inde  admettent,  l'orthodoxe  Yédantin  aussi 
bien  que  le  dualiste  de  Kapyla  et  de  Gotama,  etc.,  etc. 

L'idée  qu'on  existe  longtemps  auparavant  de  naître 
semble  bizarre  à  notre  savant  ;  la  naissance  n'est  qu'un 
effet  de  l'existence  qui  l'a  précédée  ;  voilà  ce  qui  boule- 
verse la  raison  de  M.  Barthélémy  Saint-llilaire. 

En  effet,  si  Bouddha  et  les  deux  cents  millions  d'adeptes 
de  sa  doctrine  étaient  des  athées  et  des  matérialistes,  ils 
ne  mériteraient  pas  d'occuper  une  place  dans  l'histoire 
de  l'humanité  ;  heureusement,  pour  le  genre  humain,  il 
n'en  est  pas  ainsi.  La  plupart  des  savants,  en  Allemagne, 
tels  que  l'illustre  Dunker  (tome  II,  pag.  190  de  V Histoire 
de  l'antiquité)  et  le  célèbre  chevalier  de  Bunsen  dans  son 
livre  intitulé  : /)^e^^  dam  l'histoire  [Gott  in  der  Geschichte, 
tome  II,  pag.  152,  155,  172,  etc.),  combattent  les  con- 
clusions erronées  de  Burnouf  et  de  ses  successeurs,  con- 
cernant le  prétendu  matérialisme  et  le  nihilisme  de  la 
doctrine  de  Boucklha. 

En  effet,  le  terme  Parattha^  que  nous  traduisons  gé- 
néralement par  yiimnortalitéy  veut  dire  dans  les  livres 
et  dans  les  légendes  bouddhiques  la  vie  éternelle,  perma- 
nente, laquelle  ne  cesse  jamais.  Le  JSirvâna  n'est  nulle- 


DELIVRANCE  FINALE   OU   ESCHATOLOGIE.  261 

ment  l'extinction  de  l'esprit  ou  de  l'àme,  mais  Vanéan- 
tissement  de  régoïsmc,  la  délivrance  de  l'àme  immortelle 
du  joug  des  éléments  matériels,  qui  l'entravent  dans  son 
vol  sublime  vers  le  séjour  de  l'éternelle  félicité. 

Quant  au  reproche  d'athéisme,  il  serait  aussi  absurde 
de  l'adresser  à  Bouddha,  qui  croyait  aux  dieux  des  Yé- 
das  qu'à  Socrate,  qui  selon  Platon  répondit  à  ses  ca- 
lomniateurs :  «  Serait-ce  possible  cV admettre  les  démons, 
c'est-à-dire  les  génies  du  monde  divin  et  surnaturel,  sans 
croire  à  Dieu  ?  » 

Le  séjour  des  âmes  qui  sont  parvenues  à  la  délivrance 
finale  et  à  la  perfection  de  la  divine  connaissance,  a  lieu 
selon  Djaimini  chez  Brâhma,  mais  suivant  les  commen- 
tateurs des  Soutras  et  la  secte  de  Djina  (les  gymnoso- 
phistes)  qui  soutiennent  que  Bràhma  n'est  pas  l'Etre 
suprême,  Aloka-Kasa  est  le  lieu  où  demeurent  les  âmes 
qui  sont  délivrées  d'une  longue  captivité  pour  n'y  ren- 
trer jamais. 

Aloka-Kasa  est  au-dessus  de  tous  les  mondes  ou  locas, 
y  compris  Brâhma-Loka.  (Pauthier,  p.  150,  etc.,  etc.) 

La  libération  [Moukti  ou  Mokcha)^  outre  son  sens  pro- 
pre qui  est  celui  de  la  délivrance  finale  au  moyen  de  la 
parfaite  connaissance  de  Bràhma  et  l'union  conséquente 
avec  Dieu  après  la  mort,  est  employée  dans  une  accep- 
tion secondaire  pour  ce  qui  conduit  l'àme  après  la  mort 
aux  lokas  dosâmes  bienheureuses,  tels  que  Brâhma-Loka 
Agni-loka,  Indra-loka,  etc.,  etc.,  mais  où  l'âme  cependant 
ne  demeure  pas  dépourvue  d'une  forme  corporelle  sub- 
tile ;  enfin  on  dit  d'un  Yogni  extatique,  quil  parvient  à 
une  libération  restreinte  et  relative  même  durant  sa  vie 
terrestre.  (Bràhma-Soutra,  IV,  4,  §  7.) 

Il  y  a  donc  ^ro^5  degrés  de  délivrance;  Vun  absolu- 
ment immatériel,  la  délivrance  finale  par  l'union  avec 


262  CHAPITRE  XXIV. 

Dieu,  r autre  moins  jmrfait  commence  à  la  mort  d'un 
homme  de  bien,  et  le  troisième  degré  de  libération  a  lieu 
dans  la  vie  d'un  Yogui  extatique.  La  délivrance  la  plus 
parfaite,  la  plus  complète,  est  la  délivrance  immatérielle 
et  incorporelle.  (Vidihâ  Moukti.) 

Dans  le  deuxième  degré,  l'âme  n'est  pas  encore  dé- 
pourvue d'une  forme  corporelle  subtile.  La  délivrance 
la  moins  parfaite  appartient  à  un  Yogui.  Ces  trois  degrés 
de  libération  correspondent  aux  trois  degrés  de  perfec- 
tion intellectuelle  et  morale,  à  mesure  que  l'âme  se  dé- 
gage en  partie  ou  tout  à  fait  de  la  matière  dans  laquelle 
il  faut  encore  ranger  le  corps  éthéré  et  les  éléments  sub- 
tils. (Sankliya-Karika,  art.  20.) 

Quant  aux  moyens  d'obtenir  la  délivrance  finale  et 
complète  des  naissances  mortelles,  il  n'y  en  a  que  la 
connaissance  (c'est-à-dire  la  perception  ou  l'intuition  in- 
tellectuelle) de  l'univers^  comme  le  seul  Être  unique,  et 
V expiation  des  péchés  par  des  austérités  rigides,  qui  puis- 
sent procurer  aux  hommes  la  béatitude,  selon  Sankara- 
Atcharya.  (Âtma-Bodha,  §  2.) 

Les  articles  104  et  125  du  douzième  livre  des  lois  de 
Manou  disent,  que  l'homme,  qui  reconnaît  dans  sa  propre 
âme,  l'Anne  suprême  prése?ite  dans  toutes  les  créatures,  et 
qui  se  montre  le  même  à  l'égard  de  tous,  obtient  le  sort 
le  plus  heureux,  celui  d'être  à  la  fin  uni  avec  Dieu  ou 
absorbé  dans  Brâhma* 

Suivant  le  paragraphe  90  du  douzième  livre  des  lois 
de  Manou,  l'homme  qui  accomplit  fréquemment  des 
actes  religieux  intéressés,  parvient  au  rang  des  Devas 
(dieux  secondaires),  mais  celui  qui  accomplit  souvent 
des  œuvres  pieuses,  désintéressées,  se  dépouille  pour  tou- 
jours des  cinq  éléments  subtils  et  obtient  la  délivrance 
des  Mens  du  corps. 


DÉLIVRANCE  FINALE  OU   ESCHATOLOGIE.  263 

Les  aiiciens  Perses  admettent  également  la  doctrine  de 
la  délivrance  finale  ou  plutôt  de  la  réhabilitation  de  tous 
les  Esprits.  Le  fameux  pont  Tchinevad  sera  abaissé,  se- 
lon les  traditions  sacrées  des  Perses,  à  la  résurrection 
générale  et  au  rétablissement  de  l'état  primordial.  (An- 
quetil,  III,  p.  S86,  etc.,  etc.) 

Théopompe  dit,  d'après  les  Mages,  qu'au  bout  de  trois 
mille  ans  le  mauvais  génie  (Aliriman)  succombera  pour 
toujours,  et  qu'alors  les  hommes  vivront  à  jamais  heureux 
dans  le  ciel.  (Plutarque,  d'Isis  et  d'Osiris,  Ricard,  V, 
p.  365.) 

Suivant  les  Perses,  l'idée  de  la  résurrection  générale 
est  liée  avec  la  doctrine  du  rétablissement  général  de 
toutes  les  choses,  ou  de  la  réhabilitation  de  tous  les  Es- 
prits. Les  idées  eschatologiques  des  Perses  offrent  de  l'a- 
nalogie avec  celles  de  la  Bible.  On  sait  que  le  quinzième 
chapitre  de  la  première  épître  aux  Corinthiens  contient 
V Eschatologie  majestueuse  de  la  Bible^  c'est-à-dire  la  ré- 
habilitation de  l'état  primordial,  la  fin  de  la  Christocra- 
tie  et  le  rétablissement  complet  de  la  Théocratie  primitive > 
Il  en  est  de  même  du  chapitre  III  (versets  20  et  21)  des 
Actes  des  Apôtres.  Voici  ces  versets  :  a  Quand  les  temps 
))  de  rafraîchissement  seront  venus  par  la  présence  du 
»  Seigneur,  et  qu'il  aura  envoyé  Jésus-Christ  qui  vous  a 
»  été  auparavant  annoncé  ;  et  lequel  il  faut  que  le  ciel 
»  contienne,  jusqu'au  temps  du  r^étahlissement  de  toutes 
))  les  choses  cjne  Dieu  a  prononcées  par  la  bouche  de  tous 
»  ses  saints  prophètes,  dès  \q  commencement  du  monde.  » 

Daniel  (VII,  13,  14  et  22),  dit  de  même  :  «  Yoici  le 
))  Fils  de  l'homme,  qui  venait  avec  les  nuées  des  cieux  ; 
»  et  il  vint  jusqu'à  Y  A^icien  des  jours  y  qui  lui  donna  le 
»  règne  jusqu'à  ce  que  V Ancien  des  jours  fut  venu,  et 
»  que  le  jugement  fut  donné  aux  saints   du  souverain, 


264  CHAPITRE  XXIV. 

»  et  que  le  temps  vint  auquel  les  saints  obtinssent  le 
»  royaume.  » 

Esaïe  (chapitre  LXV,  v.  17)  dit  :  «  Car  voici,  je  m'en 
»  vais  créer  de  nouveaux  cieux,  et  une  nouvelle  terre  ; 
»  et  on  ne  se  souviendra  plus  des  choses  précédentes, 
»  et  elles  ne  reviendront  plus  au  cœur.  )) 

Saint  Pierre  (II,  épitre,  chap.  3,  v.  7)  croit  à  une  ca- 
tastrophe finale  par  l'ardeur  du  feu,  comme  Heraclite  et 
les  stoïciens.  Il  dit,  concernant  le  rétablissement  final 
(II,  épitre  III,  V.  13)  :  «  Nous  attendons,  selon  sa  pro- 
»  messe,  de  nouveaux  cieux,  et  une  nouvelle  terre  où  la 
»  justice  habite.  » 

Saint  Jean  (Apocalypse  XXI),  fait  une  description 
magnifique  de  ce  nouveau  ciel  et  de  cette  nouvelle  terre 
et  surtout  de  la  sainte  cité,  la  nouvelle  Jérusalem. 

Quant  à  l'état  des  saints,  le  même  apôtre  dit  (Apoca- 
lypse XXII,  /i  et  5)  :  a  Et  ils  verront  sa  face  (la  face  de 
l'Éternel)  et  son  nom  sera  sur  leurs  fronts. 

»  Et  il  n'y  aura  plus  là  de  nuit,  et  il  ne  sera  plus 
»  besoin  de  la  lumière  de  la  lampe  ni  du  soleil  ;  car  le 
»  Seigneur-Dieii  les  éclaire,  et  ils  régneront  aux  siècles 
»  des  siècles.  »  (Et  Apocalypse,  XXII,  2  et  3)  :  «  Toute 
»  chose  maudite  ne  sera  plus,    » 

\i^  prophète  Esaïe  (LX,  19  et  20)  dit,  concernant  la 
prospérité  de  Sion  :  «  Tu  n'auras  plus  le  soleil  pour  la 
»  lumière  du  jour,  et  la  lueur  de  la  lune  ne  t'éclairera 
»  plus;  mais  l'Éternel  te  sera  pour  lumière  éternelle,  et 
))  ton  Dieu  pour  ta  gloire.  ■» 

((  Ton  soleil  ne  se  couchera  plus,  et  ta  lune  ne  se  reti- 
»  rera  plus  ;  car  l'Eternel  te  sera  pour  lumière  perpé- 
))  tuelle,  et  les  jours  de  ton  deuil  seront  finis.  » 

Saint  Paul  dit  (I,  Corinth.,  II,  9):  «  Ce  sont  des  choses 
»  que  l'œil  n'a  point  vues,  que  l'oreille  n'a  point  ouïes, 


DELIVRANCE   FINALE   OU   ESCHATOLOGIE.  265 

»  et  qui  ne  sont  point  montées  au  cœur  de  l'homme,  les- 
))  quelles  Dieu  a  préparées  à  ceux  qui  l'aiment.  » 

Les  Israélites  et  les  Chrétiens  connaissent  aussi  le  beau 
verset  5  du  psaume  CXXVI  :  «  Ceux  qui  sèment  avec 
))  larmes,  moissonneront  avec  chant  de  triomphe.  » 

Le  jugement  suprême  n'est  pas  un  jour  de  colère  et 
de  vengeance,  c'est  un  jour  de  pardon;  la  non-éternité  des 
peines  en  résulte  (Matth.,  XI,  25  et  26);  le  riche  et  le 
trou  de  l'aiguille  (Colos.,  1, 19  et  20);  la  réconciliation  de 
toutes  les  choses.  (Philipp.,  Il,  10,  etc.;  Jean  XII,  32; 
Jean,  XVII,  1,  3;  Thimothée  II,  34;  I,  Jean,  II,  2.) 

Les  Egyptiens  admettent  également  la  doctrine  du  ré- 
tablissement hnal  de  l'état  primordial.  Selon  leurs  tradi- 
tions sacrées,  les  transmigrations  aboutissent  au  séjour 
iinal  des  âmes  bienheureuses,  auprès  de  Dieu.  (Clemens 
Alex.,  Strom.,  lib.  YI,  cap.  2.) 

Les  Grecs  et  les  Romains  croient  aussi  à  une  transfor- 
mation finale  du  monde  visible.  (Comm.  Sibyll.,  lib.  II 
et  III,  op.  Er.  Schemid.  Or.  3,  de  Sibyll;  Ovid.,  Méta- 
morpli.  I,  fab.  7.) 

Suivant  Heraclite^  le  feu  est  le  principe,  et  la  fin  de 
tout  (Plutarque,  de  Placit.  philosoph.,  lib.  I,  cap.  3); 
toutes  les  substances  sont  sorties  de  cet  élément,  et  tout 
doit  se  résoudre  en  lui.  Les  stoïciens  croyaient  aussi  à  la 
destruction  du  monde  visible  par  le  feu,  et  à  un  rétablis- 
sement de  l'ordre  de  choses  primordial.  (Plutarque,  adv. , 
Stoïc,  17.) 

L'école  de  Pythagore  (Pindare,  Od.  II),  et  Platon  (Ti- 
inée,  42,  90,  etc.),  croient  que  l'âme  parvient  finalement 
au  séjour  céleste  et  éternel,  après  avoir  expié  dans  les 
corps  terrestres,  ses  péchés.  Platon  fait  une  description 
magnifique  des  demeures  des  âmes  délivrées  du  joug  des 
passions.   Ces   âmes  saintes  s'élèvent  jusqu'aux  régions 

20 


266 


CHAPITRE   XXV. 


sidériques,  et  parviennent  à  mie  vie  purement  spiri- 
tuelle auprès  de  Dieu,  après  avoir  acquis  la  connais- 
sance parfaite  de  la  vérité  (Phsedon,  108;  Timée,  42). 

Pindare  dit  que  les  âmes  des  hommes  pieux  habitent 
dans  le  ciel  et  chantent  dans  des  hymnes  le  grand 
Dieu.  (Olymp.  I,  109-123;  Olymp.  II,  56.) 

Euripide  dit  de  même  (Alcest.,  943,  Troad.,  608,  643) 
que  l'âme  bienheureuse  va  au  ciel.  Dans  ce  monde  invi- 
sible, elle  est  délivrée  des  maux  de  cette  vie  ;  transpor- 
tée parmi  les  dieux  immortels,  placée  sur  un  trône  d'or, 
au  milieu  (f.  12,  p.  177)  des  sphères  constellées;  eni- 
vrée du  nectar  qui  coule  à  la  table  des  immortels,  l'âme 
jouit  de  la  vue  perpétuelle  de  la  lumière  et  chante  les 
louanges  de  la  Divinité, 


CHAPITRE  XXV. 
Pensées   des  Esprits. 


Après  avoir  cité  les  idées  de  l'antiquité  concernant  les 
rapports  de  l'âme  avec  le  monde  d'outre-tombe,  nous 
allons  encore  citer  quelques  pensées  de  ces  Esprits,  qui 
sont  en  rapport  avec  l'auteur  et  sa  sœur  ; 

I. 

La  révélation  de  la  Providence  est  universelle.  Il  n'y 
a  pas  de  peuple  choisi.  Ce  que  tu  as  donné  à  l'un  de  tes 
enfants,  ne  le  donneras-tu  pas  à  tous? 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  267 

II. 

0  homme  faible  et  de  peu  de  sens!  ce  que  tu  révères 
dans  une  nation  ;  tu  l'abhorres  dans  l'autre,  ce  que  tu 
adores  dans  la  ville  de  Salem,  tu  le  repousses  dans  la  val- 
lée de  rida. 

m. 

Les  Anges  de  la  sainte  plaine  de  Mamré  se  transfor- 
ment en  dieux  sur  les  rives  bénies  de  l'Eurotas. 

IV. 

La  Providence  est  la  même  partout,  et  ses  rayons  ne 
le  sont-ils  pas  ? 

V. 

Tu  détournes  ton  regard  du  majestueux  Olympe  et 
des  hauteurs  mystérieuses  du  Parnasse,  ne  voulant  voir 
Dieu  que  par  un  ^eul  miroir  et  le  contempler  dans  un 
seul  reflet. 

VI. 

Le  soleil,  qui  a  doré  les  flots  du  Jourdain,  a  faitéclore 
en  même  temps  la  rose  cachée  aux  bocages  voluptueux 
de  Samos,  la  patrie  du  grand  Pythagore. 

VU. 

L'intolérance  n'est  qu'un  effet  conforme  aux  mauvais 
esprits.  Hélas!  la  véritable  tolérance  ne  régnera  que 
dans  le  royaume  des  cieux. 


268  CHAPITRE    XXV. 

VIIL 

La  démonophobie  et  la  démonolâtrie  sont  les  armes  de 
Satan,  la  verge  de  fer  qu'il  tient  suspendue  depuis  des 
siècles  sur  l'Eglise  et  les  dévots. 

IX. 

La  démonophobie  aveugle,  qui  croit  même  aux  guéri- 
sons  démoniaques,  déti'uit  les  relations  avec  le  monde 
surnaturel  et  rati'ermit  de  plus  en  plus  le  pouvoir  du 
matérialisme  et  du  scepticisme,  ce  règne  de  Satan  par 
excellence. 

X. 

Selon  les  docteurs  prétendus  orthodoxes^  le  démon  est 
le  souverain  maître  de  l'univers,  tandis  que  le  bon  Dieu 
est  relégué  comme  un  vieux  saint  suranné  et  impotent 
dans  une  niche  de  l'univers,  à  Rome  et  en  Palestine. 

XI. 

Lorsque  le  Christ  a  remis  à  saint  Pierre  les  clefs  du 
ciel  et  de  la  terre,  celui-ci  n'avait  pas  encore  reçu  le 
rayon  béni  du  Saint-Esprit  ;  mais  ayant  reçu  plus  tard 
la  mission  de  paitre  les  brebis  du  Seigneur,  il  fut  en- 
flammé par  le  brasier  de  Vamour  céleste.  L'Église  actuelle 
a  gardé  les  clefs^  mais  elle  a  perdu  la  flamme  céleste, 
étant  incapable  de  nourrir  ses  brebis,  qui  sont  dévorées 
par  des  loups. 

XIL 

En  perdant  l'amour  de  Dieu,  on  perd  l'amour  du  bien, 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  269 

la  foi  flans  le  bien  et  jusqu'à  l'espérance  d'une  vie  éter- 
nelle. 

XIII. 

L'amour  de  Dieu  est  la  flamme  céleste  qui  éclaire  tout 
homme  venant  au  monde. 


XIV. 

L'amour  est  l'étincelle  du  feu  céleste,  un  dernier  reflet 
de  l'autre  monde. 

XV. 

L'exaltation  de  l'amour  du  bien  est  le  feu  sacré  de 
l'esprit. 

XVI. 

Si  l'amour  règne  dans  le  cœur  d'un  homme  noble,  il 
y  produira  la  force  pour  toute  action  généreuse. 

XVII. 

Deux  cœurs  bien  unis  sont  semblables  à  une  fleur 
doublement  éclose  sur  la  même  tige. 

XVIII. 

L'alliance  de  deux  cœurs  généreux  est  un  diamant 
échappé  à  la  couronne  de  Dieu. 

XIX. 

L'être  de  Dieu  est  amour;  comment,  A  homme,  peux- 
tu  le  définir? 


270  CHAPITRE  XXV. 

XX. 

Pour  comprendre  le  secret  d'un  amour  parfait,  il  faut 
purifier  le  cœur  du  vice,  selon  les  avertissements  des 
génies  célestes. 

XXL 

Amour  du  cœur,  noble  amitié  des  hommes,  tu  étais 
le  comble  des  dons  généreux  de  la  nature  !  Celui  qui 
t'éprouvait  voyait  la  lumière  resplendissante  des  Anges. 

XXII. 

L'amour  est  le  trait  d'union  des  âmes  d'élite;  il  forme 
le  pont  qui  nous  fait  franchir  le  Styx» 

XXIII. 

Pour  être  sans  tache,  il  faut  savoir  aimer  de  véritable 
amour. 

XXIV. 

Le  véritable  amour  ne  peut  exister  sans  la  pureté  du 
cœur. 

XX  Y. 

La  pureté  est  le  vêtement  des  Anges. 

XXYI. 

La  pureté  et  l'humilité  doivent  être  le  diadème  qîiii 
orne  le  front  d'une  femme. 

XXYH. 

L'innocence  est  le  lustre  de  l'autre  monde  qui  orne  le 


PENSEES   DES    ESPRITS.  271 

front  pur  de   l'enfant,  mais  la  poussière   des  années 
l'efface. 

^  XXVIII. 

L'humilité  est  la  couronne  immortelle  que  Dieu  n'ac- 
corde qu'aux  cœurs  qu'il  a  su  attirer  à  lui. 


XXIX. 

L'humilité  est  la  première  vertu  chrétienne,  mais  cette 
vertu  n'exclut  point  une  certaine  fermeté  pleine  de  di- 
gnité, surtout  dans  les  rapports  avec  les  gens  du  monde. 

XXX. 

Que  l'humilité  soit  le  miel  qui  enveloppe  l'aiguillon 
de  tes  paroles  ! 

XXXI. 

Le  symhole  de  l'humilité  est  le  muguet  qui,  tout  en  se 
cachant  entre  deux  grandes  feuilles,  répand  dans  l'air 
les  parfums  les  plus  doux  et  les  plus  suaves.  Il  en  est  de 
même  du  chrétien,  qui,  tout  en  restant  humhle,  doit 
remplir  le  monde  de  ses  bonnes  œuvres. 

XXXII. 

L'humilité  est  la  base  de  la  véritable  grandeur  d'âme; 
les  grandes  choses  se  sont  accomplies  par  elle  et  les  pe- 
tites par  l'orgueil. 

XXXIII. 

Le  vertige  de  l'orgueil  tourne  la  sagesse  en  folie. 


27^  .CHAPITRE   XXV. 

XXXIV. 

La  llatterie  gâte  de  son  venin  le  cœur  du  plus  juste 
qui  marche  dans  l'éclat  de  la  pourpre. 

XXXY. 

On  s'efforce  d'orner  les  couronnes  de  faux  bijoux,  sans 
penser  qu'il  n'y  en  a  qu'un  seul  véritable  pour  un  mo- 
narque, qui  est  la  justice. 

XXXYI. 

L'ambition  est  le  vice  qui  fait  souffrir  le  plus  dans 
l'autre  monde,  parce  que  là  il  n'y  a  plus  de  trônes  ni  de 
portefeuilles  ministériels  à  conquérir.  Il  n'y  a  là-bas  ni 
prince,  ni  roi,  ni  puissant,  ni  impuissant,  mais  tous  sont 
des  mendiants  de  Dieu, 

XXXVII. 

Le  cœur  le  plus  pur  porte  encore  la  rouille  de  l'ariibi- 
tion  et  de  l'égoïsme. 

XXXVIII. 

Dans  le  courant  des  siècles,  la  justice  a  changé  plus 
souvent  que  le  vêtement  ;  la  folie  est  dorée  et  l'injustice 
couronnée. 

XXXIX. 

Un  noble  cœur  ne  s'humilie  jamais  devant  celui  qui  a 
opprimé  l'indépendance  et  la  liberté  de  sa  patrie. 

XL. 

Le  désintéressement  est  le  sceau  de  la  noblesse  du 
cœur. 


PENSÉES  DES   ESPRITS  273 

XLI. 

La  franchise  est  la  voie  du  juste,  mais  souvent  elle  l'a- 
mène aux  bords  du  Styx,  en  lui  attirant  la  disgrâce  des 
Grands  de  ce  monde 

XLTI. 
La  perfidie  est  le  sceau  du  monde. 

XLIIL 

Le  méchant  est  toujours  sûr  des  faveurs  du  monde. 

XLIV. 

Le  bonheur  relâche  le  frein  de  la  force. 

XLY. 

Les  adversités  fortifient  un  noble  cœur. 

XLVL 

La  mort  du  juste  est  préférable  à  la  vie  du  méchant. 

XLYIL 

L'homme  qui  diffère  toujours  à  faire  le  lûen  est 
comme  le  marais  du  désert. 

XLVIIL 

La  fermeté  du  cœur  ressemble  h  la  mer  dans  le  calme 
d'une  soirée  d'été. 

XLIX. 

La  faiblesse  du  cœur  est  la  pnnition  des  lâches. 


274  CHAPITRE  XXV  r 

L. 

La  sécheresse  du  cœur  est  le  plus  grand  mal. 

U. 

La  haine  ne  prend  racine  que  dans  les  cœurs  étroits, 
et  la  colère  ne  trouve  son  aiguillon  que  dans  les  petits 
esprits. 

LU. 

La  colère  de  l'homme  est  comme  la  rivière  qui  dé- 
borde. 

Lin. 

Le  cœur  de  l'homme  est  un  abîme  de  folie. 

LIV. 

La  plus  grande  folie  du  cœur  est  la  crainte  de  revivre 
dans  le  monde  des  Esprits. 

LV. 

L'insensé  s'occupe  des  choses  du  néant. 

LYL 

L'homme  de  paille  reste  toujours  à  la  hauteur  (ki 
fouet. 

LYIL 

L'esclavage  do  l'esprit  est  le  sceau  de  l'infamie. 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  .275 

LVIII. 

La  discorde,  cette  corne  du  diable,  est  le  triste  fruit 
de  l'égoïsme  et  de  l'avarice. 

LIX. 

L'avarice  est  le  nœud  gordien  du  diable. 

LX. 

La  loyauté  doit  être  la  base  d'un  homme  vertueux, 
elle  est  la  souche  de  tout  bien. 

LXL 

La  délicatesse  exquise  porte  dans  son  sein  les  fleurs 
de  la  générosité. 

LXIL 

La  douceur  n'est  que  le  fruit  délicieux  d'un  cœur 
gouverné  par  les  dieux. 

Lxm. 

La  force  du  cœur  est  une  vertu  qui  provient  des 
Anges. 

LXIV. 

0  justice,  vérité,  charité  !  manteau  royal  du  divin 
maître  !  que  vous  êtes  difficiles  à  vous  incarner  dans 
l'humanité  ! 

LXV. 

La  justice  est  le  casque  du  sage. 


276  THAPITRE    XXV. 

LXYI. 

La  rharité  est  le  sceau  de  rimmortalité. 

LXYII. 

Le  véritable  dévouement  est  un  trésor  inépuisable. 

LXVIIL 

La  vérité  est  le  langage  des  Anges. 

LXIX. 

Le  brouillard  des  sens  enveloppe  si  bien  les  hommes, 
qu'ils  ne  savent  guère  distinguer  l'hypocrisie  delà  vérité . 

LXX. 

La  justice  est  la  première  source  de  la  sagesse. 

LXXL 

La  recherche  de  la  vérité  est  la  première  condition  de 
la  sagesse. 

LXXIL 

La  modération  est  la  règle  du  sage. 

LXXIIL 

Le  miel  que  les  abeilles  de  l'Hymettus  travaillent  n'est 
pas  plus  délicieux  que  la  parole  du  sage. 

LXXIV. 

La  sagesse  de  l'homme  passe  comme  l'éclair  devant  le 
regard  de  l'Eternel. 


PEI^SÉES   DES   ESPRITS.  277 

LXXV. 

L'éternité  est  le  soleil  suprême  qui  attire  tout  cœur 
bien  né. 

LXXYl. 

Le  stoïcien  savait  fuir  le  monde,  mais  le  disciple  de 
Pytliagore  savait  le  souffrir;  l'un  avait  cueilli  le  fruit  de 
la  sagesse  pendant  que  l'autre  jouait  avec  la  Heur, 

LXXYIL 

Regardez,  ô  hommes  !  l'aigle  s'élevant  dans  les  airs  ; 
il  tend  vers  les  hauteurs  de  la  sagesse,  laissant  derrière 
lui  les  abimes  de  la  folie.  Le  sage  lui  ressemble,  si  su 
tète  ne  tourne  point  vers  la  terre. 

LXXYIIL 

Celui  à  qui  l'abîme  est  découvert,  et  qui  étend  l'ai- 
guillon sur  le  vide,  sait  remplir  de  grâces  les  profondeurs 
du  cœur  de  l'homme. 

LXXLX. 

Le  courage  est  la  cuirasse  du  sage. 

LXXX. 

La  justice  et  l'amour  sont  les  armes  de  Dieu. 

LXXXL 

Le  véritable  sacrilice  ne  doit  se  rapporter  qu'à  Dieu. 


278  CHAPITRE    XXV. 

LXXXII. 

La  crainte  de  l'Eternel  est  la  base  de  toute  action  gé- 
néreuse . 

LXXXIII. 

La  dignité  est  le  sceau  de  la  noblesse  du  cœur. 

LXXXIV. 

La  jeunesse  du  vieillard  est  le  fruit  de  la  sagesse. 

LXXXY. 

Les  scènes  de  la  vie  se  passent  comme  l'ombre  qui 
fuit  le  soleil. 

LXXXVL 

Les  plaisirs  terrestres  ne  renferment  que  des  douleurs 
et  des  regrets.  Il  n'y  a  que  la  vie  d'outre-tombe  qui  nous 
apporte  des  joies  célestes;  car  tout  ce  qui  est  pure- 
ment spirituel  est  éternel. 

LXXXVIL 

Nous  avons  reçu  la  vie  en  larmes ,  mais  nous  la 
rendons  dans  la  joie;  lorsque  la  terre  nous  voit  pour  la 
première  fois,  son  contact  sinistre  produit  un  cri,  et 
quand  elle  nous  lâche,  c'est  encore  un  cri,  mais  un  cri 
de  joie* 

LXXXVIIL 

Les  maux  poursuivent  l'homme  ici-bas  dès  le  berceau 
jusqu'à  la  tombe. 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  279 

LXXXIX. 

Après  la  mort,  les  maux  cessent,  mais  dans  l'autre  vie 
le  mal  commence  pour  Tliomme  sans  intelligence. 

XC. 

Le  sage  tend  son  bras  au  delà  du  Styx  ;  le  fou  ne  con- 
sidère que  le  vêtement  grossier  qui  tombe  dans  la 
barque  de  Caron. 

XCI. 

La  paix  est  le  sceau  que  TAnge  d'outre- tombe  met 
sur  le  front  des  élus. 

XCIl. 

La  royauté  du  cœur  est  le  don  du  génie. 

XGIII. 

Un  rayon  d'espérance  luit  encore  dans  l'enfer,  grâce 
à  l'amour  infini  de  Dieu. 

XCIV. 

La  miséricorde  est  la  balance  de  Dieu* 

XCY. 

Les  ruisseaux  de  la  grâce  divine  ne  tarissent  pas 
d'une  éternité  à  l'autre. 

XCVL 

La  grâce,  c'est  l'initiative  de  Dieu  dans  l'œuvre  du 
salut* 


280  CHAPITRE   XXV. 

XGVII. 

* 

Le  don  le  plus  parfait  de  Dieu,  c'est  le  Saint-Esprit. 
Ceux  qui  entendent  cet  appel  du  Père  éternel  sont  ses 
enfants. 

XCYlll. 

Cette  initiative  primitive  de  Dieu,  cet  appel  du  Père 
ou  le  Saint-Esprit,  renferment  tous  les  dons  spirituels. 

XCIX. 

La  grâce  de  Dieu  est  j^ratuite,  mais  elle  doit  être  assi- 
milée par  riiomme,  afin  de  lui  donner  accès  dans  son 
être. 

C. 

La  charité  est  le  suprême  don  de  l'Ange  de  l'alliance. 
Notre  Seigneur  bien-aimé  ;  elle  est  forte  comme  la  mort, 
et  plus  forte  que  les  remparts  de  l'enfer. 

CL 

Toutes  choses  sont  possibles  au  croyant,  et  rien  n'est 
impossible  à  celui  qui  croit  en  la  vertu  du  saint  nom  du 
Christ. 

CIL 

Si  toutefois  quelque  chose  vous  semble  impossible, 
pensez  que  la  bouche  qui  n'a  jamais  menti  a  prononcé 
ces  paroles  de  vérité  :  Ce  qui  est  impossible  aux  hom- 
mes, est  possible  en  Dieu  et  par  lui. 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  281 


cm. 


La  prière  est  la  pointe  de  l'épée  qui  perce  même  le 
cœur  de  Dieu. 

CIV. 

C'est  la  prière  fervente  seule  qui  puisse  tléchir  le  cœur 
de  Dieu. 

CY. 

La  prière  est  le  grand  véhicule  du  monde  spirituel  et 
surnaturel. 

CVL 

La  prière  est  la  pierre  de  touche  de  Thomme  d'esprit. 

CYIL 

.  La  vaillance  dans  la  prière  est  la  plus  belle  vertu  de 
la  foi  en  Jésus -Christ,  que  TEsprit-Saint  du  Père  Eternel, 
ce  consolateur  permanent,  puisse  vous  donner. 

cvm. 

Dieu  lui-même  a  mis  le  sceau  de  sa  grâce  sur  le  front 
des  Mciyes^  ces  représentants  de  la  Reine  des  sciences^  en 
leur  révélant  le  premier  la  naissance  de  l'Enfant  conçu 
par  la  vertu  de  son  Saint-Esprit. 

CIX. 

Le  spiritualisme  est  la  seule  science  qui  vaut  encore 
quelque  chose  dans  l'autre  vie,  qui  est  la  vie  véritable. 

21 


282  CHAPITRE   XXV 

GX. 

L'essence  du  spiritualisme  consiste  clans  la  conviction 
intime  que  le  monde  surnaturel  des  causes  invisibles, 
dont  l'âme  de  l'homme  fait  partie,  a  des  rapports  in- 
times et  continuels  avec  le  monde  matériel  des  effets 
visibles,  grâce  au  gouvernement  universel  de  la  Pro- 
vidence. 

CXI. 

Les  miracles,  loin  de  déroger  aux  lois  de  la  nature,  ne 
sont  qu'une  condition  nécessaire  de  l'organisation  de 
l'univers. 

CXIL 

Les  miracles  ne  manifestent  que  la  puissance  de  l'Es- 
prit sur  la  matière,  en  suspendant  jusqu'à  une  certaine 
limite  les  effets  de  ses  forces  inertes. 

cxin, 

L'univers  est  un  livre  immense,  dans  lequel  les  Séra- 
phins les  plus  élevés  n'ont  pas  encore  lu* 

CXIV, 

La  seule  science  digne  de  ce  nom  ne  fait  qu'admirer  là 
grandeur  de  Dieu  dans  les  lois  de  la  nature. 

cxv. 

La  science  des  anciens  était  une  œuvre  complète  : 
elle  embrassait  aussi  bien  les  causes  ({ue  les  effets;  elle 


PENSÉES    DES    ESPRITS.  283 

était  la  science  des  rapports  du  monde  des  Esprits  et  du 
monde  des  corps,  tandis  que  nos  Académies  l'ont  réduite 
à  une  partie  mesquine  et  étroite,  à  la  matière  seule, 

GXYI. 

Les  savants  modernes  ont  rejeté  du  sanctuaire  des 
sciences  le  plus  beau  fleuron,  l'étude  de  l'âme  et  du 
monde  des  causes  surnaturelles  et  invisibles. 

GXYII. 

Le  mérite  de  nos  esprits  forts  consiste  à  ne  rien  savoir 
et  à  douter  de  tout,  de  Dieu,  du  bonheur  présent  et  de  la 
vie  future, 

cxvm. 

Nos  savants  ne  s'aperçoivent  pas  que  lesprit  vraiment 
fort  ne  reste  pas  dans  la  petite  sphère  des  choses  sensi- 
bles, mais  qu'il  se  porte  dans  la  région  des  êtres  imma- 
tériels pour  étudier  dans  cette  région,  nullement  imayi- 
nuire  et  très  subsistante^  la  nature  et  le  pouvoir  de  ceux 
qui  l'habitent. 

CXIX. 

Le  matérialisme  règne  aujourd'hui  en  souverain  ab- 
solu sur  la  terre  ;  on  se  fait  un  devoir  de  douter  de  ce 
qui  n'est  point  matériel  ni  susceptible  d'être  analysé  par 
la  ehimie. 

GXX. 

L'incrédulité  a  jeté  de  nos  jours  des  racines  beaucoup 


284  CHAPITRE   XXV. 

plus  profondes  que  dans  l'antiquité.  L'ère  corrompue 
des  Césars  de  Rome  même  ne  perdit  jamais  la  foi  reli- 
gieuse à  ce  degré. 

CXXI. 

Les  protestants  n'acceptent  plus  les  miracles;  quant 
aux  catholiques,  dont  la  doctrine  est  pure,  ils  ne  la  pra- 
tiquent guère.  C'est  pour  cette  raison  que  le  miracle  du 
diacre  Paris  a  eu  lieu,  pour  leur  prouver  que  les  cadavres 
sans  vie  peuvent  opérer  plus  qu'eux. 

CXXIL 

C'est  un  fait  constaté  par  l'histoire  de  l'humanité,  que 
la  grande  plaie  de  l'antiquité  consistait  dans  la  tendance 
iiu  polythéis7ne,  tandis  que,  de  nos  jours,  l'humanité  est 
tombée  dans  l'excès  du  matérialisme, 

CXXIIL 

Depuis  que  la  sagesse  a  déserté  le  monde,  les  fous  ai- 
ment à  la  couvrir  du  voile  de  la  poésie.  Le  divin  Platon 
lui-même,  hélas  î  passe  de  nos  jours  pour  un  poète  rem- 
pli d'illusions. 

CXXIV. 

Le  magnétisme  est  Y  aurore  de  la  science,  mais  le  spi- 
ritualisme en  est  le  soleil  levant. 

cxxv. 

Le  spiritualisme  moderne  n'est  qu'un  écho  bien  affai- 
bli de  la  mélodie  suave  des  joyeuses  phalanges  d'Anges 
qui  s'apprêtent  à  chanter  le  réveil  de  Thumanité. 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  285 

CXXYI. 

La  foi  à  l'immortalité  est  l'aurore  d'outce-tombe  qui 
reluit  dans  ce  bas  monde- ci. 

CXXVII. 

L'espérance  nous  amène  au  seuil  de  l'éternité. 

CXXVIIL 

L'espérance,  cette  flamme  céleste,  est  la  vue  déjà  de 
la  vie  éternelle  en  toi,  Dieu  puissant  et  magnifique  ! 

CXXIX. 

Les  manifestations  surnaturelles  des  Esprits  déchi- 
rent le  voile  entre  la  mort  et  la  vie. 

cxxx. 

La  prison  du  corps  est  la  plus  pénible  pour  un  cœur 
généreux  tendant  à  l'immortalité. 

CXXXL 

Le  désir  ardent  de  déchirer  le  voile  qui  nous  cache  la 
Divinité  est  l'échelle  avec  laquelle  on  monte  au  ciel. 

CXXXIL 

La  mort  est  toujours  le  suprême  calice  de  l'homme, 
mais  il  est  adouci  par  celui  qui  l'a  goûté  au  Calvaire. 


286  CHAPITRE    XXV. 

cxxxm. 

La  profonde  conviction  de  rimmortalité  seule  peut 
provoquer  une  mort  sublime. 

CXXXIY, 

La  mort  n'est  plus  un  mystère;  rien  ne  meurt,  tout 
existe  et  ne  fait  que  se  transformer,  Dieii  est  le  Dieu 
d'Abraham,  d'Isaac  et  de  Jacob,  le  Dieu  des  vivants  et 
non  le  Dieu  des  morts  ! 

cxxxv. 

La  mort  est  la  lame  d'épée  de  l'Ange  qui  garde  le 
chemin  de  l'arbre  de  vie  ;  mais  déjà  l'amour  de  Dieu  en 
a  amolli  la  pointe. 

CXXXYL 

Au  moment  de  la  mort,  tout  est  réduit  à  néant,  même 
la  science  ;  il  ne  nous  reste  que  ce  que  nous  avons  fait 
pour  Dieu,  et  c^est  si  peu,  même  dans  la  meilleure  vie  ! 

cxxxvn. 

Dans  l'agonie  de  la  mort,  l'homme,  au  lieu  de  perdre 
sa  connaissance,  n'a  que  trop  de  connaissance,  c'est- 
à-dire  il  a  la  double  connaissance  des  choses  terrestres  et 
invisibles. 

CXXXVIIL 

Quand  les  ténèbres  de  la  mort  couvrent  les  yeux  du 
juste  d'ini    sommeil    paisible,   l'Ange   gardien   de    ses 


PENSEE     DES   ESPRITS.  287 

jours  d'autrefois  lui  ouvre,  par  la  permission  de  la  Pro- 
vidence, l'entrée  dans  les  Iles  des  Bienheureux,  nageant 
éternellement  dans  le  lac  du  nectar  des  immortels,  où, 
délivré  des  soucis  cuisants,  le  juste  coule  une  vie  facile 
et  brillante  de  vertu  dans  des  climats  de  chaudes  ha- 
leines. 

CXXXIX. 

La  mort,  c'est  l'entrée  dans  une  autre  et  meilleure  vie 
dont  V aurore  céleste  illumine  souvent  le  visage  du  mou- 
rant. 

CXL. 

Le  passage  par  la  vallée  de  la  Géhenne  est  un  mo- 
ment bien  pénible  pour  l'homme  ;  il  n'y  a  que  la  miséri- 
corde de  Dieu  qui  puisse  le  raccourcir. 

CXLL 

Eternité  !  on  ne  te  comprend  que  si  l'on  est  entré  par 
ta  porte  sublime  I 

CXLIL 

La  mort,  au  lieu  de  rétrécir  le  cœur,  l'élargit  et  le 
dilate. 

CXLIIL 

Le  désir  plus  ou  moins  vif  est  le  chemin  de  fer  des 
Esprits  qui  les  emporte  par  la  pensée  chez  des  êtres  ché- 
ris, car  la  pensée  d'un  Esprit,  cest  lui-même. 

CXLIY. 

Si  les  hommes  évoquent  les  Esprits,  le  désir  de  leur 


288  CHAPITRE   XXV. 

plaire  les  attire  vers  les  mortels,  la  complaisance  étant 
un  devoir  que  Dieu  lui-même  a  commandé.  La  nécro- 
mancie ou  l'évocation  des  Esprits  est  donc  une  chose 
permise. 

CXLV. 

Dans  le  monde  des  Esprits,  rétat  l'emporte  sur  le  lieu, 
les  Esprits  n'étant  pas  enchaînés  à  un  lieu  comme  les 
hommes. 

GXLYI. 

Les  Esprits  mènent  une  existence  où  le  temps  s'écoule 
dans  l'éternité  et  l'espace  est  renfermé  dans  l'infini, 
comme  la  goutte  de  rosée  se  perd  dans  l'Océan. 

CXLYIL 

Les  Esprits  ne  connaissant  pas  les  distances,  peuvent 
apercevoir  un  grand  nombre  d'états  lieureux  dans  les 
différents  univers,  comme  l'homme  riche,  dans  le  Nou- 
veau-Testament, a  pu  voir  Lazare  dans  le  sein  d'Abra- 
ham, et  comme  déjà  ici-bas  la  voyante  ou  la  somnambule 
lucide  voit  à  distance. 

CXLYIIL 

L'état  ne  dépend  pas  du  lieu  dans  le  monde  des  Es- 
prits comme  chez  les  hommes;  mais  l'état,  grâce  à  la 
pensée,  s'étend  jusqu'à  l'ubiquité  plus  ou  moins  par- 
faite. 

CXLIX. 

Chez  les  Esprits  qui  habitent  un  monde  qui  n'est  pas 
un  lieu  mais  un  état,  une  condition,  il  y  a  identité  de  la 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  '  289 

pensée  et  de  l'être,  le  temps  et  l'espace  étant  anéantis  et 
absorbés  dans  l'éternité  infinie  pour  l'ame  dégagée  de  la 
matière. 

CL. 

L'Ange  de  l'alliance,  en  parcourant  les  cieux  et  les 
enfers,  y  a  captivé  tout  ce  qu'il  y  avait  de  noble  dans  les 
sphères  de  l'univers.  Il  a  essuyé  les  larmes  et  il  a 
répandu  la  joie  parfaite. 

CLL 

Grâce  à  la  sympathie,  cette  attraction  morale,  un  es- 
prit plus  parfait  attire  un  autre  moins  parfait  vers  lui  en 
faisant  progresser  ce  dernier  plus  vite  dans  la  voie  de  la 
perfection. 

CLIL 

Le  séjour  rayonnant  de  bonheur  que  la  grâce  de  Dieu 
a  conquis  aux  Esprits  bienheureux  ne  leur  fait  du  plai- 
sir qu'en  pensant  que  tous  ceux  qui  seront  sauvés  par 
cette  puissance  et  cette  bonté  inouïe  en  hériteront. 

CLIIL 

L'état  paradisiaque  ne  sera  révélé  qu'à  ceux  qui  se- 
ront revêtus  un  jour  de  la  robe  du  Juste  que  le  Seigneur 
nous  a  conquise  sur  le  Golgotha. 

CLIV. 

La  véritable  liberté  de  cœur  ne  consiste  que  dans 
l'obéissance  envers  la  Providence  et  ses  ministres,  les 


290  CHAPITRE   XXV. 

Anges  et  les  Génies,  appelés  les  dieux,  selon  toutes  les 
révélations  religieuses,  y  compris  la  Bible. 

CLY. 

Le  monde  ne  peut  être  libre  que  sous  la  direction  des 
Anges. 

CLYI. 

Le  pivot  des  pensées  des  Séraphins,  c'est  le  salut  des 
êtres  terrestres. 

CLYIL 

Le  meilleur  conseil  que  les  Esprits  puissent  donner 
aux  hommes,  c'est  d'élever  leur  cœur  de  la  terre  au 
ciel. 

cLvm. 

Où  l'immortalité  commence,  le  doute  cesse;  l'âme  en- 
chantée de  voir  briser  ses  chaînes,  s'étonne,  s'émer- 
veille, et  tombe  aux  pieds  de  la  Divinité. 

CLIX. 

Voir  la  face  de  l'Eternel,  c'est  la  vie  contemplative  en 
sa  présence. 

CLX. 

L'Esprit  sort  de  la  main  de  Dieu,  mais  l'âme  est  déjà 
e  commencement  du  brouillard  de  la  terre. 

CLXL 

L'âme  étant  fatiguée  par  les  vicissitudes  de  son  voyage 


PENSÉES   DES   ESPRITS.  291 

temporel,  aspire  à  devenir  E.y)nt,  car  avant  la  mort  elle 
n'est  que  Corps-Esprit. 

CLXII. 

L'âme  se  sépare,  grâce  à  la  mort,  avec  joie,  du  corps 
qu'elle  a  été  obligée  d'animer. 

CLXIII. 

Le  germe  des  esprits  réside  dans  la  Divinité,  dont  la 
volonté  le  détache  de  son  essence  ;  ce  germe,  une  fois 
séparé,  acquiert  une  individualité  indépendante,  laquelle 
ne  dépérit  plus,  Dieu  ne  pouvant  et  ne  voulant  pas 
défaire  ce  qu'il  a  fait. 

CLXIV. 

L'esprit,  c'est-à-dire  la  lumière,  une  fois  donnée  au 
commencement  du  monde,  ne  fait  que  se  transformer  par 
une  infinité  de  différents  habillements  qui  ne  sont  qu'au- 
tant de  moyens  de  proqrès  à  Vinfini. 

GLXY. 

Les  Esprits  ne  sont  que  des  formes  multiples  et  indi- 
vidualisées d'un  seul  grand  Esprit. 

CLXVI. 

Comme  l'embryon  dans  la  matrice,  ainsi  a  reposé  au 
commencement  l'Esprit  de  l'homme  au  sein  de  la  Divi- 
nité. . 

GLXVIL 

îJiimtf'  de  l'Esprit  provient  de  ce  que  toutes  les  intel- 


292  CHAPITRE    XXV. 

ligences  conçoivent  par  la  seule  et  unique  intelligence 
de  Dieu. 

CLXVIII. 

Il  n'y  a  qu'un  seul  qui  est  l'Alpha  et  l'Oméga,  et  le 
commencement  et  la  fin  touchent  à  l'Être  universel . 


CONCLUSIONS.  293 


CONCLUSIONS. 


Il  semble  que  notre  tâche  soit  remplie;  nous  avons 
prouvé  dans  la  \)Yemihre  partie  de  ce  \o\uuie,[a Réalité  du 
monde  surnaturel  des  Esprits,  par  la  voie  expérimentale, 
c'est-à-dire  par  un  grand  nombre  d'expériences  répé- 
tées, de  récriture  directe  des  Esprits,  en  présence  de  cinq 
cents  témoins  sains  d^ esprit  et  de  corpus.  Néanmoins  nous 
ne  nous  sommes  pas  contentés  de  la  démonstration  ex- 
périmentale, bien  qu'un  fait  soit  plus  brutalement  con- 
cluant que  toutes  les  théories  et  tous  les  raisonnements. 
C'est  pourquoi  nous  avons  eu  recours,  dans  la  seconde 
partie  de  ce  volume,  à  r opinion  de  quarante  siècles,  dont  le 
témoignage  presque  unanime  confirme  également  la  réa- 
lité d'un  monde  invisible  de  purs  Esprits,  d'oii  émanent  les 
révélations  religieuses  et  les  enseignements  moraux.  Cette 
ébauche  a  donc  jeté  les  premiers  fondements  de  la  grande 
science  du  Spiritualisme  ou  de  la  Pneumatologie  positive. 
Si  nous  ne  nous  faisons  pas  illusion,  l'heure  de  la  défaite 
délinitive  du  matérialiame  et  du  scepticisme  rationaliste 
de  nos  prétendus  savants  modernes, va  bientôt  sonner. Dé- 
sormais il  faudra  rayer  un  siècle  tout  entier  de  ténèbres 
sur  toute  la  création  invisible.  Tous  les  livres,  écrits  du- 
rant ce  laps  de  temps,  sur  le  véritable  sens  de  l'antiquité, 
sur  les  oracles  et  sur  les  inspirations  des  grands  hom- 


294  CONCLUSIONS. 

mes  de  Fliistoire  vont  devenir  illisibles,  car  ils  partent 
tous  d'une  base  fausse,  l'absence  de  ce  merveilleux  dont 
nous  venons  de  démontrer  la  réalité.  La  haute  autorité  de 
la  Bible  sera  plus  que  jamais  raffermie ,  non-seulement  au 
point  de  vue  religieux  et  moral,  mais  encore  au  jjoiîit  de 
vue  scientifique.  Désormais  nul  n'osera  contester  que  la 
Bible  ne  soit  le  seul  livre  qui  satisfait  à  tous  nos  besoins 
religieux,  moraux  et  intellectuels. 

Il  en  est  de  même,  bien  qu'à  un  moindre  degré,  des 
anciennes  traditions  sacrées  de  l'Inde,  de  la  Chine,  de 
l'Egypte,  de  la  Grèce  et  de  Rome,  car  toutes  partent  du 
principe  de  la  Bévélation  et  de  la  Théophanie,  L'étude  des 
poètes  de  l'antiquité  va  surtout  acquérir  une  haute  im- 
portance, la  plupart  des  poètes  reflétant  mieux  les  an- 
ciennes traditions  sacrées  des  temps  primitifs  que  les 
philosophes.  Néanmoins,  la  haute  renom?née  de  Pytha- 
gore^  de  Platon,  du  systèine  dualiste  de  Sayikhya,  de  Go- 
tama,  de  Sankara,  etc.,  etc.,  va  grandir  encore. 

Le  triomphe  prochain  du  spiritualismet  devrai  donc 
remplir  de  joie  les  cœurs  de  tous  les  hommes  religieux  ; 
mais,  malheureusement,  il  n'en  est  pas  de  même.  Nos 
prétendus  chrétiens  orthodoxes,  aveuglés  par  la  Démo- 
nophobie,  regrettent  la  défaite  du  Matérialisme,  de  cet 
adversaire  acharné  de  toutes  les  religions.  En  vérité,  on 
ne  saurait  s'imaginer  cette  démence  du  parti  orthodoxe. 
M.  de  Mirville,le  représentant  le  plus  érudit  de  la  démo- 
nophobie  moderne,  s'écrie,  le  cœur  navré,  dans  sa  Pneu- 
matologie,  qui  n'est  qu'une  démonologie  (des  Esprits  et 
de  leurs  manifestations  fluidiques,  pag;  447)  : 

«  Le  matérialisme  est  vaincu  :  ynais  à  quel  prix  peut- 
ii  être?  »  M.  de  Mirville  traite  même  le  spiritualisme 
américain  de  fléau  (des  Esprits,  etc.,  p.  444)  ;  il  redouté 
te  retour  des  dieux  du  paganisme! !  !  (Par  le  moyen  du 


CONCLUSIONS.  295 

spiritualisme  inodenie.)  Cet  auteur  ne  soupçonne  pas  que 
la  2^ laie  morale  de  notre  société  consiste  dans  le  penchant 
au  matérialisme,  et  nullement  dans  les  tendances  poly- 
théistes. Certes,  s'il  y  a  de  nos  jours  quelques  velléités 
polythéistes,  on  ne  les  rencontre  que  dans  I'Eglise  ro- 
maine, qui,  naguère,  vient  de  proclamer  Marie  (Mère  de 
Dieu  !  !  et  Reine  du  ciel  !)  Déesse!  !  !... 

On  sait  que  la  doctrine  de  la  Trinité,  ce  trithéisme  des 
trois  prétoidites personnes  de  la  Divinité,  ainsi  que  le  culte 
des  saints  et  des  saintes,  canonisés  par  la  cour  de  Rome, 
renferme  également  des  germes  polythéistes.  En  effet,  le 
parti  prêtre  et  orthodoxe  démontre  d'une  manière  évidente 
son  incapacité  radicale  de  guérir  les  maux  moraux  de 
notre  société,  puisqu'il  ne  sait  pas  même  où  est  le  siège 
du  mal  de  nos  jours?  Les  prêtres,  aveuglés  par  la  démo^ 
nophobicy  ne  voient  pas  oii  est  le  danger.  Que  penser  de 
médecins,  si  dépourvus  du  coup  d'œil  diagnostique? 

On  sait  que  le  Christ  lui-même  a  dit,  dans  le  fameux 
discours  sur  la  montagne,  que  le  sel  qui  perd  sa  saveur 
ne  vaut  plus  rien,  |qu'à  être  jeté  dehors  et  foulé  des 
hommes.  (Saint  Mathieu,  chap.V,  v.  13.) 

Il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  que  le  clergé  orthodoxe 
de  tous  les  cultes  chrétiens  ait  perdu  le  sceptre  de  la 
science,  qu'il  ait  laissé  mettre  en  lambeaux  le  saint  dra- 
peau du  Christ,  par  les  savants  sceptiques  et  matéria- 
listes de  notre  siècle.  Aujourd'hui,  au  lieu  de  tendre  la 
main  aux  spiritualistes  modernes,  pour  terrasser  le  scep- 
ticisme et  le  matérialisme  de  nos  prétendus  savants,  les 
prêtres  et  les  pasteurs  repoussent  encore  ce  secours 
inattendu  que  le  ciel  leur  envoie.  Ces  dignes  succes- 
seurs des  anciens  Pharisiens  vont  jusqu'à  regretter  la 
chute  prochaine  de  ce  matérialisme  hideux  qui  a  dé- 
truit la  haute  autorité  de  la  Bible,  en  bafouant  sans  cesse 


296  CONCLUSIONS. 

depuis  une  centaine  d'années  le  divin  Martyr  du  Cal- 
vaire, cet  Archange  de  la  face  de  l'Eternel  lui-même I... 

Quant  à  nous,  spiritual istes,  tout  en  regrettant  cet 
aveuglement  insensé  du  parti  orthodoxe  de  toutes  les 
sectes  chrétiennes,  nous  nous  réjouissons  de  la  chute  du 
matérialisme,  ce  règne  de  Satan  par  excellence  ! 

Nous  sommes  intimement  convaincus  que  le  triomphe 
linal  du  spiritualisme  entraînera  avec  lui  le  rétablisse- 
ment complet  de  l'autorité  de  la  Sainte-Écriture,  cette 
parole  de  Dieu  qui  renferme  la  plus  haute  sagesse  ré- 
vélée aux  hommes  par  la  disposition  des  Anges  de  l'É- 
ternel; nous  remercions  donc  Dieu  d'avoir  daigné  con- 
fier à  l'humanité  un  excellent  moyen  de  combattre  le 
génie  du  mal^  en  entonnant  l'hymne  sublime  de  Jésus 
Sirach  (Ecclésiastique,  XXXYI,  1,2,6,  7,  9,  10, 16,  17, 
18,  19)  : 

1 .  ((  0  Seigneur  !  Dieu  de  toutes  choses,  aie  pitié  de 
»  nous,  et  nous  regarde!  » 

2.  «  Et  répands  ta  terreur  sur  toutes  les  nations  qui  ne 
»  t'honorent  point,  afin  qu'elles  connaissent  qu'il  n'y  a 
»  point  d'autre  Dieu  que  toi,  et  qu'elles  racontent  tes 
»  œuvres  magnifiques  !  » 

6.  «  Renouvelle  les  'prodiges,  et  change  les  miracles.  » 

7.  ((  Montre  la  gloire  de  ta  main  et  ton  bras  droit,  afin 
))  qu'ils  publient  tes  faits  merveilleux.  )) 

9.  ((  Détruis  l'adversaire,  et  mets  en  pièces  l'ennemi.  » 

10.  ((  Hâte  le  temps,  et  souviens-toi  de  ton  serment, 
))   afin  qu'on  raconte  tes  merveilles  î  » 

16.  «  Remplis  Sion,  afin  qu'elle  magnifie  tes  oracles; 
»  remplis  ton  peuple  de  ta  gloire.  » 

17.  «  Rends  témoignage  à  ceux  qui  ont  été  ton  héri- 
»  tage  dès  le  commencement,  et  suscite  des  prophètes 
»  en  ton  nom.  » 


CONCLUSIONS.  297 

18.  c<  Donne  la  récompense  à  ceux  qui  s'attendent  à 
»  toi,  et  fais  qu'on  ajoute  foi  à  tes  prophètes.  » 

19.  «Ecoute,  Seigneur,  les  prières  de  tes  serviteurs, 
»  et  conduis-nous  dans  la  voie  de  justice,  et  tous  les  ha- 
»  tants  de  la  terre  connaîtront  que  le  Seigneur  est  le  Dieu 
»  éter^iel.  » 


n 


298  UNE   APPARITION. 


UNE   APPARITION 


AU     MOIS     DE     MARS     1854 


Nous  avons  promis,  page  xvi,  en  parlant  du  livre  re- 
marquable de  M.  Dale  Owen,  intitulé  :  Footfalls  on  the 
hoimdanj  of  another  ivorld,  de  donner  la  traduction  de 
l'apparition  que  l'auteur  de  cette  Pneumatologie  a  eue  au 
mois  de  mars  1854,  et  que  M.  Daie  Owen  a  recueillie  de 
sa  bouche  même,  à  la  date  du  11  mai  1859. 

a  En  mars  1854,  le  baron  de  Guldenstubbé  demeurait 
seul  à  Paris  dans  un  appartement  du  premier,  23,  rue 
Saint-Lazare.  Le  16  de  ce  mois,  il  revenait  après  mi- 
nuit d^un  grand  bal  du  faubourg  Saint-Honoré  chez 
M.  de  Tourgueneti'  (Nicolas)  ;  il  voulait  se  retirer  de 
suite  dans  sa  chambre  à  coucher,  mais  étant  encore  trop 
agité,  il  alluma  sa  bougie  et  se  mit  à  lire  au  lit;  mais 
bientôt  son  attention  était  distraite  de  la  lecture  par  une 
secousse  électrique,  qui  peu  à  peu  se  répétait  huit  ou 
dix  fois  ;  cette  sensation  étrange  éloignait  toute  dispo- 
sition au  sommeil  :  il  se  levait,  s'enveloppait  d'une  robe 
de  chambre  chaude,  et  allait  au  salon  à  côté  pour  y  ral- 
lumer son  feu.  Rentrant  peu  après  dans  sa  chambre  à 
coucher,  sans  lumière,  pour  chercher  son  mouchoir,  il 
observa,  au  rayon  de  la  lumière  provenant  par  la  porte 
ouverte  du  salon,  juste  devant  la  chemiaée  sans  feu  de 


UNE    APPARITION.  299 

la  chambre  à  coucher  située  vis-à-vis  de  la  porte  d'en- 
trée, quelque  chose  comme  une  colonne  vaporeuse  de 
couleur  grisâtre ,  un  peu  lumineuse.  Son  attention  se  fixa 
un  moment  sur  cette  étrange  colonne,  mais  pensant  que 
c'était  un  retlet  des  réverbères  de  la  grande  cour,  il  ne 
s'y  arrêta  point  et  retourna  au  salon. 

»  Quelque  temps  après,  comme  le  feu  n'allait  pas  trop 
bien  dans  la  cheminée  du  salon,  il  rentra  dans  la  cham- 
bre à  coucher,  pour  y  chercher  du  fagot.  Cette  fois-ci, 
l'apparition  devant  la  cheminée  de  la  chambre  à  cou- 
cher lixa  son  attention.  La  colonne  s'était  agrandie  et 
s'élevait  jusqu'au  plafond  qui  avait  12  pieds  de  hauteur. 
Sa  couleur,  de  grise  était  devenue  bleue,  de  ce  bleu  à^al- 
cool  en  feu^  et  plus  éclatante  qu'auparavant.  Au  moment 
où  le  baron  la  regardait  avec  surprise,  elle  augmentait 
d'éclat  et  graduellement  prenait  la  figure  d'un  homme. 
Les  contours  étaient  d'abord  vagues^  et  la  couleur  bleue, 
comme  la  colonne,  seulement  d'une  teinte  plus  sombre. 
Le  baron  prenait  toute  l'apparition  j)Our  une  hallucina- 
tion, mais  continuait  de  l'examiner  avec  attention  dans 
une  distance  d'à  peu  près  treize  à  quatorze  pas.  Peu  à 
peu  les  lignes  extérieures  de  cette  figure  deviennent  plus 
accusées,  les  traits  se  forment  et  le  tout  prend  la  cou- 
leur de  la  chair  humaine  et  enfin  de  nos  vêtements.  En 
définitive,  l'intérieur  de  la  colonne  présente  la  figure 
d'un  oieillard  de  grande  taille^  ayant  le  teint  frais,  les 
yeux  bleus,  les  cheveux  blancs  comme  neige ^  ainsi  que  les 
favoris  ;  mais  sans  barbe  ou  moustache,  et  d'une  tenue 
assez  soignée,  portant  cravate  blanche  et  gilet  blanc, 
un  col  de  chemise  roide  et  haut  et  un  long  habit  noir, 
ouvert  et  rejeté  sur  la  face  des  épaules,  comme  le  font 
les  personnes  corpulentes  qui  ont  trop  chaud,  et  parais- 
sant s'appuyer  sur  une  forte  carme  blanche.  Quelques 


300  UNE    APPARITION. 

minutes  après,  la  figure  sortit  de  la  colonne  et  s'avaiiçii, 
paraissant  flotter  lentement  au  travers  de  la  chambre 
jusqu'à  trois  pieds  du  point  où  se  tenait  le  baron  étonné; 
là  elle  s'arrêta,  présentant  sa  main  en  manière  de  saluta- 
tion et  s'inclina  légèrement.  Le  premier  mouvement  du 
baron  fut  de  tirer  le  cordon  delà  sonnette.  Le  sujet  était 
si  parfaitement  accusé,  si  naturellement  matériel,  qu'il 
pouvait  à  peine  se  défendre  de  la  pensée  qu'un  étran- 
ger s'était  introduit  chez  lui,  car  ses  traits  lui  étaient 
tout  à  fait  inconus  ;  mais  l'âge  et  les  manières  amicales 
du  visiteur  arrêtèrent  sa  main.  De  l'autre  monde  ou  de 
ce  monde-ci,  il  n'y  avait  rien  d'ennemi  ou  de  formidable 
dans  cette  apparition-là. 

))  Un  peu  de  temps  après,  la  figure  alla  vers  le  lit,  en 
face  de  la  cheminée,  à  droite  de  la  porte  d'entrée^  puis  à 
gauche,  retourna  à  la  cheminée,  où  elle  avait  d'abord 
apparu,  puis  elle  s'avança  une  seconde  fois  vers  le 
baron  et  répéta  ces  mouvements  huit  ou  dix  fois.  Le 
baron  n'entendit  ni  son,  ni  voix,  ni  bruit  de  pas.  La 
dernière  fois,  l'Esprit  retourna  vers  la  cheminée,  et, 
faisant  face  au  baron,  il  demeura  stationnaire.  Peu  à 
peu  les  contours  s'affaiblirent,  et,  au  fur  et  à  mesure  que 
la  figure  perdait  de  son  aspect,  la  colonne  se  refaisait 
comme  auparavant,  formant  comme  un  cadre  autour 
d'elle.  Mais  cependant,  à  l'heure  qu'il  était,  en  se  refai- 
sant la  colonne  était  beaucoup  plus  lumineuse,  qu'au- 
paravant, et,  l'éclat  qu'elle  répandait,  permettait  au 
baron  de  lire  dans  une  Bible,  d'impression  perle-am- 
glaise,  qui  se  trouvait  sur  sa  table  de  toilette,  deux  ou 
trois  versets.  Peu  à  peu  la  figure  s'éteignit,  s'élevant 
par  intervalles  comme  une  lampe  qui  finit. 

»  Cette  apparition,  colonne  et  ligure,  a  duré  environ 
dix  minutes,  de  sorte  que  le  témoin  oculaire  de  cette 


UNE   APPARITION.  301 

étrange  apparition  avait  le  temps  nécessaire  de  la  bien 
examiner.  Quand  elle  retourna  à  la  cheminée,  le  baron 
pouvait  très  facilement  en  distinguer  le  dos.  Il  ne  s'en 
effraya  point,  à  la  recherche  qu'il  était,  de  savoir  si  c'é- 
tait une  hallucination  ou  une  réalité  objective.  A  deux 
ou  trois  reprises  dans  sa  vie,  il  avait  eu  des  apparitions, 
moins  distinctes,  il  est  vrai,  et  de  personnes  qu'il  avait 
connues  durant  leur  vie  terrestre,  de  sorte  qu'il  avait 
cru  que  la  cause  en  était  l'imagination  ou  une  impres- 
sion produite  par  l'état  de  son  système  nerveux.  Médi- 
tant sur  ces  matières  occultes,  il  allait  au  lit,  et  quelques 
temps  après,  s'endormait  profondément.  Mais  dans  un 
songe,  la  nnème  figure  se  présentait  à  lui,  dans  les  mêmes 
vêtements  ;  elle  lui  apparut,  assise  auprès  de  son  lit,  lui 
disant  (comme  en  réponse  à  ses  méditations  de  la  veille)  : 

((  Jusqu'à  présent,  vous  n'avez  pas  cru  à  la  réalité  des 
»  apparitions,  que  vous  considériez  seulement  comme 
»  reflets  de  mémoire.  Maintenant,  puisque  vous  avez  vu 
»  un  étranger,  vous  ne  pouvez  pas  voir  en  cela  une  re- 
))  production  de  vos  souvenirs.  »  Le  baron,  en  songe, 
approuva  ce  raisonnement  ;  mais  le  fantôme  ne  lui  donna 
aucune  satisfaction  à  l'égard  de  son  nom  ou  de  ce  qu  il 
avait  été  dans  cette  vie-ci. 

»  Le  lendemain,  rencontrant  la  femme  du  concierge, 
M""'  Mathieu,  qui  avait  l'habitude  de  faire  ses  chambres, 
il  lui  demanda  qui,  avant  lui,  avait  occupé  son  apparte- 
ment, ajoutant  que  la  raison  qui  le  portait  à  faire  cette 
question  était  une  apparition  qu'il  avait  eue  dans  sa 
chambre  à  coucher,  la  nuit  passée.  D'abord,  cette  femme 
paraissait  très  effrayée  et  n'avait  nulle  envie  de  lui  com- 
muniquer quelque  chose  à  ce  sujet;  mais  lorsque  le 
baron  la  pressait  et  l'assurait  que  ce  ne  serait  jamais  une 
raison  pour  lui,  en  homme  éclairé,  de  changer  d'appar- 


302  UNE   APPARITION. 

tement,  ellê^  lui  communiquait,  eu  hésitant,  qu'un  cer- 
tain M.  Caron  y  avait  demeuré  et  y  était  mort  il  y  avait 
environ  deux  ans,  et  (|u'il  avait  autrefois  été  maire  dans 
une  localité  de  la  Champagne;  il  avait  habité  cet  appar- 
tement, en  qualité  de  père  de  la  propriétaire,  lorsqu'un 
coup  d'apoplexie  avait  mis  fin  à  sa  vie  à  peu  près  à  l'âge 
de  soixante  et  quelques  années,  dans  un  couloir  du 
même  appartement,  qui  se  trouvait  entre  la  chambre  à 
coucher  et  la  cuisine.  On  l'avait  transporté  presque  sans 
vie  à  la  chambre  à  coucher,  où  il  était  mort  dans  son 
lit,  qui  occupait  la  même  place  que  celui  du  baron. 

))  La  description  par  cette  femme,  non-seulement  de 
Taspect  personnel  de  ce  mojisieur,  mais  encore  de  son 
costume,  correspondait  de  la  manière  la  plus  exacte  à 
tout  ce  qu'avait  vu  le  baron  :  gilet  hianc,  cravate  hlanche, 
long  frac  noir  qu'il  portait  habituellement,  stature  6^?/- 
dessus  de  la  moyenne,  obèse,  yeux  bleus,  cheveux  et  fa- 
voris blancs,  ne  portant  ni  barbe  ni  moustache.  Le  col 
de  chemise  était  ?m(le  et  droit;  de  plus,  l'habitude  de 
renverser  le  devant  de  son  habit  sur  la  face  de  ses 
épaules  et  une  grosse  canne  blanche.  M"^  Mathieu  lînit 
par  avouer  que  le  baron  n'était  pas  le  seul  qui  avait  vu 
l'apparition  de  M.  Caron.  Une  fois,  une  domestique 
l'avait  vue  dans  l'escalier.  A  elle-même,  il  avait  apparu 
plusieurs  fois  :  une  fois  à  Fentrée  du  salon,  une  autre 
fois  dans  le  couloir  dont  nous  avons  parlé  ci-dessus,  et 
diverses  fois  dans  la  chambre  à  coucher.  Elle  dit  aussi 
au  baron,  qui  l'avait  probablement  remarqué,  qu'elle 
avait  pris  l'habitude  de  faire  ses  chambres  quand  il  y 
était,  au  lieu  de  les  faire  quand  il  était  sorti,  et  que, 
dans  la  crainte  de  le  déranger,  elle  avait  plusieurs  fois 
voulu  s'excuser  là-dessus,  mais  qu'elle  n'avait  su  c{ue 
dire;  la  véritable  raison  de  son  habitude  étant  rie  ne  pas 


UNE   APPARITION.  303 

rester  seule  dans  l'appartement,  de  peur  de  rencontrer 
le  vieux  monsieur,  à  ce  qu'elle  s'exprimait  naïvement. 

»  M™°  ...,  la  fille  de  M.  Caron,  prit  le  parti  de  faire  dire 
des  messes  pour  son  père,  et  il  fut  dit  que,  depuis,  on 
ne  vit  pins  d'apparitions  dans  ces  appartements.  » 


304  EXPLICATION   DES   ÉCRITURES   DIRECTES, 


EXPLICATION 


DBS 


ECRITURES     DIRECTES 


I.  —  Lettre  d'outre-tombe  d'un  ami  de  V auteur,  que 
plusieurs  personnes  ont  reconnu  à  son  écriture.  Cette 
épître  a  été  tracée  en  français,  le  l*''  février  1857  (envi- 
ron deux  ans  après  la  mort  du  défunt),  dans  le  logement 
de  l'auteur. 

II.  —  Figure  qui  a  été  tracée  au  Louvre,  dans  le 
Musée  égyptien,  en  présence  de  plusieurs  témoins,  dans 
la  chapelle  funéraire  dite  de  Cléopâtre,  4  septembre  1862. 

in.  —  Lettre  amicale  d'une  parente  de  V auteur,  morte 
en  1843.  Cette  épitre,  en  allemand,  a  été  tracée  le 
20  février  18o7,  dans  le  logement  de  Fauteur.  Plusieurs 
connaissances  de  la  défunte  ont  reconnu  son  écriture, 
tracée  avec  de  l'encre  bleue. 

lY.  —  Première  écriture  en  français,  soussignée  par 
un  Esprit  que  l'auteur  a  connu  durant  sa  vie  terrestre. 
Les  mots  :  Je  confesse  Jésus  en  chair,  sont  une  réponse 
adressée  par  l'Esprit  au  doute  du  comte  d'Ourches.  Ce 
phénomène  merveilleux  a  eu  lieu,  en  présence  dudit 
comte  d'Ourches,  le  16  août  1856,  à  onze  heures  du  soir, 
dans  le  logement  de  l'auteur. 

V.  —  Figure  magique,  tracée  le  14  août  1856,  dans 


EXPLICATION   DES   ÉCRITURES   DIRECTES.  305 

le  logement  de  l'auteur.  Cette  figure  a  opéré  plusieurs 
guérisons  merveilleuses  et  instantanées. 

VI.  —  Écriture  en  latin,  style  lapidaire,  obtenue  le 
26  août  1856  au  Louvre,  en  présence  du  comte  d'Our- 
ch.es,  près  de  la  statue  d'Auguste,  à  l'angle  de  la  croisée 
de  la  salle  des  Empereurs  romains. 

YTI.  —  Hiéroglyphe  d'Egypte,  tracé  en  présence  du 
comte  d'Ourches,  le  30  août  1856,  près  du  sarcophage 
de  Ramsès  III,  dans  la  salle  Egyptienne  du  Louvre. 

YIII.  —  Première  écriture  en  latin  lapidaire,  obtenue 
en  présence  du  comte  d'Ourches,  au  Louvre,  près  de  la 
statue  de  Germanicus,  le  26  août  I806. 

IX.  —  Écriture  en  latin  lapidaire,  tracée  le  28  août 
au  Louvre,  près  de  la  statue  de  Jules  César,  en  présence 
du  comte  d*Ourches  et  de  plusieurs  autres  témoins. 

X.  —  Écriture  en  latin  lapidaire  près  de  la  statue  in- 
connue, dans  la  salle  des  Empereurs  romains,  en  pré- 
sence du  comte  d'Ourches  et  du  général  de  Brewern,  le 
4  septembre  1856. 

XL  —  Première  écriture  en  anglais  avec  les  initiales 
de  Marie-Stuart,  tracée  en  présence  du  comte  d'Ourches 
et  de  plusieurs  témoins  importants  de  l'ambassade  de 
Prusse,  le  9  septembre,  près  de  la  colonne  de  Fran- 
çois II  à  Saint-Denis. 

XII.  —  Initiales  du  nom  dun  ami  défunt  de  l'auteur, 
tracées  sur  sa  tombe  au  cimetière  Montmartre,  le  14  sep- 
tembre 1856,  en  présence  de  plusieurs  témoins. 

Xin.  —  Ecriture  en  langue  esthonienne,  tracée  par  un 
Esprit,  que  l'auteur  a  connu  durant  sa  vie  terrestre,  le 
i  2  septembre  1856,  dans  le  logement  de  l'auteur,  74,  rue 
du  Chemin  de  Versailles. 

XIV.  —  Ecriture  remarquable,  signée  par  Abélard, 
obtenue  par  l'auteur  sur  la  tombe  de  cet  homme  illustre 


306  EXPLICATION   DES   ÉCRITURES   DIRECTES. 

au  Père-Lachaise,  sur  la  recommandation  [directemen 
écrite)  d'un  Esprit  sympathique,  le  20  janvier  1857. 

XV.  —  Ecriture  allemande  en  vers,  signée  par  le  par- 
rain de  Fauteur.  Cette  épître  a  été  tracée  le  14  janvier 
1857  dans  le  logement  de  l'auteur.  La  parfaite  ressem- 
blance de  la  main  du  défunt  a  été  non-seulement  consta- 
tée par  tous  les  parents  de  l'auteur  et  de  son  oncle,  ledit 
parrain,  mais  encore  par  le  tribunal  civil  de  Fîle  d'Oesel, 
lors  du  voyage  de  l'auteur  et  de  sa  sœur  en  Russie,  au 
printemps  1858. 

XYI.  —  Ecriture  grecque,  tracée  en  présence  de  M.  le 
professeur  Georgii,  de  Londres,  disciple  de  l'illustre 
Lincj,  du  comte  d'Ourches  et  du  baron  de  Voigts-Rlietz, 
le  4  octobre  1856,  dans  le  logement  de  l'auteur,  pour 
prouver  à  tous  que  la  mort  est  vaincue,  et  qu'il  ne  faut 
plus  en  avoir  peur.  T/original  de  cette  écriture  a  guéri 
instantanément  l'auteur  d'une  lièvre  typhoïde  dans  l'an- 
née suivante,  au  printemps  1857. 

XV IL  —Ecriture  de  la  sœur  Louise  de  la  Miséricorde 
[La  Vallière)^  tracée  en  présence  du  colonel  de  Kollmann, 
le  29  décembre  1856,  dans  l'église  du  Val-de-Grâce. 
Nous  rappelons  à  nos  lecteurs  le  songe  remarquable  que 
Louise  de  La  Vallière  avait  eu  dans  ce  cloître  même, 
avant  d'entrer  comme  dame  d'honneur  à  la  suite  de  la 
princesse  Henriette  d'Angleterre,  duchesse  d'Orléans,  et 
dont  Bossuet  parle.  (Voyez  la  vie  de  madame  de  La  Val- 
lière à  la  tête  du  sermon  que  prononça  Bossuet  pour  sa 
profession.) 

XVITL  —  Ecriture  en  français,  tracée  le  10  mars 
1857,  dans  le  jardin  du  petit  Trianon,près  de  la  laiterie. 
L'identité  de  l'écriture  a  été  constatée  par  M.  Lacor- 
daire,  d'après  les  lettres  de  cette  malheureuse  reine  qui 
se  trouvent  encore  dans  les  archives  des  Gobelinsjx  Paris. 


EXPLICATION   DES   ÉCRITURES   DIRECTES.  307 

XIX.  —  Ecriture  grecque,  obtenue  eu  présence  du 
général  baron  de  Brewern,  le  26  décembre  1856,  dans 
le  logement  de  l'auteur. 

XX.  —  Figure  tracée  dans  une  ramette  de  papier, 
toute  neuve  et  cachetée  encore  par  le  marchand,  eh  un 
mot,  dans  un  cahier  tel  qu'il  sort  de  la  boutique,  dans 
le  logement  de  l'auteur,  le  24  décembre  1856.  M.  le  gé- 
néral baron  de  Brewern  y  assista  en  qualité  de  témoin 
oculaire.  M.  le  comte  d'Ourches  et  le  marquis  duPlanty, 
également  invités  à  y  assister,  manquèrent.  On  les 
attendit  jusqu'à  minuit,  mais  à  peu  près  vers  cette 
lieure,  les  meubles  commençant  à  craquer  partout,  le 
médium  se  mit  au  piano  et  ordonna  de  poser,  sur  un 
petit  guéridon,  une  ramette  de  papier  à  lettres,  toute 
neuve,  enveloppée  d'un  papier  jaune  et  cachetée  par  le 
marchand,  que  le  général  de  Brewern  avait  apportée. 
Au  bout  d'un  quart  d'heure,  le  médium  cesse  de  jouer  et 
prie  M.  le  général  de  Brewern  d'ouvrir  la  ramette;  on  y 
trouve  plusieurs  figures^  entre  autres  celle-ci,  ainsi 
qu'une  écriture  grecque,  signée  par  Platon,  une  écri- 
ture latine  signée  par  Ciceron,  et  une  écriture  anglaise, 
signée  par  Spencer, 

XXI.  — Figure  tracée  et  signée  par  saint  Louis,  près 
des  statues  de  sa  famille,  dans  le  caveau  de  la  cathé- 
drale de  Saint-Denis,  le  8  novembre  1856,  en  présence 
du  général  baron  de  Brewern  et  plusieurs  autres  témoins 
importants. 

XXII.  —  Ecriture  allemande,  tracée  par  un  Esprit 
(jue  l'auteur,  ainsi  que  plusieurs  amis  et  parents  du  dé- 
funt, ont  reconnue  à  sa  main,  bien  que  la  signature 
manque.  Ce  phénomène  a  eu  lieu  le  28  décembre  1856, 
dans  le  logement  de  l'auteur. 

XXIII. — Nom  français  tracé  près  du  catafalque  de 


308  EXPLICATION   DES   ÉCRITURES   DIRECTES. 

Louis  XVIU  dans  la  cathédrale  de  Saint-Denis,  en  pré- 
sence du  général  [de  Brewern,  le  jour  de  la  Toussaint 
1856. 

XXI Y.  —  Écriture  grecque^  tracée  en  présence  du 
comte  d'Ourches  et  M.  Ravené  Senior,  le  29  octobre 
1857. 

XXV.  —  Figure  tracée  en  présence  du  général  baron 
de  Brewern  qui  voit  les  différentes  lignes  se  former  sur 
la  feuille  de  papier,  placée  sur  le  bureau  de  l'auteur, 
74,  rue  du  Chemin  de  Versailles,  le  15  novembre  1856. 

XXVI.  '—  Ecriture  pm  langue  7'usse,  tracée  en  présence 
du  général  baron  de  Brewern,  du  prince  Shakowskoi  et 
de  plusieurs  témoins  de  V ambassade  russe,  le  20  novem- 
bre 1857,  dans  le  logement  de  l'auteur. 

XXVII.  —  Ecriture  française  et  figure  étrange,  tracées 
de  l'autre  côté  du  papier  par  rEsprlt  du  fameux  diacre 
Paris,  derrière  le  maître-autel  de  l'Eglise  Saint-Médard, 
où  jadis  son  corps  a  reposé,  avant  la  défense  de  : 

{(  Par  le  roi  à  Dieu, 
»  D'opérer  des  miracles  en  ce  lieu.  » 

Cet  esprit  frappe  d'abord  des  coups  sourds  sous  les 
dalles  de  la  chapelle,  derrière  le  maître-autel,  en  pré- 
sence de  M.  le  colonel  de  Kollmann^  qui  retire  lui-même 
le  papier  y  posé  devant  ses  yeux  par  l'auteur,  le  2  no- 
vembre 1856. 

XXVTII.  —  Écriture  grecque,  signée  par  le  célèbre 
Platon  et  tracée  dans  la  même  ramette  cachetée  du  gé- 
néral de  Brewern  que  la  figure  XX;,  le  24  décembre  1856. 
Les  expériences  de  cette  journée  mémorable  ont  été 
couronnées  du  succès  le  plus  complet. 

Dans  le  papier  signé  par  l'esprit  de  Platon,  il  y  a  une 
ligure  qui  représente  une  croix  ayant  à  son  sommet  un 


EXPLICATION    DES  ECRITURES   DIRECTES.  309 

alpha  (a)  et  à  sa  base  un  oméga  (w).  Cette  croix  et  ces 
deux  lettres  semblent  indiquer  le  commencement  et  la 
fin  de  toutes  choses.  Les  deux  ^ttt  signifient  la  foi  et 
1  esprit  [nioziç^  ttucû^k).  En  haut  il  y  a  (avà^/j  tou  Biav)  \  L'a- 
mour de  Dieu.  Le  terme  (û  î>à6->3ç)  veut  dire  :  ô  mon  ami. 

XXIX.  — Dessin  d'un  trépied  pythique  sig?ié E.^imts 
de  la  petite  statue  d'Euripide,  au  Louvre,  en  présence  du 
comte  d'Ourches,  du  prince  Shakowskoi  et  plusieurs 
autres  témoins,  le  4  novembre  1857. 

XXX.  —  Figure  tracée  en  présence  du  général  baron 
de  Brewern,  à  la  suite  de  l'évocation  du  fameux  prince 
Qi  prêtre  Hohenlohe,  le  6  novembre  1856,  dans  le  loge- 
ment de  l'auteur.  Les  lettres  grecques  ajoutées  à  la 
figure  paraissent  indiquer  que  la  mort  (eàuaToç)  est  vain- 
cue par  la  foi  (m<7Ttç)  en  l'esprit  (ffusu^a)  de  celui  qui  est 
l'alpha  et  l'oméga  (le  commencement  et  la  fin). 


I 


TABLE   SOMMAIRE. 


PREMIÈRE    PARTIE 

Page* 

DÉDICACE......  , VII 

f  NTRODUCTION XIII 

Chapitre  I.  —  Spiritualisme  de  l'aiitiquité 1 

—  11.  —  Le  spiritualisme  depuis  l'avènement  du  Christ..      28 

—  111.  —  L'écriture  directe  du  Décalogue  par  l'Éternel,  ou 

la  révélation  directe  de  la  loi  la  plus  sainte  et 
la  plus  sublime  sur  le  Sinaï,  que  le  Christ  lui- 
même  n'est  pas  venu  abolir,  mais  accomplir..      48 

—  IV.  —  Écriture  mystérieuse  lors  du  grand  festin  du  roi 

Belsatsar SS 

—  V.  —  Statue  parlante  de  Memnon 57 

—  VI.  —  Des  lieux  hantés  et  fatidiques 60 

—  VII.  —  Phénomènes  de   l'écriture  directe   des  Esprits  , 

constatés  eu  présence  de  témoins,  depuis  le 
mois  d'août  1856,  jusqu'au  30  novembre  1872. .      77 

DEUXIÈME    PARTIE 

Sources  du  Spiritualisme  de  l'antiquité lod 

Chapitre  VIII.  —  Remarques  générales  concernant  les  traditions 

sacrées  de  l'antiquité 101 

—  IX.  —  Hiérarchie   céleste  suivant  les  traditions  chi- 

noises      111 

—  X.  —  Armée   des    cieux    suivant  les   traditions   in- 

diennes.....      121 

—  XI.  —  Hiérarchie  céleste  selon  les  anciens  Perses 127 

—  XII.  —  Les  êtres  invisibles  selon  les  penseurs  grecs..     129 


SVZ  TABLE    SOMMAIRE. 

Paget 

Chapitre  XIll.  —  Culte  des  Pitris  ou  des  mânes  des  ancêtres...  149 

—  XIV.  —  Tutelle  des  Esprits  (Anges  gardiens),  selon  les 

traditions  sacrées  de  la  Chine 154 

—  XV.  —  L'inspiration  et  les  Médiums 163 

—  XVI.  —  L'Extase  chez  les  Indiens 174 

—  XVil.  —  L'Extase  mystique  chez  les  Chinois  et  chez  les 

Perses 179 

—  XVin.  —  De  l'âme  humaine 184 

—  XIX.  —  Immortalité,  éternité  et  préexistence  de  l'âme.  186 

—  XX.  —  Corps  éthér<i, 2Ô2 

—  XXI.  —  Corps  terrestre 211 

—  XXII.  —  De  la  mort 226 

—  XXIII.  —  De  l'état  des  âmes  après  la  mort 224 

—  XXIV.  —  Délivrancs  finale  ou  eschatologie 247 

—  XXV.  —  Pensées  des  Esprits 266 

Conclusions 293 

Une  apparition 298 

Explication  des  écritures  directes 304 


FIN. 


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